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Houdini l’illusionniste vous invite à un voyage historique

Houdini l’illusionniste a été tourné par le réalisateur allemand Uli Edel. Il s’agit de l’auteur, entre autres films, de Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… (1981), La bande à Baader (2008) et Last Exit to Brooklyn (1989). Quand on sait que le scénario a également été écrit par Nicholas Meyer, réalisateur de C’était demain (1979) et que le rôle principal est tenu par Adrien Brody (Le Pianiste en 2002), on ne s’étonnera pas de la grande qualité de ce téléfilm, d’une durée côtoyant les 3 heures dans sa version longue.

Harry Houdini est un célèbre prestidigitateur américain du début du 20e siècle. Ses meilleurs tours consistaient à s’évader d’une malle remplie d’eau, fermée à clé et pourvue de chaînes ou d’un bidon en métal.

Lorsqu’apparaît le spiritisme et son effet de mode, il s’attache à démasquer les présumés médiums. Il parcourt le pays et expose publiquement les trucages que ces derniers pratiquent pour tromper le public. Cette activité lui valut l’amitié de Sir Arthur Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes, qui était convaincu qu’Houdini, de par son talent de prestidigitateur, possédait lui-même des pouvoirs surnaturels.

Houdini fit également carrière au cinéma et on peut par exemple le voir dans L’Homme de l’Au-delà (1922), Un reportage tragique (1919) ou Houdini le maître du mystère (1919).

La vie d’Harry Houdini a elle-même été adaptée plusieurs fois à l’écran. En 1953, c’est Tony Curtis qui incarnait le magicien et sa femme Bessie était jouée par Janet Leigh. En 1976, ce fut au tour de Paul Michael Glaser de camper l’illustre personnage.

Houdini l'illusionniste

L’interprétation d’Adrien Brody dans le film qui nous intéresse ici est magistrale. Quant à la réalisation, nerveuse, elle ne laisse aucun temps mort. L’histoire, qui se déroule au début du 20e siècle, nous fait découvrir les tours démentiels d’Houdini avant de nous livrer les dessous de la Première Guerre mondiale lorsque le magicien se transforme en espion. Ce passage, peu crédible, certes, permet d’exploiter les origines austro-hongroises de sa famille et d’offrir une seconde partie totalement dépaysante. En effet, cette digression permet, à l’aube de la Première Guerre mondiale, de traverser le vieux continent de long en large et même de rencontrer des personnages légendaires tels que Raspoutine. Dans sa troisième et surprenante dernière partie, pleine de rebondissements, le film abandonne l’espionnage et nous dévoile un Houdini s’attaquant au spiritisme et révélateur de tromperies et autres mascarades.

Houdini l’illusionniste n’est pas un film très sérieux mais quel divertissement ! Adrien Brody, que d’aucuns accusent de trop cabotiner, a trouvé un rôle à sa démesure et si certains en restent chagrins, d’autres apprécient.

Bande annonce VO :

Houdini l’illusionniste
USA, Canada – 2014
Réalisation : Uli Edel
Interprètes : Adrien Brody, Kristen Connolly, Evan Jones…

M le Maudit, l’un des films les plus importants du cinéma allemand

Au début du siècle, un assassin d’enfants terrorise la ville. La police, pourtant sur les dents, ne trouve aucun indice qui pourrait l’amener à découvrir le monstre. Agacée, elle se met à faire des descentes dans les milieux louches de la ville. Les truands, regroupés en « commission d’enquête », décident de prendre les choses en main et de trouver l’assassin à la place de la police.

Peter Lorre était juif et quitta l'Allemagne pour fuir les persécutions nazies peu de temps après la sortie du film. Fritz Lang, à moitié juif, s'exila deux ans plus tard. Les nazis interdirent M le Maudit en juillet 1934.

Peter Lorre était juif et quitta l’Allemagne pour fuir les persécutions nazies peu de temps après la sortie du film. Fritz Lang, à moitié juif, s’exila deux ans plus tard. Les nazis interdirent M le Maudit en juillet 1934.

L’assassin Hans Beckert est incarné par Peter Lorre dont l’interprétation marqua les esprits. Les scènes dans lesquelles il accoste les enfants sont en effet particulièrement dures. Et l’absence de musique ou d’autres effets dramatiques accentue le jeu froid de l’acteur. On ressent alors clairement de la haine pour son personnage. Mais lorsque le monstre hurle ses angoisses à la foule dans un monologue saisissant, décrivant ses tourments, les voix intérieures qui le poussent à tuer, il parvient à faire oublier l’horreur qu’il suscitait précédemment. Il touche même les brigands qui doivent le juger. Alors qu’il a été le Monstre pendant la grande partie du film, il devient subitement un être empli d’émotions au moment où l’on entend pour la première fois sa voix.
L’incursion du monde des truands dans cette histoire de psychopathe est particulièrement intéressante. Ces truands, parfois assassins, se permettent d‘établir différents niveaux d’immoralité et estiment avoir les compétences pour s’ériger en juges. Selon eux, leurs actes sont moins graves puisqu’ils sont moins cruels. Jamais ils ne prennent en considération le fait que les actes de Peter Lorre sont issus de pulsions, de surcroît totalement incontrôlables.

Fritz Lang assurait que l’association des malfaiteurs était composée de véritables repris de justice : 24 d’entre eux furent effectivement arrêtés durant le tournage du film.

Fritz Lang assurait que l’association des malfaiteurs était composée de véritables repris de justice : 24 d’entre eux furent effectivement arrêtés durant le tournage du film.

Fritz Lang utilise cet élément scénaristique pour démontrer l’importance d’un état fort, l’inverse de ce qu’était l’Allemagne lors de la République de Weimar entre 1918 et 1933. La période fut marquée par de nombreuses tensions et conflits internes. La population s’entre-déchirait, tentait de s’accaparer le pouvoir, comme le font les truands dans le film. Aucun héros, aucun personnage véritablement positif ne traverse le film et Fritz Lang dépeint une société malade, en déclin, à l’instar de l’Allemagne à l’époque.

« Cette bête n’a pas le droit d’exister. Elle doit disparaître. Elle doit être exterminée sans pitié ! »

« Cette bête n’a pas le droit d’exister. Elle doit disparaître. Elle doit être exterminée sans pitié ! »

Si ce grand classique du cinéma allemand s’avère effectivement une œuvre riche pour les historiens, il offre également un spectacle très divertissant. En effet, l’enquête policière est menée de façon scientifique et moderne : on analyse les scènes de crime, on cherche des empreintes… La présence du thème du maniaque sexuel et de la position que doit avoir la société vis-à-vis de ses actes s’avère également extrêmement intéressante. Pour finir, l’organisation de la recherche de l’assassin par les clochards dans la ville et la traque qui s’en suit maintiennent facilement le spectateur en haleine. Fritz Lang a ainsi signé une œuvre politique mais aussi un film à grand spectacle.

Bande annonce VO :

M le Maudit
M
Allemagne – 1931
Réalisation : Fritz Lang
Interprètes : Peter Lorre, Ellen Widmann, Inge Landgut, Otto Wernicke, Theodor Loos

Who Am I – Aucun système n’est sûr

Film allemand réalisé en 2014 par Baran bo Odar, Who Am I – Aucun système n’est sûr met en scène un groupe de hackers qui cherche à attirer l’attention en essayant, à chacun de leurs méfaits, de dépasser ceux commis par les groupes concurrents.

Who Am I – Kein System ist sicher, dont un remake américain est prévu, est le troisième film de Baran bo Odar. C’est aussi celui qui lui ouvre les portes d’Hollywood puisque le jeune réalisateur suisse s’est vu proposer la mise en scène de Sleepless Night avec Jamie Foxx et Michelle Monaghan.

La première cible de CLAY est le NBD dont les initiales se réfèrent à celles du parti d’extrême droite allemand NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands).

La première cible de CLAY est le NBD dont les initiales se réfèrent à celles du parti d’extrême droite allemand NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands).

Le rôle principal est tenu par Tom Schilling, une vedette en Allemagne depuis Crazy, le film allemand qui a connu le plus grand succès en 2000. Son mentor, Max, est quant à lui interprété par Elyas M’Barek, également à l’affiche d’un grand succès du cinéma allemand : Fack ju göhte (un jeu de mot pour Fuck you Goethe). Wotan Wilke Möhring est quant à lui l’acteur le plus connu en France, puisqu’on a pu l’apercevoir dans Pandorum, mais surtout dans L’expérience d’Oliver Hirschbiegel.

L’action se déroule à Berlin, de nos jours. Benjamin est un adolescent mal dans sa peau qui n’arrive pas à trouver sa place dans le monde réel. De dépit, il emprunte la voie du monde virtuel qui le mène à l’illégalité. Après avoir piraté le serveur de la faculté pour voler les questions d’un examen et les donner à son amie Marie, Benjamin est condamné à des heures de TIG. C’est ainsi qu’il rencontre le charismatique Max qui le recrute au sein de son groupe de hacker : CLAY. Ensemble, ils attaquent plusieurs organisations comme un parti d’extrême droite et une société de produits pharmaceutiques. Déçus du peu d’attention que ces attaques leur ont apporté, ils décident de faire un plus gros coup. C’est à partir de ce moment que ce petit jeu devient dangereux.

Boys Noize et Royal Blood ont prêté certaines de leurs chansons au film.

Boys Noize et Royal Blood ont prêté certaines de leurs chansons au film.

À sa façon, Benjamin symbolise ceux que la société a confinés aux marges du système. En effet, et bien que Benjamin renferme de grandes qualités, sa non-adaptation au système le relègue dans la médiocrité. Sans famille, sans amis, armé d’un mini job qui n’a rien d’enthousiasmant, Benjamin ne trouve pas d’autres solutions pour exploiter ses compétences que de se jeter corps et âme dans des activités illégales. À travers le personnage de Benjamin, Baran bo Odar démontre qu’en n’exploitant pas le potentiel de chaque individu qui compose notre société, nous créons des marginaux qui peuvent à tout moment se révéler un danger pour notre société.

Premier thriller allemand à être parvenu à se hisser en tête du box-office allemand depuis les années 80, Who Am I – Aucun système n’est sûr n’est pas seulement un succès commercial. C’est aussi un excellent divertissement, trépidant, plein de personnages sympathiques, de rebondissements surprenants, d’humour, de suspense et ne connaissant aucun temps mort.

Bande annonce sous-titrée en anglais :

Who Am I – Aucun système n’est sûr
Who Am I – Kein System ist sicher
Allemagne – 2014
Réalisation : Baran bo Odar
Interprètes : Tom Schilling, Elyas M’Barek, Wotan Wilke Möhring, Antoine Monot, Jr, Hannah Herzsprung, Trine Dyrholm

Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau

Bien que le scénariste Henrik Galeen a changé les lieux, les noms (Dracula devient Orlok, Lucie se transforme en Ellen, Jonathan s’appelle Hutter, etc), supprimé quelques passages et réécrit la fin, on reconnaît immédiatement le Dracula de Bram Stoker dans le film de Murnau. À un point tel d’ailleurs que Nosferatu fait sans nul doute partie des adaptations les plus fidèles du roman de l’écrivain britannique.

Récemment marié avec Ellen, Hutter est secrétaire dans une agence immobilière. Son patron, Knock, l’envoie en mission en Transylvanie afin de rencontrer le comte Orlok qui souhaite s’installer à Wisborg. Lorsqu’il fait la connaissance du comte, Hutter décèle que son hôte est un vampire. Mais Orlok quitte soudainement le château après avoir découvert le portrait d’Ellen dans les affaires d’Hutter. Dès son arrivée à Wisborg, le comte tente de faire sienne Ellen. Lorsque Hutter arrive enfin, la peste s’est déjà abattue sur la ville.

Selon une légende urbaine, l’acteur Max Schreck interprétant Orlok était réellement un vampire. La rumeur a servi de base pour le film l’Ombre du Vampire dans lequel le personnage est incarné par Willem Dafoe.

Selon une légende urbaine, l’acteur Max Schreck interprétant Orlok était réellement un vampire. La rumeur a servi de base pour le film l’Ombre du Vampire dans lequel le personnage est incarné par Willem Dafoe.

L’une des plus importantes différences entre l’œuvre de Murnau et celle de Stoker réside dans la représentation du vampire. Alors que Dracula est majestueux et séduisant, Orlok s’avère effrayant et cauchemardesque. Grotesque également tant son aspect physique frise, parfois, avec le ridicule (oreilles démesurées, yeux exagérément enfoncés dans leur orbite, ongles interminablement longs, posture effroyablement raide et tendue). Quoi qu’il en soit, le personnage imaginé par l’acteur Max Shreck est si extraordinaire et étrange qu’il est devenu l’une des plus marquantes singularités du film. En dehors de Klaus Kinski pour le remake signé Werner Herog en 1979 et de Reggie Nalder à l’occasion de l’adaptation du roman de Stephen King Les Vampires de Salem, peu nombreux seront les acteurs qui auront incarné des vampires aussi atypiques et effrayants. On notera aussi que le vampire de Murnau n’est pas accompagné des amusoires folkloriques dont sont habituellement affublés les suceurs de sang. Ail et crucifix ne sont d’aucun recours contre cette créature cauchemardesque.

Parce que jugé trop effrayant, le film est resté interdit en Suède jusqu’en 1972.

Parce que jugé trop effrayant, le film est resté interdit en Suède jusqu’en 1972.

Le film tire une bonne partie de sa force de son propre esthétisme, sublimé par des jeux d’ombre et de lumière expressionnistes. Mais l’utilisation de décors naturels et d’extérieurs (à Lübeck et Wismar) offrent également à Nosferatu un aspect singulier. Murnau insiste également sur le contraste qui existe entre l’idyllique village de Wisborg où la vie semble si insouciante et le sombre et effrayant château du comte Orlok en Transylvanie. Murnau se sert de ce contraste pour mettre en image l’aspiration d’Ellen à une vie moins monotone et insouciante, plus aventureuse et mystérieuse comme le suggère la scène où on la voit attendre le retour d’Hutter. Elle l’attend sur une plage, mais Hutter est parti à cheval et Orlok, lui, arrive par la mer.

De nombreux négatifs ont été détruits à la demande de la veuve de Bram Stoker qui avait intenté un procès contre le film pour plagiat.

De nombreux négatifs ont été détruits à la demande de la veuve de Bram Stoker qui avait intenté un procès contre le film pour plagiat.

Nosferatu est tout à la fois un film d’amour à travers les relations tragiques qui lient Ellen, Orlok et Hutter. Un film d’aventure en raison des nombreux voyages semés d’embuches qui se passent à cheval ou sur un bateau entre la Transylvanie et Wisborg. Et un film d’épouvante comme l’attestent les décors lugubres, la peste qui s’abat sur le village et l’effrayant vampire. Le film marque de bien belle manière, non seulement les débuts du vampire au cinéma, mais aussi ceux de Murnau. Suivront Le Dernier des Hommes en 1924, Faust l’année suivante et L’Aurore qu’il tournera aux États-Unis en 1927.

Le film a eu droit à un remake en 1979, réalisé par Werner Herzog avec, dans les rôles principaux, Klaus Kinski (Dracula/Orlok) et Isabelle Adjani (Lucy/Ellen).

 

Nosferatu le Vampire, une Symphonie de l’Horreur
Nosferatu – Eine Symphonie des Grauens
Allemagne – 1922
Réalisation : Friedrich Wilhelm Murnau
Interprètes : Max Schreck, Gustav von Wangenheim, Greta Schröder, Alexander Granach, Georg Heinrich Schnell…

Sources : Films des années 20 (Taschen)

Le bourreau de Londres

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Le Bourreau de Londres, c’est ainsi que l’on surnomme cet assassin qui livre sa propre justice au nez et à la barbe de Scotland Yard ! Il est si bien renseigné qu’on est persuadé qu’il est membre du système judiciaire. Il fait enlever par ses sbires des hommes corrompus ou sadiques afin de les soumettre à un procès expéditif qui se termine immanquablement par leur pendaison.
Le détective John Hillier est bien chargé d’enquêter mais il traîne les pieds. En effet, on vient de lui retirer une enquête qui lui tenait très à cœur, une sinistre affaire de jeunes femmes retrouvées mortes, décapitées. Sa sœur cadette fait en effet partie des victimes. Pourquoi rechercher le Bourreau de Londres alors qu’il n’exécute que des criminels et que dans le même temps, on relègue au second plan une affaire de crimes sexuels ?

De manière générale, ce genre éponyme inspiré de l’œuvre d’Edgar Wallace, met d’abord an avant sa frivolité. L’humour est omniprésent et les situations suffisamment extraordinaires pour ne pas se prendre au sérieux. DER HENKER VON LONDON est assurément l’exception qui confirme cette règle. Certes, on y retrouve l’humour constant de la série, mais celui-ci est noir, et surtout contrebalancé par une véritable réflexion sur l’auto-justice.

Le fameux Bourreau du titre impose sa propre justice et tous ceux qui passent devant son tribunal finissent sur l’échafaud. Tout le monde acclame son initiative car, s’il est vrai que sa justice est expéditive, elle n’en est pas moins juste. Même le beau-père du héros, un ancien et célèbre juge, ne cesse de vanter les mérites de ce justicier ; c’est un peu la Justice qui parle en son nom ! Quant au héros, il enquêtait précédemment sur le brutal assassinat de sa sœur par un sadique. Il doit laisser tomber l’affaire pour s’occuper de celle du Bourreau, ce qui ne manque pas de susciter l’émoi du garçon. Il n’y a bien que Scotland Yard pour vouloir contrecarrer les plans du Bourreau, sans doute parce qu’il met en exergue les dossiers que la célèbre institution londonienne n’a pas su élucider. Le final du film confirmera l’absence d’ambiguïté du discours énoncé durant le métrage.

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Si le thème du justicier était fréquent chez Edgar Wallace, il l’est plus encore dans les films adaptant les œuvres de Bryan, le fils, comme l’illustre d’ailleurs DER HENKER VON LONDON. Cependant, la prise de position politique sans équivoque est rare dans un Edgar Wallace, même s’il est vrai que le genre est plutôt réactionnaire, ne serait-ce que parce que les scénarios se déroulent majoritairement dans l’aristocratie.

Cette particularité n’est pas la seule de DER HENKER VON LONDON. Le scénario est également surprenant en parvenant à imbriquer deux histoires dans un seul script.
La première partie nous présente les personnages et le fondement de l’intrigue. Le jeune et beau détective, John Hillier, est interprété par Hansjörg Felmy, qu’on a pu voir dans TORN CURTAIN d’Alfred Hitchcock (LE RIDEAU DÉCHIRÉ – 1966). Il doit rendre des comptes à l’inspecteur Morel Smith qui n’est incarné par nul autre que Wolfgang Preiss, que les amateurs du cinéma de genre connaissent bien, au-delà de son visage masqué, pour avoir été le fameux Dr Mabuse dans les années 50 et 60. Par ailleurs, personne n’a oublié sa prestation dans IL MULINO DELLE DONNE DI PIETRA (LE MOULIN DES SUPPLICES – 1960) mis en scène par Giorgio Ferroni trois années plus tôt. La fiancée de John est, quant à elle, interprétée par la jolie Autrichienne Maria Perschy qui fut très active dans le Bis. On put l’admirer dans EL JOROBADO DE LA MORGUE (LE BOSSU DE LA MORGUE – 1973), LOS OJOS AZULES DE LA MUÑECA ROTA (BLUE EYES OF THE BROKEN DOLL – 1974)…

Ainsi, durant cette première partie, nous suivons John Hillier secondé par ses amis et sa famille, incapable d’arrêter les crimes du Bourreau et se demandant d’ailleurs s’il ne vaudrait pas mieux le laisser faire.

C’est alors qu’apparaît un nouveau protagoniste en la personne du fameux « Sadique », incarné par Dieter Borsche, qui a donc assassiné la sœur du héros. Le film prend à cet instant une tournure étrange en mettant en avant l’un des thèmes phares de la science-fiction : le savant fou. Celui-ci entraîne des jeunes filles dans sa cave. Là, après les avoir décapitées, il tente de leur redonner vie en greffant les têtes sur un buste mécanique singeant le corps humain. Son objectif est de séparer l’être spirituel de sa condition humaine en permettant à l’esprit de vivre sans les contraintes du corps.
Cette intrigue n’est absolument pas sous-exploitée par le réalisateur. Dieter Borsche est un acteur connu en Allemagne et il livre un savant fou psychopathe tout à fait convaincant. Sa cave transformée en laboratoire et en particulier le buste mécanisé qu’il présente à l’une de ses victimes nous plongent dans une science-fiction naïve et attachante, digne des productions américaines des années 50.

Le bourreau de londres, Der henker von london, Edwin Zbonek, edgar wallace krimi

Il ne résulte pourtant pas un film décousu de ce mélange des genres. Au contraire, il bonifie DER HENKER VON LONDON. Pour s’en convaincre, il suffit de voir le procès réservé au Sadique par le Bourreau. Contrairement aux autres « suspects », le démentiel professeur ne cherchera pas à se disculper. Fier, il n’hésite pas à décrire ses crimes qu’il définit comme étant une œuvre dont le but ultime est de faire progresser l’humanité.

Dès lors, les procès du Bourreau démontrent leur limite. S’il est « facile » de juger des criminels crapuleux, comment considérer quelqu’un qui n’est pas responsable de ses actes ? Ce sera d’ailleurs le dernier procès « personnel » du Bourreau car il sera démasqué quelques minutes plus tard.

À tout cela, il faut ajouter que les décors de DER HENKER VON LONDON sont superbes, magnifiés par un noir et blanc impeccable que l’on doit à Richard Angst. Les scènes qui se déroulent dans le château flattent l’œil, mais elles ne sont pas les seules. Il y a aussi les procès folkloriques menés par le Bourreau de Londres. Celui-ci est vêtu tout de noir. Une cagoule noire et pointue trône sur sa tête et il porte une grande robe assortie sur le corps. Les tables, quant à elles, sont remplacées avec emphase par des cercueils. Le rare Edwin Zbonek livre ici un film qui est peut-être l’un des meilleurs du genre.

Le bourreau de Londres
Der henker von London – Allemagne – 1963 – Réalisation : Edwin Zbonek  – Distribution : Hansjörg Felmy, Maria Perschy, Dieter Borsche, Rudolf Forster, Harry Riebauer…