Une histoire du cinéma allemand : Le cinéma d’après-réunification

Dans les années 1990, après la réunification, le cinéma allemand retrouve une certaine vitalité, voire connait une véritable renaissance. Les nouveaux talents issus de l’industrie cinématographique allemande n’abordent pas des thèmes en particuliers et n’ont pas de genres attitrés, mais le phénomène engendre régulièrement des produits de qualité se traduisant par des succès autant artistiques que commerciaux.

Hans Christian Schmid sonne la renaissance du cinéma allemand avec la comédie Dans la forêt vierge après cinq heures (Nach Fünf im Urwald – 1995) et le thriller 23 (23 – Nichts ist so wie es scheint – 1998). Le premier met en scène Franka Potente dans un de ses premiers rôles où elle incarne une adolescente en fugue pendant que ses parents, dans le même temps, se remémorent que eux aussi ont été jeunes. 23 raconte également la rébellion d’un adolescent face à son père et au système mais dans un contexte plus dramatique puisque le thriller s’inspire de la vie de Karl Koch, impliqué dans une affaire de revente au KGB de fichiers confidentiels de l’armée américaine. La carrière de Hans Christian Schmid ne s’arrête pas en si bon chemin ; parmi les autres films notables de sa filmographie, citons Au feu ! (Lichter – 2004) et Requiem (2006).

En 1998, on retrouve Franka Potente dans Cours, Lola, cours (Lola rennt) un film qui lui permet, non seulement d’obtenir une envergure internationale, mais également de rappeler au monde que le cinéma allemand existe. Le langage visuel frénétique, la bande originale exaltée, le mélange étonnant d’éléments comiques et dramatiques, le concept intelligent, expliquent, entre autres, le succès du film. Malheureusement, les films suivants de Tom Tykwer (Heaven en 2003, le Parfum en 2006…) s’avèrent décevants, trop ésotériques ou pompeux.

Sebastian Schipper réalise en 1999 Les Bouffons (Absolute Giganten) un très beau film sur le passage à l’âge adulte qui accède immédiatement au statut de film culte.

D’autres réalisateurs talentueux se font également remarquer. Parmi eux compte certainement Fatih Akin. Dès son premier film, L’engrenage (Kurz und schmerzlos – 1998), il démontre un talent certain à décrire le milieu des gangsters et à dessiner de manière crédible ses personnages. Avec réussite, il met ses compétences au service d’autres genres et thèmes, comme la romance avec Julie en juillet (Im Juli – 2000), les problèmes d’intégration dans Solino (2002) ou sociaux avec Head-on (Gegen die Wand – 2004), récompensé par un Ours d’or au Festival de Berlin.

D’autres réalisateurs se sont montrés capables de mélanger comédie et tragédie. Citons Andreas Dresden et son Grill Point (Halbe Treppe – 2002) dans lequel la vie tranquille de deux couples d’amis est bouleversée après une relation adultérine ; suivent des réflexions sur le mariage, l’amitié et les relations en général. En 2005, Andreas Dresden parvient à nouveau à mettre en scène des personnages réalistes confrontés à des problèmes tout aussi profonds dans Un été à Berlin (Sommer vorm Balkon).

En 1996, Caroline Link est nominé aux Oscars pour son drame intelligent Au-delà du silence (Jenseits der Stille) dans lequel Sylvie Testud est la fille de parents sourds-muets et entame une carrière dans la musique, passion qu’elle ne peut partager avec eux. Plus tard, en 2001, Caroline Link fait sensation en remportant l’Oscar du meilleur film étranger grâce à Nulle part en Afrique Nirgendwo in Afrika – 2001).

En 2007, La vie des autres (Das Leben der Anderen – 2006) permet à l’Allemagne de décrocher son troisième Oscar du meilleur film étranger. Le film de Florian Henckel von Donnersmarck qui raconte la vie des Allemands de l’Est sous la surveillance de la Stasi est un succès international.

D’autres réalisateurs impressionnent dès leurs premiers films comme Oliver Hirschbiegel qui, avec L’expérience (Das Experiement – 2001), livre une brutale et intéressante étude de la désindividualisation dans le groupe. Il persévère avec La Chute (Der Untergang – 2004) qui suit les derniers jours d’Adolf Hitler dans son bunker, avant un passage à Hollywood en 2007 pour mettre en scène un remake de L’Invasion des profanateurs de Sépulture avec Nicole Kidman et Daniel Craig : Invasion. D’autres réalisateurs comme Robert Schwentke (Tattoo – 2002) et Christian Alvart (Antibodies – 2005) éveillent l’intérêt de Hollywood après leurs premiers films. Robert Schwentke dirige ainsi Jodie Foster dans Flight plan (2005) et Christian Alvart braque sa caméra sur Dennis Quaid dans Pandorum (2009).

Cette reconnaissance internationale est la conséquence de la valeur du cinéma allemand actuel. Les Allemands ont la réputation de produire de la qualité. Petit à petit, cette qualité se propage au Septième Art, sans doute comme jamais auparavant dans l’histoire du cinéma allemand. Résultat : l’industrie cinématographique Outre Rhin est en plein forme.

Sources : filmszene.de

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