Jeunes Amours dans une Allemagne renaissante et attachante

Jeunes Amours dans une Allemagne renaissante et attachante

Au milieu des années 50, en Allemagne, on ne voulait plus entendre parler de politique et surtout, on souhaitait oublier les atrocités de la guerre ; ce qu’on attendait du cinéma, c’était donc du dépaysement avant tout. C’est dans ce contexte que naissent les films de terroir. Sur fond de paysages ruraux, les thématiques abordées par ce genre qui persistera jusqu’à la fin des années 70 sont l’amitié, l’amour et la famille.

Jeunes Amours dans une Allemagne renaissante et attachante

Une nature bucolique dans un contexte paradisiaque

L’objectif étant de dépeindre un monde rassurant dans un environnement familier, l’action du film Jeunes Amours se déroule dans la Suisse holsteinoise, l’une des régions les plus touristiques au nord de l’Allemagne. La province tire son charme de la diversité de son environnement composé de collines, de forêts et de lacs pittoresques.

À l’écran, cela se traduit par des paysages et donc des images de toute beauté. Les champs de colza en fleurs sont d’un jaune canari, faisant écho aux roues du carrosse tiré par les poneys. Visuellement, Jeunes Amours est un réel régal pour les yeux. Le ton du film, quant à lui, est enjoué et dynamique. Ainsi, les séquences s’enchaînent en cascade et la désinvolture des adolescents imprègne le film de gaieté. À cette époque, l’impertinence et le détachement de la jeunesse sont les bienvenus… après la guerre, il fallait passer à autre chose.

Malgré le contexte idyllique, des sous-entendus à la réalité à peine voilés

Ainsi, les tensions entre générations sont inexistantes. La grand-mère tient à bout de bras ses trois petites-filles avec une rigueur toute prussienne et encore plus d’amour, pendant que le vétérinaire Pudlich assiste la famille avec de nombreux conseils comme lorsqu’il sermonne le jeune Ethelbert, mis au ban par ses camarades à cause de son arrogance. Ainsi, l’homme d’âge mûr qui a connu la guerre dit au jeune homme : « Moi aussi il m’est arrivé quelque chose de semblable. J’étais tout petit, et là aussi j’ai pensé que rien n’avait de sens. Dès lors, il n’y a que deux solutions. Soit on est stupide et on abandonne, soit on se bat. Ce n’est pas facile, mais toi aussi, mon garçon, tu vas te battre. » Dans la scène suivante, Ethelbert retrouve la jeune Dick qui, les pieds dans l’eau, tente de déblayer une petite rivière avec une pelle. Elle rejette son aide mais Ethelbert s’emporte et se précipite dans la rivière dont il déblaie à mains nues la boue en hurlant : « Lorsque quelqu’un a fait quelque chose de mal, qu’il reconnaît que c’était mal, pourquoi le punir, pourquoi ne pas le laisser participer ? Je ne veux plus être seul, je veux aider, je ne crains pas de me salir, je ne veux plus être seul ! »

Jeunes Amours dans une Allemagne renaissante et attachante

L’amour l’emporte toujours à la fin

Les filles de l’Immenhof (en allemand : die Mädels vom Immenhof) sont Barbara, 16 ans, que tout le monde appelle Dick et sa sœur Brigitte, alias Dalli, 12 ans. Leur aînée Angela aide la propriétaire, grand-mère Jantzen, à gérer le haras de poneys. Mais l’élevage ne rapporte presque plus rien et l’Immenhof a de gros problèmes financiers. Même la location de la maison forestière de Dodau, toute proche, où le charmant Jochen von Roth tient une école d’équitation, ne permet plus de payer les traites.

Jeunes Amours dans une Allemagne renaissante et attachante

L’action se déroule au début des vacances d’été alors qu’un parent éloigné arrive de la ville. Ethelbert est un jeune citadin malingre fin connaisseur de la mode et qui fait preuve d’arrogance vis-à-vis de ses hôtes. Au final, l’amour rapprochera Angela et Jochen, sauvera le haras de poneys de la faillite pendant que Ethelbert passera peu à peu du statut d’insupportable crâneur à celui de véritable garçon des champs, séduisant par la même occasion la tendre Dick.

Le film a accouché de quatre séquelles sorties entre 1956 et 1974. Au fil des décennies, en restant fidèle à sa candeur, la série a joui d’une popularité inébranlable. Au final, Jeunes Amours est un film exemplaire, symbole du miracle économique allemand d’après-guerre, peignant une image attachante de la RFA, une dizaine d’années après la fin de la guerre.



Avec sa chevelure blonde, Heidi Brühl est le rayon de soleil de Jeunes Amours… Mais pas seulement puisqu’elle en est également la touche coquine lorsque le réalisateur filme de profil l’adolescente d’à peine 13 ans afin de laisser entrevoir le galbe d’un sein sous la manche de son chemisier (les affiches du film parfois censurées car jugées trop osées démontrent que ce n’était pas un triste hasard). L’actrice figurera dans les cinq films de la série, avant d’asseoir sa popularité dans le domaine de la chanson. Elle connaît même une courte carrière internationale en tournant sous la direction de Clint Eastwood dans La Sanction en 1975 et en donnant la réplique à Peter Falk dans un épisode de Columbo.

Jeunes Amours dans une Allemagne renaissante et attachante

Die Mädels vom Immenhof – Allemagne – 1955 – Réalisation : Wolfgang Schleif – Interprètes : Angelika Meissner, Heidi Brühl, Christiane König, Margarete Haagen, Paul Henckels, Paul Klinger, Josef Sieber…

Andreas

D'origine allemande et passionné de cinéma de genre, je vous propose de découvrir différentes facettes méconnues du cinéma allemand.

Dans le même genre

Oublier un temps la guerre grâce à ce diable de garçon

Oublier un temps la guerre grâce à ce diable de garçon

No Comment

Laisser un commentaire

Indiquez le résultat pour valider votre commentaire + 72 = 82

Soutenez Thrillerallee.com

Articles récents

Découvrez la collection