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Cold Hell, une intrusion du cinéma allemand dans le Thriller.

Réputé pour ses comédies et drames sociaux, le cinéma allemand est bien moins estimé en ce qui concerne ses thrillers. Alors, pour que Cold Hell ne soit pas un nouvel échec de plus, le cinéma allemand s’est tout simplement adressé à l’un de ses auteurs les plus talentueux dans ce domaine : Stefan Ruzowitzky. Celui-ci s’est précédemment illustré dans le genre en 2000 avec Anatomie.

Özge vit à Vienne où elle travaille comme chauffeur de taxi la nuit. Le jour, elle prend des cours de boxe thaï. Cynique, ce n’est pas une tendre mais son âpreté est mise à l’épreuve le jour où elle est témoin d’un crime perpétré par un tueur en série dont elle devient désormais la cible. Heureusement, elle reçoit l’aide du commissaire grincheux Christian Steiner…

La réussite de Cold Hell repose principalement sur ses deux personnages principaux à double tranchant : Özge et Christian. La jeune femme, introvertie, a été rendue dure par la vie mais au fond, elle attend quelqu’un pour se confier. Quant à Christian, c’est un célibataire endurci, mais c’est aussi quelqu’un d’intègre qui s’occupe de son père atteint de la maladie d’Alzheimer.

Après des études en théâtre et histoire, Stefan Ruzowitzky fait ses débuts en tant que réalisateur et scénariste avec le long métrage Tempo (1996). Deux années plus tard, il s’intéresse au milieu rural durant l’entre-deux-guerres avec Les héritiers (1998). Le drame est salué par la critique internationale. Dans un tout autre genre, vient ensuite le thriller Anatomie (2000) qui attire plus de deux millions de spectateurs dans les salles allemandes.

L’interaction entre les deux personnages fonctionne si bien que le développement de leur relation prend même à un moment le dessus sur l’histoire. Dès lors, le tueur en série passe au second plan, et comme cela dure un peu de temps, le spectateur s’en rend compte et peut s’en étonner.

Cela dit, la dernière partie permet au film de gagner en intensité lorsque nos deux héros craignent pour leur vie, d’autant plus que nous avons eu le temps de nous attacher aux personnages.

Après les anecdotiques All the Queen’s Men (2001) et Anatomie 2 (2003), Stefan Ruzowitzky connaît à nouveau un succès critique et public avec Les faussaires (2007) qui se déroule durant la seconde guerre mondiale. Depuis, Stefan Ruzowitzky semble avoir revu ses ambitions à la baisse avec un film pour enfant (Lili la petite sorcière, le dragon et le livre magique – 2009 et un petit film d’horreur (Patient Zero – 2018)

Si le développement a pris autant d’importance, c’est probablement pour laisser la place à son message de tolérance. Comme Cold Hell ne se contente pas de donner des leçons, et démontre ce qu’il a à dire, le message passe très bien à travers la rencontre de deux êtres dont les oppositions deviennent complémentaires (Özge est d’origine turque et Christian viennois raciste). Évidemment, c’est avec l’autre que l’on se construit et c’est ce que confirme Cold Hell.

Certes, les personnages sont caricaturaux et le message bienveillant primaire. Le psychopathe est raciste, le père intégriste maltraite les enfants… Cold Hell ne fait pas dans la dentelle quand il s’agit de simplifier les problèmes sociaux, au point que l’on peut aussi voir en Cold Hell un vulgaire téléfilm à peine meilleur que ceux qui pullulent sur les chaînes publiques allemandes.

Cette impression est malgré tout contrebalancée par la présence du psychopathe. Celui-ci attribue au film une ambiance résolument sombre. Les moments plus légers, de détente, sont rares et se déroulent de jour chez Christian qui, à un moment, héberge Özge. Pour le reste, c’est une atmosphère maussade et inquiétante qui traverse tout le film.

Die Hölle Autriche, Allemagne – 2016 Réalisation : Stefan Ruzowitzky Interprètes : Violetta Schurawlow, Tobias Moretti, Robert Palfrader, Sammi Sheik, Verena Altenberger, Nursel Köse, Murathan…

Le Troisième Sexe : Luxure, débauche, homosexualité et proxénétisme dans l’Allemagne de la fin des années 50

Pendant la dictature nationale-socialiste, le réalisateur Veit Harlan, protégé de Goebbels, a été responsable d’un grand nombre de films de propagande. On lui doit par exemple Le Juif Süss (1940), film antisémite, grand succès international qui, en France, est acclamé par la presse collaborationniste, provoque des violences antisémites et fait l’objet d’attentats à la bombe. Pour ce film, Veit Harlan reçoit le Lion d’Or à la Mostra de Venise ainsi que les salutations des critiques et d’un jeune Michelangelo Antonioni qui voit dans le film la rencontre réussie entre l’art et la propagande.

Plus tard accusé de complicité dans le génocide, Harlan se défend en expliquant avoir réalisé ses films sous la contrainte. Finalement acquitté en 1950, il continue de mettre en scène. Ses films d’après-guerre suscitent peu d’intérêt, en dehors du provocant Troisième Sexe réalisé en 1957. Le film montre comment une mère sauve son fils de l’homosexualité en encourageant la fille au pair qu’elle loge de coucher avec lui. Ses bonnes intentions sont cependant mal interprétées par la justice qui considère son stratagème comme une forme de proxénétisme…

Il existe deux versions du Troisième Sexe. La première mouture sort sous le titre Das dritte Geschlecht (Le troisième sexe). Elle est censurée par le système de contrôle allemand qui fait supprimer des scènes et en tourner de nouvelles. La nouvelle variante est titrée Anders als Du und Ich (Différent de toi et moi). Elle diffère de la première version au point que le film devient carrément anti-homosexuel, ce qui a provoqué la protestation des associations de défense des homosexuels.

Pour autant, il serait erroné de croire que la première version est plus bienveillante envers la condition homosexuelle. Pour preuve, il convient d’évoquer le personnage de l’expert en art Boris Wikler qui mène le jeune héros du film à la débauche. À la fin de la première version, il doit quitter l’Allemagne. Dans la seconde version acceptée par le système de contrôle allemand, il est embarqué par la police. Dans tous les cas, son sort est peu enviable. Veit Harlan ne défend donc pas la cause homosexuelle.

En réalité, la cause homosexuelle sert avant tout à montrer la tyrannie exercée par une morale archaïque dans l’Allemagne de la fin des années 50. La luxure et l’adultère sont inscrite dans la loi et passible de prison ferme. En fin de compte, l’objet du film, contesté par le système de contrôle allemand, est de démontrer que les règles peuvent aboutir à la condamnation d’une mère, même si celle-ci est animée des meilleures intentions du monde puisqu’il s’agit de sauver son fils de l’homosexualité (comme s’il s’agissait d’une aberration qu’il fallait corriger).

Sans le vouloir, Le Troisième Sexe s’avère très actuel lorsqu’il décrit les mécanismes de mise en place de contrôles répressifs par nos sociétés… En effet, comme les parents de Klaus sont consternés d’être accusés de proxénétisme, ils s’insurgent contre les lois abusives qui ont condamnés leurs actes. Cette prise de conscience n’engendre pas des législations moins restrictives, bien au contraire. Pour s’en convaincre, il suffit d’évoquer le débat sur l’IVG : il y a trop d’IVG parce que la loi permet trop facilement d’y faire appel, donc, interdisons l’IVG. Ainsi, Le Troisième Sexe ne milite pas pour moins de morale, mais pour une moralisation des orientations sexuelles amenant, au final, à condamner l’homosexualité.

Le stratagème abracadabrantesque imaginé par la mère (changer l’orientation sexuelle de son fils en débauchant la fille au pair qu’elle loge sous son toit), Klaus remis dans le droit du chemin après une seule nuit d’amour et évoquant dès le lendemain matin le mariage, la caricature du riche homosexuel cultivé débauchant les jeunes hommes ingénus avec des combats de lutte, tout comme la peinture abstraite et la musique d’avant-garde comme art dégénéré sont autant d’invraisemblances qui font du Troisième Sexe un met de choix pour les fans de nanars. Déjà, à l’époque, le film ne fit pas illusion… Peu crédible, sa trame scénaristique lui a assuré un échec cinglant en salle.

Le choix du titre est un pied de nez à la commission de censure. En effet, le titre est emprunté à un film muet de 1919 qui réclamait ouvertement la suppression de l’article 175 du code pénal allemand qui punissait l’amour entre personne du même sexe.

Source : Grün ist die Heide

Anders als du und ich (§ 175) Allemagne – 1957 Réalisation : Veit Harlan Interprètes : Christian Wolff, Paula Wessely, Paul Dahlke, Marcel André, Paul Esser, Otto Graf

Der Bunker, séquestration, maltraitance, éducation

Habituellement, en temps de guerre, le terme bunker évoque un lieu qui protège. Depuis quelque temps, de Michael (2001) à 10 Cloverfield Lane (2016), il est plutôt associé à la séquestration et à la maltraitance. C’est maintenant au tour d’un jeune réalisateur indépendant de se consacrer au sujet pour illustrer l’éducation parentale et scolaire.

L’Étudiant (Pit Bikowski – tueur transgenre dans Der Samurai en 2014) est en quête d’un endroit calme pour mener à bien ses travaux de recherches. C’est ainsi qu’il se retrouve dans un bunker isolé au milieu de la forêt. Ses hôtes, qui mettent à sa disposition une chambre borgne, forment une famille un peu singulière. Le maître du bunker, le père (David Scheller) se prend pour un intellectuel, n’hésitant pas à philosopher sur la consistance d’un œuf au plat. La mère (Oona von Maydell) parle tous les soirs avec Heinrich, une plaie sur sa jambe. Le fils de 8 ans Klaus (Daniel Fripan), paraît beaucoup plus âgé et se prépare à devenir président dès qu’il sera grand. Cependant, comme il n’est pas très malin, les parents demandent à l’Étudiant de lui faire l’école ; les efforts qu’ils ont eux-mêmes mis en œuvre pour atteindre quelques résultats se sont avérés vains.

Pour son premier film, Nikias Chryssos créé un univers obscur dans lequel se débat une famille étrange. Cependant, ses valeurs sont tellement communes qu’il est facile de s’identifier à elle. Au final, cette identification s’avère parfois dérangeante puisque l’on se retrouve dans l‘excentricité aussi de ces protagonistes. À ce titre, on trouve au centre du récit, étiré jusqu’à l’absurde, le thème de l’éducation, particulièrement malmenée par le film. Par exemple, comme les parents rêvent d’une carrière pour leur fils, celui-ci doit aller à l’école et apprendre par cœur des listes de capitales qu’il n’arrive pas à retenir. Mais les parents s’obstinent, au point de ne pas reconnaître l’âge réel de leur enfant qui a de toute évidence largement dépassé celui d’être au CE1. Der Bunker interroge ainsi les attentes des parents vis-à-vis de leurs enfants, mais aussi les exigences du système par rapport aux parents. Der Bunker est donc au final une allégorie non voilée du système éducatif, fabrique à futurs travailleurs dociles, où l’on forme des êtres capables de recracher tels quels des cours appris par cœur et certainement pas un lieu pour découvrir, expérimenter, s’épanouir. Dans un tel système, vouloir le meilleur pour son enfant revient à l’enfermer dans un bunker.

Grâce à leur jeu à multiples facettes, les acteurs parviennent admirablement à projeter monsieur Tout-le-monde dans des situations singulières. Celui qui tire son épingle du jeu est cependant Daniel Fripan (Le maître des sorciers -2001, Victoria – 2015) qui, malgré sa trentaine, doit jouer un écolier du primaire. Cette décision prise originellement pour éviter d‘avoir à travailler avec un enfant, s’avère particulièrement judicieuse. L’exploit réalisé par Daniel Fripan, qui joue habituellement les nazis ou les criminels, est d’avoir parfaitement évité le ridicule. L’absence de second degré dans son jeu déstabilise et met mal à l’aise le spectateur qui n’a pas l’habitude de voir un adulte jouer le rôle d’un enfant à qui l’on n’a pas laissé suffisamment de place pour devenir adulte. Cette situation non-naturelle interroge jusqu’à la structure des familles à un seul enfant formant un monde à taille réduite, étriqué, replié sur lui-même pour se protéger de l’extérieur, et dans lequel l’enfant unique porte sur ses frêles épaules tous les espoirs des parents et de la société. Le refus de sortir de l’enfance en devient presque rationnel.

Der Bunker ressemble à un patchwork du travail de Dario Argento pour les couleurs et de David Lynch pour l’étrangeté des situations. Quelque peu auteurisant dans la forme, il n’en est pas pour autant abstrait et inaccessible. La sévère critique dirigée contre l’école, le système et l’autorité parentale y est parfaitement claire et lisible. L’intérêt et la curiosité du spectateur sont également constamment relancés grâce à une succession de scènes bizarres et atypiques.

Source : Deadline – das Filmmagazin

Der Bunker Allemagne – 2015 Réalisation : Nikias Chryssos Interprètes : Daniel Fripan, David Scheller, Pit Bukowski, Oona, von Maydell

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La Chute et la démystification de l’incarnation du nazisme

La crème de la crème du cinéma allemand s’est réunie pour mettre en images l’agonie du nazisme, non pas depuis le point de vue des victimes, mais depuis ses propres rangs

En 1942, la munichoise Traudl Junge (Alexandra Maria Lara) devient la nouvelle secrétaire d’Adolf Hitler (Bruno Ganz). Ce sera également la dernière. En effet, deux années plus tard, elle est témoin des derniers jours du régime et du Führer, retranché avec une poignée de fidèles dans son bunker. Lentement, impitoyablement, le Führer sombre dans la folie et ordonne des actions désespérées, jusqu’à exiger que l’Allemagne soit transformée en désert pour ne rien laisser aux ennemis.

La chute ne se permet aucune spéculation historique. Les événements qui restent aujourd’hui encore des mystères ne sont pas montrés, comme par exemple la mort d’Hitler et de sa femme. Ainsi, le film s’avère très impersonnel et ne cherche pas à expliquer ou démontrer la folie qui s’est emparée des principaux protagonistes. Par exemple, Magda Goebbels, qui prend la décision de tuer ses cinq enfants, n’est pas décrite comme un monstre mais comme une femme qui va au bout de ses convictions, quitte à réaliser un acte monstrueux. Le parti-pris documentaire de La chute peut ainsi déranger.

Parfois, le film tente quelques analyses comme lorsque Eva Braun répond à Traudl qui s’étonne que Hitler puisse alterner un visage sympathique et un autre, inhumain. Eva Braun explique qu’il est inhumain lorsqu’il est le Führer… Il est intéressant d’avoir ainsi scindé la personnalité d’Hitler, un peu à l’image d’une personne qui souffre de trouble dissociatif d’identité.

Plus loin, dans un échange avec le beau-frère d’Eva Braun, Himmler se demande ce que l’on peut « attendre de quelqu’un qui ne fume pas, ne boit pas et est végétarien ». Ces informations a priori banales n’ont qu’un seul objectif, celui d’humaniser le dictateur pour au final le faire redescendre de son piédestal. L’Adolf Hitler qui a mené l’Europe à la destruction est dès lors un homme quelconque, voire un pleurnicheur hystérique soumis aux soubresauts de sa maladie de Parkinson et qui a depuis longtemps perdu tout contact avec la réalité.

Pour mieux appuyer son propos, le film associe l’horreur à des moments plus anecdotiques comme lorsque l’on discute paisiblement de la manière la plus efficace de se suicider ou quand la secrétaire Trudel avoue être débordée de travail depuis qu’Hitler et Goebbels lui ont demandé de rédiger leurs testaments.

Comme le cinéma ne sait pas trop comment mettre en image le mal absolu, il a souvent montré Hilter de dos ou de côté dans la plupart des films. Oliver Hirschbiegel (L’Expérience – 2001) choisit, quant à lui, de mettre le dictateur au centre de son cadre, visage tourné vers la caméra. Ce que l’on découvre alors, c’est un homme ordinaire que les enfants Goebbels surnomment « Oncle Adolf », capable même de se montrer un patron compréhensif vis-à-vis de sa secrétaire. Cet aspect de sa personnalité ne diminue en rien les crimes dont il est responsable, mais démystifier l’homme qui les a commis nous encourage à toujours nous méfier de ceux qui se proclament leader.

source : ankegroener.de

Décédé en 2019, Bruno Ganz est l’un des plus célèbres acteurs suisse oeuvrant en langue allemande. Après une carrière au Théâtre où il est considéré comme l’un des portagonistes les plus importants à partir des années 70, sa rencontre à Brême en 1996 avec le réalisateur Peter Stein lui permet de travailler pour le septième art où il est célébré pour son inteprétration de l’ange Damiel dans Les Ailes du désir (1987) de Wim Wenders et celle d’Adolf Hiter dans La chute (2004) d’Oliver Hirschbiegel qui lui procure une renommée internationale.
La Chute Allemagne, Autriche, Italie – 2004 Réalisation : Oliver Hirschbiegel Interprètes : Bruno Ganz, Alexandra Maria Lara, Corinna Harfouch, Ulrich Matthes…
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Colonia Diginidad, une page sombre de l’Allemagne et du Chili

Thriller efficace, Colonia s’intéresse à une page sombre de l’Allemagne et du Chili en dépeignant les atrocités qui se sont déroulées derrière les murs de Colonia Dignidad. Des atrocités dont étaient victimes autant les opposants au régime de Pinochet que les membres de la secte.

Au Chili, durant le putsch militaire de 1973, Lena (Emma Watson) et Daniel (Daniel Brühl) sont arrêtés par la police militaire de Pinochet. Hôtesse de l’air, Lena est vite relâchée mais son ami, militant d’extrême gauche, est emmené au centre du pays dans un camp tenu par la secte Colonia Dignidad. Vue de l’extérieur, la colonie offre un refuge aux âmes en détresse. En réalité, elle est dirigée d’une main de fer par Paul Schäfer (Michael Nyqvist) qui impose une discipline religieuse stricte. Par ailleurs, Pinochet utilise la colonie pour y envoyer ses opposants ; dans les galeries souterraines, ces derniers sont interrogés et torturés. Lena se fait enrôler dans la secte dans le but de faire évader Daniel.

Le dernier film de Florian Gallenberger, John Rabe, réalisé en 2009, relate l’histoire du Schindler chinois qui sauva la vie de plus de 250 000 personnes en 1937.

Colonia Digidad est une communauté allemande, basée au Chili et composée des membres d’une secte chrétienne. Elle s’est fait tristement connaître après qu’aient été révélées les violations aux droits humains commises par ses membres et en particulier par son chef, Paul Schäfer. Celui-ci a fondé la colonie au Chili après avoir fui l’Allemagne où il était accusé de viols sur mineurs. Il emmena avec lui 150 « fidèles » avec parmi eux des enfants que les parents restés en Allemagne et en Autriche tentèrent en vain de récupérer. À l’intérieur de la secte, les corvées étaient nombreuses, la surveillance permanente. La colonie vivait coupée du reste du monde et seuls quelques visiteurs sélectionnés avec précaution étaient acceptés. Comme les dirigeants entretenaient des relations avec les groupuscules d’extrême-droite, ils soutinrent indirectement le putsch du 11 septembre 1973, en approvisionnant par exemple leurs partenaires d’armes qu’ils faisaient venir d’Allemagne. Finalement, la colonie devint une base arrière du régime de Pinochet. En 1991, le Chili finit par refuser de soutenir la colonie qui périclita. En 1996, accusé de viols et de tortures, Paul Schäfer fut contraint de prendre la fuite. Capturé en 2005, il décéda en prison cinq années plus tard sans avoir été jugé, emportant dans sa tombe de nombreux secrets.

C’est à l’école que Florian Gallenberger a pour la première fois entendu parler de Colonia Dignidad. Cette histoire l‘avait perturbé alors qu’il n’était qu’un enfant, au point qu’après John Rabbe, son précédent film, il décida d’en écrire le scénario. Il ne le termina pas car c’est à ce moment précis qu‘il reçut celui de Torsten Wenzel, déjà finalisé. Florian Gallenberger se mit alors immédiatement à la mise en image du travail de son compère.

Hartmut Hopp, médecin à Colonia Dignidad et bras droit de Paul Schäfer a été condamné par le Chili et s’est enfuit pour finir sa vie paisiblement près de Düsseldorf.

Aujourd’hui, la colonie s’est rebaptisée Villa Baviera, vit du tourisme mais reste difficile d’accès. Quatre années furent nécessaires à Florian Gallenberger pour approcher des membres, grâce à un contact originaire de Santiago du Chili, un psychologue qui rend régulièrement visite aux patients adeptes. Après plusieurs visites, certains acceptèrent finalement de lui parler.

Afin de toucher le plus grand nombre, Florian Gallenberger a doté son film de prétentions internationales, ambition atteinte grâce à la présence d’un casting impressionnant mais dont la prestation s’avère décevante.

Emma Watson (ex-petite amie de Harry Potter), en revanche, illumine le film d’un rayon d’espoir qui adoucit les passages particulièrement sombres. Son personnage est poignant et c’est elle qui bénéfice le plus de ce film.

Le principal problème de Colonia reste cependant dû au fait que Florian Gallenberger s’est imposé une autocensure afin de répondre aux exigences d’une production mainstream. Les tortures pratiquées à Cononia Dignidad sont peu abordées et encore moins les méthodes. Quant aux viols commis sur les enfants, ils sont presque passés sous silence. Le résultat est un thriller joliment et proprement mis en scène, un divertissement pouvant être montré à presque tous les publics. Pas un film pour engendrer de l’indignation, l’objectif premier de Florian Gallenberger.

Quoi qu’il en soit, l’efficacité de la réalisation et l’interprétation touchante d’Emma Watson peuvent représenter suffisamment d’arguments pour justifier la vision de Colonia.

Colonia
Colonia Dignidad – Es gibt kein Zurück – Allemagne, France, Luxembourg, Royaume-Unis – 2015
Réalisation : Florian Gallenberger
Interprètes : Emma Watson, Daniel Brühl, Michael Nyqvist… Muslu

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Il est de retour de David Wnendt

En 2015, David Wnendt, met en scène l’adaptation du roman Il est de retour du journaliste et écrivain allemand Timur Vermes.

Sorti en 2012, le roman imagine le retour d’Adolf Hitler en 2011, en plein centre de Berlin. Le livre est resté 20 semaines en tête de la liste des best-sellers, deux millions d’exemplaires se sont écoulés et les droits ont été cédés à 41 pays avant de faire l’objet d’une adaptation cinématographique par David Wnendt.

David Wnendt s’est fait connaître par le biais de son premier film plusieurs fois primés, Kriegerin (2011), ainsi que pour Feuchtgebiete (2013), déjà une adaptation littéraire qui fut un grand succès public avec plus d’un million d’entrées en salle.

Pour Il est de Retour, le réalisateur opte pour une mise en scène résolument expérimentale et s’éloigne du ton satirique de l’œuvre originale.

Depuis février 2016, Il est de retour est également une pièce de théâtre dramatique dont les représentations ont lieu à Stuttgart.

En effet, Il est de Retour n’est pas drôle du tout et n’a rien à voir avec d’autres films mettant en scène le Führer tels que Le Grand Dictateur ou Être ou ne pas être. Chez David Wnendt, l’absurde n’est jamais suivi d’un rire libérateur face à l’horreur de la réalité.

Plutôt que de distancier le spectateur de cette réalité, il préfère le plonger dedans, en utilisant fréquemment des scènes tournées selon le principe du micro-trottoir, c’est-à-dire en interrogeant les gens dans la rue afin de recueillir leur opinion et voir comment ils réagissent, de manière spontanée, lorsqu’ils se retrouvent en face d’Adolf Hitler.

Pour que l’artifice soit parfait, il fallait un acteur peu connu en Allemagne, comme Oliver Masucci dont la carrière s’est jusqu’à maintenant essentiellement restreinte au théâtre.  La prise de 26 kilos a également œuvré à le rendre encore plus méconnaissable.

Les micro-trottoirs ne sont pas tous réels. Parmi les vrais, on trouve ceux tournés lors de la coupe du monde de football ainsi que ceux où Hitler tente de gagner de l’argent en tant que portraitiste.

Accompagné de trois gardes du corps discrets, et suivi par deux caméras cachées, Oliver Masucci s’est ainsi promené dans des rues piétonnes afin de délivrer des moments glaçants du film comme lorsque par exemple des touristes se prennent en photo avec lui, comme s’ils étaient avec Mickey à Euro Disney. Même si, bien évidemment, personne n’est dupe sur le fait qu’il s’agit bien d’un imposteur, l’absurdité de la situation interroge. Et en tout cas ne prête nullement à sourire.

Lorsque le film reprend un cours classique, il n’en est pas moins mordant. Les gens acclament cet imposteur excentrique qui parle comme Hilter, en font une star des talk-shows et de YouTube. Il faudra qu’apparaisse une vidéo dévoilant le Führer abattant froidement un chien pour qu’enfin, sa popularité chute auprès du public.

Dans ce contexte, la responsabilité des médias semble tout relative. Même s’ils aimeraient bien faire d’Hitler une star génératrice d’audience synonyme de revenus publicitaires, c’est finalement le peuple qui décide qui il a envie d’aimer ou non.

Kriegerin, le premier film de David Wnendt, raconte l’évolution d’une jeune fille d’extrême droite à la suite d’une rencontre avec un jeune réfugié afghan.

Il est de retour a pour ambition de nous montrer qui nous sommes, et les conséquences des erreurs que nous commettons par manque de conviction, de réflexion et de conscience.

À la question : peut-on rire d’Hitler ? La réponse de David Wnendt semble être négative, car nous n’avons rien appris en presqu’un siècle et le danger est toujours bien réel. La morale de l’histoire n’est pas : « Attention, il est de retour », mais bien plus : « Attention, il n’est jamais parti » !

Allemagne – 2014 – Er ist wieder da
Réalisation : David Wnendt
Interprètes : : Oliver Masucci, Fabian Busch, Christoph Maria Herbst, Katja Riemann, Franziska Wulf

Bande annonce VO