Archives par auteur: Ulrich Klemm

Schatten aus der Zeit, une adaptation lovecraftienne aux formes indéfinissables

Dans le mythe de Cthulhu et des Grands Anciens fondé par Howard Phillips Lovecraft, L’Abîme du temps (titre original : The Shadow Out of Time) tient une place importante car elle éclaire de manière significative les origines de ces êtres qui ont habités notre planète bien longtemps avant l’apparition de l’homme.

En 1975, la longue nouvelle écrite entre 1934 et 1935 et l’un des derniers textes publiés du vivant de son auteur, fait l’objet d’un film étrange produit par la ZDF, deuxième chaîne de télévision allemande : H.P. Lovecraft: Schatten aus der Zeit.

George Moorse est un réalisateur américain qui a principalement travaillé en Allemagne. Il est considéré comme l’un des principaux architectes du nouveau cinéma allemand dont la thématique principale, dans les années 70, était la critique sociale et politique. En Allemagne, il est connu pour avoir réalisé 186 épisodes de la série familiale et culte Lindenstraße.

Après avoir filmé ses acteurs, le scénariste et réalisateur George Moorse décide, pour retranscrire l’histoire sur le petit écran, d’extraire 850 diapositives afin de composer un collage aventureux qui rappelle pour beaucoup la forme d’un roman-photo. Pendant que défile le diaporama, une voix-off omniprésente permet au protagoniste principal de raconter sa fantastique histoire…

Ainsi, nous apprenons qu’en 1957, le professeur en économie N. W. Peterson (Anton Diffring), souffre de violents maux de tête. En fin de compte, Peterson devient amnésique et doit tout réapprendre ; il consacre alors son temps à engendrer toutes sortes de connaissances. Soudainement, cinq années plus tard, Peterson recouvre ses souvenirs perdus mais il est désormais hanté par des cauchemars effrayants, eux-mêmes habités par des êtres issus de mondes étranges…

L’allemand Anton Diffring est un acteur qui est apparu dans plus de soixante-dix films jusqu’en 1988. À plusieurs reprises, il interprète des officiers allemands (le colonel Hirsch dans Zeppelin, en 1971, aux côtés de Michael York) et des officiers nazis (le colonel Trautman dans Les Sept Tonnerres, en 1957). Mais son rôle le plus connu est celui de Fabian dans Fahrenheit 451 (1966) de François Truffaut.

L’œuvre mystérieuse et déconcertante de Lovecraft a permis aux lecteurs de mettre à contribution leur imagination. Il était donc parfaitement légitime que des auteurs inventent des formes de narration originales. Ainsi, le téléfilm Détective Philippe Lovecraft (1991) met en scène le romancier dans une aventure directement inspirée de ses œuvres, The Call of Cthulhu (2005) illustre une histoire sous la forme d’un film muet, Necronomicon (1993) est une anthologie, etc. Finalement, il n’est pas surprenant qu’un auteur ait imaginé adapter une nouvelle sous la forme d’un diaporama. Le choix s’avère d’ailleurs plutôt malin, voire judicieux, permettant plusieurs séquences non dénuées d’une certaine folie, comme les scènes oniriques ou la séquence durant laquelle un disciple des Grands-Anciens volent les connaissances de Peterson à l’aide d’un étrange appareil.

Bien sûr, il est également plus facile de créer des mondes et des créatures fantastiques en photos qu’en utilisant des effets-spéciaux, en particulier dans les années 70.

L’écrivain américain H.P. Lovecraft (1890-1937) a écrit des histoires pour des magazines comme Weird Tales. Peu connu de son vivant il jouit aujourd’hui du statut d’auteur culte. De nombreux artistes se sont inspirés de son oeuvre décrivant un univers régit par les Grands Anciens, de puissants dieux.

Certes, il peut s’avérer difficile de s’accoutumer à la forme. Quoi qu’il en soit, la mise en images de l’univers lovecraftien n’est, quant à elle, jamais grotesque ou sujet à moquerie. Illustrer les rêves par des collages et des dessins s’avère pertinent et la durée très courte (50 minutes) est également un atout.

Loin d’être un échec, le choix courageux de George Moorse donne naissance à une œuvre unique. Cette excitante découverte s’inscrit parfaitement dans le monde obscur et troublant du mythe de H.P. Lovecraft.

Schatten aus der Zeit Allemagne – 1975 Réalisation : George Moorse Interprètes : Anton Diffring Ingrid Resch…

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Im Staub der Sterne, un film psychédélique fabriqué en RDA

Film grand public, inédit dans nos contrées, Im Staub der Sterne, produit par la RDA, est aussi un film psychédélique, proche de l’expérimental…

La RDA ne dispose pas d’une grande tradition dans le domaine de la science-fiction, contrairement à d’autres pays du bloc de l’Est, comme la Pologne ou l’Union Soviétique. Im Staub der Sterne est donc une exception à la règle, une curiosité qu’il convient de prendre comme telle, à l’instar d’Eolomea, par exemple.

Un vaisseau de la planète Cynro répond à un appel de détresse provenant de la planète Tem. Au moment d’atterrir, le vaisseau, victime de perturbations, manque de peu de s’écraser. Sous la direction d’Akala, une délégation est reçue à Tem par Ronk, un officier dont la cordialité n’est pas la principale qualité. Celui-ci assure que l’appel à l’aide a été envoyé par accident et invite ses hôtes à prendre le chemin du retour dès que possible. Les Tem retournent donc à leur vaisseau, vexés par le manque de considération qui leur a été témoigné.

Craignant que les cosmonautes de la planète Cynro ne se doutent de quelque chose, le chef des Temen décide alors d’organiser une fête et d’inviter les visiteurs avant leur départ, histoire de leur montrer un visage plus accueillant.

Lorsque ses compagnons reviennent de la fête, Suko resté seul dans le vaisseau spatial est surpris par le changement d’attitude. Insouciants, joyeux, ses camarades cyn en ont presque oublié l’objet de leur venue.

Soupçonneux, Suko décide de survoler la planète avec un vaisseau de reconnaissance. Ainsi, il découvre une mine dans laquelle travaille les Turis, les véritables habitants de la planète, transformés en esclaves par les Tem…

Gottfried Kolditz est l’un des vétérans du film de genre en RDA. Le réalisateur né en Saxe a commencé durant les années 1950 en tant qu’acteur puis est passé au DEFA, studio d’Etat de la République Démocratique Allemande où il se spécialise dans les films de contes de fées et les comédies musicales.

Im staub der sterne est souvent très classique. Parfois, cependant, il dépasse les frontières du bizarre et le surréalisme n’est pas loin.

Par exemple, après l’atterrissage sur la désertique Tem (pour des raisons que l’on imagine économiques), les cosmonautes font la connaissance des autochtones et de leurs coutumes. Ainsi, ils se voient offrir des vaporisateurs bleus et rouges à actionner dans la bouche. Sauf que personne ne prend la peine d’expliquer que les rouges sont épicés. L’un des protagonistes s’étrangle et se voit moquer par ses hôtes.

Les personnages principaux sont interprétés par des acteurs de quatre pays différents. Jana Brejchová, l’actrice principale est un des visages les plus célèbres du cinéma et de la télévision tchèque. Leon Niemczyk, qui a participé au soulèvement de Varsovie, a joué dans de nombreux films de la nouvelle vague polonaise avant de devenir un acteur populaire de la DEFA. Il est décédé en novembre 2006, quatre jours après la première de Inland Empire de David Lynch dans lequel il tient un second rôle. La carrière d’Alfred Struwe, qui incarne Suko, s’est limitée à des téléfilms et des séries télévisées est-allemandes. Milan Beli, qui joue le rôle du chef de la sécurité Ronk, s’est illustré dans un film de nazisploitation (Eine Armee Gretchen d’Erwin Dietrich) avant de jouer dans des productions est-allemandes, notamment en incarnant les méchants dans des westerns. Quant à Ekkehard Schall, qui joue le chef narcissique des Tem, c’est un vétéran du Berliner Ensemble, fondé par Bertolt Brecht en 1949. Il est considéré comme l’un des plus grands acteurs brechtiens.

Plus surprenant encore, le dirigeant de la planète Tem est peut-être l’un des dictateurs les plus timbrés du cinéma de SF. Il n’a pas de nom, on l’appelle le chef. Il colore ses cheveux en bleu avec un vaporisateur et il joue pendant des heures avec une console qui lui permet de faire danser de jolies femmes à différentes vitesses. Narcissique (son QG est entouré de miroirs), le leader des Tems est également puéril.

D’ailleurs, il n’impressionne nullement Akala qui dirige les cosmonautes cyn. Akala est une femme, ce qui participe également au charme du film. Im Staub der Sterne se démarque en effet des films américains qui, jamais, ne se seraient permis un tel affront au machisme qui les animent.

Enfin, terminons, sur une scène fort jolie, en ombres chinoises, dans laquelle une Cyn, encore sous l’effet des drogues qu’elle a ingérée à la fête organisée par les Tem, danse nue sur une musique jazz.

Le film se permet également quelques critiques fondamentales de la société de consommation occidentale, en particulier à la suite de l’invitation des Cyn à une fête organisée par les Tem… Avec leurs salopettes en cuir rouge vif, les visiteurs de Cynro se mêlent à la population locale. Ils goûtent aux boissons et aux vaporisateurs distribués sur des plateaux par de jolies jeunes Tem, légèrement vêtues qui dansent de manière suggestive sur une musique électronique moderne, pendant que des serpents rampent sur les tables. Insouciants, les Cyn ne se rendent pas compte qu’ils ont droit à un traitement spécial : un lavage de cerveau en bonne et due forme. En en effet, au retour, les Cyn se sont tellement amusées, qu’ils en ont oublié le but de leur visite. La critique de la société capitaliste et de sa quête du plaisir fade et plat nous renvoie ainsi au Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley. Plus loin, lorsque l’on rencontre les habitants originaux de la planète Tem vivant sous terre et travaillant comme des esclaves, c’est à un autre classique de la SF que l’on pense : La Machine à explorer le temps de H. G. Wells.

Dans la seconde partie, le film bascule dans un profond pessimisme lorsque l’équipage Cyn doit passer à l’action et venir en aide au peuple autochtone transformés en esclave. Les Cyns, réalistes, savent que les Tems sont trop puissants pour être chassés. Ainsi, le film se termine sur un statu quo. Les esclaves restent opprimés. Une situation impensable dans un film hollywoodien où l’on aurait tôt fait de montrer les américains chasser les envahisseurs et libérer le peuple brimé. Mais il y a une différence entre la propagande et la réalité.

Im Staud ber Sterne – RDA – 1976 Réalisation : Gottfried Kolditz Interprètes : Jana Brejchova, Ekkehard Schall, Milan Beli, Sylvia Popovici, Violetta Andrei, Leon Niemczyk, Regine Hentze, Stefan M. Nraila…
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Eolomea – un autre film de SF est-allemand :

Günther Brandl donne de sa personne dans Unholy Ground.

Günther Brandl est un véritable passionné comme en atteste les 60 films auxquels il a contribué, que ce soit derrière ou devant la caméra, Cette passion, il a su la transmettre à son frère Helmut et sa sœur Monika qui gèrent avec lui sa boîte de production, Brandl Pictures. Parfois, ils oeuvrent même devant la caméra, comme c’est le cas pour Unholy Ground…

Au 18ème siècle, des soldats font irruption dans un paisible village suédois afin de se reposer et de soigner leurs blessures. Bien qu’accueillants, les villageois paraissent étranges aux yeux des nouveaux venus, en particulier à cause de leur forte piétée, d’autant plus que c’est un tout autre Dieu qui semble bénéficier de leur vénération…

Il existe deux versions de Unholy Ground. Une director’s cut et une autre, nommée xtended contenant des plans bien plus explicites, faisant basculer le film dans la catégorie pornographie.

Avec Unholy Ground, Günther Brandl livre un film d’horreur que l’on peut aisément classer parmi les œuvres amateurs qui ont fait la gloire de ses compatriotes Andreas Schnaas et Olaf Ittenbach.

Unholy Ground dispose cependant d’un élément important qui le différencie des autres œuvres amateurs, c’est la présence de scènes de copulation, en particulier dans la version xtended qui, au contraire de la director’s cut, propose même quelques séquences pornographiques. Des scènes classées X dans lesquelles Günther Brandl n’hésite à donner de sa personne.

Malgré tout, le scénario de Unholy Ground n’a rien à voir avec un banal film pour adulte, en particulier parce que le sujet intéressant réserve de surcroit plusieurs surprises et rebondissements, attestant du soin apporté au scénario.

En revanche, le manque de rythme est plutôt problématique. La durée du film est probablement trop longue et même si l’histoire est attrayante, la narration est plombée par une interprétation assurée de manière dilettante. On peut aussi regretter des effets spéciaux bricolés peu spectaculaires qui souffrent de la comparaison avec les films des ténors du film gore Outre-Rhin cités précédemment. Ces carences ne déshonorent pas le film, d’autant plus qu’on imagine le budget disponible résolument étriqué, mais Unholy Ground ne parvient pas à suffisamment divertir le spectateur entre les scènes chocs.

Unholy Ground dispose en effet de quelques scènes percutantes. Citons par exemple l’orgie qui se déroule en milieu de métrage et à laquelle prennent part les villageois copulant sous la lune, à la belle étoile, les corps éclairés par des torches enflammées. Une autre scène se déroule quant à elle au cœur de l’Enfer… Châtiments corporels, tortures, supplices pervers plus ou moins subtiles s’étalent sous nos yeux rappelant les scènes les plus extrêmes des films du brésilien fou José Mojica Marins qui oeuvrait, pour sa part, dans les années 60 et 70.

En ce qui le concerne, Unholy Ground séduit néanmoins grâce à son scénario ambitieux joliment mis en valeur par des costumes d’époque et des décors permettant de reconstituer un village de paysans. Les scènes érotiques et pornographiques, inattendues dans un film amateur, sont un peu la cerise sur le gâteau, et permettent de rendre, en passant, un petit hommage au cinéma d’exploitation européen des années 70.

Unholy Ground Allemagne – 2016 Réalisation : Günther Brandl Interprètes : Jürgen Lill, Nadja Holz, Monika Brandl, Thomas Pill, Stefan Mühlbauer, Mila Moore

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In the fade, se fondre dans la violence

La haine pure, un attentat, deux morts : un enfant, un compagnon. Katja perd tout. Sa vie s’arrête brutalement. Mais le monde continue de tourner. L’indifférence peut-elle inciter à se fondre soi-même dans la violence ? Telle est la question que pose in the Fade.

Katja arrive en voiture dans la petite rue où travaille au rez-de-chaussée son mari Nuri. Son entreprise propose des traductions pour ses clients turcs. Katja ne compte pas rester très longtemps ; elle vient simplement récupérer son fils qui est rentré de l’école. Là, une policière lui barre le chemin « Il y a eu une explosion, vous ne pouvez pas passer, continuez votre chemin »… Katja s’extirpe de la voiture, se baisse pour passer sous le bandeau de la police qui délimite la scène. Des policiers arrêtent sa progression, la plaque au sol. C‘est la consternation, un attentat vient de bouleverser la vie de la jeune femme.

Mannequin, Diane Kruger débute sa carrière d’actrice en 2001 aux côtés de Dennis Hopper et de Christophe Lambert dans The Piano Player. Guillaume Canet lui donne ensuite le premier rôle dans Mon idole qui la fait connaître en France. Elle devient populaire grâce à Michel Vaillant en 2003. L’année suivante, elle tient les rôles principaux de Troie avec Brad Pitt, de Rencontre à Wicker Park avec Josh Hartnett et de Benjamin Gates et le Trésor des Templiers avec Nicolas Cage. Retour en France l’année suivante avec le drame historique Joyeux Noël et le drame indépendant Frankie. Dès lors on la retrouve fréquemment au cinéma, tour à tour dans des films modestes comme Copying Beethoven ou plus importants comme Inglourious Basterds.

Le nouveau film de Faith Akins raconte l’histoire de cette femme qui, à Hambourg, perd son époux et son fils de 8 ans dans un attentat commis par l’extrême droite. Le film fait ainsi référence au Parti national-socialiste souterrain (Nationalsozialistischer Untergrund en allemand), une association terroriste qui a commis dix meurtres sur des personnes d’orgines étrangères et une policière entre 1999 et 2006. Plus loin, in the Fade dénonce un racisme institutionnel dans lequel les victimes d’origines étrangères, victimes de préjugés, doivent d’abord démontrer leur innocence avant de pouvoir réclamer justice.

Le film est raconté en plusieurs chapitres : le prologue, l’attentat, les conséquences, l’arrestation des coupables, le procès, le verdict et, terrible, l’application de la peine et de la justice par Katja elle-même.

Fait Akin réalise son premier long-métrage en 1999. L’Engrenage (Kurz und schmerzlos), remporte des prix dans divers petits festivals européens. En 2000, le réalisateur sort Julie en juillet (Im Juli), avec Moritz Bleibtreu (L’Expérience) avant de se concentrer sur l’un de ses thèmes les plus chers, l’immigration. Solino (2002) s’intéresse par exemple à l’histoire de deux frères italiens immigrés avec leurs parents en Allemagne. En 2004, il reçoit l’Ours d’or au Festival de Berlin avec le film Head-on et en 2007, il remporte le prix du scénario au Festival de Cannes pour le film De l’autre côté.

Ainsi, in the Fade n’est pas un film sur la misère sociale qui génère le racisme ou les milieux d’extrême droite en Allemagne. C’est un film sur la perte d’une partie de soi-même et la difficulté de se reconstruire dans une société qui a tellement accepté la violence qu’elle ne la voit, ne la condamne plus, et laisse les victimes seules, détruites. Le bénéfice du doute que l’on octroie aux coupables empiète ainsi sur le droit à la justice des victimes.

Tout en décrivant une société sombre, in the Fade est mis en scène à la manière d’un thriller efficace qui met la souffrance d’une mère au centre de son récit. Le film est merveilleusement porté par Diane Kruger qui joue ici pour la première fois dans la langue de Goethe. Grâce aux émotions qu’elle génère, elle donne corps au personnage de Katja et transforme le film en une expérience émotionnelle de sang, de sueurs et de larmes.

in the Fade – Allemagne, France – 2017 – Réalisation : Faith Akin – Interprètes : Diane Kruger, Denis Moschitto, Numan Acar, Samia Muriel Chancrin, Johannes Krisch…
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Der Bunker, séquestration, maltraitance, éducation

Habituellement, en temps de guerre, le terme bunker évoque un lieu qui protège. Depuis quelque temps, de Michael (2001) à 10 Cloverfield Lane (2016), il est plutôt associé à la séquestration et à la maltraitance. C’est maintenant au tour d’un jeune réalisateur indépendant de se consacrer au sujet pour illustrer l’éducation parentale et scolaire.

L’Étudiant (Pit Bikowski – tueur transgenre dans Der Samurai en 2014) est en quête d’un endroit calme pour mener à bien ses travaux de recherches. C’est ainsi qu’il se retrouve dans un bunker isolé au milieu de la forêt. Ses hôtes, qui mettent à sa disposition une chambre borgne, forment une famille un peu singulière. Le maître du bunker, le père (David Scheller) se prend pour un intellectuel, n’hésitant pas à philosopher sur la consistance d’un œuf au plat. La mère (Oona von Maydell) parle tous les soirs avec Heinrich, une plaie sur sa jambe. Le fils de 8 ans Klaus (Daniel Fripan), paraît beaucoup plus âgé et se prépare à devenir président dès qu’il sera grand. Cependant, comme il n’est pas très malin, les parents demandent à l’Étudiant de lui faire l’école ; les efforts qu’ils ont eux-mêmes mis en œuvre pour atteindre quelques résultats se sont avérés vains.

Pour son premier film, Nikias Chryssos créé un univers obscur dans lequel se débat une famille étrange. Cependant, ses valeurs sont tellement communes qu’il est facile de s’identifier à elle. Au final, cette identification s’avère parfois dérangeante puisque l’on se retrouve dans l‘excentricité aussi de ces protagonistes. À ce titre, on trouve au centre du récit, étiré jusqu’à l’absurde, le thème de l’éducation, particulièrement malmenée par le film. Par exemple, comme les parents rêvent d’une carrière pour leur fils, celui-ci doit aller à l’école et apprendre par cœur des listes de capitales qu’il n’arrive pas à retenir. Mais les parents s’obstinent, au point de ne pas reconnaître l’âge réel de leur enfant qui a de toute évidence largement dépassé celui d’être au CE1. Der Bunker interroge ainsi les attentes des parents vis-à-vis de leurs enfants, mais aussi les exigences du système par rapport aux parents. Der Bunker est donc au final une allégorie non voilée du système éducatif, fabrique à futurs travailleurs dociles, où l’on forme des êtres capables de recracher tels quels des cours appris par cœur et certainement pas un lieu pour découvrir, expérimenter, s’épanouir. Dans un tel système, vouloir le meilleur pour son enfant revient à l’enfermer dans un bunker.

Grâce à leur jeu à multiples facettes, les acteurs parviennent admirablement à projeter monsieur Tout-le-monde dans des situations singulières. Celui qui tire son épingle du jeu est cependant Daniel Fripan (Le maître des sorciers -2001, Victoria – 2015) qui, malgré sa trentaine, doit jouer un écolier du primaire. Cette décision prise originellement pour éviter d‘avoir à travailler avec un enfant, s’avère particulièrement judicieuse. L’exploit réalisé par Daniel Fripan, qui joue habituellement les nazis ou les criminels, est d’avoir parfaitement évité le ridicule. L’absence de second degré dans son jeu déstabilise et met mal à l’aise le spectateur qui n’a pas l’habitude de voir un adulte jouer le rôle d’un enfant à qui l’on n’a pas laissé suffisamment de place pour devenir adulte. Cette situation non-naturelle interroge jusqu’à la structure des familles à un seul enfant formant un monde à taille réduite, étriqué, replié sur lui-même pour se protéger de l’extérieur, et dans lequel l’enfant unique porte sur ses frêles épaules tous les espoirs des parents et de la société. Le refus de sortir de l’enfance en devient presque rationnel.

Der Bunker ressemble à un patchwork du travail de Dario Argento pour les couleurs et de David Lynch pour l’étrangeté des situations. Quelque peu auteurisant dans la forme, il n’en est pas pour autant abstrait et inaccessible. La sévère critique dirigée contre l’école, le système et l’autorité parentale y est parfaitement claire et lisible. L’intérêt et la curiosité du spectateur sont également constamment relancés grâce à une succession de scènes bizarres et atypiques.

Source : Deadline – das Filmmagazin

Der Bunker Allemagne – 2015 Réalisation : Nikias Chryssos Interprètes : Daniel Fripan, David Scheller, Pit Bukowski, Oona, von Maydell

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La Chute et la démystification de l’incarnation du nazisme

La crème de la crème du cinéma allemand s’est réunie pour mettre en images l’agonie du nazisme, non pas depuis le point de vue des victimes, mais depuis ses propres rangs

En 1942, la munichoise Traudl Junge (Alexandra Maria Lara) devient la nouvelle secrétaire d’Adolf Hitler (Bruno Ganz). Ce sera également la dernière. En effet, deux années plus tard, elle est témoin des derniers jours du régime et du Führer, retranché avec une poignée de fidèles dans son bunker. Lentement, impitoyablement, le Führer sombre dans la folie et ordonne des actions désespérées, jusqu’à exiger que l’Allemagne soit transformée en désert pour ne rien laisser aux ennemis.

La chute ne se permet aucune spéculation historique. Les événements qui restent aujourd’hui encore des mystères ne sont pas montrés, comme par exemple la mort d’Hitler et de sa femme. Ainsi, le film s’avère très impersonnel et ne cherche pas à expliquer ou démontrer la folie qui s’est emparée des principaux protagonistes. Par exemple, Magda Goebbels, qui prend la décision de tuer ses cinq enfants, n’est pas décrite comme un monstre mais comme une femme qui va au bout de ses convictions, quitte à réaliser un acte monstrueux. Le parti-pris documentaire de La chute peut ainsi déranger.

Parfois, le film tente quelques analyses comme lorsque Eva Braun répond à Traudl qui s’étonne que Hitler puisse alterner un visage sympathique et un autre, inhumain. Eva Braun explique qu’il est inhumain lorsqu’il est le Führer… Il est intéressant d’avoir ainsi scindé la personnalité d’Hitler, un peu à l’image d’une personne qui souffre de trouble dissociatif d’identité.

Plus loin, dans un échange avec le beau-frère d’Eva Braun, Himmler se demande ce que l’on peut « attendre de quelqu’un qui ne fume pas, ne boit pas et est végétarien ». Ces informations a priori banales n’ont qu’un seul objectif, celui d’humaniser le dictateur pour au final le faire redescendre de son piédestal. L’Adolf Hitler qui a mené l’Europe à la destruction est dès lors un homme quelconque, voire un pleurnicheur hystérique soumis aux soubresauts de sa maladie de Parkinson et qui a depuis longtemps perdu tout contact avec la réalité.

Pour mieux appuyer son propos, le film associe l’horreur à des moments plus anecdotiques comme lorsque l’on discute paisiblement de la manière la plus efficace de se suicider ou quand la secrétaire Trudel avoue être débordée de travail depuis qu’Hitler et Goebbels lui ont demandé de rédiger leurs testaments.

Comme le cinéma ne sait pas trop comment mettre en image le mal absolu, il a souvent montré Hilter de dos ou de côté dans la plupart des films. Oliver Hirschbiegel (L’Expérience – 2001) choisit, quant à lui, de mettre le dictateur au centre de son cadre, visage tourné vers la caméra. Ce que l’on découvre alors, c’est un homme ordinaire que les enfants Goebbels surnomment « Oncle Adolf », capable même de se montrer un patron compréhensif vis-à-vis de sa secrétaire. Cet aspect de sa personnalité ne diminue en rien les crimes dont il est responsable, mais démystifier l’homme qui les a commis nous encourage à toujours nous méfier de ceux qui se proclament leader.

source : ankegroener.de

Décédé en 2019, Bruno Ganz est l’un des plus célèbres acteurs suisse oeuvrant en langue allemande. Après une carrière au Théâtre où il est considéré comme l’un des portagonistes les plus importants à partir des années 70, sa rencontre à Brême en 1996 avec le réalisateur Peter Stein lui permet de travailler pour le septième art où il est célébré pour son inteprétration de l’ange Damiel dans Les Ailes du désir (1987) de Wim Wenders et celle d’Adolf Hiter dans La chute (2004) d’Oliver Hirschbiegel qui lui procure une renommée internationale.
La Chute Allemagne, Autriche, Italie – 2004 Réalisation : Oliver Hirschbiegel Interprètes : Bruno Ganz, Alexandra Maria Lara, Corinna Harfouch, Ulrich Matthes…
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Das letzte Abteil, un film bien plus ambitieux qu’on pourrait le croire

Das Letzte Abteil n’est pas un produit fabriqué sur mesure pour le grand public. Protéiformes car changeant constamment de genres cinématographiques tout au long de ses 90 minutes, le film d’ Andreas Schaap s’attache de surcroît à un sujet difficile lui tenant particulièrement à cœur puisque comme beaucoup, il fut confronter au dilemme…

Les espoirs de voir la mère de Greta se réveillé de son coma sont de plus en plus faibles, et Greta se demande si cela a encore un sens de la maintenir artificiellement en vie. Malgré tout, Greta rend régulièrement visite à sa mère alitée dans l’hôpital de Graz en Autriche. En chemin, Greta est victime d’un grave accident lorsque son train est victime d’une avalanche. Dans le froid, en pleine montagne, Greta et ses cinq compagnons d’infortune attendent les secours, mais c’est alors que les choses deviennent de plus en plus confuses. Une tête décapitée est découverte dans le wagon, puis, on comprend que les secours ne viendront finalement pas. Quels espoirs restent-ils aux naufragés ?

Très vite, le spectateur se doute qu’il va avoir droit à un retournement de situation. C’est donc avec un peu de crainte qu’on attend l’intrigue dévoiler ses véritables desseins ; heureusement, le film ne nous réserve pas un final dans la lignée du Sixième Sens de M. Night Shyamalan.

Andreas Schaap est né en 1980 à Oldenburg en Allemagne. Das Letzte Abteil est son second film après la comédie horrifique Must Love Death (2009).

Das Letzte Abteil tourne en effet radicalement le dos à ce concept quelque peu convenu aujourd’hui et, très vite, il on comprend quels sont les véritables enjeux.

La question du maintien artificiel de la vie s’avère finalement le grand sujet du film et Andreas Schaap ne le lâche pas tant qu’il ne trouve pas une réponse satisfaisante à livrer.

Sur la forme, Das Letzte Abteil s’avère particulièrement attrayant. Tour autant thriller fantastique que film catastrophe, ce drame qui louche également du côté du film d’auteur n’est jamais prétentieux ou ennuyeux. L’histoire qui se déroule dans deux endroits clos, la chambre d’hôpital et le wagon accidenté, est constamment intrigante et titille constamment la curiosité. L’atmosphère élaborée par l’absence de couleurs et de forts contrastes plongeant dans la pénombre de nombreux éléments du décor, permet de créer une impression continuellement inquiétante proche du film d’horreur. L’interprétation est de qualité et Anna Fischer livre une prestation remarquable dans son double rôle ; l’actrice porte clairement le film sur ses épaules. Quant aux rebondissements et flash-back, nombreux, ils sont peut-être des gimmicks un peu faciles car modernes mais ils aident à faire passer un sujet difficile rarement exploité au cinéma.

Connue en France pour son rôle dans le film de vampires Nous sommes la nuit (2010), Anna Fischer est dans le cinéma depuis le début des années 2000. Dans Liebeskind (2005) elle incarnait une adolescente rebelle dans une relation père fille prenant une tournure incestueuse…

À ce titre, Das letzte Abteil et sa métaphore sur l’accompagnement de nos proches en fin de vie s’avère bien moins grossier que Quelques minutes après minuit sorti la même année. Là où film de J.A. Bayona donne carte blanche pour laisser partir ses proches sans regret, Das letzte Abteil propose, en effet, une approche beaucoup plus sensible.

Das letzte Abteil Allemagne – 2016 Réalisation : Andreas Schaap Interprètes : Anna Fischer, Nic Romm, Tim Sander, Ernst-Georg Schwill, Barbara Prakopenka…

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Force Noire, œuvre phare du genre nanar

Si vous connaissez et appréciez The Room de Tommy Wiseau, vous serez aux anges avec Ninja Force (Die Brut des Bösen, littéralement la progéniture du Mal en Allemand), une œuvre phare du genre Nanar. Tout y est merveilleusement kitsch. La cerise sur le gâteau est la chanson du générique de fin chantée par Christian Anders dont le texte est on ne peut plus à propos : « Sans issue, le chemin de la vengeance ! Sans issue, ça n’a pas de sens ! »

Frank Mertens (Christian Anders) est le gendre idéal : gentil, posé, bienveillant, sympathique, courtois. C’est aussi un beau garçon : belle chevelure blonde, belle musculature. Tout le monde, et en particulier ses élèves, respecte Frank. Quant aux femmes, elles l’admirent. Ingrid, secrétaire de l’association, en pince même sérieusement et secrètement pour le beau blond. À Madrid, Frank anime une académie dédiée au karaté fondée par le mythique Sensei Takimura, assassiné par des brutes épaisses ; Frank est encore fortement marqué par les événements.C’est alors que fait surface un nouveau personnage, peu recommandable. Nabot mais chef d’une organisation mafieuse, Van Bullock (Deep Roy) souhaite ouvrir une école de karaté comme celle de Frank. Mais il n’a pas l’intention de partager le marché. Après quelques intimidations sans réussite, Van Bullock envoie ses sbires en jogging faire la peau de notre bel étalon. Celui-ci est en train de montrer son respect à son maître sur sa tombe. L’un des malfrats prend la photo du Sensei dans la main, crache dessus et la jette sur le sol. Effaré, Frank se demande « comment peut-on être aussi injuste ». Cette fois-ci, la coupe est pleine et Frank corrige les hommes de main de Van Bullock. Ce dernier, dépité par l’incompétence de ses sbires, fait alors appel à la ruse et envoie sa prostituée fétiche séduire Frank. Aveuglé par l’amour, notre héros ne voit pas que Cora glisse un sachet d’héroïne dans sa poche afin de le faire tomber pour trafic de drogue…

À l’origine de Ninja Force on trouve un photo-roman, fruit de la collaboration de Christian Anders et du footballeur allemand Wolfgang Schütte. C’est à ce moment-là que Christian Anders trouve avec Leo Kemkes un partenaire financier pour produire son premier film et un co-réalisateur expérimenté du nom d’Antonio Tarruella pour l’épauler. Pour l’anecdote, c’est Sean Connery qui aurait permis à tout ce petit monde de rentrer en contact.

Co-production germano-hispanique, quelques visages connus figurent parmi le casting de Ninja Force, comme par exemple celui de Fernando Bilbao qui incarne la créature dans La malédiction de Frankenstein ou les Expériences érotiques de Frankenstein, signé Jess Franco en 1972. La jolie secrétaire de Frank Mertens est Maribel Martin rencontrée sur La Cloche de l’Enfer de Claudio Guerin (1973). L’élément fort du casting reste malgré tout le célèbre nain Deep Roy dans le rôle du déviant et sans pitié Van Bullock. Deep Roy livre une prestation exceptionnelle. Comme Christian Anders, il joue avec un sérieux à toute épreuve, poussant le film dans les dernières limites du risible. On ne peut être que sidéré de voir Deep Roy, homme de petite taille, batifoler au lit avec trois immenses femmes. C’est d’autant plus extravagant qu’une formidable carrière grand public l’attendait alors : Le Retour du Jedi (1983), L’Histoire sans fin (1984), La Planète des singes (2001), Charlie et la chocolaterie (2005), Transformers – La Revanche (2009), Star Trek Into Darkness (2013).

Avec le recul, Christian Anders avoue de bon cœur qu’il aurait peut-être dû demander plus souvent conseil à son co-réalisateur. Antonio Tarruella est en effet bien plus expérimenté puisqu’il a par exemple été assistant réalisateur sur Les Collines de la terreur (1972). Quoi qu’il en soit, Ninja Force reste un film tout à fait divertissant mais ce n’est certainement pas en raison de ses scènes d’action ou de bagarres effectuées par des acteurs ignorant tout de l’art de la cascade ou de la baston. Ce film de karaté allemand, largement inspiré par les succès récents des films de Bruce Lee, est avant tout une ode à son réalisateur, scénariste, chorégraphe et acteur principal : Christian Anders. L’Autrichien se met en scène et devient devant sa caméra un surhomme imbattable et grandiose. Son corps musculeux ne comporte pas un seul gramme de graisse comme le démontrent les nombreux gros plans. Et son cœur est d’or, comme sa tignasse est blonde. Christian Anders ne manque aucune occasion pour se mettre en valeur. Il faut le voir célébrer sa virilité en jouant de ses abdominaux en salle de gym ou encore s’activer dans la seule scène érotique du film où l’on ne voit… que lui. Mais Anders n’est pas qu’un mâle viril, il éprouve également des émotions et lorsque celle qu’il aimait profondément le trahit, le choc est énorme et nous découvrons alors un homme brisé…

Le reste du film est du même tonneau comme lorsque le gigantesque homme de main de Van Bullock se met à promener son minuscule patron Deep Roy sur ses épaules. Plus tard, Deep Roy enfourche cette fois-ci une prostituée sur les fesses de laquelle il verse du champagne pendant que son serviteur le regarde faire… Des idées saugrenues qui illustrent peut-être les problèmes d’ego de Christian Anders. Mais l’homme est sincère. Et s’il n’a aucun scrupule à copier son modèle Bruce Lee, il le fait le plus sérieusement du monde, au point qu’il en devient touchant. On rigole, mais jamais on ne se moque.

Il est impossible de ne pas évoquer le personnage haut en couleur de Christian Anders, dont le nom de famille signifie « différent » en allemand. Comme le héros de Ninja Force, l’Autrichien est expert dans les arts de combat asiatiques.Taekwondo et Aikidō n’ont pas de secret pour lui et il est même ceinture noire de Karaté. À Münich, il a dirigé une école de karaté à l’instar du héros de Ninja Force. En 1969, sa carrière prend une autre direction lorsque sa chanson Geh’ nicht vorbei dépasse le million de disques vendus. Dans la foulée, le chanteur de variété crée sa propre maison de diques : Chranders Records. Christian Anders est également musicien et compositeur (il a écrit plus de 1 000 chansons et poèmes). Il enchaîne les tubes et commence à travailler pour la télévision ; au sommet de son succès, Christian Anders conduisait une Rolls-Royce en or. Pendant son temps libre, il écrit également des livres, principalement des polars, mais également des essais complotistes. Dans The Man W.H.O. Created AIDS, Anders prétend que le SIDA a été créé par l’OMS pour viser la population homosexuelle et noire. Sa chanson politique Der Hai (Le requin) comporte quelques lignes on ne peut plus explicites « J’ai le pouvoir, j’ai l’argent, je suis le maître de ce monde. Tous les jours je vous fais tourner en rond, vous ne connaissez pas « les protocoles ». (…) Le monde repose sur sept piliers, sept familles possèdent l’argent. Rothschild, Cohn ou Donati, on nous appelle aussi Illuminati. Nous contaminons le monde avec le SIDA et faisons de l’argent avec la recherche pour le guérir ». Sur sa page YouTube, Christian Anders va plus loin encore en accusant Michele Obama d’être un homme ou de suspecter que le crash du vol 9525 de la Germanwings ne servirait qu’à couvrir un vol d’organes. Christian Anders ne nous a pas oubliés, nous cinéphiles, et a également touché au septième art avec l’érotique Camp d’amour (Die Todesgöttin des Liebescamps – 1981) mettant en scène Laura Gemser, En aucune manière un tel personnage pouvait engendrer un film quelconque, ce que n’est assurément pas le cas de Ninja Force.

Die Brut des Bösen Allemagne – 1979 Réalisation : Christian Anders, Antonio Tarruella Interprètes : Christian Anders, Maribel Martín, Dunja Rajter, Deep Roy, Fernando Bilbao, Ria Kemp…

Bande annonce en allemand :

Une histoire du cinéma allemand : Le cinéma d’après-réunification

Dans les années 1990, après la réunification, le cinéma allemand retrouve une certaine vitalité, voire connait une véritable renaissance. Les nouveaux talents issus de l’industrie cinématographique allemande n’abordent pas des thèmes en particuliers et n’ont pas de genres attitrés, mais le phénomène engendre régulièrement des produits de qualité se traduisant par des succès autant artistiques que commerciaux.

Hans Christian Schmid sonne la renaissance du cinéma allemand avec la comédie Dans la forêt vierge après cinq heures (Nach Fünf im Urwald – 1995) et le thriller 23 (23 – Nichts ist so wie es scheint – 1998). Le premier met en scène Franka Potente dans un de ses premiers rôles où elle incarne une adolescente en fugue pendant que ses parents, dans le même temps, se remémorent que eux aussi ont été jeunes. 23 raconte également la rébellion d’un adolescent face à son père et au système mais dans un contexte plus dramatique puisque le thriller s’inspire de la vie de Karl Koch, impliqué dans une affaire de revente au KGB de fichiers confidentiels de l’armée américaine. La carrière de Hans Christian Schmid ne s’arrête pas en si bon chemin ; parmi les autres films notables de sa filmographie, citons Au feu ! (Lichter – 2004) et Requiem (2006).

En 1998, on retrouve Franka Potente dans Cours, Lola, cours (Lola rennt) un film qui lui permet, non seulement d’obtenir une envergure internationale, mais également de rappeler au monde que le cinéma allemand existe. Le langage visuel frénétique, la bande originale exaltée, le mélange étonnant d’éléments comiques et dramatiques, le concept intelligent, expliquent, entre autres, le succès du film. Malheureusement, les films suivants de Tom Tykwer (Heaven en 2003, le Parfum en 2006…) s’avèrent décevants, trop ésotériques ou pompeux.

Sebastian Schipper réalise en 1999 Les Bouffons (Absolute Giganten) un très beau film sur le passage à l’âge adulte qui accède immédiatement au statut de film culte.

D’autres réalisateurs talentueux se font également remarquer. Parmi eux compte certainement Fatih Akin. Dès son premier film, L’engrenage (Kurz und schmerzlos – 1998), il démontre un talent certain à décrire le milieu des gangsters et à dessiner de manière crédible ses personnages. Avec réussite, il met ses compétences au service d’autres genres et thèmes, comme la romance avec Julie en juillet (Im Juli – 2000), les problèmes d’intégration dans Solino (2002) ou sociaux avec Head-on (Gegen die Wand – 2004), récompensé par un Ours d’or au Festival de Berlin.

D’autres réalisateurs se sont montrés capables de mélanger comédie et tragédie. Citons Andreas Dresden et son Grill Point (Halbe Treppe – 2002) dans lequel la vie tranquille de deux couples d’amis est bouleversée après une relation adultérine ; suivent des réflexions sur le mariage, l’amitié et les relations en général. En 2005, Andreas Dresden parvient à nouveau à mettre en scène des personnages réalistes confrontés à des problèmes tout aussi profonds dans Un été à Berlin (Sommer vorm Balkon).

En 1996, Caroline Link est nominé aux Oscars pour son drame intelligent Au-delà du silence (Jenseits der Stille) dans lequel Sylvie Testud est la fille de parents sourds-muets et entame une carrière dans la musique, passion qu’elle ne peut partager avec eux. Plus tard, en 2001, Caroline Link fait sensation en remportant l’Oscar du meilleur film étranger grâce à Nulle part en Afrique Nirgendwo in Afrika – 2001).

En 2007, La vie des autres (Das Leben der Anderen – 2006) permet à l’Allemagne de décrocher son troisième Oscar du meilleur film étranger. Le film de Florian Henckel von Donnersmarck qui raconte la vie des Allemands de l’Est sous la surveillance de la Stasi est un succès international.

D’autres réalisateurs impressionnent dès leurs premiers films comme Oliver Hirschbiegel qui, avec L’expérience (Das Experiement – 2001), livre une brutale et intéressante étude de la désindividualisation dans le groupe. Il persévère avec La Chute (Der Untergang – 2004) qui suit les derniers jours d’Adolf Hitler dans son bunker, avant un passage à Hollywood en 2007 pour mettre en scène un remake de L’Invasion des profanateurs de Sépulture avec Nicole Kidman et Daniel Craig : Invasion. D’autres réalisateurs comme Robert Schwentke (Tattoo – 2002) et Christian Alvart (Antibodies – 2005) éveillent l’intérêt de Hollywood après leurs premiers films. Robert Schwentke dirige ainsi Jodie Foster dans Flight plan (2005) et Christian Alvart braque sa caméra sur Dennis Quaid dans Pandorum (2009).

Cette reconnaissance internationale est la conséquence de la valeur du cinéma allemand actuel. Les Allemands ont la réputation de produire de la qualité. Petit à petit, cette qualité se propage au Septième Art, sans doute comme jamais auparavant dans l’histoire du cinéma allemand. Résultat : l’industrie cinématographique Outre Rhin est en plein forme.

Sources : filmszene.de

Retrouvez les autres parties de ce dossier retraçant l’histoire du cinéma allemand :

Der Nachtmahr, un film d’horreur psychologique rude et tourmenté

Film d’horreur psychologique, Der Nachtmahr veut secouer le spectateur et n’hésite pas, pour y parvenir, à utiliser des effets techniques et artistiques, à l’instar d’Irréversible de Gaspard Noé.

Depuis qu’elle a pris de l’ecstasy lors d’une fête, Tina (Carolyn Genzkow) est harcelée chaque nuit par des rêves cauchemardesques. De plus, une créature, étrange mais bienveillante, invisible aux yeux de ses amis et de ses parents, se manifeste fréquemment auprès d’elle. La petite créature est apparue une nuit dans la cuisine familiale et a réveillé Tina avec d’étranges bruits de déglutitions. Dès lors, toutes les tentatives mise en œuvre par la jeune fille pour montrer la créature à d’autres personnes ont échouées. Au final, Tina se retrouve dans un hôpital psychiatrique. Pour les parents, il est évident que leur fille est malade, voire suicidaire. Même les amis de Tina commencent à prendre de la distance avec cette fille qui, à l’évidence, a perdu les pédales.

C’est alors que les parents découvrent le Nachtmahr dans la chambre de Tina. Effrayés, paniqués, ils s’attaquent à l’intrus, appellent les autorités qui manipulent la créature comme un animal de laboratoire. Mais Tina s’est habituée et s’est attachée à son nouvel ami…

Der Nachtmahr est un film qui pose beaucoup de questions et qui ne donne que très peu de réponses. On le comprend dès le début du métrage lorsque Tina répond à la question d’un enseignant en classe. Celui-ci (incarné par Kim Gordon, guitariste du groupe Sonic Youth) demande à ses élèves quels sont les enseignements à tirer du livre The Book of Urizen de William Blake. Tina répond par un timide « une émotion ». Le professeur lui demande d’approfondir : Est-ce une bonne ou une mauvaise émotion ? Tina qui ne veut pas trancher rétorque : Les deux. Cette intervention de Tina, apparemment anecdotique, donne en réalité le ton d’un film où rien n’est blanc ou noir, mais gris, de la même couleur d’ailleurs que la créature qui se manifeste auprès de Tina. Le métrage se refuse même à nous dire si son irruption dans la vie de l’adolescente aura des conséquences positives ou négatives pour elle.

Un texte au début du film nous encourage à regarder le film avec un son élevé. Cette expérimentation sur le son vise à exercer un impact physique sur le spectateur. Cet effet n’est pas un gadget et l’on peut y déceler la volonté du cinéaste de voir son film se matérialiser dans la vraie vie, comme le fait la créature qui s’impose auprès de Tina. C’est d’autant plus vrai que l’on peut considérer que ce sont effectivement les fêtes bruyantes et excessives auxquelles participent Tina qui font apparaître der Nachtmahr. La créature ne serait alors qu’une incarnation des peurs de la jeune fille, dont l’apparition serait encouragée par l’agression qu’elle subit (lumière vive, musique, drogue, incompréhension de ses parents qui la traînent d’un médecin à un autre sans l’écouter…).

À ce titre, il convient de signaler que la créature, une « simple » marionnette, est absolument superbe. Inspirée par celle figurant sur le tableau Der Nachtalb peint en 1902 par Johann Heinrich Füssli, elle a aussi été source d’inspiration pour Ken Russel et son Gothic réalisé en 1986. Petite, imberbe, recouverte d’une peau grisâtre, dotée d’yeux et d’oreilles immenses, elle n’est pas vraiment effrayante, mais n’inspire pas non plus la confiance à première vue ; la réaction de Tina effrayée lors de leur première confrontation est parfaitement compréhensible. En s’habituant à son apparence, la confiance s’installe et, tout comme Tina, nous commençons à ressentir de la sympathie envers cette petite chose ; le réalisateur qui l’a conçue lui-même a réalisé une véritable prouesse.

La créature ne doit pas cependant mettre dans l’ombre l’excellente interprétation de Carolyn Genzkow qui incarne Tina. Sa prestation permet de pleinement faire ressentir l’expérience à laquelle elle est confrontée. Comme dans beaucoup de film d’horreur, l’horreur s’insinue dans le présent et la société, et c’est parfaitement retranscrit ici.

Akiz, pseudonyme du réalisateur Achim Bornhak, également connu comme DJ dans la scène techno, est parvenu avec un budget de 100 000 euros à réaliser un film entre l’horreur physique d’un David Cronenberg et les expérimentations scénaristiques d’un David Lynch. Mais surtout, il parvient d’une manière réaliste et sans donner de leçons à mettre en image le désarroi de la jeunesse. Par ailleurs, Der Nachtmahr recours de manière intéressante à la tradition du romantisme noir allemand, aux contes de Grimm, aux écrits de E.T.A. Hoffmann et aux peintures de Böcklin. Ambivalent, à la fois douloureux et excitant, Der Nachtmahr semble bien disposer des marques qui caractérisent les grands films.

Explication de texte diabolique ! Ne lisez pas ce qui suit si vous n’avez pas encore vu le film :

Tina vit difficilement son adolescence. La nuit elle expérimente en participant à des raves et en prenant des drogues dures. Le jour, elle est entourée de ses parents avec qui elle se sent comme un extra-terrestre. Dès lors, elle se crée un doppelganger introverti, symbole de son inadaptation. Ce n’est que lorsque la créature se blesse avec un rasoir et que Tina se met également à saigner qu’il devient évident que les deux êtres sont liés. L’attaque de la créature par les parents de Tina, éveille donc logiquement en elle son instinct de conservation. Tina comprend l’importance de sauver cette créature dont elle se détournait pourtant au début du film. À la fin, Tina prend la créature avec elle et s’enfuit en pleine nuit, sans savoir où aller, du moment qu’elle échappe à ses parents et ses faux amis.

Cette explication de texte reste cependant incomplète… En effet, que signifie cette vidéo montrant un accident de la route qui débute et termine le film sur un cercle sans fin ?

Sources : critic.de

Der Nachtmahr 2015 Réalisation : Akiz Interprètes : Carolyn Genzkow, Wilson Gonzalez Ochsenknecht, Sina Tkotsch, Alexander Scheer, Kim Gordon…
Bande annonce en allemand :