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Après avoir subi la pression des parents et des collègues professeurs dans La salle des profs (2023), puis l’effroi des médias et du public à la suite d’un attentat pour le film 5 Septembre (2024), Leonie Benesch frôle le burn-out à l’occasion de En première ligne. Le film qui relate une journée de la vie d’une infirmière aurait pu gagner en immersion en faisant le choix d’être tourné en une seule prise, à l’instar de Victoria (2015) par exemple. Il n’en sera rien. À la place, En première ligne prend l’apparence d’un docu-fiction, mais n’en est pas moins intense grâce à la prestation de Leonie Benesch.
Le manque de personnel de santé est un sujet d’actualité. Par exemple, en France, d’ici 2040, il faudra un million d’infirmières pour affronter le vieillissement de la population. Actuellement, le métier n’en recense que 750 000. Ne comptez pas sur la corporation pour promouvoir le métier, en effet, seul 69 % des infirmiers et infirmières recommanderaient d’enfiler la blouse. Parmi les éléments négatifs de la profession sont pointés le stress, causé par le manque de moyens humains et matériels, ainsi qu’un système de rémunération peu attractif. Raisonnablement, on peut imaginer qu’un investissement massif permettrait de recruter du personnel et de maintenir à niveau la santé de la population. Tristement, l’argent se voit détourné afin d’assurer d’autres priorités.
Une prise de conscience s’avère donc nécessaire. Malheureusement, il ne faudra pas compter sur En première ligne pour mener la fronde. D’ailleurs le titre allemand donne le ton. Heldin, soit héroïne. Un qualificatif démagogique, que l’on pourrait tout aussi bien employer pour beaucoup de professions, comme éboueurs(euses), caissiers(ères), livreurs(euses)… Les velléités du film semblent, dès lors, se limiter aux bonnes intentions, à l’instar de celles affichées à la suite de l’épisode COVID envers les premiers de cordée, reconnaissance vite oubliée une fois la menace derrière nous. Ainsi, en découvrant le métrage, les infirmiers(ères) pourront se satisfaire du soutien, mais celui-ci ne fait pas vraiment avancer les choses.
Maigre consolation, d’autant plus lorsque la reconnaissance se fait à base de stéréotypes éculés, et d’un certain manichéisme… Ainsi, les infirmières sont irréprochables. L’enjolivement de la situation touche également les patients qui sont majoritairement sympathiques. Quelques-uns se révèlent de mauvais coucheurs, c’est vrai, généralement les plus pauvres et les plus riches, mais, tous reviennent heureusement à la raison en fin de métrage, faisant même l’effort de présenter leurs excuses afin de se faire pardonner leur écart de conduite. Tout rentre alors dans l’ordre et le spectateur peut se rendormir et se coucher tranquille sur ses deux oreilles. Au mieux, il se souviendra de cette infirmière et tâchera de se montrer poli avec celle qui s’occupera de lui lorsque, un jour ou l’autre, il se retrouvera entre ses mains.
La volonté seule d’alerter sur la criticité de la situation dans les hôpitaux n’est pas suffisante. On aurait aimé que la réalisatrice, en tant qu’artiste, dépasse un peu la commisération polie dont elle témoigne envers le personnel de santé pour faire preuve d’engagement. En désignant par exemple les premiers responsables, ceux qui prennent les décisions. Et, pourquoi pas, à l’instar de Coralie Fargeat et de son The Substance, leur jette à la face tripes et boyaux.
Celle qui est à la hauteur, en revanche, c’est l’actrice principale de En première ligne. Originaire de Hambourg, Leonie Benesch se révèle exceptionnelle du début à la fin du métrage. Changeant d’attitude selon les patients, elle est capable de laisser couler sur elle la violence que certains malades n’arrivent plus à contenir parce qu’ils attendent les résultats de leurs examens depuis trop longtemps. Plus loin, elle empêche la compassion de trop la submerger quand elle découvre l’inéluctable qui attend finalement sa patiente.
Constamment professionnelle, même lorsque l’alcoolique s’entête à fumer dans les locaux, elle se montre capable de faire preuve d’humanité lorsque les médecins refusent de réaliser les heures supplémentaires qu’elle accomplit, pourtant, elle. Investie, l’actrice s’est immergée dans un hôpital afin de partager le quotidien des infirmières et retranscrire le plus fidèlement et naturellement possible un métier pas comme les autres. Cette abnégation est bien visible à l’écran et offre au spectateur 90 minutes intenses.
La prestation de Leonie Benesch reste, au final, l’élément humain le plus évident d’une œuvre trop superficielle. Reconnaissons toutefois la prouesse technique… En effet, on saluera la prise de vue caméra à l’épaule qui permet une immersion totale dans ce film d’action hospitalier. La musique et le montage parviennent également à créer une escalade inquiétante en générant un suspens captivant. Mais, en se bornant à la surface, le film manque singulièrement de compassion pour ces héroïnes qu’il s’est pourtant engagé à défendre, transformant son objet en un simple divertissement.
Informations complémentaires :
Pour l’anecdote, on trouve, dans un petit rôle, celui d’un détestable patient nanti et méprisant, Jürg Plüss, qui était le héros Captain Berlin versus Hitler (2009) de Jörg Buttgereit. Plus récemment, il faisait également partie des principaux protagonistes du téléfilm Was wir fürchten (2023).
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Critique de 5 Septembre avec Leonie Benesch






