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Colonia Diginidad, une page sombre de l’Allemagne et du Chili

Thriller efficace, Colonia s’intéresse à une page sombre de l’Allemagne et du Chili en dépeignant les atrocités qui se sont déroulées derrière les murs de Colonia Dignidad. Des atrocités dont étaient victimes autant les opposants au régime de Pinochet que les membres de la secte.

Au Chili, durant le putsch militaire de 1973, Lena (Emma Watson) et Daniel (Daniel Brühl) sont arrêtés par la police militaire de Pinochet. Hôtesse de l’air, Lena est vite relâchée mais son ami, militant d’extrême gauche, est emmené au centre du pays dans un camp tenu par la secte Colonia Dignidad. Vue de l’extérieur, la colonie offre un refuge aux âmes en détresse. En réalité, elle est dirigée d’une main de fer par Paul Schäfer (Michael Nyqvist) qui impose une discipline religieuse stricte. Par ailleurs, Pinochet utilise la colonie pour y envoyer ses opposants ; dans les galeries souterraines, ces derniers sont interrogés et torturés. Lena se fait enrôler dans la secte dans le but de faire évader Daniel.

Le dernier film de Florian Gallenberger, John Rabe, réalisé en 2009, relate l’histoire du Schindler chinois qui sauva la vie de plus de 250 000 personnes en 1937.

Colonia Digidad est une communauté allemande, basée au Chili et composée des membres d’une secte chrétienne. Elle s’est fait tristement connaître après qu’aient été révélées les violations aux droits humains commises par ses membres et en particulier par son chef, Paul Schäfer. Celui-ci a fondé la colonie au Chili après avoir fui l’Allemagne où il était accusé de viols sur mineurs. Il emmena avec lui 150 « fidèles » avec parmi eux des enfants que les parents restés en Allemagne et en Autriche tentèrent en vain de récupérer. À l’intérieur de la secte, les corvées étaient nombreuses, la surveillance permanente. La colonie vivait coupée du reste du monde et seuls quelques visiteurs sélectionnés avec précaution étaient acceptés. Comme les dirigeants entretenaient des relations avec les groupuscules d’extrême-droite, ils soutinrent indirectement le putsch du 11 septembre 1973, en approvisionnant par exemple leurs partenaires d’armes qu’ils faisaient venir d’Allemagne. Finalement, la colonie devint une base arrière du régime de Pinochet. En 1991, le Chili finit par refuser de soutenir la colonie qui périclita. En 1996, accusé de viols et de tortures, Paul Schäfer fut contraint de prendre la fuite. Capturé en 2005, il décéda en prison cinq années plus tard sans avoir été jugé, emportant dans sa tombe de nombreux secrets.

C’est à l’école que Florian Gallenberger a pour la première fois entendu parler de Colonia Dignidad. Cette histoire l‘avait perturbé alors qu’il n’était qu’un enfant, au point qu’après John Rabbe, son précédent film, il décida d’en écrire le scénario. Il ne le termina pas car c’est à ce moment précis qu‘il reçut celui de Torsten Wenzel, déjà finalisé. Florian Gallenberger se mit alors immédiatement à la mise en image du travail de son compère.

Hartmut Hopp, médecin à Colonia Dignidad et bras droit de Paul Schäfer a été condamné par le Chili et s’est enfuit pour finir sa vie paisiblement près de Düsseldorf.

Aujourd’hui, la colonie s’est rebaptisée Villa Baviera, vit du tourisme mais reste difficile d’accès. Quatre années furent nécessaires à Florian Gallenberger pour approcher des membres, grâce à un contact originaire de Santiago du Chili, un psychologue qui rend régulièrement visite aux patients adeptes. Après plusieurs visites, certains acceptèrent finalement de lui parler.

Afin de toucher le plus grand nombre, Florian Gallenberger a doté son film de prétentions internationales, ambition atteinte grâce à la présence d’un casting impressionnant mais dont la prestation s’avère décevante.

Emma Watson (ex-petite amie de Harry Potter), en revanche, illumine le film d’un rayon d’espoir qui adoucit les passages particulièrement sombres. Son personnage est poignant et c’est elle qui bénéfice le plus de ce film.

Le principal problème de Colonia reste cependant dû au fait que Florian Gallenberger s’est imposé une autocensure afin de répondre aux exigences d’une production mainstream. Les tortures pratiquées à Cononia Dignidad sont peu abordées et encore moins les méthodes. Quant aux viols commis sur les enfants, ils sont presque passés sous silence. Le résultat est un thriller joliment et proprement mis en scène, un divertissement pouvant être montré à presque tous les publics. Pas un film pour engendrer de l’indignation, l’objectif premier de Florian Gallenberger.

Quoi qu’il en soit, l’efficacité de la réalisation et l’interprétation touchante d’Emma Watson peuvent représenter suffisamment d’arguments pour justifier la vision de Colonia.

Colonia
Colonia Dignidad – Es gibt kein Zurück – Allemagne, France, Luxembourg, Royaume-Unis – 2015
Réalisation : Florian Gallenberger
Interprètes : Emma Watson, Daniel Brühl, Michael Nyqvist… Muslu

Bande annonce en allemand :

Il est de retour de David Wnendt

En 2015, David Wnendt, met en scène l’adaptation du roman Il est de retour du journaliste et écrivain allemand Timur Vermes.

Sorti en 2012, le roman imagine le retour d’Adolf Hitler en 2011, en plein centre de Berlin. Le livre est resté 20 semaines en tête de la liste des best-sellers, deux millions d’exemplaires se sont écoulés et les droits ont été cédés à 41 pays avant de faire l’objet d’une adaptation cinématographique par David Wnendt.

David Wnendt s’est fait connaître par le biais de son premier film plusieurs fois primés, Kriegerin (2011), ainsi que pour Feuchtgebiete (2013), déjà une adaptation littéraire qui fut un grand succès public avec plus d’un million d’entrées en salle.

Pour Il est de Retour, le réalisateur opte pour une mise en scène résolument expérimentale et s’éloigne du ton satirique de l’œuvre originale.

Depuis février 2016, Il est de retour est également une pièce de théâtre dramatique dont les représentations ont lieu à Stuttgart.

En effet, Il est de Retour n’est pas drôle du tout et n’a rien à voir avec d’autres films mettant en scène le Führer tels que Le Grand Dictateur ou Être ou ne pas être. Chez David Wnendt, l’absurde n’est jamais suivi d’un rire libérateur face à l’horreur de la réalité.

Plutôt que de distancier le spectateur de cette réalité, il préfère le plonger dedans, en utilisant fréquemment des scènes tournées selon le principe du micro-trottoir, c’est-à-dire en interrogeant les gens dans la rue afin de recueillir leur opinion et voir comment ils réagissent, de manière spontanée, lorsqu’ils se retrouvent en face d’Adolf Hitler.

Pour que l’artifice soit parfait, il fallait un acteur peu connu en Allemagne, comme Oliver Masucci dont la carrière s’est jusqu’à maintenant essentiellement restreinte au théâtre.  La prise de 26 kilos a également œuvré à le rendre encore plus méconnaissable.

Les micro-trottoirs ne sont pas tous réels. Parmi les vrais, on trouve ceux tournés lors de la coupe du monde de football ainsi que ceux où Hitler tente de gagner de l’argent en tant que portraitiste.

Accompagné de trois gardes du corps discrets, et suivi par deux caméras cachées, Oliver Masucci s’est ainsi promené dans des rues piétonnes afin de délivrer des moments glaçants du film comme lorsque par exemple des touristes se prennent en photo avec lui, comme s’ils étaient avec Mickey à Euro Disney. Même si, bien évidemment, personne n’est dupe sur le fait qu’il s’agit bien d’un imposteur, l’absurdité de la situation interroge. Et en tout cas ne prête nullement à sourire.

Lorsque le film reprend un cours classique, il n’en est pas moins mordant. Les gens acclament cet imposteur excentrique qui parle comme Hilter, en font une star des talk-shows et de YouTube. Il faudra qu’apparaisse une vidéo dévoilant le Führer abattant froidement un chien pour qu’enfin, sa popularité chute auprès du public.

Dans ce contexte, la responsabilité des médias semble tout relative. Même s’ils aimeraient bien faire d’Hitler une star génératrice d’audience synonyme de revenus publicitaires, c’est finalement le peuple qui décide qui il a envie d’aimer ou non.

Kriegerin, le premier film de David Wnendt, raconte l’évolution d’une jeune fille d’extrême droite à la suite d’une rencontre avec un jeune réfugié afghan.

Il est de retour a pour ambition de nous montrer qui nous sommes, et les conséquences des erreurs que nous commettons par manque de conviction, de réflexion et de conscience.

À la question : peut-on rire d’Hitler ? La réponse de David Wnendt semble être négative, car nous n’avons rien appris en presqu’un siècle et le danger est toujours bien réel. La morale de l’histoire n’est pas : « Attention, il est de retour », mais bien plus : « Attention, il n’est jamais parti » !

Allemagne – 2014 – Er ist wieder da
Réalisation : David Wnendt
Interprètes : : Oliver Masucci, Fabian Busch, Christoph Maria Herbst, Katja Riemann, Franziska Wulf

Bande annonce VO