Archives par auteur: Ulrich Klemm

Günther Brandl donne de sa personne dans Unholy Ground.

Günther Brandl est un véritable passionné comme en atteste les 60 films auxquels il a contribué, que ce soit derrière ou devant la caméra, Cette passion, il a su la transmettre à son frère Helmut et sa sœur Monika qui gèrent avec lui sa boîte de production, Brandl Pictures. Parfois, ils oeuvrent même devant la caméra, comme c’est le cas pour Unholy Ground…

Au 18ème siècle, des soldats font irruption dans un paisible village suédois afin de se reposer et de soigner leurs blessures. Bien qu’accueillants, les villageois paraissent étranges aux yeux des nouveaux venus, en particulier à cause de leur forte piétée, d’autant plus que c’est un tout autre Dieu qui semble bénéficier de leur vénération…

Il existe deux versions de Unholy Ground. Une director’s cut et une autre, nommée xtended contenant des plans bien plus explicites, faisant basculer le film dans la catégorie pornographie.

Avec Unholy Ground, Günther Brandl livre un film d’horreur que l’on peut aisément classer parmi les œuvres amateurs qui ont fait la gloire de ses compatriotes Andreas Schnaas et Olaf Ittenbach.

Unholy Ground dispose cependant d’un élément important qui le différencie des autres œuvres amateurs, c’est la présence de scènes de copulation, en particulier dans la version xtended qui, au contraire de la director’s cut, propose même quelques séquences pornographiques. Des scènes classées X dans lesquelles Günther Brandl n’hésite à donner de sa personne.

Malgré tout, le scénario de Unholy Ground n’a rien à voir avec un banal film pour adulte, en particulier parce que le sujet intéressant réserve de surcroit plusieurs surprises et rebondissements, attestant du soin apporté au scénario.

En revanche, le manque de rythme est plutôt problématique. La durée du film est probablement trop longue et même si l’histoire est attrayante, la narration est plombée par une interprétation assurée de manière dilettante. On peut aussi regretter des effets spéciaux bricolés peu spectaculaires qui souffrent de la comparaison avec les films des ténors du film gore Outre-Rhin cités précédemment. Ces carences ne déshonorent pas le film, d’autant plus qu’on imagine le budget disponible résolument étriqué, mais Unholy Ground ne parvient pas à suffisamment divertir le spectateur entre les scènes chocs.

Unholy Ground dispose en effet de quelques scènes percutantes. Citons par exemple l’orgie qui se déroule en milieu de métrage et à laquelle prennent part les villageois copulant sous la lune, à la belle étoile, les corps éclairés par des torches enflammées. Une autre scène se déroule quant à elle au cœur de l’Enfer… Châtiments corporels, tortures, supplices pervers plus ou moins subtiles s’étalent sous nos yeux rappelant les scènes les plus extrêmes des films du brésilien fou José Mojica Marins qui oeuvrait, pour sa part, dans les années 60 et 70.

En ce qui le concerne, Unholy Ground séduit néanmoins grâce à son scénario ambitieux joliment mis en valeur par des costumes d’époque et des décors permettant de reconstituer un village de paysans. Les scènes érotiques et pornographiques, inattendues dans un film amateur, sont un peu la cerise sur le gâteau, et permettent de rendre, en passant, un petit hommage au cinéma d’exploitation européen des années 70.

Unholy Ground Allemagne – 2016 Réalisation : Günther Brandl Interprètes : Jürgen Lill, Nadja Holz, Monika Brandl, Thomas Pill, Stefan Mühlbauer, Mila Moore

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In the fade, se fondre dans la violence

La haine pure, un attentat, deux morts : un enfant, un compagnon. Katja perd tout. Sa vie s’arrête brutalement. Mais le monde continue de tourner. L’indifférence peut-elle inciter à se fondre soi-même dans la violence ? Telle est la question que pose in the Fade.

Katja arrive en voiture dans la petite rue où travaille au rez-de-chaussée son mari Nuri. Son entreprise propose des traductions pour ses clients turcs. Katja ne compte pas rester très longtemps ; elle vient simplement récupérer son fils qui est rentré de l’école. Là, une policière lui barre le chemin « Il y a eu une explosion, vous ne pouvez pas passer, continuez votre chemin »… Katja s’extirpe de la voiture, se baisse pour passer sous le bandeau de la police qui délimite la scène. Des policiers arrêtent sa progression, la plaque au sol. C‘est la consternation, un attentat vient de bouleverser la vie de la jeune femme.

Mannequin, Diane Kruger débute sa carrière d’actrice en 2001 aux côtés de Dennis Hopper et de Christophe Lambert dans The Piano Player. Guillaume Canet lui donne ensuite le premier rôle dans Mon idole qui la fait connaître en France. Elle devient populaire grâce à Michel Vaillant en 2003. L’année suivante, elle tient les rôles principaux de Troie avec Brad Pitt, de Rencontre à Wicker Park avec Josh Hartnett et de Benjamin Gates et le Trésor des Templiers avec Nicolas Cage. Retour en France l’année suivante avec le drame historique Joyeux Noël et le drame indépendant Frankie. Dès lors on la retrouve fréquemment au cinéma, tour à tour dans des films modestes comme Copying Beethoven ou plus importants comme Inglourious Basterds.

Le nouveau film de Faith Akins raconte l’histoire de cette femme qui, à Hambourg, perd son époux et son fils de 8 ans dans un attentat commis par l’extrême droite. Le film fait ainsi référence au Parti national-socialiste souterrain (Nationalsozialistischer Untergrund en allemand), une association terroriste qui a commis dix meurtres sur des personnes d’orgines étrangères et une policière entre 1999 et 2006. Plus loin, in the Fade dénonce un racisme institutionnel dans lequel les victimes d’origines étrangères, victimes de préjugés, doivent d’abord démontrer leur innocence avant de pouvoir réclamer justice.

Le film est raconté en plusieurs chapitres : le prologue, l’attentat, les conséquences, l’arrestation des coupables, le procès, le verdict et, terrible, l’application de la peine et de la justice par Katja elle-même.

Fait Akin réalise son premier long-métrage en 1999. L’Engrenage (Kurz und schmerzlos), remporte des prix dans divers petits festivals européens. En 2000, le réalisateur sort Julie en juillet (Im Juli), avec Moritz Bleibtreu (L’Expérience) avant de se concentrer sur l’un de ses thèmes les plus chers, l’immigration. Solino (2002) s’intéresse par exemple à l’histoire de deux frères italiens immigrés avec leurs parents en Allemagne. En 2004, il reçoit l’Ours d’or au Festival de Berlin avec le film Head-on et en 2007, il remporte le prix du scénario au Festival de Cannes pour le film De l’autre côté.

Ainsi, in the Fade n’est pas un film sur la misère sociale qui génère le racisme ou les milieux d’extrême droite en Allemagne. C’est un film sur la perte d’une partie de soi-même et la difficulté de se reconstruire dans une société qui a tellement accepté la violence qu’elle ne la voit, ne la condamne plus, et laisse les victimes seules, détruites. Le bénéfice du doute que l’on octroie aux coupables empiète ainsi sur le droit à la justice des victimes.

Tout en décrivant une société sombre, in the Fade est mis en scène à la manière d’un thriller efficace qui met la souffrance d’une mère au centre de son récit. Le film est merveilleusement porté par Diane Kruger qui joue ici pour la première fois dans la langue de Goethe. Grâce aux émotions qu’elle génère, elle donne corps au personnage de Katja et transforme le film en une expérience émotionnelle de sang, de sueurs et de larmes.

in the Fade – Allemagne, France – 2017 – Réalisation : Faith Akin – Interprètes : Diane Kruger, Denis Moschitto, Numan Acar, Samia Muriel Chancrin, Johannes Krisch…
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Der Bunker, séquestration, maltraitance, éducation

Habituellement, en temps de guerre, le terme bunker évoque un lieu qui protège. Depuis quelque temps, de Michael (2001) à 10 Cloverfield Lane (2016), il est plutôt associé à la séquestration et à la maltraitance. C’est maintenant au tour d’un jeune réalisateur indépendant de se consacrer au sujet pour illustrer l’éducation parentale et scolaire.

L’Étudiant (Pit Bikowski – tueur transgenre dans Der Samurai en 2014) est en quête d’un endroit calme pour mener à bien ses travaux de recherches. C’est ainsi qu’il se retrouve dans un bunker isolé au milieu de la forêt. Ses hôtes, qui mettent à sa disposition une chambre borgne, forment une famille un peu singulière. Le maître du bunker, le père (David Scheller) se prend pour un intellectuel, n’hésitant pas à philosopher sur la consistance d’un œuf au plat. La mère (Oona von Maydell) parle tous les soirs avec Heinrich, une plaie sur sa jambe. Le fils de 8 ans Klaus (Daniel Fripan), paraît beaucoup plus âgé et se prépare à devenir président dès qu’il sera grand. Cependant, comme il n’est pas très malin, les parents demandent à l’Étudiant de lui faire l’école ; les efforts qu’ils ont eux-mêmes mis en œuvre pour atteindre quelques résultats se sont avérés vains.

Pour son premier film, Nikias Chryssos créé un univers obscur dans lequel se débat une famille étrange. Cependant, ses valeurs sont tellement communes qu’il est facile de s’identifier à elle. Au final, cette identification s’avère parfois dérangeante puisque l’on se retrouve dans l‘excentricité aussi de ces protagonistes. À ce titre, on trouve au centre du récit, étiré jusqu’à l’absurde, le thème de l’éducation, particulièrement malmenée par le film. Par exemple, comme les parents rêvent d’une carrière pour leur fils, celui-ci doit aller à l’école et apprendre par cœur des listes de capitales qu’il n’arrive pas à retenir. Mais les parents s’obstinent, au point de ne pas reconnaître l’âge réel de leur enfant qui a de toute évidence largement dépassé celui d’être au CE1. Der Bunker interroge ainsi les attentes des parents vis-à-vis de leurs enfants, mais aussi les exigences du système par rapport aux parents. Der Bunker est donc au final une allégorie non voilée du système éducatif, fabrique à futurs travailleurs dociles, où l’on forme des êtres capables de recracher tels quels des cours appris par cœur et certainement pas un lieu pour découvrir, expérimenter, s’épanouir. Dans un tel système, vouloir le meilleur pour son enfant revient à l’enfermer dans un bunker.

Grâce à leur jeu à multiples facettes, les acteurs parviennent admirablement à projeter monsieur Tout-le-monde dans des situations singulières. Celui qui tire son épingle du jeu est cependant Daniel Fripan (Le maître des sorciers -2001, Victoria – 2015) qui, malgré sa trentaine, doit jouer un écolier du primaire. Cette décision prise originellement pour éviter d‘avoir à travailler avec un enfant, s’avère particulièrement judicieuse. L’exploit réalisé par Daniel Fripan, qui joue habituellement les nazis ou les criminels, est d’avoir parfaitement évité le ridicule. L’absence de second degré dans son jeu déstabilise et met mal à l’aise le spectateur qui n’a pas l’habitude de voir un adulte jouer le rôle d’un enfant à qui l’on n’a pas laissé suffisamment de place pour devenir adulte. Cette situation non-naturelle interroge jusqu’à la structure des familles à un seul enfant formant un monde à taille réduite, étriqué, replié sur lui-même pour se protéger de l’extérieur, et dans lequel l’enfant unique porte sur ses frêles épaules tous les espoirs des parents et de la société. Le refus de sortir de l’enfance en devient presque rationnel.

Der Bunker ressemble à un patchwork du travail de Dario Argento pour les couleurs et de David Lynch pour l’étrangeté des situations. Quelque peu auteurisant dans la forme, il n’en est pas pour autant abstrait et inaccessible. La sévère critique dirigée contre l’école, le système et l’autorité parentale y est parfaitement claire et lisible. L’intérêt et la curiosité du spectateur sont également constamment relancés grâce à une succession de scènes bizarres et atypiques.

Source : Deadline – das Filmmagazin

Der Bunker Allemagne – 2015 Réalisation : Nikias Chryssos Interprètes : Daniel Fripan, David Scheller, Pit Bukowski, Oona, von Maydell

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La Chute et la démystification de l’incarnation du nazisme

La crème de la crème du cinéma allemand s’est réunie pour mettre en images l’agonie du nazisme, non pas depuis le point de vue des victimes, mais depuis ses propres rangs

En 1942, la munichoise Traudl Junge (Alexandra Maria Lara) devient la nouvelle secrétaire d’Adolf Hitler (Bruno Ganz). Ce sera également la dernière. En effet, deux années plus tard, elle est témoin des derniers jours du régime et du Führer, retranché avec une poignée de fidèles dans son bunker. Lentement, impitoyablement, le Führer sombre dans la folie et ordonne des actions désespérées, jusqu’à exiger que l’Allemagne soit transformée en désert pour ne rien laisser aux ennemis.

La chute ne se permet aucune spéculation historique. Les événements qui restent aujourd’hui encore des mystères ne sont pas montrés, comme par exemple la mort d’Hitler et de sa femme. Ainsi, le film s’avère très impersonnel et ne cherche pas à expliquer ou démontrer la folie qui s’est emparée des principaux protagonistes. Par exemple, Magda Goebbels, qui prend la décision de tuer ses cinq enfants, n’est pas décrite comme un monstre mais comme une femme qui va au bout de ses convictions, quitte à réaliser un acte monstrueux. Le parti-pris documentaire de La chute peut ainsi déranger.

Parfois, le film tente quelques analyses comme lorsque Eva Braun répond à Traudl qui s’étonne que Hitler puisse alterner un visage sympathique et un autre, inhumain. Eva Braun explique qu’il est inhumain lorsqu’il est le Führer… Il est intéressant d’avoir ainsi scindé la personnalité d’Hitler, un peu à l’image d’une personne qui souffre de trouble dissociatif d’identité.

Plus loin, dans un échange avec le beau-frère d’Eva Braun, Himmler se demande ce que l’on peut « attendre de quelqu’un qui ne fume pas, ne boit pas et est végétarien ». Ces informations a priori banales n’ont qu’un seul objectif, celui d’humaniser le dictateur pour au final le faire redescendre de son piédestal. L’Adolf Hitler qui a mené l’Europe à la destruction est dès lors un homme quelconque, voire un pleurnicheur hystérique soumis aux soubresauts de sa maladie de Parkinson et qui a depuis longtemps perdu tout contact avec la réalité.

Pour mieux appuyer son propos, le film associe l’horreur à des moments plus anecdotiques comme lorsque l’on discute paisiblement de la manière la plus efficace de se suicider ou quand la secrétaire Trudel avoue être débordée de travail depuis qu’Hitler et Goebbels lui ont demandé de rédiger leurs testaments.

Comme le cinéma ne sait pas trop comment mettre en image le mal absolu, il a souvent montré Hilter de dos ou de côté dans la plupart des films. Oliver Hirschbiegel (L’Expérience – 2001) choisit, quant à lui, de mettre le dictateur au centre de son cadre, visage tourné vers la caméra. Ce que l’on découvre alors, c’est un homme ordinaire que les enfants Goebbels surnomment « Oncle Adolf », capable même de se montrer un patron compréhensif vis-à-vis de sa secrétaire. Cet aspect de sa personnalité ne diminue en rien les crimes dont il est responsable, mais démystifier l’homme qui les a commis nous encourage à toujours nous méfier de ceux qui se proclament leader.

source : ankegroener.de

Décédé en 2019, Bruno Ganz est l’un des plus célèbres acteurs suisse oeuvrant en langue allemande. Après une carrière au Théâtre où il est considéré comme l’un des portagonistes les plus importants à partir des années 70, sa rencontre à Brême en 1996 avec le réalisateur Peter Stein lui permet de travailler pour le septième art où il est célébré pour son inteprétration de l’ange Damiel dans Les Ailes du désir (1987) de Wim Wenders et celle d’Adolf Hiter dans La chute (2004) d’Oliver Hirschbiegel qui lui procure une renommée internationale.
La Chute Allemagne, Autriche, Italie – 2004 Réalisation : Oliver Hirschbiegel Interprètes : Bruno Ganz, Alexandra Maria Lara, Corinna Harfouch, Ulrich Matthes…
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Das letzte Abteil, un film bien plus ambitieux qu’on pourrait le croire

Das Letzte Abteil n’est pas un produit fabriqué sur mesure pour le grand public. Protéiformes car changeant constamment de genres cinématographiques tout au long de ses 90 minutes, le film d’ Andreas Schaap s’attache de surcroît à un sujet difficile lui tenant particulièrement à cœur puisque comme beaucoup, il fut confronter au dilemme…

Les espoirs de voir la mère de Greta se réveillé de son coma sont de plus en plus faibles, et Greta se demande si cela a encore un sens de la maintenir artificiellement en vie. Malgré tout, Greta rend régulièrement visite à sa mère alitée dans l’hôpital de Graz en Autriche. En chemin, Greta est victime d’un grave accident lorsque son train est victime d’une avalanche. Dans le froid, en pleine montagne, Greta et ses cinq compagnons d’infortune attendent les secours, mais c’est alors que les choses deviennent de plus en plus confuses. Une tête décapitée est découverte dans le wagon, puis, on comprend que les secours ne viendront finalement pas. Quels espoirs restent-ils aux naufragés ?

Très vite, le spectateur se doute qu’il va avoir droit à un retournement de situation. C’est donc avec un peu de crainte qu’on attend l’intrigue dévoiler ses véritables desseins ; heureusement, le film ne nous réserve pas un final dans la lignée du Sixième Sens de M. Night Shyamalan.

Andreas Schaap est né en 1980 à Oldenburg en Allemagne. Das Letzte Abteil est son second film après la comédie horrifique Must Love Death (2009).

Das Letzte Abteil tourne en effet radicalement le dos à ce concept quelque peu convenu aujourd’hui et, très vite, il on comprend quels sont les véritables enjeux.

La question du maintien artificiel de la vie s’avère finalement le grand sujet du film et Andreas Schaap ne le lâche pas tant qu’il ne trouve pas une réponse satisfaisante à livrer.

Sur la forme, Das Letzte Abteil s’avère particulièrement attrayant. Tour autant thriller fantastique que film catastrophe, ce drame qui louche également du côté du film d’auteur n’est jamais prétentieux ou ennuyeux. L’histoire qui se déroule dans deux endroits clos, la chambre d’hôpital et le wagon accidenté, est constamment intrigante et titille constamment la curiosité. L’atmosphère élaborée par l’absence de couleurs et de forts contrastes plongeant dans la pénombre de nombreux éléments du décor, permet de créer une impression continuellement inquiétante proche du film d’horreur. L’interprétation est de qualité et Anna Fischer livre une prestation remarquable dans son double rôle ; l’actrice porte clairement le film sur ses épaules. Quant aux rebondissements et flash-back, nombreux, ils sont peut-être des gimmicks un peu faciles car modernes mais ils aident à faire passer un sujet difficile rarement exploité au cinéma.

Connue en France pour son rôle dans le film de vampires Nous sommes la nuit (2010), Anna Fischer est dans le cinéma depuis le début des années 2000. Dans Liebeskind (2005) elle incarnait une adolescente rebelle dans une relation père fille prenant une tournure incestueuse…

À ce titre, Das letzte Abteil et sa métaphore sur l’accompagnement de nos proches en fin de vie s’avère bien moins grossier que Quelques minutes après minuit sorti la même année. Là où film de J.A. Bayona donne carte blanche pour laisser partir ses proches sans regret, Das letzte Abteil propose, en effet, une approche beaucoup plus sensible.

Das letzte Abteil Allemagne – 2016 Réalisation : Andreas Schaap Interprètes : Anna Fischer, Nic Romm, Tim Sander, Ernst-Georg Schwill, Barbara Prakopenka…

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Force Noire, œuvre phare du genre nanar

Si vous connaissez et appréciez The Room de Tommy Wiseau, vous serez aux anges avec Ninja Force (Die Brut des Bösen, littéralement la progéniture du Mal en Allemand), une œuvre phare du genre Nanar. Tout y est merveilleusement kitsch. La cerise sur le gâteau est la chanson du générique de fin chantée par Christian Anders dont le texte est on ne peut plus à propos : « Sans issue, le chemin de la vengeance ! Sans issue, ça n’a pas de sens ! »

Frank Mertens (Christian Anders) est le gendre idéal : gentil, posé, bienveillant, sympathique, courtois. C’est aussi un beau garçon : belle chevelure blonde, belle musculature. Tout le monde, et en particulier ses élèves, respecte Frank. Quant aux femmes, elles l’admirent. Ingrid, secrétaire de l’association, en pince même sérieusement et secrètement pour le beau blond. À Madrid, Frank anime une académie dédiée au karaté fondée par le mythique Sensei Takimura, assassiné par des brutes épaisses ; Frank est encore fortement marqué par les événements.C’est alors que fait surface un nouveau personnage, peu recommandable. Nabot mais chef d’une organisation mafieuse, Van Bullock (Deep Roy) souhaite ouvrir une école de karaté comme celle de Frank. Mais il n’a pas l’intention de partager le marché. Après quelques intimidations sans réussite, Van Bullock envoie ses sbires en jogging faire la peau de notre bel étalon. Celui-ci est en train de montrer son respect à son maître sur sa tombe. L’un des malfrats prend la photo du Sensei dans la main, crache dessus et la jette sur le sol. Effaré, Frank se demande « comment peut-on être aussi injuste ». Cette fois-ci, la coupe est pleine et Frank corrige les hommes de main de Van Bullock. Ce dernier, dépité par l’incompétence de ses sbires, fait alors appel à la ruse et envoie sa prostituée fétiche séduire Frank. Aveuglé par l’amour, notre héros ne voit pas que Cora glisse un sachet d’héroïne dans sa poche afin de le faire tomber pour trafic de drogue…

À l’origine de Ninja Force on trouve un photo-roman, fruit de la collaboration de Christian Anders et du footballeur allemand Wolfgang Schütte. C’est à ce moment-là que Christian Anders trouve avec Leo Kemkes un partenaire financier pour produire son premier film et un co-réalisateur expérimenté du nom d’Antonio Tarruella pour l’épauler. Pour l’anecdote, c’est Sean Connery qui aurait permis à tout ce petit monde de rentrer en contact.

Co-production germano-hispanique, quelques visages connus figurent parmi le casting de Ninja Force, comme par exemple celui de Fernando Bilbao qui incarne la créature dans La malédiction de Frankenstein ou les Expériences érotiques de Frankenstein, signé Jess Franco en 1972. La jolie secrétaire de Frank Mertens est Maribel Martin rencontrée sur La Cloche de l’Enfer de Claudio Guerin (1973). L’élément fort du casting reste malgré tout le célèbre nain Deep Roy dans le rôle du déviant et sans pitié Van Bullock. Deep Roy livre une prestation exceptionnelle. Comme Christian Anders, il joue avec un sérieux à toute épreuve, poussant le film dans les dernières limites du risible. On ne peut être que sidéré de voir Deep Roy, homme de petite taille, batifoler au lit avec trois immenses femmes. C’est d’autant plus extravagant qu’une formidable carrière grand public l’attendait alors : Le Retour du Jedi (1983), L’Histoire sans fin (1984), La Planète des singes (2001), Charlie et la chocolaterie (2005), Transformers – La Revanche (2009), Star Trek Into Darkness (2013).

Avec le recul, Christian Anders avoue de bon cœur qu’il aurait peut-être dû demander plus souvent conseil à son co-réalisateur. Antonio Tarruella est en effet bien plus expérimenté puisqu’il a par exemple été assistant réalisateur sur Les Collines de la terreur (1972). Quoi qu’il en soit, Ninja Force reste un film tout à fait divertissant mais ce n’est certainement pas en raison de ses scènes d’action ou de bagarres effectuées par des acteurs ignorant tout de l’art de la cascade ou de la baston. Ce film de karaté allemand, largement inspiré par les succès récents des films de Bruce Lee, est avant tout une ode à son réalisateur, scénariste, chorégraphe et acteur principal : Christian Anders. L’Autrichien se met en scène et devient devant sa caméra un surhomme imbattable et grandiose. Son corps musculeux ne comporte pas un seul gramme de graisse comme le démontrent les nombreux gros plans. Et son cœur est d’or, comme sa tignasse est blonde. Christian Anders ne manque aucune occasion pour se mettre en valeur. Il faut le voir célébrer sa virilité en jouant de ses abdominaux en salle de gym ou encore s’activer dans la seule scène érotique du film où l’on ne voit… que lui. Mais Anders n’est pas qu’un mâle viril, il éprouve également des émotions et lorsque celle qu’il aimait profondément le trahit, le choc est énorme et nous découvrons alors un homme brisé…

Le reste du film est du même tonneau comme lorsque le gigantesque homme de main de Van Bullock se met à promener son minuscule patron Deep Roy sur ses épaules. Plus tard, Deep Roy enfourche cette fois-ci une prostituée sur les fesses de laquelle il verse du champagne pendant que son serviteur le regarde faire… Des idées saugrenues qui illustrent peut-être les problèmes d’ego de Christian Anders. Mais l’homme est sincère. Et s’il n’a aucun scrupule à copier son modèle Bruce Lee, il le fait le plus sérieusement du monde, au point qu’il en devient touchant. On rigole, mais jamais on ne se moque.

Il est impossible de ne pas évoquer le personnage haut en couleur de Christian Anders, dont le nom de famille signifie « différent » en allemand. Comme le héros de Ninja Force, l’Autrichien est expert dans les arts de combat asiatiques.Taekwondo et Aikidō n’ont pas de secret pour lui et il est même ceinture noire de Karaté. À Münich, il a dirigé une école de karaté à l’instar du héros de Ninja Force. En 1969, sa carrière prend une autre direction lorsque sa chanson Geh’ nicht vorbei dépasse le million de disques vendus. Dans la foulée, le chanteur de variété crée sa propre maison de diques : Chranders Records. Christian Anders est également musicien et compositeur (il a écrit plus de 1 000 chansons et poèmes). Il enchaîne les tubes et commence à travailler pour la télévision ; au sommet de son succès, Christian Anders conduisait une Rolls-Royce en or. Pendant son temps libre, il écrit également des livres, principalement des polars, mais également des essais complotistes. Dans The Man W.H.O. Created AIDS, Anders prétend que le SIDA a été créé par l’OMS pour viser la population homosexuelle et noire. Sa chanson politique Der Hai (Le requin) comporte quelques lignes on ne peut plus explicites « J’ai le pouvoir, j’ai l’argent, je suis le maître de ce monde. Tous les jours je vous fais tourner en rond, vous ne connaissez pas « les protocoles ». (…) Le monde repose sur sept piliers, sept familles possèdent l’argent. Rothschild, Cohn ou Donati, on nous appelle aussi Illuminati. Nous contaminons le monde avec le SIDA et faisons de l’argent avec la recherche pour le guérir ». Sur sa page YouTube, Christian Anders va plus loin encore en accusant Michele Obama d’être un homme ou de suspecter que le crash du vol 9525 de la Germanwings ne servirait qu’à couvrir un vol d’organes. Christian Anders ne nous a pas oubliés, nous cinéphiles, et a également touché au septième art avec l’érotique Camp d’amour (Die Todesgöttin des Liebescamps – 1981) mettant en scène Laura Gemser, En aucune manière un tel personnage pouvait engendrer un film quelconque, ce que n’est assurément pas le cas de Ninja Force.

Die Brut des Bösen Allemagne – 1979 Réalisation : Christian Anders, Antonio Tarruella Interprètes : Christian Anders, Maribel Martín, Dunja Rajter, Deep Roy, Fernando Bilbao, Ria Kemp…

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Une histoire du cinéma allemand : Le cinéma d’après-réunification

Dans les années 1990, après la réunification, le cinéma allemand retrouve une certaine vitalité, voire connait une véritable renaissance. Les nouveaux talents issus de l’industrie cinématographique allemande n’abordent pas des thèmes en particuliers et n’ont pas de genres attitrés, mais le phénomène engendre régulièrement des produits de qualité se traduisant par des succès autant artistiques que commerciaux.

Hans Christian Schmid sonne la renaissance du cinéma allemand avec la comédie Dans la forêt vierge après cinq heures (Nach Fünf im Urwald – 1995) et le thriller 23 (23 – Nichts ist so wie es scheint – 1998). Le premier met en scène Franka Potente dans un de ses premiers rôles où elle incarne une adolescente en fugue pendant que ses parents, dans le même temps, se remémorent que eux aussi ont été jeunes. 23 raconte également la rébellion d’un adolescent face à son père et au système mais dans un contexte plus dramatique puisque le thriller s’inspire de la vie de Karl Koch, impliqué dans une affaire de revente au KGB de fichiers confidentiels de l’armée américaine. La carrière de Hans Christian Schmid ne s’arrête pas en si bon chemin ; parmi les autres films notables de sa filmographie, citons Au feu ! (Lichter – 2004) et Requiem (2006).

En 1998, on retrouve Franka Potente dans Cours, Lola, cours (Lola rennt) un film qui lui permet, non seulement d’obtenir une envergure internationale, mais également de rappeler au monde que le cinéma allemand existe. Le langage visuel frénétique, la bande originale exaltée, le mélange étonnant d’éléments comiques et dramatiques, le concept intelligent, expliquent, entre autres, le succès du film. Malheureusement, les films suivants de Tom Tykwer (Heaven en 2003, le Parfum en 2006…) s’avèrent décevants, trop ésotériques ou pompeux.

Sebastian Schipper réalise en 1999 Les Bouffons (Absolute Giganten) un très beau film sur le passage à l’âge adulte qui accède immédiatement au statut de film culte.

D’autres réalisateurs talentueux se font également remarquer. Parmi eux compte certainement Fatih Akin. Dès son premier film, L’engrenage (Kurz und schmerzlos – 1998), il démontre un talent certain à décrire le milieu des gangsters et à dessiner de manière crédible ses personnages. Avec réussite, il met ses compétences au service d’autres genres et thèmes, comme la romance avec Julie en juillet (Im Juli – 2000), les problèmes d’intégration dans Solino (2002) ou sociaux avec Head-on (Gegen die Wand – 2004), récompensé par un Ours d’or au Festival de Berlin.

D’autres réalisateurs se sont montrés capables de mélanger comédie et tragédie. Citons Andreas Dresden et son Grill Point (Halbe Treppe – 2002) dans lequel la vie tranquille de deux couples d’amis est bouleversée après une relation adultérine ; suivent des réflexions sur le mariage, l’amitié et les relations en général. En 2005, Andreas Dresden parvient à nouveau à mettre en scène des personnages réalistes confrontés à des problèmes tout aussi profonds dans Un été à Berlin (Sommer vorm Balkon).

En 1996, Caroline Link est nominé aux Oscars pour son drame intelligent Au-delà du silence (Jenseits der Stille) dans lequel Sylvie Testud est la fille de parents sourds-muets et entame une carrière dans la musique, passion qu’elle ne peut partager avec eux. Plus tard, en 2001, Caroline Link fait sensation en remportant l’Oscar du meilleur film étranger grâce à Nulle part en Afrique Nirgendwo in Afrika – 2001).

En 2007, La vie des autres (Das Leben der Anderen – 2006) permet à l’Allemagne de décrocher son troisième Oscar du meilleur film étranger. Le film de Florian Henckel von Donnersmarck qui raconte la vie des Allemands de l’Est sous la surveillance de la Stasi est un succès international.

D’autres réalisateurs impressionnent dès leurs premiers films comme Oliver Hirschbiegel qui, avec L’expérience (Das Experiement – 2001), livre une brutale et intéressante étude de la désindividualisation dans le groupe. Il persévère avec La Chute (Der Untergang – 2004) qui suit les derniers jours d’Adolf Hitler dans son bunker, avant un passage à Hollywood en 2007 pour mettre en scène un remake de L’Invasion des profanateurs de Sépulture avec Nicole Kidman et Daniel Craig : Invasion. D’autres réalisateurs comme Robert Schwentke (Tattoo – 2002) et Christian Alvart (Antibodies – 2005) éveillent l’intérêt de Hollywood après leurs premiers films. Robert Schwentke dirige ainsi Jodie Foster dans Flight plan (2005) et Christian Alvart braque sa caméra sur Dennis Quaid dans Pandorum (2009).

Cette reconnaissance internationale est la conséquence de la valeur du cinéma allemand actuel. Les Allemands ont la réputation de produire de la qualité. Petit à petit, cette qualité se propage au Septième Art, sans doute comme jamais auparavant dans l’histoire du cinéma allemand. Résultat : l’industrie cinématographique Outre Rhin est en plein forme.

Sources : filmszene.de

Retrouvez les autres parties de ce dossier retraçant l’histoire du cinéma allemand :

Der Nachtmahr, un film d’horreur psychologique rude et tourmenté

Film d’horreur psychologique, Der Nachtmahr veut secouer le spectateur et n’hésite pas, pour y parvenir, à utiliser des effets techniques et artistiques, à l’instar d’Irréversible de Gaspard Noé.

Depuis qu’elle a pris de l’ecstasy lors d’une fête, Tina (Carolyn Genzkow) est harcelée chaque nuit par des rêves cauchemardesques. De plus, une créature, étrange mais bienveillante, invisible aux yeux de ses amis et de ses parents, se manifeste fréquemment auprès d’elle. La petite créature est apparue une nuit dans la cuisine familiale et a réveillé Tina avec d’étranges bruits de déglutitions. Dès lors, toutes les tentatives mise en œuvre par la jeune fille pour montrer la créature à d’autres personnes ont échouées. Au final, Tina se retrouve dans un hôpital psychiatrique. Pour les parents, il est évident que leur fille est malade, voire suicidaire. Même les amis de Tina commencent à prendre de la distance avec cette fille qui, à l’évidence, a perdu les pédales.

C’est alors que les parents découvrent le Nachtmahr dans la chambre de Tina. Effrayés, paniqués, ils s’attaquent à l’intrus, appellent les autorités qui manipulent la créature comme un animal de laboratoire. Mais Tina s’est habituée et s’est attachée à son nouvel ami…

Der Nachtmahr est un film qui pose beaucoup de questions et qui ne donne que très peu de réponses. On le comprend dès le début du métrage lorsque Tina répond à la question d’un enseignant en classe. Celui-ci (incarné par Kim Gordon, guitariste du groupe Sonic Youth) demande à ses élèves quels sont les enseignements à tirer du livre The Book of Urizen de William Blake. Tina répond par un timide « une émotion ». Le professeur lui demande d’approfondir : Est-ce une bonne ou une mauvaise émotion ? Tina qui ne veut pas trancher rétorque : Les deux. Cette intervention de Tina, apparemment anecdotique, donne en réalité le ton d’un film où rien n’est blanc ou noir, mais gris, de la même couleur d’ailleurs que la créature qui se manifeste auprès de Tina. Le métrage se refuse même à nous dire si son irruption dans la vie de l’adolescente aura des conséquences positives ou négatives pour elle.

Un texte au début du film nous encourage à regarder le film avec un son élevé. Cette expérimentation sur le son vise à exercer un impact physique sur le spectateur. Cet effet n’est pas un gadget et l’on peut y déceler la volonté du cinéaste de voir son film se matérialiser dans la vraie vie, comme le fait la créature qui s’impose auprès de Tina. C’est d’autant plus vrai que l’on peut considérer que ce sont effectivement les fêtes bruyantes et excessives auxquelles participent Tina qui font apparaître der Nachtmahr. La créature ne serait alors qu’une incarnation des peurs de la jeune fille, dont l’apparition serait encouragée par l’agression qu’elle subit (lumière vive, musique, drogue, incompréhension de ses parents qui la traînent d’un médecin à un autre sans l’écouter…).

À ce titre, il convient de signaler que la créature, une « simple » marionnette, est absolument superbe. Inspirée par celle figurant sur le tableau Der Nachtalb peint en 1902 par Johann Heinrich Füssli, elle a aussi été source d’inspiration pour Ken Russel et son Gothic réalisé en 1986. Petite, imberbe, recouverte d’une peau grisâtre, dotée d’yeux et d’oreilles immenses, elle n’est pas vraiment effrayante, mais n’inspire pas non plus la confiance à première vue ; la réaction de Tina effrayée lors de leur première confrontation est parfaitement compréhensible. En s’habituant à son apparence, la confiance s’installe et, tout comme Tina, nous commençons à ressentir de la sympathie envers cette petite chose ; le réalisateur qui l’a conçue lui-même a réalisé une véritable prouesse.

La créature ne doit pas cependant mettre dans l’ombre l’excellente interprétation de Carolyn Genzkow qui incarne Tina. Sa prestation permet de pleinement faire ressentir l’expérience à laquelle elle est confrontée. Comme dans beaucoup de film d’horreur, l’horreur s’insinue dans le présent et la société, et c’est parfaitement retranscrit ici.

Akiz, pseudonyme du réalisateur Achim Bornhak, également connu comme DJ dans la scène techno, est parvenu avec un budget de 100 000 euros à réaliser un film entre l’horreur physique d’un David Cronenberg et les expérimentations scénaristiques d’un David Lynch. Mais surtout, il parvient d’une manière réaliste et sans donner de leçons à mettre en image le désarroi de la jeunesse. Par ailleurs, Der Nachtmahr recours de manière intéressante à la tradition du romantisme noir allemand, aux contes de Grimm, aux écrits de E.T.A. Hoffmann et aux peintures de Böcklin. Ambivalent, à la fois douloureux et excitant, Der Nachtmahr semble bien disposer des marques qui caractérisent les grands films.

Explication de texte diabolique ! Ne lisez pas ce qui suit si vous n’avez pas encore vu le film :

Tina vit difficilement son adolescence. La nuit elle expérimente en participant à des raves et en prenant des drogues dures. Le jour, elle est entourée de ses parents avec qui elle se sent comme un extra-terrestre. Dès lors, elle se crée un doppelganger introverti, symbole de son inadaptation. Ce n’est que lorsque la créature se blesse avec un rasoir et que Tina se met également à saigner qu’il devient évident que les deux êtres sont liés. L’attaque de la créature par les parents de Tina, éveille donc logiquement en elle son instinct de conservation. Tina comprend l’importance de sauver cette créature dont elle se détournait pourtant au début du film. À la fin, Tina prend la créature avec elle et s’enfuit en pleine nuit, sans savoir où aller, du moment qu’elle échappe à ses parents et ses faux amis.

Cette explication de texte reste cependant incomplète… En effet, que signifie cette vidéo montrant un accident de la route qui débute et termine le film sur un cercle sans fin ?

Sources : critic.de

Der Nachtmahr 2015 Réalisation : Akiz Interprètes : Carolyn Genzkow, Wilson Gonzalez Ochsenknecht, Sina Tkotsch, Alexander Scheer, Kim Gordon…
Bande annonce en allemand :

Oublier un temps la guerre grâce à ce diable de garçon

À la suite d’un pari, Pfeillfer, romancier quadragénaire, rase sa moustache, coiffe ses cheveux à la mode et se déguise avec des vêtements plus décontractés pour se rajeunir afin de retourner sur les bancs de l’école et faire des farces à ses professeurs.

Ce diable de garçon (1944) fait ainsi écho au désir de tout un peuple de revenir à une époque bénie où tout était plus simple. En effet, en redevant un écolier idiot et sans souci, Pfeiller, ne cherche pas le chaos, mais plutôt la paix et l’harmonie. Ainsi, les farces qu’il inflige à ses paires sont inoffensives : une chaussure cachée, un petit mot collé sur le dos d’un enseignant… Lorsqu’il va malgré tout un peu trop loin, excuses et réconciliations suivent dans la foulée.

Les professeurs, quant à eux, restent sympathiques ; ils ne sont pas imprégnés d’idéologie nazie. Les enseignants de ce lycée ne sont pas seulement les hommes qui ne sont pas à la guerre (trop vieux, non militarisés, inapte à la « vraie » vie), ils sont aussi les représentants d’un humanisme en conflit avec la théorie de l’utile prônée par les nazis (et qui ne recueillera d’ailleurs pas plus d’attention au cours du développement économique qui suivi la guerre).

Réalisateur, scénariste et acteur, Helmut Weiss travaille avec Heinz Rühmann dès 1942 avec Ich vertraue Dir meine Frau an dont il écrit le scénario. Leur collaboration dure plusieurs films mais Ce diable de garçon est leur plus grand succès. Après la guerre, Helmut Weiss rencontre à nouveau la réussite avec Trois hommes dans un bateau en 1961, avant de se consacrer par la suite à la télévision.

Mais la fantaisie est éphémère et lorsque Heinz Rühmann apparaît à la fin du film, c’est pour nous avouer que l’histoire n’est finalement que le fruit de l’imagination de vieux monsieurs imbibés d’alcool et que l’époque rêvée de Ce Diable de garçon est belle et bien disparue depuis longtemps.

En 1944, la seconde guerre mondiale bat en effet son plein. Les paysages sont dévastés, des millions de soldats meurent pendant les batailles et des millions de juifs et autres minorités sont déportés et exterminés. Durant le tournage du film, entre mars et juin 1943, 40 000 personnes décèdent lors des Insurrections du ghetto de Varsovie. La défaite allemande commence à se dessiner et les alliés débarquent en Italie. Quant aux bombardements sur les villes allemandes, ils prennent de l’ampleur. Par exemple, le jour précédent la première de Ce diable de garçon, le 28 janvier 1944, la Royal Air Force attaque la capitale allemande avec près de 400 avions. L’horreur de la guerre n’épargne pas non plus ceux qui participent aux films et certains des adolescents que l’on voit jouer devant la caméra ne purent le voir au cinéma puisqu’à à la fin du tournage ils furent envoyés au front où ils perdirent la vie.

Die Feuerzangenbowle, titre original du film, est une boisson traditionnelle allemande alcoolisée où un pain de sucre imbibé de rhum est flambé et coule dans du vin chaud. C’est cette boisson que boivent Pfeiffer et ses amis au début du métrage.

Quoi qu’il en soit, Ce diable de garçon est doté d’une bonne humeur communicative. Le film est rempli de scènes cultes qui en ont fait le film préféré de plusieurs générations de cinéphiles allemands. Par exemple, lors de sa première diffusion, le métrage a réuni 20 millions de télespectateur devant la deuxième chaine nationale allemande. Le film est porté par la composition de Heinz Rühmann alors âge de 41 ans. Son allure jeune et son sourire espiègle convainquent le public au point où à la fin, personne n’est chagriné par le fait que Pfeiffer trouve le grand amour avec une camarade de classe… mineure.

Produit pour faire oublier au public les horreurs de la guerre, ce diable de garçon est un film schizophrène comme de nombreux films de la fin de la période nazie. Bien qu’il serve le régime, il regarde déjà au-delà de sa chute et appelle de tout son cœur paix et réconciliation : c’est le début du sentiment de culpabilité.

Le film est l’adaptation d’un classique de la littérateure populaire allemande. Dans le livre de Heinrich Spoerl, l’histoire se déroule dans l’un des lieux prépférés de l’’âme allemande, l’école, où l’on est tout autant éduqué et détruit et où l’on vit les années les plus belles et déespérantes de sa vie, en espérant revenir dans cette époque où out à commencer en amélirant tout.

Heinz Rühmann est l’un des acteurs allemands les plus célèbres du XXème siècle et son personnage de Hans Pfeiffer son rôle le plus connu. Acteur comique durant la période nazie, il se voit confier des rôles de composition après la guerre comme dans Le Capitaine de Köpenick (1956), où il incarne un imposteur allemand qui se fit passer pour un officier prussien en 1906. Plus tard, en 1958, il incarne un policier enquêtant sur des meurtres de fillettes dans Ça s’est passé en plein jour. Il joue au cinéma pour la dernière fois dans Si loin, si proche ! de Wim Wenders en 1993.

Anecdote : Bernhard Rust, ministre de l’éducation à l’époque, voyait dans Ce diable de garçon un film bravant l’école et son autorité. Il tente donc d’en interdire la sortie, mais Heinz Rühmann fait jouer ses relations comme il le fit déjà précédemment afin d’obtenir une autorisation pour épouser Hertha Feiler d’origine juive (Joseph Goebbels, ministre de la propagande le considérait comme un grand acteur et l’avait particulièrement apprécié dans des films qui servaient le régime comme Quax, der Bruchpilot vantant les mérites de la Luftwaffe. Cette proximité avec le régime ne sera pas sans conséquence pour Heinz Rühmann mais, en 1944, elle lui permet de faire sortir Ce diable de garçon après une rencontre avec Hermann Göring qui, à la demande de l’acteur allemand avait demandé l’avis d’Adolf Hitler qui avait ordonné de le montrer au peuple puisqu’il s’agissait d’un film pour faire rire.

Die Feuerzangenbowle
Allemagne – 1944
Réalisation : Helmut Weiss
Interprètes : Heinz Rühmann, Karin Himboldt, Hilde Sessak, Erich Ponto, Paul Henckels

Bande annonce en allemand :

Après la guerre, le cinéma allemand doit soutenir le moral d’un peuple dont le pays est en ruine

Après la guerre, le cinéma allemand décide de ne traiter la période passée que de manière succincte. Ainsi, et plutôt que de proposer une introspection sur ce qui s’était passé, le 7ème art prend à cœur de soutenir le moral durement atteint par la reconstruction du pays en ruine. Parmi les œuvres à malgré tout aborder la période nazie, citons le premier film allemand de l’après-guerre : Les assassins sont parmi nous (1946). Dans le film de Wolfgang Staudt, un chirurgien rongé par ses démons retrouve son ancien capitaine désormais rangé qui avait pourtant ordonné de tuer plus de cent innocents, dont des femmes et des enfants. Un an plus tard, In jenen Tagen de Helmut Käutner propose plusieurs histoires dépeignant la vie de personnes ordinaires durant le Troisième Reich. Le réalisateur, dont les films pessimistes irritaient Joseph Goebbels, revient à nouveau sur la période nazie en 1955 avec Le Général du Diable qui fait partie de toute une série de films antimilitaristes, comme 08/15 de Paul May ou Le Pont de Bernhard Wicki. Mais le public demande du divertissement…

Les assassins sont parmi nous

En 1950, La Fiancée de la Forêt-Noire de Hans Deppe marque la naissance du cinéma de genre en Allemagne et en particulier du film de terroir (Heimatfilm) qui met en scène des gens simples dans des paysages campagnards. Le genre connaît son apogée lors de la première moitié des années 50 avant d’être relayé par le film d’amour historique dont le plus célèbre représentant est Sissi (1955). Le cinéma allemand exploite dès lors d’autres genres comme le film d’aventure et le Western avec la série des Winnetou dont le héros éponyme est incarné par le français Pierre Brice. Le film policier et le thriller sont également remis au goût du jour avec les adaptations cinématographiques des romans d’Edgar Wallace. On notera qu’aucun de ces films ne se déroule en Allemagne et qu’aucun ne présente des héros d’origine allemande… À partir de 1967, le cinéma de genre se lance à l’assaut de l’érotisme avec Helga, de la vie intime d’une jeune femme, premier film d’éducation sexuelle qui sera suivi par toute une série de films sexy, dont les fameux Schulmädchen-Report à partir de 1970.

En réaction à cette profusion de films mésestimé par certains, des cinéastes fondent alors le Nouveau cinéma allemand, s’inscrivant clairement dans le cinéma d’auteur.

L’Honneur perdu de Katharina Blum

Ce courant est très peu politisé, mais on trouve malgré tout quelques exceptions à la règle. L’Allemagne en automne (1978), par exemple, reconstitue l’ambiance qui régnait dans le pays lors des années durant lesquelles la bande à Baader commettait des actes terroristes. Sur le même thème et à la même époque, citons L’Honneur perdu de Katharina Blum (1975) dépeignant comment le plus grand journal allemand encourageait ses lecteurs à dénoncer toute personne soupçonnée d’être terroriste. Le film de Volker Schlöndorff, qui pointe le doigt sur la mauvaise utilisation de la liberté de la presse, est un succès international. Mais son film le plus connu est Le tambour (1979), critiquant la société qui a permis, et profité, de la période nazie. C’est le premier film allemand à recevoir l’Oscar du meilleur film étranger.

Parmi les acteurs importants du Nouveau cinéma allemand, Wim Wenders s’impose également avec des documentaires et des longs-métrages expérimentaux. Parmi eux, Au fil du temps (1976) est un road movie d’une durée de trois heures tourné en noir et blanc et presque sans dialogue. Les films les plus importants de l’auteur sont L’ami américain (1977), Paris, Texas (1984) ainsi que Les ailes du désir (1987). Dans ses films, Wim Wenders traite de la solitude, de la communication et de l’absence de communication. Son thème de prédilection est cependant la colonisation de la culture allemande par celle des États-Unis.

Werner Herzog, quant à lui, est surtout connu pour sa collaboration avec l’enfant terrible du cinéma allemand : Klaus Kinski. Malgré la relation amour-haine qu’entretenaient les deux hommes, les films Aguirre, la colère de Dieu (1972), Fitzcarraldo (1982) et le remake de Nosferatu le vampire (1922) leur permirent de profiter d’une renommée internationale.

Tous les autres s’appellent Ali

Rainer Werner Fassbinder reste cependant le réalisateur le plus célèbre de ce courant cinématographique, autant pour l’esthétisme qu’il insufflait à ses films que pour ses abus d’alcool et de drogue ; excès qui lui coûtèrent d’ailleurs prématurément la vie en 1983. Malgré une courte carrière, Fassbinder met en scène 42 films et deux séries, dont Berlin Alexanderplatz en 1980. Dans Tous les autres s’appellent Ali (1973), l’histoire d’amour impossible entre une femme de ménage sexagénaire et un jeune étranger permet à Fassbinder d’évoquer les tabous, les problèmes d’intégration et l’intolérance de la société allemande.

Malgré l’intérêt évident du Nouveau cinéma allemand, son influence s’avère limitée. Aucun véritable chef-d’œuvre ne bénéfice d’une reconnaissance internationale, par exemple. En dehors de Lili Marleen (1981) réalisé par Rainer Werner Fassinbinder, les films ne connaissent pas vraiment de succès auprès du grand public. Au mieux, le nouveau cinéma allemand bénéficie d’une renommée auprès des cinéphiles. Le courant finit d’ailleurs par disparaître au milieu des années 80, étouffé par le cinéma de divertissement. Apparaissent alors des comédies peu ambitieuses, hypothéquant une éventuelle carrière internationale en faisant appel à des stars de la télévision locale. Les seuls réalisateurs du genre à tirer leur épingle du jeu sont Detlev Buck avec Petits lapins (1991) et Tous les moyens sont bons (1993), ainsi que Sönke Wortmann avec Kleine Haie (1992)

Kleine Haie

Source : filmszene.de

Retrouvez les deux premières parties de ce dossier retraçant l’histoire du cinema allemande :

Une histoire du cinéma allemand, les débuts : le cinéma expressionniste

Une histoire du cinéma allemand, les débuts du parlant : de la crise de 1929 à la période nazie