Cold Hell, une intrusion du cinéma allemand dans le Thriller.

Réputé pour ses comédies et drames sociaux, le cinéma allemand est bien moins estimé en ce qui concerne ses thrillers. Alors, pour que Cold Hell ne soit pas un nouvel échec de plus, le cinéma allemand s’est tout simplement adressé à l’un de ses auteurs les plus talentueux dans ce domaine : Stefan Ruzowitzky. Celui-ci s’est précédemment illustré dans le genre en 2000 avec Anatomie.

Özge vit à Vienne où elle travaille comme chauffeur de taxi la nuit. Le jour, elle prend des cours de boxe thaï. Cynique, ce n’est pas une tendre mais son âpreté est mise à l’épreuve le jour où elle est témoin d’un crime perpétré par un tueur en série dont elle devient désormais la cible. Heureusement, elle reçoit l’aide du commissaire grincheux Christian Steiner…

La réussite de Cold Hell repose principalement sur ses deux personnages principaux à double tranchant : Özge et Christian. La jeune femme, introvertie, a été rendue dure par la vie mais au fond, elle attend quelqu’un pour se confier. Quant à Christian, c’est un célibataire endurci, mais c’est aussi quelqu’un d’intègre qui s’occupe de son père atteint de la maladie d’Alzheimer.

Après des études en théâtre et histoire, Stefan Ruzowitzky fait ses débuts en tant que réalisateur et scénariste avec le long métrage Tempo (1996). Deux années plus tard, il s’intéresse au milieu rural durant l’entre-deux-guerres avec Les héritiers (1998). Le drame est salué par la critique internationale. Dans un tout autre genre, vient ensuite le thriller Anatomie (2000) qui attire plus de deux millions de spectateurs dans les salles allemandes.

L’interaction entre les deux personnages fonctionne si bien que le développement de leur relation prend même à un moment le dessus sur l’histoire. Dès lors, le tueur en série passe au second plan, et comme cela dure un peu de temps, le spectateur s’en rend compte et peut s’en étonner.

Cela dit, la dernière partie permet au film de gagner en intensité lorsque nos deux héros craignent pour leur vie, d’autant plus que nous avons eu le temps de nous attacher aux personnages.

Après les anecdotiques All the Queen’s Men (2001) et Anatomie 2 (2003), Stefan Ruzowitzky connaît à nouveau un succès critique et public avec Les faussaires (2007) qui se déroule durant la seconde guerre mondiale. Depuis, Stefan Ruzowitzky semble avoir revu ses ambitions à la baisse avec un film pour enfant (Lili la petite sorcière, le dragon et le livre magique – 2009 et un petit film d’horreur (Patient Zero – 2018)

Si le développement a pris autant d’importance, c’est probablement pour laisser la place à son message de tolérance. Comme Cold Hell ne se contente pas de donner des leçons, et démontre ce qu’il a à dire, le message passe très bien à travers la rencontre de deux êtres dont les oppositions deviennent complémentaires (Özge est d’origine turque et Christian viennois raciste). Évidemment, c’est avec l’autre que l’on se construit et c’est ce que confirme Cold Hell.

Certes, les personnages sont caricaturaux et le message bienveillant primaire. Le psychopathe est raciste, le père intégriste maltraite les enfants… Cold Hell ne fait pas dans la dentelle quand il s’agit de simplifier les problèmes sociaux, au point que l’on peut aussi voir en Cold Hell un vulgaire téléfilm à peine meilleur que ceux qui pullulent sur les chaînes publiques allemandes.

Cette impression est malgré tout contrebalancée par la présence du psychopathe. Celui-ci attribue au film une ambiance résolument sombre. Les moments plus légers, de détente, sont rares et se déroulent de jour chez Christian qui, à un moment, héberge Özge. Pour le reste, c’est une atmosphère maussade et inquiétante qui traverse tout le film.

Die Hölle Autriche, Allemagne – 2016 Réalisation : Stefan Ruzowitzky Interprètes : Violetta Schurawlow, Tobias Moretti, Robert Palfrader, Sammi Sheik, Verena Altenberger, Nursel Köse, Murathan…