Archives par auteur: Ulrich Klemm

Après la guerre, le cinéma allemand doit soutenir le moral d’un peuple dont le pays est en ruine

Après la guerre, le cinéma allemand décide de ne traiter la période passée que de manière succincte. Ainsi, et plutôt que de proposer une introspection sur ce qui s’était passé, le 7ème art prend à cœur de soutenir le moral durement atteint par la reconstruction du pays en ruine. Parmi les œuvres à malgré tout aborder la période nazie, citons le premier film allemand de l’après-guerre : Les assassins sont parmi nous (1946). Dans le film de Wolfgang Staudt, un chirurgien rongé par ses démons retrouve son ancien capitaine désormais rangé qui avait pourtant ordonné de tuer plus de cent innocents, dont des femmes et des enfants. Un an plus tard, In jenen Tagen de Helmut Käutner propose plusieurs histoires dépeignant la vie de personnes ordinaires durant le Troisième Reich. Le réalisateur, dont les films pessimistes irritaient Joseph Goebbels, revient à nouveau sur la période nazie en 1955 avec Le Général du Diable qui fait partie de toute une série de films antimilitaristes, comme 08/15 de Paul May ou Le Pont de Bernhard Wicki. Mais le public demande du divertissement…

Les assassins sont parmi nous

En 1950, La Fiancée de la Forêt-Noire de Hans Deppe marque la naissance du cinéma de genre en Allemagne et en particulier du film de terroir (Heimatfilm) qui met en scène des gens simples dans des paysages campagnards. Le genre connaît son apogée lors de la première moitié des années 50 avant d’être relayé par le film d’amour historique dont le plus célèbre représentant est Sissi (1955). Le cinéma allemand exploite dès lors d’autres genres comme le film d’aventure et le Western avec la série des Winnetou dont le héros éponyme est incarné par le français Pierre Brice. Le film policier et le thriller sont également remis au goût du jour avec les adaptations cinématographiques des romans d’Edgar Wallace. On notera qu’aucun de ces films ne se déroule en Allemagne et qu’aucun ne présente des héros d’origine allemande… À partir de 1967, le cinéma de genre se lance à l’assaut de l’érotisme avec Helga, de la vie intime d’une jeune femme, premier film d’éducation sexuelle qui sera suivi par toute une série de films sexy, dont les fameux Schulmädchen-Report à partir de 1970.

En réaction à cette profusion de films mésestimé par certains, des cinéastes fondent alors le Nouveau cinéma allemand, s’inscrivant clairement dans le cinéma d’auteur.

L’Honneur perdu de Katharina Blum

Ce courant est très peu politisé, mais on trouve malgré tout quelques exceptions à la règle. L’Allemagne en automne (1978), par exemple, reconstitue l’ambiance qui régnait dans le pays lors des années durant lesquelles la bande à Baader commettait des actes terroristes. Sur le même thème et à la même époque, citons L’Honneur perdu de Katharina Blum (1975) dépeignant comment le plus grand journal allemand encourageait ses lecteurs à dénoncer toute personne soupçonnée d’être terroriste. Le film de Volker Schlöndorff, qui pointe le doigt sur la mauvaise utilisation de la liberté de la presse, est un succès international. Mais son film le plus connu est Le tambour (1979), critiquant la société qui a permis, et profité, de la période nazie. C’est le premier film allemand à recevoir l’Oscar du meilleur film étranger.

Parmi les acteurs importants du Nouveau cinéma allemand, Wim Wenders s’impose également avec des documentaires et des longs-métrages expérimentaux. Parmi eux, Au fil du temps (1976) est un road movie d’une durée de trois heures tourné en noir et blanc et presque sans dialogue. Les films les plus importants de l’auteur sont L’ami américain (1977), Paris, Texas (1984) ainsi que Les ailes du désir (1987). Dans ses films, Wim Wenders traite de la solitude, de la communication et de l’absence de communication. Son thème de prédilection est cependant la colonisation de la culture allemande par celle des États-Unis.

Werner Herzog, quant à lui, est surtout connu pour sa collaboration avec l’enfant terrible du cinéma allemand : Klaus Kinski. Malgré la relation amour-haine qu’entretenaient les deux hommes, les films Aguirre, la colère de Dieu (1972), Fitzcarraldo (1982) et le remake de Nosferatu le vampire (1922) leur permirent de profiter d’une renommée internationale.

Tous les autres s’appellent Ali

Rainer Werner Fassbinder reste cependant le réalisateur le plus célèbre de ce courant cinématographique, autant pour l’esthétisme qu’il insufflait à ses films que pour ses abus d’alcool et de drogue ; excès qui lui coûtèrent d’ailleurs prématurément la vie en 1983. Malgré une courte carrière, Fassbinder met en scène 42 films et deux séries, dont Berlin Alexanderplatz en 1980. Dans Tous les autres s’appellent Ali (1973), l’histoire d’amour impossible entre une femme de ménage sexagénaire et un jeune étranger permet à Fassbinder d’évoquer les tabous, les problèmes d’intégration et l’intolérance de la société allemande.

Malgré l’intérêt évident du Nouveau cinéma allemand, son influence s’avère limitée. Aucun véritable chef-d’œuvre ne bénéfice d’une reconnaissance internationale, par exemple. En dehors de Lili Marleen (1981) réalisé par Rainer Werner Fassinbinder, les films ne connaissent pas vraiment de succès auprès du grand public. Au mieux, le nouveau cinéma allemand bénéficie d’une renommée auprès des cinéphiles. Le courant finit d’ailleurs par disparaître au milieu des années 80, étouffé par le cinéma de divertissement. Apparaissent alors des comédies peu ambitieuses, hypothéquant une éventuelle carrière internationale en faisant appel à des stars de la télévision locale. Les seuls réalisateurs du genre à tirer leur épingle du jeu sont Detlev Buck avec Petits lapins (1991) et Tous les moyens sont bons (1993), ainsi que Sönke Wortmann avec Kleine Haie (1992)

Kleine Haie

Source : filmszene.de

Retrouvez les deux premières parties de ce dossier retraçant l’histoire du cinema allemande :

Une histoire du cinéma allemand, les débuts : le cinéma expressionniste

Une histoire du cinéma allemand, les débuts du parlant : de la crise de 1929 à la période nazie

Parapsycho, spektrum der Angst : une approche scientifique de la parapsychologie

Parapsycho, spektrum der Angst de Peter Patzak surfe sur la nouvelle marotte du public apparue dans les années 70. Ainsi, télékynésie, télépathie et hypnose sont au centre d’une anthologie composée de trois histoires. Le format, à la mode dans les années 60, avait été remis au goût du jour par l’Amicus dans les années 70 avec des films comme Histoires d’outre-tombe (1972) ou Le caveau de la terreur (1973). Cependant, ces recueils racontaient des histoires sans véritable liens entre elles. Parapsycho, spektrum der Angst, en revanche, présente trois histoires illustrant parfaitement la thématique choisie par le réalisateur, à savoir le paranormal.

Une autre singularité du film de Peter Patzak est le sérieux avec lequel il aborde les phénomènes surnaturels. Par exemple, entre chaque histoire, la caméra fixe une feuille de papier insérée dans une machine à écrire. Le texte qui s’affiche au fur et à mesure qu’il est tapé confirme avec gravité que les faits présentés dans le film sont absolument véridiques et certifiés scientifiquement. De nos jours, ce gadget paraît désuet et naïf tant il a été exploité auparavant, mais, à l’époque, nul doute qu’il devait faire son petit effet sur le public.

Dans la première histoire, Reinkarnation, Harry (Helmut Förnbacher), est un homme d’affaires marié et père d’une petite fille. En voyage d’affaires, il s’arrête dans une station-service où son regard est attiré par une image arborant un château. Il reprend la route et, comme en transe, trouve le chemin qui le mène à l’ancienne demeure. À l’intérieur l’attend une femme (Marisa Mell) qui le connaît intimement et tente de l’attirer dans une histoire d’amour vieille de plusieurs décennies.

De 1976 à 1983, Peter Patzak a agité la télévision autrichienne avec Kottan ermittelt. Dissimulé en série policière, Kottan ermittelt était une attaque féroce de la police et de la société autrichienne en général. On y trouvait seulement des anti-héros ; quant aux policiers, ils étaient incompétents et bouclaient leurs affaires uniquement grâce à l’intervention du hasard et de la chance.

Dans Metempsychose un professeur (Helmut Berger) a une affaire avec son étudiante Mascha. Jalouse, sa femme fait une scène dans la voiture. Son inattention provoque un accident dans lequel elle décède. Seuls le professeur et sa fille Debbie s’en sortent vivants. Mais Debbie n’est plus la même ; elle voit sa mère partout. Pour ne pas accabler Debbie, son père décide de mettre fin à sa liaison avec Mascha. Désespérée, celle-ci se donne la mort. Dès lors, le comportement de Debbie change à nouveau. La jeune fille serait-elle désormais sous l’influence de Mascha ?

Dans la dernière histoire, Telepathie, un peintre (Matthieu Carriére), enlève une femme mariée (Alexandra Drewes) en la faisant venir dans son appartement par la seule force de la pensée. Désormais, toujours à l’aide de ses pouvoirs, il soumet sa victime à sa volonté.

Le casting international est particulièrement copieux avec des acteurs comme Matthieu Carrière (Malpertuis de Harry Kümel – 1971), Marisa Mell (Danger : Diabolik de Mario Bava – 1968) et William Berger (Keoma d’ Enzo G. Castellari – 1976).

Visuellement, chaque épisode commence de manière très sobre. Ainsi, le film n’utilise pas les artifices du cinéma fantastique pour faire naître des émotions chez le spectateur ; comme créer des ambiances lugubres et une esthétique raffinée, par exemple. Le réalisateur cherche plutôt à donner à son film le ton du documentaire. Petit à petit, cependant, en s’approchant du point d’orgue de chaque histoire, des éléments du cinéma d’exploitation apparaissent, en particulier dans Metempsychose et Telepathie. Dans le premier, le spectateur se voit par exemple imposer les images d’une véritable autopsie. Dans la seconde, l’érotisme est de mise avec beaucoup de nudité, mais surtout une scène durant laquelle Matthieu Carriére donne un orgasme à Alexandra Drewes en effleurant à peine des mains le corps nu de la jeune femme. Alexandra Drewes sera d’ailleurs peu avare de ses formes tout au long de l’épisode. Quant à Reinkarnation, il nous permet de voir la belle Marisa Mell également en tenue d’Eve.

Parapsycho, spektrum der Angst ressemble dans une certaine mesure aux films érotiques allemands qui défrayaient la chronique à l’époque, dans les années 70. Sous la forme de docu-fiction alternant scénettes inspirées de la vie de tous les jours et entretiens faussement réalistes, les Schulmädchen-report et consorts exposaient les habitudes sexuelles des allemands. Cependant, à l’inverse de ces joyeusetés frivoles, Parapsycho, spektrum der Angst est très sérieux. Il en résulte un film froid, presque agressif, en tout cas certainement pas facile d’accès : un film d’auteur épicé d’éléments d’exploitation.

Parapsycho – spektrum der angst
Allemagne – 1975
Réalisation : Peter Patzak
Interprètes : Marisa Mell, Matthieu Carrière, Mystery, Peter Patzak, William Berger…

Bande annonce en allemand :

Eolomea, un film de science-fiction nébuleux

Nul doute qu’Eolomea paraîtra particulièrement énigmatique au spectateur qui s’y risquera… Ce film de science-fiction qui s’intéresse plus au cosmos intérieur qu’aux étoiles est également psychédélique tout en étant bien plus introverti que la grande majorité des films du genre. Enfin, il ne raconte pas une seule histoire, mais trois, en même temps et sans respecter la chronologie de surcroit.

Le futur. Les hommes vivent et travaillent dans l’Espace. Certains y sont nés et n’ont encore jamais vu la Terre. C’est dans ce contexte que huit vaisseaux spatiaux disparaissent sans laisser de trace. Par ailleurs, les communications vers la station Margot sont interrompues. Maria Scholl, responsable de la station « Centre-Terre » organise une séance de crise. Durant la réunion, la scientifique défie le professeur Olo Tal qui s’oppose à l’interdiction de circuler pour les vaisseaux spatiaux… Il semble d’ailleurs en savoir plus que ce qu’il laisse à croire. C’est alors qu’on apprend qu’il était précédemment responsable du projet Eolomea dont la mission était d’entrer en contact avec une planète éloignée.

La station spatiale porte le prénom de l’épouse d’Erich Honecker qui a dirigé l’Allemagne de l’Est de 1971 à 1989.

Bavard jusqu’à l’agacement, doté d’une histoire qui prend largement son temps avant de rentrer dans le vif du sujet, Eolomea est donc une œuvre difficile, exigeant patience de la part du spectateur.

Malgré tout, le film de Herrmann Zschoche dispose de certains attraits.

Naïf, simpliste, Eolomea est également fascinant. Par exemple, dès le générique nous sont offerts de magnifiques images de Jupiter. Et durant toute la durée du film, comme les effets-spéciaux, les décors ne sont pas en reste.

Cornelia « Cox » Habbema qui incarne Maria était une actrice et metteur en scène de théâtre néerlandaise. Après avoir travaillé à Londres, à Paris et en Italie, elle a travaillé de 1969 à la moitié des années 80 en RDA où elle fut très active au théâtre.

Les personnages sont tous élégants et ne posent que des questions critiques et intelligentes vis-à-vis des autorités, ce qui est surprenant dans un film produit par deux pays du bloc communiste. Il en résulte une œuvre presque occidentale dans le ton. Cox Habemma qui interprète la scientifique Maria participe d’ailleurs pour beaucoup à cette impression. Élégante, confiante, la néerlandaise insuffle une fraîcheur que l’on n’imaginait pas trouvé dans un film issu de la RDA.

Le message du film qui incite à se dresser contre les lois et les règles afin de conduire l’humanité vers une évolution préférable est également étonnant…

S’inscrivant dans la génération Flower-Power, le film est en effet une déclaration d’amour à la liberté. Ainsi, les personnages principaux qui passent la majeure partie de leur temps à occuper un cockpit ennuyeux et à taper sur de tristes claviers reliés à de mornes écrans, se désespèrent de pouvoir faire les choses simples qu’ils rêvent d’accomplir : À quoi bon conquérir l’espace lorsque le bonheur est à portée de main ? Dans ce contexte, la légèreté et la lenteur du film trouvent tout leur sens ; c’est donc par fidélité à son propos que le métrage de Herrmann Zschoche tourne le dos à l’action et à l’aventure.

Herrmann Zschoche, réalisateur, a principalement mis en scène des films pour les enfants et la jeunesse. Son film Sieben Sommersprossen est considéré comme l’un des classiques du genre, produit par la DEFA, le studio d’État de la République démocratique allemande, en 1978.

Parfois proche du film de vacances avec ses scènes de plage, ce film de science-fiction tourné en 70 mm dispose malgré tout d’effets-spéciaux admirables. Bien sûr, la vision d’un futur ampli d’ordinateurs gigantesques et de robot métalliques n’est plus très réaliste aujourd’hui mais ne doit pas confiner le film à la Série Z… ni d’ailleurs au cinéma de genre dont il s’éloigne radicalement.

Eolomea
RDA, Bulgarie – 1972
Réalisation : Herrmann Zschoche
Interprètes : Cox Habbema, Iwan Andonow, Rolf Hoppe, Wsewolod Sanajew, Petar Slabakow…

Bande annonce en allemand :

Le défi du Maltais

Produit en 1964, Le défi du Maltais conclue en apothéose la première phase historique des Edgar Wallace Krimis (1), celle où les adaptations cinématographique du célèbre écrivain britannique expérimentaient afin de définir un cadre au genre et déterminer quelle quantité de violence, de suspense, d’humour et d’action pouvaient accepter le public.

Ainsi, alors que jusqu’à présent l’objectif des auteurs était de donner aux spectateurs ce qu’ils attendaient, Le défi du Maltais, quant à lui, cherche à dépasser ces attentes. Dès lors, toutes les règles du genre sont surclassées : les meurtres sont commis avec des armes encore plus inhabituelles que de coutume, les faux-coupables se comptent à la pelle, l’humour volontaire et involontaire est constant… Quant au final, il est encore plus riche en révélations et rebondissements multiples… Et il n’y a pas un mais carrément deux inspecteurs de Scotland Yard futés et astucieux. Pour finir, notons la présence de trois « expendables » du genre : Joachim Fuchsberger, Heinz Drache et Siegfried Lowitz.

La volonté de divertir est totale et elle atteint son paroxysme lorsque, de la même façon que l’aurait fait William Castle, le film interroge le spectateur sur qui pourrait être le coupable selon lui. Plus loin, c’est l’apparition d’un sous-marin digne d’un film de James Bond (alors le nec-plus-ultra du divertissement cinématographique) qui ajoute encore à la bonne humeur que dégage le film. La présence des charmantes Sophie Hardy et Anneli Sauli évoque également l’héritage 007 ; La première est digne des plus belles James Bond Girl, quand à la seconde, elle endosse parfaitement le rôle de Ms. Monepenny en cherchant à séduire son supérieur.

L’histoire, quant à elle, est source de nombreux quiproquos, malentendus et autres mélimélos…

Le défi du Maltais connaîtra une suite en 1965, Neues vom Hexer, également réalisée par Alfred Vohrer.

Gwenda Milton est retrouvée morte dans la Tamise. Scotland Yard est sur les dents car il s’agit de la sœur du Maltais. Ce personnage atypique, as du déguisement, avait expédié ad patres plusieurs criminels avant de se réfugier en Australie. Désormais, le Maltais veut faire couler le sang et s’apprête à débarquer à Londres afin de venger sa sœur. La police fait alors appel à l’inspecteur Warren, en retraite, mais seul et unique personne à avoir vu le véritable visage du Maltais. Pendant ce temps, l’enquête permet de démonter un réseau de traite des blanches sévissant autour du lieu de travail de la défunte Gwenda Milton… Après de nombreuses surprises, chassés croisés et poursuites, le mystère est finalement résolu et l’identité du Matais dévoilée, ou peut-être pas…

Techniquement, Der Hexer est solide avec une équipe technique rompue au genre mais qui ne se prend pas trop au sérieux. À titre d’exemple, Alfred Vohrer se permet quelques prises de vues surprenantes et amusantes comme lorsqu’il place sa caméra dans un téléphone et filme la scène à travers le cadran d’appel.

Dans cette profusion, le film peut donner l’impression d’une certaine superficialité : Le scénario nous emmène d’un point à un autre, souvent sur des fausses pistes, pendant que certaines thématiques plus sérieuses sont simplement survolées comme celle du réseau de trafiquants de femmes.

Il n’en reste pas moins que Der Hexer est le point d’orgue d’une certaine époque, le fleuron d’un genre dont le succès connu dès lors le déclin.

Sources : evil-ed.de, remember it for later

(1) Les allemands ont toujours été friands des livres d’Edgar Wallace. Mais le succès naquit réellement au tout début des années 50 lorsque l’éditeur Goldmann publia les romans d’Edgar Wallace dans l’une de ses collections. L’exploitation perdurera quatre décennies au point que dès les années 50 et 60, les termes « roman policier » et Edgar Wallace était indissociables. C’est durant cette période que fleurirent les adaptations cinématographiques qui, aujourd’hui encore, rencontrent un véritable succès à la télévisons. Ce sont donc plusieurs générations de lecteurs, cinéphiles et spectateurs qui ont été bercé par Edgar Wallace.

Der Hexer
Allemagne – 1964
Réalisation : Alfred Vohrer
Interprètes : oachim Fuchsberger, Heinz Drache, Sophie Hardy, Siegfried Lowitz, Margot Trooger

Bande annonce en allemand :

Laurin, un film d’horreur séduisant plutôt qu’effrayant

Fin des années 80… Alors que le cinéma d’horreur américain sème la terreur dans les cinémas en exploitant les mêmes ficelles que celles utilisées par les trains fantômes, Robert Sigl, un jeune réalisateur de 26 ans livre avec Laurin un film d’horreur séduisant, enchanteur.

En jouant sur notre fascination pour la mort et la séduction qu’elle exerce sur nous, le film s’inscrit ainsi dans la tradition d’un romantisme noir s’inspirant des peintures d’Antoine Wiertz et de Johann Heinrich Füssli, ou de la prose d’Edgar Allan Poe et de Robert E. Howard.

L’histoire est racontée à travers les yeux innocents et tristes de Laurin, dont la fragilité fait immédiatement naître chez le spectateur un sentiment de protection pour ce petit chaperon rouge. Nous faisons sa connaissance alors qu’elle vit avec sa grand-mère, sans ses parents, à l’orée du 20ème siècle dans un petit village portuaire. Arne, son père, marin, passe la plupart de son temps en mer. Quant à sa mère, elle est décédée à la suite d’un accident étrange. Le contexte familial, le vieux château en ruine, la disparition inexpliquée de plusieurs enfants du village, alimentent l’imagination de la jeune fille qui découvre le monde avec sa curiosité d’enfant. Et dans des visions inquiétantes, Laurin voit aussi une créature sombre s’attaquer aux villageois…

Le film a été tourné en Hongrie, dans des paysages à la fois crus et magnifiques. La brume, les cimetières sombres et inquiétants, tout comme les vieilles demeures, font craindre les dangers à venir. La bande-son, quant à elle, puise dans les bruits naturels (grondement de la mer, souffle du vent, craquement du bois, chant des oiseaux…) et éveille des sentiments peu rassurants, inquiétants… Ainsi, le film nous convie à un fantastique ancré dans des paysages mythiques, plein de mystères et de dangers dissimulés, comme dans des films de Walerian Borowczyk ou de Jean Rollin.

Cependant, et malgré les visions cauchemardesques de la petite Laurin, l’œuvre de Robert Sigl évolue rapidement ver le thriller en se focalisant sur la psychologie de ses personnages. Ainsi, en approfondissant les motivations de l’assassin et de Laurin, le film évoque inévitablement les gialli. L’impression est corroborée par les couleurs empruntant dans certaines séquences à l’esthétisme de Mario Bava.

Bien que son travail sur Laurin fût récompensé par le Bayerischer Filmpreis, Robert Sigl ne put continuer sa carrière au cinéma ; Laurin était trop étrange, trop déroutant pour que des producteurs prennent le risque de confier un projet à ce jeune réalisateur de 26 ans : Laurin tomba alors dans l’oubli et son auteur dû se tourner vers la télévision… En 1994, Robert Sigl réalise un téléfilm familial en trois parties pour les fêtes de Noël : Stella Stellaris. Cette comédie de science-fiction où une extra-terrestre sème le trouble dans une famille est remarquée outre-Atlantique. Au Canada, Robert Sigl signe alors quelques épisodes de la série Lexx – The Dark Zone ce qui lui permet de diriger Malcolm McDowell. De retour en Allemagne, il signe des slashers dans la lignée du succès de Scream : Schrei – denn ich werde dich töten! et sa suite Das Mädcheninternat – Deine Schreie wird niemand hören (2000).

source : critic.de

Laurin
Allemagne, Hongrie – 1989
Réalisation : Robert Sigl
Interprètes : Dóra Szinetár, Brigitte Karner, Károly Eperjes, Hédi Temessy, Barnabás Tóth

Bande annonce en allemand :

Rampage : le coup de gueule d’Uwe Boll

Après plusieurs adaptations cinématographiques de jeux-vidéos (Bloodrayne, Alone in the dark, Far cry), le réalisateur, scénariste et producteur allemand, Uwe Boll s’essaye avec Rampage à un produit plus original, personnel.

Cet article est diabolique ! Ne lisez pas le dernier paragraphe si vous n’avez pas encore vu le film

Le film se déroule en deux temps.

Dans la première partie, Uwe Boll installe ses personnages, le lieu de l’action… Bill vit chez ses parents dans une petite ville américaine endormie. Nous le découvrons un matin, alors que ses parents l’incitent vivement à se trouver un travail et enfin quitter la maison familiale, maintenant qu’il a plus de 20 ans. Bill a également un ami qui tient des discours révolutionnaires mais qui ne bougent pas le petit doigt pour changer quoi que ce soit.

Rampage est le troisième film d’Uwe Boll à aborder la thématique du massacre de masse après Amoklauf (1994) et Heart of America (2002).

La seconde moitié du film décrit le bain de sang accompli par Bill et mené tambour battant par Uwe Boll qui semble se faire plaisir en montrant des dizaines d’individus plus ou moins superficiels, soumis et conquis au système, se faire massacrer.

Ce qui interpelle c’est que Rampage tente de rendre sympathique un forcené responsable d’un massacre de masse. Pour y parvenir, le film se refuse de faire de Bill un cliché du type qui passe à l’action. Ainsi, ce n’est pas un looser frustré, sans famille et sans travail, toqué de jeux-vidéos violents et de films d’horreur. C’est simplement un jeune sans espoir d’évolution sociale qui s’ennuie.

Pour plus de réalisme, pour appuyer son propos et pour apporter à son film un aspect « pris sur le vif », Uwe Boll opte pour une image constamment saccadée, en mouvement. À la mode dans les années 2000, ce procédé déjà décrié à l’époque, parait aujourd’hui daté et même kitsch. Pour cette raison, la comparaison avec ses paires, Chute Libre (Joel Schumacher – 1993) et Taxi Driver (Martin Scorcese – 1976), ne tourne donc pas en la faveur de Rampage. C’est un peu dommage car ce procédé dessert finalement des dialogues improvisés pourtant simples, naturels et réalistes.

Le personnage de Bill, prévu au départ pour Macaulay Culkin (Maman j’ai raté l’avion – 1990) est solidement campé par Brendan Fletcher (Freddy contre Jason – 2003),

Uwe Boll s’éloigne en tout cas de ses précédentes œuvres, et plus particulièrement des films à l’horreur gratuits comme Seed (2007) ou de la provocation toute aussi facile de Postal (2007). Avec Rampage, il délivre un message plus subtil, comme lorsque Bill apparaît armé jusqu’aux dents dans une salle remplie de vieillards jouant au bingo. Il décide finalement de les épargner, considérant qu’ils sont finalement déjà morts. Uwe Boll démontre ainsi qu’il n’est pas « le plus mauvais réalisateur du monde », sobriquet injuste dont l’ont affublé ses détracteurs.

On pourra cependant regretter que le réalisme recherché au début du film soit ensuite désavoué par l’ingéniosité peu crédible que Bill met en œuvre pour planifier et mener à bien son massacre de masse. Le retournement de situation final qui transforme Bill en Machiavel surprend également mais s’avère dans le même temps parfaitement cohérent avec le cynisme d’une société qui prône la réussite sociale sans se soucier des moyens mis en œuvre pour y parvenir.

Rampage a connu deux suites, à chaque fois avec Uwe Boll à la mise en scène et Brendan Fletcher dans le rôle principal : Rampage – Capital Punishment en 2014 et Rampage: President Down en 2016.

Blutgletscher
Canada, Allemagne – 2009
Réalisation : Uwe Boll
Interprètes : Brendan Fletcher, Shaun Sipos, Michael Paré…

Bande annonce VO :

Une histoire du cinéma allemand, les débuts du parlant : de la crise de 1929 à la période nazie

Au début des années 30, comme ailleurs, le cinéma allemand est marqué par les débuts du parlant. Les comédies musicales inventées par Hollywood rencontrent un énorme succès outre-Rhin car elles permettent au public d’échapper à la triste réalité sociale héritée de la crise de 1929. Ainsi, des films comme Le chemin du paradis (Wilhelm Thiele – 1930) et Le congrès s’amuse (Erik Charell – 1931) permettent au public d’oublier l’espace d’un temps la crise économique qui frappe durement le pays.

Le film le plus connu de cette époque est L’Ange bleu (1932) avec Emil Jannings et Marlene Dietrich. À l’époque, la postsynchronisation n’existe pas et il n’est pas rare que les films aux ambitions internationales soient tournés en plusieurs langues avec des acteurs polyglottes, comme c’est le cas de Marlene Dietrich. Cette compétence lui permet de devenir une véritable star mondiale. Statut qu’elle consolide en suivant le réalisateur Josef von Sternberg aux USA pour y tourner sept films. Malgré les sollicitions des nazis, elle ne revint en Allemagne qu’après la Guerre…

La prise du pouvoir par les nazis fin 1932, début 1933 représente l’une des plus importantes ruptures dans l’histoire du cinéma allemand. Les personnes d’origine juive, ou qui ne démontrent pas une totale soumission au régime, risquent de perdre leur travail. Par dizaines, réalisateurs (Fritz Lang, Michael Curtiz alias Michael Kertesz, Billy Wilder, Douglas Sirk alias Detlev Sierk, G.W. Pabst, Paul Czinner, Joe May, Eric Charell…), acteurs (Conrad Veidt, Peter Lorre, Elisabeth Bergner…) et producteurs partent en exil à Hollywood, laissant le cinéma aux mains du pouvoir.

La propagande nazie exploite dès lors le cinéma pour son compte ; elle se cache principalement dans des films historiques en costumes, de guerre ou des documentaires.

Parmi ces derniers, le Triomphe de la volonté (1935), mis en scène par Leni Riefenstahl, fait partie des plus connus. Sur près de deux heures, la réalisatrice utilise le langage cinématographique pour glorifier et mythifier le parti en retraçant les six jours du congrès nazi de 1934. Ainsi, nous assistons à différents discours d’hommes politiques et du führer. Puis, Hitler est montré en train de rencontrer les ouvriers, les militaires et les jeunesses hitlériennes. La foule composée de soldats, militants et civils est quant à elle enthousiaste.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le cinéma allemand ne se contente pas de servir la propagande ; les comédies musicales et les documentaires dédiés à la grandeur de la nature sont également produits pour divertir la population. Quelques acteurs émergent alors comme Heinz Rühmann dont la carrière connait une ascension fulgurante en endossant des rôles de types ordinaires comme pour Ce diable de garçon (1944) de Helmut Weiss. Heinz Rühmann devint par la suite l’un des acteurs allemands les plus connus du vingtième siècle.

Parmi les classiques de l’époque, on trouve également La Paloma. Le film réalisé en 1944 par Helmut Käutner raconte l’histoire d’un marin qui tombe amoureux d’une fille en travaillant dans les quartiers chauds de Hambourg. Le film s’attire les foudres du ministre de la propagande, Joseph Goebbels, qui l’interdit en raison d’une représentation immorale des femmes allemandes et une mise en image peu héroïque des marins.

Les Aventures fantastiques du baron Münchhausen (1943) de Josef von Báky est un autre chef-d’œuvre de l’époque. Réalisé sur ordre de Joseph Goebbels pour commémorer le 25e anniversaire du studio cinématographique UFA, le film est doté d’un budget énorme. Les décors somptueux et les effets spéciaux spectaculaires surprennent pour un film réalisé durant la Seconde Guerre mondiale. Malgré quelques difficultés avec la censure (poitrines nues coupées au montage lors de la diffusion en salle) le film devient le plus gros succès public de la période nazie.

En réalité les vraies réussites du cinéma allemand ont lieu en exil… Ernst Lubitsch, par exemple, devient le spécialiste de la comédie loufoque en mettant en scène des situations surréalistes où fusent les jeux de mots et les personnages extravagants. Par ailleurs, Jeux Dangereux (1942), satire des nazis et de leur idéologie, fait également mouche. De son côté, Michael Curtiz dirige Humphrey Bogart et Ingrid Bergman dans un film qui aujourd’hui encore est connu de tous : Casablanca (1942). Douglas Sirk réalisa plus tard dans les années 50 une poignée de mélodrames aujourd’hui considérés comme des chefs-d’œuvre. Des films comme Tout ce que le ciel permet (1955) ou Écrit sur du vent (1956) influencèrent des réalisateurs comme Rainer Werner Fassbinder, Jean-Luc Godard ou Pedro Almodóvar.

Le réalisateur qui connait cependant le plus grand succès à Hollywood est Billy Wilder. Nominé 21 fois aux Oscars, il emporte sept statuettes sur différents postes (producteur, scénariste et réalisateur). On lui doit plusieurs chefs-d’œuvre, parmi eux : Boulevard du Crépuscule (1950), Témoin à charge 1957) Certains l’aiment chaud (1959).

Sources : filmszene.de

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Une histoire du cinéma allemand, les débuts : le cinéma expressionniste

Mädchen mit Gewalt : un titre racoleur pour un film tout sauf superficiel

À première vue, ce huis clos à ciel ouvert s‘adonne au racolage avec sa scène de viol. Mais il ne faut pas se fier aux apparences car Mädchen mit Gewalt de Roger Fritz n’est certainement pas superficiel.

Mike et Verner sont deux machos tout ce qu’il y a de plus primitifs. Collègues et amis, ils sont cependant rivaux dans le seul domaine qui les intéresse : les filles jeunes et jolies. Dès lors, ils consacrent leur temps libre à attirer l’attention des Munichoises en mini-jupe afin de les emballer et de les consommer, comme de vulgaires objets. Les conséquences ne les intéressent guère. À peine ont-ils conclu une affaire qu’ils se mettent en quête d’une nouvelle : les opportunités sont nombreuses.

Ainsi, après avoir abandonné sur le bord de la route deux jeunes filles qui les barbaient, Mike et Verner rencontrent des étudiants sur un circuit de karting. La cohabitation entre les deux collègues de travail et les intellectuels ne se fait pas sans heurts et Alice intervient pour calmer tout le monde. Dès lors, Mike et Verner jettent leur dévolu sur la jolie et naïve Alice. Sympathique et décontractée, elle correspond parfaitement au genre de filles que les deux machos affectionnent.

Mädchen mit Gewalt conclut une trilogie débutée par Mädchen, Mädchen en 1966 et Häschen in der Grube en 1968, tous réalisés par Roger Fritz et mettant en scène Helga Anders, son épouse à l’époque.

Par ruse, ils parviennent à séparer Alice de ses amis et l’emmènent, en pleine nuit, dans une sablière afin de prendre un bain de minuit. S’attendant à ce que ses amis apparaissent d’un moment à l’autre, Alice n’entrevoit pas le danger. Elle se déshabille et se met à l’eau. Lorsqu’elle comprend que ses amis ne la retrouveront pas, il est trop tard. Et comme le titre du film l’indique, Mike et Verner n’hésiteront pas, s’il le faut, à prendre cette « fille par la violence ».

Parmi les scènes les plus marquantes du métrage, citons celle où, après le viol, Mike dresse à la jeune fille le portrait d’une société d’hommes, protégeant solidairement leurs intérêts. Cynique, il prévient Alice des conséquences si elle décide de porter plainte : Les gendarmes, masculins, voudront connaître tous les détails. Peut-être oseront-ils mettre en doute ses accusations, voire l’accuseront d‘avoir provoqué les événements avec sa jupe fine et courte. Ainsi que sa baignade en tenue d’Eve. Puis, ce sera le tribunal où l’exposition des faits l’obligera à revivre le cauchemar une seconde fois face à des inconnus, ses parents…

Mais le réalisateur ne joue pas la carte du féminisme anti-masculin de base et pousse la réflexion un peu plus loin.

Oublié en Allemagne, Roger Fritz peut pourtant s’enorgueillir d’une carrière peu commune. Il a par exemple été acteur pour Sam Peckinpah (Croix de fer – 1977) et Rainer Werner Fassbinder (Lili Marleen – 1981).

En effet, la position d’Alice est floue. Aguicheuse, elle joue tellement bien la femme-enfant qui fait tomber les hommes qu’on peut se demander si elle ne s’amuse pas à regarder ces deux coqs s’affronter pour ses beaux yeux. Bien sûr, elle s’y brûlera les ailes car ce rôle la prédestinait à être une victime.

Le comportement de Mike et Verner appelle la même réflexion. Très vite, la rivalité bête et méchante, déterminée par une société où prédomine la compétition, apparaît comme seul moteur de leur motivation. Le final du film montre les deux garçons aussi dépités que la jeune fille, découvrant un peu tard les conséquences d’une manipulation dont ils ont également été les objets.

En plus d’être brillamment mis en scène, visuellement superbe et interprété de manière poignante par Helga Anders, Klaus Löwitsch et Arthur Brauss, Mädchen mit Gewalt expose un portrait triste, mais probablement juste, des relations hommes-femmes, basées sur la force, la soumission et la manipulation.

Mädchen mit Gewalt
Allemagne – 1970
Réalisation : Roger Fritz
Interprètes : : Helga Anders, Klaus Löwitsch, Arthur Brauss…

Bande annonce en allemand :

Les oubliés revient sur le déminage des plages danoises à la fin de la Seconde Guerre mondiale

Lorsqu’il s’agit d’évoquer le rôle du Danemark pendant et après la Seconde Guerre mondiale, on évoque plus volontiers les actes de bravoure comme le transfert de 7 200 juifs danois vers la Suède ou les actes de résistance. Certes indéniables, ils ne représentent cependant qu’une part de la réalité…

Petit rappel historique : entre 1942 et 1945, pensant que les alliés allaient débarquer sur les côtes danoises, la Wehrmacht fait poser plus de deux millions de mines. Mai 1945, la Seconde Guerre mondiale se termine et les mines doivent désormais être désamorcées. Pour réaliser cette tâche extrêmement dangereuse, de jeunes prisonniers Allemands sont mis à contribution.

Et pour contourner la convention de Genève qui interdit tout travail forcé pour les prisonniers de guerre, l’armée britannique, avec l’accord du gouvernement danois, décrète que ces prisonniers, tout juste recrutés sur les bancs de l’école, seront bénévoles.

Après avoir récolté de nombreux prix en Europe, Les oubliés fut nominé aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger.

Au final, parmi les 2 000 et 3 000 soldats âgés entre 15 et 18 ans, un millier perdit la vie en nettoyant les côtes de près de 1 402 000 mines.

En racontant l’histoire du sergent Carl Rasmussen et des jeunes Allemands qui, sous son commandement, nettoient les plages danoises, le film de Martin Zandvliet décrit également les humiliations commises par la population et son armée sur les adolescents. Ainsi Les oubliés affiche une image peu glorieuse du Danemark qui se retrouve donc à la place du coupable alors même que le pays s’est trouvé occupé pendant cinq années.

À l’inverse, les Allemands endossent le rôle de victimes. Ces jeunes qui rêvent de rentrer à la maison pour préparer l’avenir et reconstruire le pays passent même pour des héros puisqu’ils risquent leur vie à nettoyer les plages danoises.

Déstabilisant en inversant les rôles, le film nous interroge sur les responsabilités : Si quelqu’un commet un dommage, il doit le réparer. C’est le bon sens. Par conséquent, si quelqu’un a enfoui des mines sous le sable des plages danoises, il est de sa responsabilité de les enlever. Sauf que ce sont des adolescents que l’on a envoyé réaliser cette tâche périlleuse, pas ceux qui ont donné les ordres.

En France aussi des prisonniers Allemands furent réquisitionnés pour déminer les plages malgré l’article 31 de la Convention de Genève. On estime qu’au moins 1 800 d’entre eux périrent.

En montrant les Danois laissé libre court à leur haine dès les premières images du film, Les Oubliés enjoint le spectateur à réfléchir sur la notion de vengeance et de colère. La personne qui hérite de notre haine le mérite-t-elle vraiment ?

Il est quelque peu dommage que le personnage de Rasmussen découvre son erreur à travers des relations prisonniers/surveillants dépeintes de manière convenue et prévisible. Cela dit, les bonnes intentions du départ sont réelles et justifient la vision de ce film à ne pas mettre cependant sous les yeux de tout le monde ; certaines scènes sont en effet particulièrement éprouvantes, en particulier les scènes d’humiliation.

Sources : http://www.cheminsdememoire.gouv.fr, dossier de presse

Les Oubliés
Under sandet
Danemark – 2015
Réalisation : Martin Zandvliet
Interprètes : Roland Møller, Louis Hofmann, Joel Basman…

Bande annonce en VOSTF :

Der Fan d’ Eckhart Schmidt, un film exigeant, entre cinéma d’auteur et d’horreur

À la vue de Der Fan, et en particulier de son final à déconseiller aux âmes sensibles, il n’est pas surprenant que l’Allemagne ait donné naissance à un film comme Nekromantik de Jörg Buttgereit (1987).

Film exigeant, l’oeuvre de Désirée Nosbusch et de Eckhart Schmidt s’inscrit effectivement et pleinement dans une tradition cinématographique européenne empruntant au cinéma d’horreur et au film d’auteur, à l’image d’un Prison de cristal d’Agustí Villaronga (1986).

1982, Ulm entre Stuttgart et Munich. Simone (Désirée Nosbusch) est une adolescente comme toutes les autres. Et, comme toutes les autres, Simone en pince pour une pop star. L’élu de son cœur se fait appeler R (Bodo Steiger), c’est le chanteur le plus en vue du moment.

Après avoir réalisé quelques films érotiques dans les années 60 (Mädchen, Mädchen en 1967, Erotik auf der Schulbank en 1968), Eckhart Schmidt créé un magazine punk, Die Sau (La Truie), dans lequelle écrivent des musiciens marginaux tels que David Byrne, Devo, ou Patti Smith.

Simone ne se passionne pas seulement pour la musique de R, elle est véritablement amoureuse de lui. Elle imagine même être la femme la plus apte à le rendre heureux. Elle lui écrit des lettres mais R ne répond pas.

Un jour, Simone apprend que R est à Munich pour une émission télévisée. Elle laisse tout tomber pour le rencontrer. Et c’est ce qui se produit car R remarque Simone. Il semble même s’intéresser à elle et l’invite dans les coulisses du studio.

À la fin de la soirée, R emmène Simone dans l’appartement d’un ami. Ils ne tardent pas à faire l’amour. Mais peu de temps après, R s’apprête déjà à partir. À ses yeux, Simone n’est qu’une groupie parmi tant d’autres.

1982, c’est l’année où Helmut Kohl arrive au pouvoir. À l’époque, le monde est divisé en deux avec d’un côté les bons à l’ouest et les méchants à l’est. La peur d’une guerre nucléaire est encore palpable et les questions environnementales commencent à émerger.

Dans ce contexte, un nouveau mouvement musical fait son apparition en Allemagne : La Neue Deutsche Welle (Nouvelle Vague Allemande), issue du post-punk et de la new wave, et de laquelle émerge des groupes commerciaux comme celui de Nena qui chante 99 Luftballons.

Mineure lors du tournage, Désirée Nosbusch intentera un procès à la production afin que sa nudité ne soit pas exposée sur les photos d’exploitation du film.

Désirée Nosbusch fait partie de ce changement à la télévision où elle anime une émission. Son insolence ravit la jeunesse de l’époque et agace les adultes. Der Fan est l’occasion pour elle d’asseoir son statut d’enfant terrible. Et en effet, le film défraie la chronique parce que Désirée Nosbusch, mineure à l’époque, dévoile sa nudité une bonne partie du film. Elle participe même à des scènes érotiques.

La carrière de Désirée Nosbusch ne souffrira pas de sa participation à Der Fan. À peine deux années plus tard, elle présentera le Concours Eurovision de la chanson.

En revanche, Der Fan fut torpillé économiquement. Interdit aux moins de 18 ans par la FSK, entité allemande chargée de classifier les films, Der Fan ne pouvait plus toucher le public adolescent qu’il visait. Le marché vidéo ne permit pas non plus au métrage de limiter la casse, puisqu’il fut rapidement interdit d’exploitation. Comme aucune chaîne de télévision ne prit le risque de le diffuser, le film d’Eckhart Schmidt resta longtemps invisible.

Cette mise au pilori s’avère bien regrettable pour un film particulièrement juste dans sa description de l’adolescence à une époque où les fans et leur exubérance représentaient un phénomène de société nouveau,

Dès le début du film, Eckhart Schmidt nous met dans la tête de Simone. Sur une voix-off monotone, elle déclame sa tristesse et décrit sa vie dénuée de sens. Simone traverse l’intégralité du film sans montrer aucune émotion. Elle n‘en suscite d’ailleurs aucune non plus. Simone ressemble à une coquille vide. Cette apathie que Désirée Nosbusch exprime magistralement est absolument terrifiante et évoque l’incompréhension que l’on peut ressentir face à l’impassibilité d‘un adolescent.

Même une fois son rêve réalisé, Simone n’éprouve aucune satisfaction. Elle demeure vide. Finalement, sa fascination pour cette popstar ne cache-t-elle pas une autre frustration ?

Der Fan
Allemagne – 1982
Réalisation : Eckhart Schmidt
Interprètes : Désirée Nosbusch, Bodo Steiger, Simone Brahmann |

Bande annonce (à ne pas regarder avant d’avoir vu le film) :