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Camp d’amour (1981) – La vérité sur les hippies


Allemagne - 1981 - Christian Anders
Titres alternatifs : Die Todesgöttin des Liebescamps
Interprètes : Laura Gemser, Christian Anders, Gabriele Tinti, Maximilian Wolters, Simone Brahmann, Fini, Bob Burrows...

Les années 70 ont également été frappées du sceau de la nazisploitation, sous-genre initié par des œuvres marquantes telles que Ilsa, la Louve des SS (1975), Portier de nuit (1974), ou encore Salon Kitty (1976). Suivront alors des œuvres opportunistes qui sentent le soufre telles que Le Camp des filles perdues (1976), SS Camp 5, l’enfer des femmes (1977) ou encore KZ9 – Camp d’extermination (1977). C’est dans ce contexte dépressif que Christian Anders débarque avec son Camp d’amour au titre tout de suite beaucoup plus charmant.

Camp d’amour (1981) - La vérité sur les hippies

Divine Emanuelle

Surtout que le rôle principal se voit échouer à la seule et unique Laura Gemser. Six années auparavant, en 1975, l’actrice connaissait un succès immédiat avec ce qui était alors son deuxième film, Black Emanuelle. Suivra toute une série de films la mettant en scène comme Black Emanuelle en Orient (1976), Vicieuse et Emanuelle (1976), Black Emanuelle en Afrique (1977), Emmanuelle et les collégiennes (1977), Black Emanuelle autour du monde (1977), Emanuelle chez les cannibales (1977)… In fine, son personnage lui offrira de quoi alimenter une carrière occupant trois décennies durant lesquelles elle n’aura de cesse de livrer ses charmes.

Ici, dans Camp d’amour, la charmante dame se trouve à la tête d’une communauté hippie prônant l’amour libre. En conformité avec leur philosophie, les membres de la secte tuent le temps en dansant nus comme des vers. Et, lorsqu’ils ne se trémoussent pas sur une musique endiablée, les jeunes copulent joyeusement.

Camp d’amour (1981) - La vérité sur les hippies
Camp d’amour (1981) - La vérité sur les hippies

Dénonciation calomnieuse

Pourtant, en vérité, la communauté n’a rien à voir avec celles que composaient les sympathiques babas cool. En effet, la liberté sexuelle promise par notre divine Emanuelle ressemble plutôt à une prison. En particulier lorsque l’on tombe amoureux et que l’on souhaite finalement se réserver à sa douce moitié. En effet, l’exclusivité n’est pas tolérée dans une communauté où tout le monde doit pouvoir faire l’amour avec le premier quidam qui se présente, notamment lorsqu’il s’agit du généreux bienfaiteur rendant possible le train de vie du collectif.

En ce début des années 80, Camp d’amour marque un réveil brutal après la libération sexuelle des années 70. Il ne serait pas étonnant, d’ailleurs, que le film s’inspirât de la tragédie du Guyana où une communauté s’était établie autour d’un projet agricole et communiste. Prônant l’égalité raciale et la justice sociale, la secte dirigée par Jim Jones mit fin à son rêve par un suicide collectif le 18 novembre 1978.

La communauté du film de Christian Anders s’est installée, en ce qui la concerne, sur une île grecque où la Divine Emanuelle a établi son Camp d’amour. Dorian se voit confier la tâche de recruter de nouveaux membres prêts à mettre leur corps à la disposition de la bande. Dans sa ligne de mire, la jolie Patricia (Simone Brahmann) se trouve même à deux doigts de rejoindre la secte. Ce recrutement réjouit Divine qui convoite la fortune du père de Patricia, riche sénateur américain. Malheureusement, Dorian tombe amoureux de la jeune fille et se rend compte que la communauté n’a finalement rien d’un paradis.

La révélation, suivie par la trahison de Dorian, permettra au garçon de recevoir la gratitude de son futur beau-papa. Camp d’amour démontre alors que ses velléités sont moins de condamner des pratiques sectaires que de mépriser la liberté et la frivolité. D’ailleurs, une joyeuse et inoffensive orgie se terminera lorsque les protagonistes se jetteront comme des bêtes sur un lapin rôti à la broche, histoire de pointer les incohérences de ces beatniks.

Camp d’amour (1981) - La vérité sur les hippies

Film d’auteur

Camp d’amour tend constamment vers le film à message réactionnaire mais, en vérité, le ridicule de l’affaire l’emporte souvent. Comme lorsque l’héroïne, grondée par son papa qui ne veut pas qu’elle traîne avec un hippie, écrit sur un miroir le nom de son amoureux à l’aide d’un stick à lèvres, l’entourant d’un cœur du plus bel effet kitsch. Plus loin, Dorian donne une correction à deux vilains et, juste après, exige de rester seul pour méditer sur la violence dont il s’est rendu coupable. Deux exemples risibles qui donnent une bonne idée de ce qui vous attend tout au long de la centaine de minutes qui compose le film.

Condamnation injuste et pathétique des inspirations pacifistes d’une jeunesse désabusée par le capitalisme, Camp d’amour est un peu à l’image de son auteur Christian Anders, personnage haut en couleur du show-business allemand… Électricien de formation, le bonhomme, accessoirement titulaire d’une ceinture noire en karaté, devient finalement chanteur de variété. On lui doit par exemple la très jolie chanson d’amour Es fährt ein Zug nach Nirgendwo. Ses succès lui permettent de fonder une maison d’édition musicale, mais aussi de réaliser lui-même des navets dans lesquels il se donnait le beau rôle. Plus tard, pour attirer sur lui l’attention du public, Anders se mettra à publier des livres pour révéler la véritable vérité sur le VIH, maladie artificiellement créée pour contaminer les personnes noires et homosexuelles. Le fond, il le touche un peu plus tard en participant à une émission de télé-réalité où les participants doivent réaliser des actes répugnants, show qu’il remporte haut la main !

Informations complémentaires :

La jolie blonde Simone Brahmann qui joue Patricia tombant immédiatement amoureuse de Christian Anders blond comme le blé a eu une carrière comme actrice plutôt chaotique entre Bis et télévision. Finalement, elle s’orientera dans le doublage, métier qui lui réussira beaucoup mieux. Ainsi, elle doublera des films comme Dune ou Basic Instinct. Dans la version allemande de L’Exorciste, c’est elle qui prête sa voix à la petite Regan.

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Article signé André Quintaine
D'origine allemande et passionné de cinéma de genre,
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