Archives par auteur: Ulrich Klemm

L’Histoire sans fin, le film de tous les superlatifs

Avec un budget de près de 60 millions de Deutsche Mark, en 1984, L’Histoire sans fin est le film le plus cher jamais produit en Europe. À un point tel que les producteurs allemands durent aller chercher de l’argent aux États-Unis auprès de la Warner.

Ainsi, L’Histoire sans fin est devenu le film de tous les superlatifs…

Il a fallu près de deux années de travail aux brillants artistes Brian Johnson (Alien, Le Dragon du lac de feu), Colin Arthur (2001, Conan le Barbare) et Giuseppe Tortora (King Kong, E.T.) pour créer les effets spéciaux de L’Histoire sans fin et les créatures fantastiques du monde de Fantasia : l’elfe nocturne, l’escargot véloce, la chauve-souris lymphatique, le prodigieux mangeur de pierres, les représentants du peuple à la cour de Fantasia… Cette faune aussi disparate que saisissante peuple un univers immense et féerique s’étendant de la forêt de Haule aux marais de la désolation, en passant par les portes magiques.

Comme les prises de vue à l’écran bleu étaient nombreuses, il fallut construire le plus grand fond bleu du monde aux studios munichois de Bavaria.

Wolfgang Petersen a suivi les cours d’une école d’art dramatique avant d’entrer à l’académie du cinéma de Berlin et de commencer à travailler pour la télévision en 1970. Il réalise alors une vingtaine de films qui lui valurent une reconnaissance lui permettant d’hériter de la réalisation de Das Boot en 1979, film pour lequel il fut nominé aux Oscars.

La conception du chaos, le néant, a nécessité, quant à elle, l’utilisation des plus grands réservoirs du monde afin de créer des nuages artificiels dont les tests ont duré près d’une année.

Parmi les décors construits, citons la Terrasse de la Tour d’ivoire qui s’étendait sur 2 000 mètres carrés.

Une histoire féerique qui amène à la réflexion

Depuis que sa mère est décédée, Bastien vit seul avec son père autoritaire. Il trouve refuge dans des romans d’aventure qui lui permettent de s’évader et d’échapper aux responsabilités de son monde.

Le tournage commence le 14 mars et se termine en septembre 1983. Le 6 avril 1984, le film sort en Allemagne.

Un jour, alors qu’il se rend à l’école et qu’il est harcelé par des camarades de classe, Bastien trouve refuge dans une librairie tenue par un intrigant bouquiniste. Celui-ci fait découvrir à l’enfant un livre extraordinaire permettant aux rêves de l’enfance de se réaliser.

Bastien emprunte le livre, commence sa lecture et découvre que le monde fabuleux et démesuré de Fantasia est sur le point de disparaître dans l’oubli.

Un projet qui échappe à l’auteur

En 1981, le producteur Dieter Geissler se voit remettre le roman signé Michael Ende. Intéressé, il rencontre l’auteur. Celui-ci accepte de céder les droits de son roman à la condition qu’il puisse se charger du scénario.

À ce moment-là, L’Histoire sans fin devait être un film à petit budget et aux effets spéciaux limités. Comme les ventes du livre s’envolent, Geissler décide de confier le contrat à la Neue Constantin qui, elle-même, fait appel à la major américaine Warner-Columbia.

Les producteurs américains changèrent finalement beaucoup d’éléments du scénario de Michael Ende, suffisamment en tout cas pour que celui-ci demande à ce que son nom soit retiré du générique.

Selon lui, toutes les difficultés posées par le livre ont été purement et simplement supprimées. Certes, visuellement, le film est magnifique, mais comme le dit Ende, l’imagination, la profondeur, le sérieux et le sens artistique qui étaient dans le livre, ont payé le prix de cette perfection.

Dans le roman, une fois que Fantasia est détruite, Bastien doit la reconstruire par ses propres moyens, et il en apprend long sur lui-même pendant le processus. Ainsi, le film fait également l’impasse sur l’évolution intérieure du jeune héros. Pire, Bastien se contente de chevaucher le dragon comme s’il s’agissait d’une attraction échappée de Disneyland.

Par ailleurs, alors que le Bastien du livre s’avère un avorton rêveur et grassouillet, le Bastien du film est modifié afin de faciliter l’identification et qu’il soit accepté par le public américain.

Quoi qu’il en soit, L’Histoire sans fin est un magnifique livre d’images. Et même si le message se révèle dilué, reste présente la réflexion sur les risques qui menacent notre monde s’il devait perdre sa capacité à rêver : Comme le monde de Fantasia, il serait alors englouti dans le néant et trouverait une fin à son Histoire.

Source : L’Écran Fantastique

Die unendliche Geschichte
Allemagne – 1984
Réalisation : Wolfgang Petersen
Interprètes : Noah Hathaway, Barret Oliver, Tami Stronach…

Bande annonce :

Colonia Diginidad, une page sombre de l’Allemagne et du Chili

Thriller efficace, Colonia s’intéresse à une page sombre de l’Allemagne et du Chili en dépeignant les atrocités qui se sont déroulées derrière les murs de Colonia Dignidad. Des atrocités dont étaient victimes autant les opposants au régime de Pinochet que les membres de la secte.

Au Chili, durant le putsch militaire de 1973, Lena (Emma Watson) et Daniel (Daniel Brühl) sont arrêtés par la police militaire de Pinochet. Hôtesse de l’air, Lena est vite relâchée mais son ami, militant d’extrême gauche, est emmené au centre du pays dans un camp tenu par la secte Colonia Dignidad. Vue de l’extérieur, la colonie offre un refuge aux âmes en détresse. En réalité, elle est dirigée d’une main de fer par Paul Schäfer (Michael Nyqvist) qui impose une discipline religieuse stricte. Par ailleurs, Pinochet utilise la colonie pour y envoyer ses opposants ; dans les galeries souterraines, ces derniers sont interrogés et torturés. Lena se fait enrôler dans la secte dans le but de faire évader Daniel.

Le dernier film de Florian Gallenberger, John Rabe, réalisé en 2009, relate l’histoire du Schindler chinois qui sauva la vie de plus de 250 000 personnes en 1937.

Colonia Digidad est une communauté allemande, basée au Chili et composée des membres d’une secte chrétienne. Elle s’est fait tristement connaître après qu’aient été révélées les violations aux droits humains commises par ses membres et en particulier par son chef, Paul Schäfer. Celui-ci a fondé la colonie au Chili après avoir fui l’Allemagne où il était accusé de viols sur mineurs. Il emmena avec lui 150 « fidèles » avec parmi eux des enfants que les parents restés en Allemagne et en Autriche tentèrent en vain de récupérer. À l’intérieur de la secte, les corvées étaient nombreuses, la surveillance permanente. La colonie vivait coupée du reste du monde et seuls quelques visiteurs sélectionnés avec précaution étaient acceptés. Comme les dirigeants entretenaient des relations avec les groupuscules d’extrême-droite, ils soutinrent indirectement le putsch du 11 septembre 1973, en approvisionnant par exemple leurs partenaires d’armes qu’ils faisaient venir d’Allemagne. Finalement, la colonie devint une base arrière du régime de Pinochet. En 1991, le Chili finit par refuser de soutenir la colonie qui périclita. En 1996, accusé de viols et de tortures, Paul Schäfer fut contraint de prendre la fuite. Capturé en 2005, il décéda en prison cinq années plus tard sans avoir été jugé, emportant dans sa tombe de nombreux secrets.

C’est à l’école que Florian Gallenberger a pour la première fois entendu parler de Colonia Dignidad. Cette histoire l‘avait perturbé alors qu’il n’était qu’un enfant, au point qu’après John Rabbe, son précédent film, il décida d’en écrire le scénario. Il ne le termina pas car c’est à ce moment précis qu‘il reçut celui de Torsten Wenzel, déjà finalisé. Florian Gallenberger se mit alors immédiatement à la mise en image du travail de son compère.

Hartmut Hopp, médecin à Colonia Dignidad et bras droit de Paul Schäfer a été condamné par le Chili et s’est enfuit pour finir sa vie paisiblement près de Düsseldorf.

Aujourd’hui, la colonie s’est rebaptisée Villa Baviera, vit du tourisme mais reste difficile d’accès. Quatre années furent nécessaires à Florian Gallenberger pour approcher des membres, grâce à un contact originaire de Santiago du Chili, un psychologue qui rend régulièrement visite aux patients adeptes. Après plusieurs visites, certains acceptèrent finalement de lui parler.

Afin de toucher le plus grand nombre, Florian Gallenberger a doté son film de prétentions internationales, ambition atteinte grâce à la présence d’un casting impressionnant mais dont la prestation s’avère décevante.

Emma Watson (ex-petite amie de Harry Potter), en revanche, illumine le film d’un rayon d’espoir qui adoucit les passages particulièrement sombres. Son personnage est poignant et c’est elle qui bénéfice le plus de ce film.

Le principal problème de Colonia reste cependant dû au fait que Florian Gallenberger s’est imposé une autocensure afin de répondre aux exigences d’une production mainstream. Les tortures pratiquées à Cononia Dignidad sont peu abordées et encore moins les méthodes. Quant aux viols commis sur les enfants, ils sont presque passés sous silence. Le résultat est un thriller joliment et proprement mis en scène, un divertissement pouvant être montré à presque tous les publics. Pas un film pour engendrer de l’indignation, l’objectif premier de Florian Gallenberger.

Quoi qu’il en soit, l’efficacité de la réalisation et l’interprétation touchante d’Emma Watson peuvent représenter suffisamment d’arguments pour justifier la vision de Colonia.

Colonia
Colonia Dignidad – Es gibt kein Zurück – Allemagne, France, Luxembourg, Royaume-Unis – 2015
Réalisation : Florian Gallenberger
Interprètes : Emma Watson, Daniel Brühl, Michael Nyqvist… Muslu

Bande annonce en allemand :

Le Cabinet du docteur Caligari : Les déambulations contrôlées du somnambule Cessare comme symboles de l’Allemagne d’après-guerre.

Simple marionnette entre les mains du docteur Caligari, Cessare symbolise l’abus de pouvoir de l’état et la jeunesse errant dans une Allemagne sortant de la Première Guerre mondiale.

Le Cabinet du docteur Caligari est le film le plus connu de l’époque weimarienne qui s’étend de 1918 à 1933. C’est une période trouble pour l’Allemagne qui porte encore le nom de Reich allemand. L’histoire de cette république est marquée par de nombreuses tensions politiques (putsch et révolte communiste en mars 1920, assassinat politique en 1922…) et de grandes difficultés économiques (hyperinflation due au maintien des salaires assuré par l’état à des grévistes pour empêcher la prise de contrôle d’usines bavaroises par la France et la Belgique).

Cette période représente également un véritable âge d’or culturel avec, dès 1918, l’expressionnisme, relayé en 1923 par le courant de la Nouvelle Objectivité (avec des artistes comme Max Beckmann ou Otto Dix) annonçant la volonté de revenir au réel et au quotidien après certains débordements expressionnistes.

Pour le cinéma, cet âge d’or débute dès 1913 avec L’étudiant de Prague de Stellan Rye et se termine en 1927 avec Metropolis. Durant cette décennie, le cinéma muet fait merveille avec les films de Henrik Galeen, Joe May, Pabst ou Metzner dans des genres hétérogènes, de l’Expressionnisme au Kammerspielfilm en passant par les films à costumes d’Ernst Lubitsch.

Quant à lui, Le Cabinet du docteur Caligari marque le début de ce que Lotte H. Eisner appelle l’écran démoniaque dans son livre éponyme. Définissant le cinéma expressionniste, le terme « écran démoniaque » se réfère au sens étymologique grec, c’est-à-dire « qui a trait à la nature des pouvoirs surnaturels ». Le Cabinet du docteur Caligari marque ainsi le point de départ de tout le cinéma fantastique.

Le film souligne son appartenance à l’expressionnisme avec des décors peints et leur perspective décalée, les portes déboîtées, les meubles enfilés et leurs angles aigus ou déformés.

Cet univers est circoncis dans un studio en verre dans lequel ont été créés des décors conçus par les artistes Hermann Warm, Walter Reimann et Walter Röhring. Ceux-ci ont créé un monde fermé qui ne connaît pas la lumière du soleil. Ainsi, le film s’appuie sur l’imagination pour engendrer la peur.

L’histoire commence dans la cour d’un hôpital psychiatrique. Là, Francis raconte son histoire à un vieux monsieur : Dans une ville du nord-ouest de l’Allemagne, pendant une fête foraine, Francis et son ami Alan assistent à la représentation donnée par le docteur Caligari. Celui-ci exhibe devant l’assistance le somnambule Cessare qui dort dans une caisse en bois. Dans cet état de somnolence, Cessare est capable de répondre aux questions que lui pose le public. Lorsqu’Alan lui demande combien de temps il lui reste à vivre, Cessare lui répond qu’il sera mort avant l’aube.
La prédiction de Cessare se réalise et cet assassinat est le premier d’une série de crimes. Lorsque Jane, l’amie de Francis est kidnappée, celui-çi prend les choses en main et découvre que le docteur Caligari joue un double jeu : il est en réalité spécialiste du somnambulisme et dirige également un hôpital psychiatrique.

Le Cabinet du docteur Caligari est le premier grand succès de Robert Wiene qui avait commencé à travailler en 1912 et qui s’intéressait déjà principalement au fantastique et au paranormal. Il restera fidèle au fantastique en écrivant le scénario de Satanas pour F.W. Murnau et en réalisant Genuine et les Mains d’Orlac. Après avoir fui l’Allemagne, il s’installe en France où il tente de réaliser un remake du Cabinet du docteur Caligari avec Jean Cocteau, en vain. Il revient à la réalisation en 1938 pour Ultimatum avec Erich von Stroheim. Emporté par un cancer le 17 juillet 1938, il ne peut terminer le film et laisse la place à Robert Siodmak.

Le Cabinet du Docteur Caligari
Das Cabinet des Dr. Caligari – Allemagne – 1919
Réalisation : Robert Wiene
Interprètes : : Werner Krauss, Conradt Veidt, Friedrich Fehér, Lil Dagover…

Bande annonce en allemand :

Berlin la nuit, en temps réel : Victoria de Sebastian Schipper

Berlin la nuit, en temps réel : Victoria de Sebastian Schipper, c’est 140 minutes dramatiques tournées en une seule prise, sans la moindre coupure.

Depuis Cours, Lola, Cours (1998), aucun autre film allemand n’avait autant suscité de réactions et d’intérêt. En effet, Victoria a été vendu dans 60 pays et a remporté de nombreux prix dont pas moins de six Lolas, l’équivalent allemand des Oscars.

Tard dans la nuit et après un dernier schnaps, Victoria, une jeune Espagnole (Laia Costa) quitte une discothèque et rencontre une bande de quatre Berlinois pur jus, à la grande gueule et un peu lourds : Sonne (Frederick Lau), Boxer (Franz Rogowski), Blinker (Burak Yigit) et Fuß (Max Mauff). Esseulée et frustrée par une certaine monotonie depuis qu’elle est arrivée à Berlin, Victoria se est séduite par la bonne humeur des quatre larrons et se laisse convaincre de partir en vadrouille avec eux. D’autant plus qu’ils sont très attachants, en particulier Sonne avec lequel il pourrait peut-être, éventuellement, se passer quelque chose. C’est alors qu’elle apprend qu’ils ont quelque chose de prévu…

Comme touché par la grâce, le film Victoria transporte ses spectateurs dans une aventure inoubliable. Sans aucun montage, durant une seule prise, sans effets tape-à-l’œil, une bande de jeunes paumés berlinois et une fille espagnole nous emmènent à travers le centre-ville de Berlin pour une nuit marathonienne se déroulant dans 22 endroits aussi inconcevables que des caves, des toits, des ascenseurs, des voitures, des appartements bien sûr, mais aussi les rues du centre-ville de Berlin.

L’argent était suffisant pour trois essais, pas plus.

En avril 2014, Sebastian Schipper et son équipe ont par trois fois tourné le film complet. Une semaine sépare le tournage de chaque version durant laquelle l’équipe a analysé ce qui fonctionnait et ce qui était à améliorer.

Né en 1968 à Hannover, Sebastian Schipper œuvre en tant que réalisateur mais aussi en tant qu’acteur. Devant la caméra, il a travaillé avec Sönke Wortmann, Tom Tykwer, Romuald Karmakar et Anthony Minghella. Derrière la caméra, il signe son premier film en 1999, Absolute Giganten.

Dans la première version, par exemple, un médecin apparaît à la fin du métrage. Comme son intervention n’avait pas d’incidence sur l’issue et n’apportait que des questions inutiles, cette version fut mise de côté. L’acteur, Ernst Stötzner a ainsi vu sa participation à ce qui va certainement devenir un classique du cinéma allemand purement et simplement supprimée.

Dans la seconde version, il y a une scène durant laquelle la caméra suit Victoria dans la rue. Soudain, une camionnette de livraison apparaît, puis un, deux, trois passants… car la municipalité avait refusé de fermer la rue à la circulation. Même si ces quelques passants n’auraient pas non plus ruiné le film, il est néanmoins certain que leur présence banalise l’action, annihile le suspens.

Dans la troisième version, Victoria est seule dans la rue, ce qui permet de maintenir la tension jusqu’aux ultimes secondes. Tout peut alors encore se passer, comme une intervention des forces de l’ordre, par exemple.
Après les deux premières versions, toute l’équipe était consciente que la troisième devait être la bonne car il n’y aurait pas eu d’argent pour une quatrième version. L’objectif de tourner le film en une seule prise n’aurait alors pas été atteint. Pour autant, tout ne s’est pas non plus déroulé comme prévu.

L’improvisation comme tremplin pour se surpasser

S’il ne faut pas surestimer l’apport de « la prise en une fois », il ne faut pas non plus la sous-estimer. Ce que cet exploit du plan séquence a apporté à Victoria, c’est la prise de risque, l’improvisation, l’obligation de trouver des solutions in extremis en dehors du cadre tranquille d’une organisation de tournage bien rodée.

Victoria propose une aventure véritablement filmée et livrée au spectateur en temps réel, contrairement à Enter the Void de Gaspar Noé et Birdman d’Alejandro González Iñarritus qui simulaient la narration de leur histoire en temps réel.

Dans la troisième version, aux deux tiers du film, lorsque Victoria et ses amis sont euphoriques sur la piste de danse, les garçons perdent par inadvertance les armes à feu dont ils auront besoin par la suite dans le scénario Une assistante se rend compte que les armes traînent sur la piste et les donne à Victoria lorsque la bande quitte la discothèque. Visible à l’écran, cette imperfection ne nuit cependant pas au film. Et de toute façon, il aurait été impossible d’arrêter purement et simplement le tournage sans compromettre les contraintes et objectifs que l’équipe s’était donnés.

Victoria, une petite pépite livrée aux spectateurs

Dans les deux premières versions, la seule raison pour laquelle les garçons voulaient braquer une banque était l’argent. Ce n’est que pour la troisième version qu’a été ajouté le fait que Boxer ait une dette envers un malfrat. Cette intrigue supplémentaire a une incidence importante sur l’âme même du film car Victoria devient par cet ajout un film sur la solidarité, le don de soi.

« Nous sommes en quête de perfection car la Nature est un impitoyable adversaire pour notre survie. Mais maintenant, nous aimons la Nature et le monde digital devient notre ennemi car il nous rend fou. Cela me plaît que ce soit avec une caméra digitale que nous ayons un peu dérangé cette perfection ». Sebastian Schipper

Ces deux notions, la solidarité et le don de soi, ont également permis au film d‘aboutir car il fallait sans doute une certaine abnégation pour réussir l’exploit de faire un film en une seule prise de 140 minutes. C’est l’un des éléments qui fait de Victoria non pas un bon film, tourné dans le cadre sécurisant d’un plan de tournage, mais un véritable diamant du cinéma.

Victoria
Allemagne – 2015
Réalisation : Sebastian Schipper
Interprètes : : Laia Costa, Frederick Lau, Franz Rogowski, Burak Yigit, Max Mauff, André Hennicke…

Bande annonce en allemand (à éviter si vous n’avez pas encore vu le film) :

Sources :
Zeit Online
Welt
Tagesspiegel

Die Wolke de Gregor Schnitzler

Die Wolke de Gregor Schnitzler, le film, est l’adaptation du roman éponyme écrit par Gudrun Pausewang. Sorti en 1988, l’ouvrage remporta le SFCD (prix de la SF Allemande). Il devint un best-seller et un livre de chevet pour de nombreux adolescents. Ce ne fut finalement qu’en août 2005 que le tournage de l’adaptation cinématographique commença, sous la direction de Gregor Schnitzler.

Né en 1964 à Berlin, Gregor Schnitzler débuta sa carrière en faisant des photos sur des tournages puis en réalisant des clips musicaux et des publicités. En 1991 et 1992, il co-réalisa deux courts-métrages avec Eleni Ampelakiotou. L’un d’eux, Das Fenster, remporta plusieurs prix dans des festivals. Durant la seconde moitié des années 90, il travailla pour la télévision en mettant en scène les épisodes de plusieurs séries ainsi que des téléfilms. Toujours avec Eleni Ampelakiotou, il réalisa Finnlandia en 2001. Le film fit le tour des festivals du monde entier et fit beaucoup parler de lui. Tout comme d’ailleurs Was tun wenn’s brennt? et Soloalbum, que Schnitzler réalisa en solo en 2002 et 2003, restés inédits en France.

Lorsque le livre sortit en 1987, c’était un an après la catastrophe de Tchernobyl. Quand le film fut mis en chantier en 2005, vingt années s’étaient écoulées et on commençait à s’habituer au nucléaire, à devenir moins vigilant. Depuis la catastrophe de Fukushima en 2011, le film démontre son évidente pertinence.

Dans la lignée des films de Sidney Lumet et Sidney Pollack, Gregor Schnitzler propose un film construit sur un suspens efficace, mais un suspens qui ne minimise pas le discours politique. Ainsi, Die Wolke s’articule autour d’une histoire d’amour, absente du livre mais qui permet au spectateur de s’identifier davantage aux personnages et donc de mieux capter le message politique.

Ainsi, si le film démontre que l’amour est plus fort que n’importe quelle catastrophe, il établit aussi que la vie peut être brutalement déviée de son cours. Le message du film, c’est que le danger nucléaire est réel, il nous menace à chaque instant et il n’appartient qu’à nous de changer la donne.

Hannah, le personnage principal du film, est une adolescente de 16 ans. Elle est heureuse et s’épanouit pleinement. Lorsque nous la découvrons, elle nage dans un lac avec sa meilleure amie, en pleine nature. Son petit frère lui joue alors un mauvais tour. Nous nous amusons insouciamment avec eux, l’ambiance est bucolique et bon enfant. Au lycée, Hannah fait tourner la tête d’Elmar. En cachette, ils échangent un premier baiser. C’est tout le portrait d’une vie idyllique qui pourrait continuer ainsi pour toujours. Mais c’est à cet instant-là que l’alarme retentit. La centrale nucléaire toute proche connaît un accident majeur.

Le matin du drame, la mère d’Hannah reprochait à sa fille de ne pas prendre ses responsabilités. À travers le personnage d’Hannah, Die Wolke expose en réalité notre responsabilité individuelle et collective face au nucléaire. Nous connaissons le danger et pourtant, nous ne faisons rien. Notre insouciance, notre nonchalance, est source de conséquences dramatiques.

Il ne faut pas se méprendre sur le final du film. Certes, notre jeune couple y retrouve l’espoir. Cependant, le ville de leur enfance est inhabitable pour des décennies et même l’amour ne peut enrayer la contamination qui s’insinue irrémédiablement dans leur corps. C’est d’autant plus triste que les moments de bonheur que connaissaient Hannah au début du film ne nécessitaient aucune énergie nucléaire.

En s’appuyant sur un genre aussi grand public que le teenie movie, Gregor Schnitzler a atteint son objectif et touché le cœur et la raison du spectateur.

Die Wolke propose de nombreuses scènes vraiment intenses. L’alarme qui retentit, l’exode qui s’ensuit et une scène de panique impressionnante se révèlent passionnantes et absolument terrifiantes. La seconde partie du film, qui se concentre sur les conséquences d’une catastrophe nucléaire et plus précisément sur les radiations, comporte également son lot de scènes touchantes. Die Wolke dispose également d’une scène très intense émotionnellement ; l’auteur n’a clairement pas choisi de faire dans la facilité pour atteindre son but.

Sans être un film exigeant, Die Wolke n’est pas non plus une œuvre de divertissement. Le film n’en met pas plein la vue. Il n’y a pas d’effets spéciaux. Seule une scène s’inscrit dans le registre du spectaculaire. Rien ne nous distrait du fait qu’un accident nucléaire détruit la vie, et ce pour toujours.

Die Wolke
Allemagne – 2006
Réalisation : Gregor Schnitzler
Interprètes : Paula Kalenberg, Franz Dinda, Hans-Laurin Beyerling, Karl Kranzkowski, Richy Müller…

Bande annonce en allemand :

Götz George et le mythe Schimanski

Götz George est né le 23 juillet 1939 à Berlin. Il monte très tôt sur les planches aux côtés de sa mère
Berta Drews. Déjà le jeu de Götz George est défini : passionné, grandiloquent, bien trempé.

Très jeune, il participe au cinéma allemand d’après-guerre et débute en 1953 aux côtés de Romy Scheider dans Lilas Blancs d’Hans Deppe. Il enchaîne d’innombrables films mais ce sont ses incursions dans le cinéma populaire que l’on retient, et plus particulièrement ses participations à trois adaptations de Karl May : Le Trésor du lac d’argent, Parmi les vautours et l’inédit Winnetou und das Halbblut Apanatschi.

À trente ans, Götz George est boudé par le jeune cinéma allemand qui, à la fin des années 60, enterre le « cinéma de papa ». L’acteur se tourne alors inévitablement vers la télévision et trouve refuge dans les séries produites par Helmut Ringelmann, auquel on doit Inspecteur Derrick et Le Renard. C’est avec son personnage de Schimanski dans la série Tatort que Götz George rencontre le succès.

Tatort est la série la plus populaire outre-Rhin. Elle est diffusée sur ARD (Die Erste aujourd’hui), la première chaîne allemande et les épisodes sont produits par les chaînes régionales. Cette particularité permet à chaque région de présenter sa propre équipe de police, son propre style. Cela donne des épisodes variés, aux tons différents, plus ou moins innovants.

Et Götz George innove aussi en Schimanski. Musclé sous un T-shirt étroit, Schimanski s’avère un homme rude qui semble tout droit sorti d’une usine sidérurgique. Ce vrai mâle avale des œufs crus au petit déjeuner et vit dans une maison où la vaisselle n’est jamais faite et où traînent des bouteilles de bière vides dans tous les coins. Schimanski fait sensation. Avec sa moustache et son parka, il bouscule les valeurs établies, dit « merde » et ne montre aucun respect vis-à-vis de son collègue de la précédente génération. C’est un macho, mais il est aussi capable de ressentir des émotions.

Le personnage de Schimanski concentre toutes les contradictions. À droite, on se réjouit de ce mâle radical. L’extrême gauche voit en Schimanski un homme du peuple qui remet de la justice là où les élites ont abusé de leur pouvoir. Les socialistes notent la sympathie du personnage pour les ouvriers en grève. Quant aux Verts, ils ne sont pas en reste grâce aux thématiques écologistes traitées dans les scénarios.

Cette richesse a fait de Schimanski un mythe.

De nos jours, Schimanski serait sans doute considéré comme un anti-héros inadapté, stressé. En effet, chaque problème qu’il résout en engendre un, voire plusieurs autres, aussi épineux.

Il n’empêche que le personnage inspire encore les jeunes acteurs comme Til Schweiger et Jörg Hartmann. Leurs propres personnages de Niklas Tschiller et Peter Faber dans la série Tatort ressemblent beaucoup à celui créé par Götz George. Si Schimanski avait ébranlé les séries vieillissantes de la fin des années 70, aujourd’hui, c’est sans doute grâce à son héritage que Tatort existe encore quarante ans plus tard.

Parmi les rôles marquants de Götz George au cinéma, notons celui du commandant du camp d’extermination d’Auschwitz dans La Mort est mon métier de Theodor Kotulla (1977). Dans Dantons Tod (1981), il incarne le rôle-titre. Il est utilisateur malheureux d’un ascenseur en panne dans le claustrophobe Out of Order (1984) et héros musclé dans le thriller L’Année du Chat (1988). Dans la comédie Schtonk! (1992), il découvre le journal intime d’Adolf Hitler. Dans l’un de ses derniers grands rôles, il incarne le psychopathe Fritz Haarmann pour Der Totmacher en 1995, rôle pour lequel il remporta le prix du meilleur acteur au festival de Venise.

Götz George est décédé le 19 juin 2016 à l’âge de 77 ans

Il est de retour de David Wnendt

En 2015, David Wnendt, met en scène l’adaptation du roman Il est de retour du journaliste et écrivain allemand Timur Vermes.

Sorti en 2012, le roman imagine le retour d’Adolf Hitler en 2011, en plein centre de Berlin. Le livre est resté 20 semaines en tête de la liste des best-sellers, deux millions d’exemplaires se sont écoulés et les droits ont été cédés à 41 pays avant de faire l’objet d’une adaptation cinématographique par David Wnendt.

David Wnendt s’est fait connaître par le biais de son premier film plusieurs fois primés, Kriegerin (2011), ainsi que pour Feuchtgebiete (2013), déjà une adaptation littéraire qui fut un grand succès public avec plus d’un million d’entrées en salle.

Pour Il est de Retour, le réalisateur opte pour une mise en scène résolument expérimentale et s’éloigne du ton satirique de l’œuvre originale.

Depuis février 2016, Il est de retour est également une pièce de théâtre dramatique dont les représentations ont lieu à Stuttgart.

En effet, Il est de Retour n’est pas drôle du tout et n’a rien à voir avec d’autres films mettant en scène le Führer tels que Le Grand Dictateur ou Être ou ne pas être. Chez David Wnendt, l’absurde n’est jamais suivi d’un rire libérateur face à l’horreur de la réalité.

Plutôt que de distancier le spectateur de cette réalité, il préfère le plonger dedans, en utilisant fréquemment des scènes tournées selon le principe du micro-trottoir, c’est-à-dire en interrogeant les gens dans la rue afin de recueillir leur opinion et voir comment ils réagissent, de manière spontanée, lorsqu’ils se retrouvent en face d’Adolf Hitler.

Pour que l’artifice soit parfait, il fallait un acteur peu connu en Allemagne, comme Oliver Masucci dont la carrière s’est jusqu’à maintenant essentiellement restreinte au théâtre.  La prise de 26 kilos a également œuvré à le rendre encore plus méconnaissable.

Les micro-trottoirs ne sont pas tous réels. Parmi les vrais, on trouve ceux tournés lors de la coupe du monde de football ainsi que ceux où Hitler tente de gagner de l’argent en tant que portraitiste.

Accompagné de trois gardes du corps discrets, et suivi par deux caméras cachées, Oliver Masucci s’est ainsi promené dans des rues piétonnes afin de délivrer des moments glaçants du film comme lorsque par exemple des touristes se prennent en photo avec lui, comme s’ils étaient avec Mickey à Euro Disney. Même si, bien évidemment, personne n’est dupe sur le fait qu’il s’agit bien d’un imposteur, l’absurdité de la situation interroge. Et en tout cas ne prête nullement à sourire.

Lorsque le film reprend un cours classique, il n’en est pas moins mordant. Les gens acclament cet imposteur excentrique qui parle comme Hilter, en font une star des talk-shows et de YouTube. Il faudra qu’apparaisse une vidéo dévoilant le Führer abattant froidement un chien pour qu’enfin, sa popularité chute auprès du public.

Dans ce contexte, la responsabilité des médias semble tout relative. Même s’ils aimeraient bien faire d’Hitler une star génératrice d’audience synonyme de revenus publicitaires, c’est finalement le peuple qui décide qui il a envie d’aimer ou non.

Kriegerin, le premier film de David Wnendt, raconte l’évolution d’une jeune fille d’extrême droite à la suite d’une rencontre avec un jeune réfugié afghan.

Il est de retour a pour ambition de nous montrer qui nous sommes, et les conséquences des erreurs que nous commettons par manque de conviction, de réflexion et de conscience.

À la question : peut-on rire d’Hitler ? La réponse de David Wnendt semble être négative, car nous n’avons rien appris en presqu’un siècle et le danger est toujours bien réel. La morale de l’histoire n’est pas : « Attention, il est de retour », mais bien plus : « Attention, il n’est jamais parti » !

Allemagne – 2014 – Er ist wieder da
Réalisation : David Wnendt
Interprètes : : Oliver Masucci, Fabian Busch, Christoph Maria Herbst, Katja Riemann, Franziska Wulf

Bande annonce VO

Der Samuraï de Till Kleinert sur le thème du coming out

Le film Der Samuraï de Till Kleinert se déroule près de la frontière polonaise, dans un village allemand, hostile et étroit, dominé par des rituels de virilité archaïques. Jakob, personnage introverti, doute et souffre en silence de sa différence. Il mène une existence terne, s’occupe seul de sa grand-mère sénile depuis que ses parents sont décédés et subit les moqueries des jeunes de son âge.

À l’origine de Der Samuraï, on trouve le collectif Schattenkante, composé de la productrice Anna de Paoli et des réalisateurs Linus de Paoli et Till Kleinert. Tous les trois se sont rencontrés à la Deutsche Film und Fernsehakademie (DFFB).

À l’origine de Der Samuraï, on trouve le collectif Schattenkante, composé de la productrice Anna de Paoli et des réalisateurs Linus de Paoli et Till Kleinert. Tous les trois se sont rencontrés à la Deutsche Film und Fernsehakademie (DFFB).

Jakob dissimule la vérité aux autres, à lui-même. Il tente même de « rentrer dans le système » en devenant gendarme. Mais, ce que l’on refoule continue de nous ronger et de nous faire souffrir, même dans l’inconscient : Till Kleinert, le réalisateur, en donne une forme concrète dans Der Samouraï.

Un jour, Jakob suit dans la forêt la piste d’un loup qui se montre parfois aux villageois. Il essaye de le piéger avec des sacs remplis de viande. Mais, la nuit venue, au bout de la piste il découvre un jeune homme, androgyne, aux cheveux longs et sauvages, tenant à la main un sabre japonais et vêtu d’une simple et longue robe blanche. L’inconnu l’invite à semer le trouble dans le village, ce que Jakob refuse. Cependant, tout en s’interposant et essayant d’arrêter ses agissements, Jakob se sent de plus en plus de points communs avec l’étranger.

Der Samuraï est le second film de Till Kleinert après Lange Nacht (2009), déjà un film d’horreur.

Der Samuraï est le second film de Till Kleinert après Lange Nacht (2009), déjà un film d’horreur.

Tel le grand méchant loup qui accoste le petit chaperon rouge dans La Compagnie des Loups de Neil Jordan, le samouraï possède deux facettes. De prime abord terrifiant à cause de son sabre, il devient ensuite attirant par sa féminité, sa maîtrise de soi et sa liberté.

Till Kleinert laissera planer le doute sur le mystère entourant le samouraï : est-il réel ou non ? Ce qui est certain en revanche, c’est que ce n’est pas le loup qu’il convient de craindre. Il faut se méfier des jardins bien tondus avec leurs nains et animaux en plastique, et assumer sa marginalité, ne pas avoir peur du ridicule.

En 2009, Till Kleinert reçut le prix du meilleur court-métrage pour Cowboy lors du festival International du film lesbien et gay de Milan.

En 2009, Till Kleinert reçut le prix du meilleur court-métrage pour Cowboy lors du festival International du film lesbien et gay de Milan.

La seconde partie du film se transforme en trip hallucinant ! Le spectateur pourra y voir soit une autodestruction, soit une délivrance.

Der Samuraï de Till Kleinert n’a rien d’un film pompeusement « auteurisant ». Il emprunte même de nombreux éléments au cinéma de genre, tels la bande de bikers, le village isolé, le gore même avec des effets spéciaux majoritairement fabriqués à la main… À l’instar du cinéma asiatique des années 90, il bouscule également les clichés (un samouraï en robe blanche !) et c’est ce qui le rend unique et l’éloigne radicalement des copies de films américains que furent par exemple d’autres films allemands comme Hell (2011) ou Nous sommes la nuit (2010).

Pit Bukowski, le samouraï, est l’étudiant qui donne des cours au rejeton d’une famille un peu spéciale dans Der Bunker (2015) de Nikias Chryssos.

Pit Bukowski, le samouraï, est l’étudiant qui donne des cours au rejeton d’une famille un peu spéciale dans Der Bunker (2015) de Nikias Chryssos.

Allemagne – 2014
Réalisation : Till Kleinert
Interprètes : : Michel Diercks, Pit Bukowski, Uwe Preuss, Ulrike Hanke-Haensch

Bande annonce en VOSTF :

Blutgletscher de Marvin Kren

Blutgletscher de Marvin Kren nous accueille avec un constat alarmiste : Chaque jour qui passe, nous nous rapprochons d’une catastrophe climatique. Les glaces fondent aux pôles, tout comme les glaciers dans les montagnes. Les conséquences sont difficiles à prévoir mais une chose est certaine, la vie sur la Terre va changer, et nous allons devoir évoluer…

Le film autrichien poursuit en nous faisant découvrir une petite équipe de chercheurs qui vit isolée dans la montagne, à plus de 3 500 mètres d’altitude. Lorsque la station de mesure n° 3 ne donne plus signe d’activité, deux hommes, le minéralogiste et l’ingénieur, accompagnés d’un chien, partent se rendre compte de l’étendue des dégâts. Sur les lieux, ils découvrent que le glacier est contaminé par une étrange substance rouge. Alors qu’ils sont en train de faire des prélèvements, le chien est attaqué par ce qui ressemble vaguement à un renard enragé…

Grâce à son précédent film, Berlin Undead (2010), Marvin Kren a pu convaincre les gens d’Allegro Films de lui confier deux millions d’euros pour mettre en scène Blutgletscher. Par la même occasion, il enrichit la petite liste des films d’horreur autrichiens, un cinéma qui ne se limite pas à l’oeuvre de Michael Haneke ou à des drames psychologiques tels que Revanche de Götz Spielmann. En ce qui le concerne, il semblerait que Marvin Kren ait été très influencé par le cinéma fantastique, et plus précisément par la série B horrifique des années 80.

Depuis la réalisation de Blutgletcher, Marvin Kren a mis en scène le segment "R is for Roulette" de The ABCs of Death 2 (2014).

Depuis la réalisation de Blutgletcher, Marvin Kren a mis en scène le segment « R is for Roulette » de The ABCs of Death 2 (2014).

Le chien contaminé, les paysages enneigés et glacés, l’isolement, la barbe du héros… On pense bien sûr à The Thing de John Carpenter mais s’en contenter serait aller un peu vite en besogne. Plus qu’un hommage au chef-d’œuvre de John Carpenter, Blutgletscher s’inspire plus généralement des films d’horreur animaliers comme Ticks de Tony Randel par exemple. De plus, Blutgletscher partage avec ces films un budget étriqué devant limiter l’impact des effets-spéciaux.

On voit en effet très peu les monstres. La caméra bouge sans cesse lors des scènes d’action, qui se déroulent d’ailleurs parfois dans l’ombre. Ce défaut est cependant largement compensé par une réalisation dynamique lors des scènes de panique, une réalisation rehaussée par les cris effrayants des créatures. Ces dernières, principalement conçues à la main, sont de surcroît issues de mutations génétiques provoquées par le parasite trouvé dans le glacier. Elles sont par conséquent toutes inhabituelles et hétéroclites. Citons par exemple l’incroyable bélier pourvu d’une paire d’ailes sur le dos !

Allegro Films, producteur de Blutgletcher, est également à l’origine de Trois jours pour Vivre 1 et 2 (In Drei Tagen Bist Du Tod).

Allegro Films, producteur de Blutgletcher, est également à l’origine de Trois jours pour Vivre 1 et 2 (In Drei Tagen Bist Du Tod).

Précisons que les parasites ne sont pas le seul danger qui guette les héros. Le réalisateur exploite en effet parfaitement les paysages offerts par le sud du Tirol. Les montagnes majestueuses et le froid glacial qui y règne donnent naissance à un personnage à part entière, qui accroît encore le danger qui menace les protagonistes.

On aborde ici l’un des points faibles du film. Les personnages, peut-être trop nombreux, sont peu approfondis et souffrent de clichés. L’homme des montagnes, taciturne, vit en reclus depuis que son cœur a été brisé, les scientifiques risquent la vie de tout le monde pour pouvoir terminer leurs recherches et s’assurer de ne pas se voir voler leur découverte, la femme politique est naturellement très forte en gueule…

Quoi qu’il en soit, Blutgletscher est une excellente série B. Ambitieux et généreux, servi par des décors naturels majestueux, le film de Marvin Kren divertit le spectateur grâce à une atmosphère oppressante et des effets « choc » judicieusement disséminés tout le long du métrage.

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Blutgletscher
Autriche – 2013
Réalisation : Marvin Kren
Interprètes : : Gerhard Liebmann, Hille Beseler, Peter Knaack, Felix Römer, Brigitte Kren, Edita Malovcic, Wolfgang Pampel, Murathan Muslu

Bande annonce en allemand :

Radio Silence de Marco J. Riedl et Carsten Vauth

Avant Radio Silence, il y avait On Air, un court-métrage datant de 2010 et pour lequel Marco J. Riedl et Carsten Vauth avaient dû réduire au minimum le scénario. Avec Radio Silence, les deux réalisateurs ont la possibilité d’exploiter au maximum leur sujet. C’est d’ailleurs ce qu’ils font et force est de constater que Radio Silence n’est pas un court que l’on a truffé de scènes de remplissage pour le transformer en long.

Doc Rock anime une émission radio pirate qu’il émet depuis sa cave. Durant l’une de ses interventions, il discute avec ses auditeurs sur les motivations du tueur en série « der Nachtschlitzer“ (Le Tueur de la Nuit). Surprise : le concerné appelle Doc Rock et le met au défi de sauver sa dernière victime.

Radio Silence

L’action se déroule principalement entre la cave de Doc Rock et un bar dans lequel les clients suivent le drame sur le poste de radio. L’un d’eux deviendra un protagoniste essentiel dans ce jeu du chat et de la souris, les réalisateurs soulignant sans doute de cette manière qu’il ne tient qu’à nous de ne pas être les simples spectateurs des drames qui se déroulent autour de nous.

Astucieusement, le film parvient à prolonger son petit suspens et même l’intérêt jusqu’au final, sans doute grâce aux personnages qui ne sonnent absolument pas creux.

Les acteurs sont très bons, et très bien choisis. Charles Rettinghaus, qui incarne le psychopathe, se révèle un assassin effrayant avec son crâne chauve et son imposante carrure qui contraste avec son visage d’ange. Inconnus, les comédiens sont en réalité des doubleurs hors pair. Certains d’entre eux prêtent leur voix à des acteurs célèbres comme George Clooney, Tommy Lee Jones ou encore Robert Downey Jr.

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Cette particularité accentue cependant le cachet très américanisé du film… Tel était d’ailleurs le souhait des deux réalisateurs qui craignaient de rebuter le spectateur avec un film d’origine allemande. En conséquence, l’histoire se déroule dans une bourgade typiquement américaine traversée par de grosses voitures non moins caractéristiques. Quant aux protagonistes, ils arborent des trognes et un look également nord-américain. C’est un peu dommage de renier son identité européenne, d’autant plus que le film n’est pas allé jusqu’au bout de sa démarche : on échange des billets en euro et tout le monde parle allemand.

Le choix est d’autant plus douteux que le manque de moyens financiers ne permet pas vraiment aux deux réalisateurs de nous donner pleinement l’illusion que le film se déroule dans une petite ville américaine. On ne croit pas à ce bourg qui sonne artificiel tant il respire le décor en contreplaqué.

En revanche, son rythme soutenu et l’absence de temps morts en font un digne représentant du cinéma de genre américain : Radio Silence est un très bon thriller.

Radio Silence
Allemagne – 2012
Réalisation : Marco J. Riedl et Carsten Vauth
Interprètes : Markus Knüfken, Charles Rettinghaus, Ronald Nitschke, Jasmin Lord

Bande annonce en anglais :