Biographie

Une histoire du cinéma allemand, les débuts du parlant : de la crise de 1929 à la période nazie

Au début des années 30, comme ailleurs, le cinéma allemand est marqué par les débuts du parlant. Les comédies musicales inventées par Hollywood rencontrent un énorme succès outre-Rhin car elles permettent au public d’échapper à la triste réalité sociale héritée de la crise de 1929. Ainsi, des films comme Le chemin du paradis (Wilhelm Thiele – 1930) et Le congrès s’amuse (Erik Charell – 1931) permettent au public d’oublier l’espace d’un temps la crise économique qui frappe durement le pays.

Le film le plus connu de cette époque est L’Ange bleu (1932) avec Emil Jannings et Marlene Dietrich. À l’époque, la postsynchronisation n’existe pas et il n’est pas rare que les films aux ambitions internationales soient tournés en plusieurs langues avec des acteurs polyglottes, comme c’est le cas de Marlene Dietrich. Cette compétence lui permet de devenir une véritable star mondiale. Statut qu’elle consolide en suivant le réalisateur Josef von Sternberg aux USA pour y tourner sept films. Malgré les sollicitions des nazis, elle ne revint en Allemagne qu’après la Guerre…

La prise du pouvoir par les nazis fin 1932, début 1933 représente l’une des plus importantes ruptures dans l’histoire du cinéma allemand. Les personnes d’origine juive, ou qui ne démontrent pas une totale soumission au régime, risquent de perdre leur travail. Par dizaines, réalisateurs (Fritz Lang, Michael Curtiz alias Michael Kertesz, Billy Wilder, Douglas Sirk alias Detlev Sierk, G.W. Pabst, Paul Czinner, Joe May, Eric Charell…), acteurs (Conrad Veidt, Peter Lorre, Elisabeth Bergner…) et producteurs partent en exil à Hollywood, laissant le cinéma aux mains du pouvoir.

La propagande nazie exploite dès lors le cinéma pour son compte ; elle se cache principalement dans des films historiques en costumes, de guerre ou des documentaires.

Parmi ces derniers, le Triomphe de la volonté (1935), mis en scène par Leni Riefenstahl, fait partie des plus connus. Sur près de deux heures, la réalisatrice utilise le langage cinématographique pour glorifier et mythifier le parti en retraçant les six jours du congrès nazi de 1934. Ainsi, nous assistons à différents discours d’hommes politiques et du führer. Puis, Hitler est montré en train de rencontrer les ouvriers, les militaires et les jeunesses hitlériennes. La foule composée de soldats, militants et civils est quant à elle enthousiaste.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le cinéma allemand ne se contente pas de servir la propagande ; les comédies musicales et les documentaires dédiés à la grandeur de la nature sont également produits pour divertir la population. Quelques acteurs émergent alors comme Heinz Rühmann dont la carrière connait une ascension fulgurante en endossant des rôles de types ordinaires comme pour Ce diable de garçon (1944) de Helmut Weiss. Heinz Rühmann devint par la suite l’un des acteurs allemands les plus connus du vingtième siècle.

Parmi les classiques de l’époque, on trouve également La Paloma. Le film réalisé en 1944 par Helmut Käutner raconte l’histoire d’un marin qui tombe amoureux d’une fille en travaillant dans les quartiers chauds de Hambourg. Le film s’attire les foudres du ministre de la propagande, Joseph Goebbels, qui l’interdit en raison d’une représentation immorale des femmes allemandes et une mise en image peu héroïque des marins.

Les Aventures fantastiques du baron Münchhausen (1943) de Josef von Báky est un autre chef-d’œuvre de l’époque. Réalisé sur ordre de Joseph Goebbels pour commémorer le 25e anniversaire du studio cinématographique UFA, le film est doté d’un budget énorme. Les décors somptueux et les effets spéciaux spectaculaires surprennent pour un film réalisé durant la Seconde Guerre mondiale. Malgré quelques difficultés avec la censure (poitrines nues coupées au montage lors de la diffusion en salle) le film devient le plus gros succès public de la période nazie.

En réalité les vraies réussites du cinéma allemand ont lieu en exil… Ernst Lubitsch, par exemple, devient le spécialiste de la comédie loufoque en mettant en scène des situations surréalistes où fusent les jeux de mots et les personnages extravagants. Par ailleurs, Jeux Dangereux (1942), satire des nazis et de leur idéologie, fait également mouche. De son côté, Michael Curtiz dirige Humphrey Bogart et Ingrid Bergman dans un film qui aujourd’hui encore est connu de tous : Casablanca (1942). Douglas Sirk réalisa plus tard dans les années 50 une poignée de mélodrames aujourd’hui considérés comme des chefs-d’œuvre. Des films comme Tout ce que le ciel permet (1955) ou Écrit sur du vent (1956) influencèrent des réalisateurs comme Rainer Werner Fassbinder, Jean-Luc Godard ou Pedro Almodóvar.

Le réalisateur qui connait cependant le plus grand succès à Hollywood est Billy Wilder. Nominé 21 fois aux Oscars, il emporte sept statuettes sur différents postes (producteur, scénariste et réalisateur). On lui doit plusieurs chefs-d’œuvre, parmi eux : Boulevard du Crépuscule (1950), Témoin à charge 1957) Certains l’aiment chaud (1959).

Sources : filmszene.de

Retrouvez la première partie de ce dossier retraçant le cinema expressionniste :

Une histoire du cinéma allemand, les débuts : le cinéma expressionniste

Une histoire du cinéma allemand, les débuts : le cinéma expressionniste

Contexte cinématographique

Durant la période du muet, les films circulaient plus facilement entre les pays car ils ne subissaient pas la barrière de la langue. À cette période, le cinéma allemand en profita grandement et exerça une importance considérable sur le septième art, autant sur le fond que sur la forme. Et cette influence ne se limitait pas aux films uniquement ; l’acteur Emil Jannings était une star mondiale qui remporta le premier Oscar pour son interprétation dans Crépuscule de gloire (1928).

Économiquement, l’industrie du cinéma allemand était soutenue durant les années 20 par la faiblesse du Deutsch Mark. L’achat, c’est-à-dire l’importation de films, était donc onéreuse. En revanche, grâce à une monnaie faible, il s’avérait peu coûteux de produire des films, ce qui permit à l’UFA, le principal producteur outre-Rhin, de se développer et de prospérer. Près de 600 films étaient produits chaque année ; l’un des réalisateurs le plus actif était Ernst Lubitsch.

Der Student von Prag

Contexte historique

Parallèlement, l’Allemagne connut une période trouble, marquée par de nombreuses tensions politiques (putsch et révolte communiste en mars 1920, assassinat politique en 1922…) et de grandes difficultés économiques (hyperinflation due au maintien des salaires à des grévistes assuré par l’État pour empêcher la prise de contrôle d’usines bavaroises par la France et la Belgique).

À la suite de la Première Guerre mondiale, l’insécurité et les craintes vis-à-vis de l’avenir sont alors palpables.

Or, le fantastique est un vecteur pertinent pour dépeindre la peur et la terreur, tout en permettant par la même occasion une forme d’évasion.

En parallèle, depuis le début du XXe siècle et en particulier en Allemagne, un courant artistique apparut : l’expressionnisme. Dans leurs œuvres, les artistes expressionnistes inspiraient au spectateur une réaction émotionnelle, souvent fondée sur des images angoissantes, afin d’exprimer la vision pessimiste qu’ils avaient de leur époque.

C’est donc naturellement que cette époque connut une émergence du fantastique, profondément marqué par l’expressionnisme.

Définition

Au cinéma, l’expressionisme fut marqué par une représentation non réaliste du monde, avec des perspectives fausses, dissonantes, qui mettent en évidence l’étrange. La marque de fabrique du cinéma expressionnisme allemand est un éclairage non uniforme, des décors stylisés réalisés en studio et des perspectives de caméra non conventionnelles.

Deux principaux protagonistes du cinéma expressionniste

Parmi les réalisateurs les plus importants du genre, citons F.W. Murnau qui livre le premier film de vampire du cinéma en 1922 avec Nosferatu le vampire, une symphonie de l’horreur. Deux années plus tard, Murnau thématise la peur du chômage et de la chute sociale avec Le dernier des hommes. Après son adaptation de Faust en 1926, de nouveau avec Emil Jannings (dans le rôle de Méphisto), Murnau quitte l’Allemagne pour les États-Unis où il débute sa carrière américaine avec L’Aurore (1927), qui s’avère un échec financier. Le film remporte cependant trois Oscars. Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des films les plus importants de la période du muet. Malheureusement, l’échec financier du film coûta à Murnau sa liberté artistique et il décéda en 1931 dans un accident de la route sans avoir tourné d’autres films majeurs.

Nosferatu

Le plus connu des réalisateurs de l’expressionnisme allemand est sans conteste Fritz Lang qui, en 1927, met en scène le film le plus important de son époque : Metropolis. Un autre apport important est Le docteur Mabuse tourné en 1922. Avec ce film, d’une durée totale de près de 5 heures (ainsi que la suite Le testament du docteur Mabuse en 1933), Fritz Lang a créé un génie du crime particulièrement saisissant. Il y dépeint deux principes utilisés par les nazis : la manipulation des masses et la négation de l’individualité. En 1931, il met en scène M le maudit avec Peter Lorre, l’un des derniers chefs-d’œuvre de cette importante époque du cinéma allemand. Sans dérobade, il montre à quoi ressemble l’état d’esprit de la population allemande qui s’apprêtait alors à se livrer de bon gré à la dictature nationale socialiste. Après s’être exilé en France, Fritz Lang émigra aux USA où il connut une carrière retentissante. Son style expressionniste et sa vision pessimiste du monde trouvèrent un débouché dans le Film Noir dont il réalisa certains classiques : La Rue rouge (1945) et Règlement de comptes (1953).

Les incontournables du cinéma expressionniste

Le précurseur du cinéma expressionniste est L’Étudiant de Prague. Dans son film réalisé en 1913, Paul Wegener posa les bases du cinéma expressionniste qui se développa dans les années 20 et qui influença durablement le cinéma par la suite. L’utilisation, pour l’époque, d’effets spéciaux extraordinaires, permirent également de démontrer le potentiel offert par le cinéma ; l’apparition en double et dans le même plan d’un personnage marquait la différence entre ce nouveau média et le Théâtre. Paul Wegener affirma son style avec Golem (1915), sa suite Der Golem und die Tanzerin (1917) et son remake Der Golem (1920).

Le Cabinet du docteur Caligari est le premier véritable film expressionniste. Réalisé par Robert Wiene en 1920, le film, qui définit l’expressionnisme allemand, joue avec le public et le laisse constamment dans l’incertitude concernant la véracité des faits qui lui sont contés : sont-ils réels ou nés de l’imagination ? La présence d’un rebondissement final, artifice inédit à l’époque, les décors bizarres et asymétriques qui illustrent l’atmosphère cauchemardesque du film, ont grandement conditionné le cinéma.

M le maudit

Premier film de vampire, et même premier film d’horreur, Nosferatu le vampire (1922) est l’adaptation officieuse du roman de Bram Stoker Dracula. Même s’il se permet quelques trouvailles comme le fait que les rayons du soleil sont mortels pour les vampires, le film de F.W. Murnau reste très fidèle au roman Dracula, au point que la veuve du romancier porta plainte pour plagiat et exigea que les copies soient détruites. Heureusement, quelques-unes survécurent et permirent de démontrer à quel point le film influença le genre, en particulier dans la représentation du vampire.

En 1924, Le Dernier des hommes avec Emil Jannings, également réalisé par F.W. Murnau, révolutionne la façon de filmer, jusqu’alors plutôt statique. En effet, dès la première scène du film, la caméra emmène les spectateurs dans le dédale des couloirs d’un hôtel. Pour réussir cet exploit, Karl Freund avait posé sa caméra sur un vélo.

Comme Metropolis (1927) aborde lui-même de nombreuses thématiques de la SF (la ville industrialisée, l’androïde, le savant fou, les télécommunications, la hiérarchie sociale…), son influence sur le cinéma de science-fiction est incommensurable. Le film reflète aussi les peurs de l’époque et en particulier celles de la classe ouvrière. Sa dépendance aux machines a deux conséquences qui sont incarnées par le cyborg Maria : la déshumanisation et la perte de la personnalité. En parallèle, le film reflète la décadence de cette décennie dorée que sont les années folles et l’amoralité des bourgeois : pendant que les travailleurs débutent sans espoir leur révolte, Maria danse et s’amuse dans une boîte de nuit et encourage les autres invités à regarder par la fenêtre pour voir le monde s’écrouler en restant les bras croisés. Cependant, le film se termine de manière positive avec le rapprochement des deux classes : « Le cœur doit être un médiateur entre le cerveau et les mains » dixit le film.

Metropolis

Citons également Les Trois Lumières de Fritz Lang (1921) et Le Cabinet des figures de cire de Paul Leni (1922) parmi les films marquants de cette époque.

Héritage

Metropolis, le film le plus coûteux de la période du muet, est l’un des derniers films expressionnistes mais également l’un des premiers films de science-fiction dont La Guerre des Étoiles et Blade Runner sont les successeurs.

Auparavant, l’expressionnisme aura grandement influencé le cinéma fantastique américain durant les années 30 et le Film Noir durant les années 40 et 50.

Sources : www.filmszene.de

Notre article consacré au Cabinet du docteur Caligari

Le Cabinet du docteur Caligari : Les déambulations contrôlées du somnambule Cessare comme symboles de l’Allemagne d’après-guerre.

Götz George et le mythe Schimanski

Götz George est né le 23 juillet 1939 à Berlin. Il monte très tôt sur les planches aux côtés de sa mère
Berta Drews. Déjà le jeu de Götz George est défini : passionné, grandiloquent, bien trempé.

Très jeune, il participe au cinéma allemand d’après-guerre et débute en 1953 aux côtés de Romy Scheider dans Lilas Blancs d’Hans Deppe. Il enchaîne d’innombrables films mais ce sont ses incursions dans le cinéma populaire que l’on retient, et plus particulièrement ses participations à trois adaptations de Karl May : Le Trésor du lac d’argent, Parmi les vautours et l’inédit Winnetou und das Halbblut Apanatschi.

À trente ans, Götz George est boudé par le jeune cinéma allemand qui, à la fin des années 60, enterre le « cinéma de papa ». L’acteur se tourne alors inévitablement vers la télévision et trouve refuge dans les séries produites par Helmut Ringelmann, auquel on doit Inspecteur Derrick et Le Renard. C’est avec son personnage de Schimanski dans la série Tatort que Götz George rencontre le succès.

Tatort est la série la plus populaire outre-Rhin. Elle est diffusée sur ARD (Die Erste aujourd’hui), la première chaîne allemande et les épisodes sont produits par les chaînes régionales. Cette particularité permet à chaque région de présenter sa propre équipe de police, son propre style. Cela donne des épisodes variés, aux tons différents, plus ou moins innovants.

Et Götz George innove aussi en Schimanski. Musclé sous un T-shirt étroit, Schimanski s’avère un homme rude qui semble tout droit sorti d’une usine sidérurgique. Ce vrai mâle avale des œufs crus au petit déjeuner et vit dans une maison où la vaisselle n’est jamais faite et où traînent des bouteilles de bière vides dans tous les coins. Schimanski fait sensation. Avec sa moustache et son parka, il bouscule les valeurs établies, dit « merde » et ne montre aucun respect vis-à-vis de son collègue de la précédente génération. C’est un macho, mais il est aussi capable de ressentir des émotions.

Le personnage de Schimanski concentre toutes les contradictions. À droite, on se réjouit de ce mâle radical. L’extrême gauche voit en Schimanski un homme du peuple qui remet de la justice là où les élites ont abusé de leur pouvoir. Les socialistes notent la sympathie du personnage pour les ouvriers en grève. Quant aux Verts, ils ne sont pas en reste grâce aux thématiques écologistes traitées dans les scénarios.

Cette richesse a fait de Schimanski un mythe.

De nos jours, Schimanski serait sans doute considéré comme un anti-héros inadapté, stressé. En effet, chaque problème qu’il résout en engendre un, voire plusieurs autres, aussi épineux.

Il n’empêche que le personnage inspire encore les jeunes acteurs comme Til Schweiger et Jörg Hartmann. Leurs propres personnages de Niklas Tschiller et Peter Faber dans la série Tatort ressemblent beaucoup à celui créé par Götz George. Si Schimanski avait ébranlé les séries vieillissantes de la fin des années 70, aujourd’hui, c’est sans doute grâce à son héritage que Tatort existe encore quarante ans plus tard.

Parmi les rôles marquants de Götz George au cinéma, notons celui du commandant du camp d’extermination d’Auschwitz dans La Mort est mon métier de Theodor Kotulla (1977). Dans Dantons Tod (1981), il incarne le rôle-titre. Il est utilisateur malheureux d’un ascenseur en panne dans le claustrophobe Out of Order (1984) et héros musclé dans le thriller L’Année du Chat (1988). Dans la comédie Schtonk! (1992), il découvre le journal intime d’Adolf Hitler. Dans l’un de ses derniers grands rôles, il incarne le psychopathe Fritz Haarmann pour Der Totmacher en 1995, rôle pour lequel il remporta le prix du meilleur acteur au festival de Venise.

Götz George est décédé le 19 juin 2016 à l’âge de 77 ans