Il est de retour de David Wnendt

En 2015, David Wnendt, met en scène l’adaptation du roman Il est de retour du journaliste et écrivain allemand Timur Vermes.

Sorti en 2012, le roman imagine le retour d’Adolf Hitler en 2011, en plein centre de Berlin. Le livre est resté 20 semaines en tête de la liste des best-sellers, deux millions d’exemplaires se sont écoulés et les droits ont été cédés à 41 pays avant de faire l’objet d’une adaptation cinématographique par David Wnendt.

David Wnendt s’est fait connaître par le biais de son premier film plusieurs fois primés, Kriegerin (2011), ainsi que pour Feuchtgebiete (2013), déjà une adaptation littéraire qui fut un grand succès public avec plus d’un million d’entrées en salle.

Pour Il est de Retour, le réalisateur opte pour une mise en scène résolument expérimentale et s’éloigne du ton satirique de l’œuvre originale.

Depuis février 2016, Il est de retour est également une pièce de théâtre dramatique dont les représentations ont lieu à Stuttgart.

En effet, Il est de Retour n’est pas drôle du tout et n’a rien à voir avec d’autres films mettant en scène le Führer tels que Le Grand Dictateur ou Être ou ne pas être. Chez David Wnendt, l’absurde n’est jamais suivi d’un rire libérateur face à l’horreur de la réalité.

Plutôt que de distancier le spectateur de cette réalité, il préfère le plonger dedans, en utilisant fréquemment des scènes tournées selon le principe du micro-trottoir, c’est-à-dire en interrogeant les gens dans la rue afin de recueillir leur opinion et voir comment ils réagissent, de manière spontanée, lorsqu’ils se retrouvent en face d’Adolf Hitler.

Pour que l’artifice soit parfait, il fallait un acteur peu connu en Allemagne, comme Oliver Masucci dont la carrière s’est jusqu’à maintenant essentiellement restreinte au théâtre.  La prise de 26 kilos a également œuvré à le rendre encore plus méconnaissable.

Les micro-trottoirs ne sont pas tous réels. Parmi les vrais, on trouve ceux tournés lors de la coupe du monde de football ainsi que ceux où Hitler tente de gagner de l’argent en tant que portraitiste.

Accompagné de trois gardes du corps discrets, et suivi par deux caméras cachées, Oliver Masucci s’est ainsi promené dans des rues piétonnes afin de délivrer des moments glaçants du film comme lorsque par exemple des touristes se prennent en photo avec lui, comme s’ils étaient avec Mickey à Euro Disney. Même si, bien évidemment, personne n’est dupe sur le fait qu’il s’agit bien d’un imposteur, l’absurdité de la situation interroge. Et en tout cas ne prête nullement à sourire.

Lorsque le film reprend un cours classique, il n’en est pas moins mordant. Les gens acclament cet imposteur excentrique qui parle comme Hilter, en font une star des talk-shows et de YouTube. Il faudra qu’apparaisse une vidéo dévoilant le Führer abattant froidement un chien pour qu’enfin, sa popularité chute auprès du public.

Dans ce contexte, la responsabilité des médias semble tout relative. Même s’ils aimeraient bien faire d’Hitler une star génératrice d’audience synonyme de revenus publicitaires, c’est finalement le peuple qui décide qui il a envie d’aimer ou non.

Kriegerin, le premier film de David Wnendt, raconte l’évolution d’une jeune fille d’extrême droite à la suite d’une rencontre avec un jeune réfugié afghan.

Il est de retour a pour ambition de nous montrer qui nous sommes, et les conséquences des erreurs que nous commettons par manque de conviction, de réflexion et de conscience.

À la question : peut-on rire d’Hitler ? La réponse de David Wnendt semble être négative, car nous n’avons rien appris en presqu’un siècle et le danger est toujours bien réel. La morale de l’histoire n’est pas : « Attention, il est de retour », mais bien plus : « Attention, il n’est jamais parti » !

Allemagne – 2014 – Er ist wieder da
Réalisation : David Wnendt
Interprètes : : Oliver Masucci, Fabian Busch, Christoph Maria Herbst, Katja Riemann, Franziska Wulf

Bande annonce VO