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Confession d’une prostituée (1971) – Quand la femme n’est rien


Allemagne - 1971 - Gustav Ehmck
Titres alternatifs : Die Spalte - Ein Sozialreport von Gustav Ehmck
Interprètes : Gerhild Berktold, Dursun Firat, Axel Schiessler, Werner Umberg...

Gustav Ehmck réalise des courts-métrages au début des années 60, avant de mener à bien son premier long en 1967 : Spur eines Mädchens. L’accueil favorable du film, qui suivait l’itinéraire d’une jeune femme schizophrène à la fin d’une décennie annonciatrice de grands changements, encourage le metteur en scène à se spécialiser dans les problématiques de la jeunesse. Quatre ans plus tard, en 1971, Ehmck sort un film en forme de coup de poing : Confession d’une prostituée.

Confession d’une prostituée (1971) - Quand la femme n’est rien
Confession d’une prostituée (1971) - Quand la femme n’est rien

Sophie, 15 ans, vient de s’enfuir du centre d’éducation qui l’héberge et tombe malencontreusement entre les mains de Hotte. À coups de fausses promesses, le proxénète trompe Sophie et, petit à petit, force l’adolescente à satisfaire de plus en plus de clients. Acculée, Sophie décide de prendre le large, mais Hotte la rattrape…

Pour les besoins de l’histoire, la star du film, Gerhild Berktold, se retrouve souvent totalement dénudée. Toutefois, l’émotion qu’elle transmet au spectateur à travers son regard perdu est un profond désespoir mêlé d’incompréhension, annihilant, de facto, tout effet racoleur.

En réalité, cet accablement que l’on peut lire dans les yeux de Sophie est directement dirigé vers les hommes qui se trouvent dans les cinémas projetant le film, les fameux Bahnhofskinos. Dans les années 70, c’est dans ces complexes de salles accolées aux gares dans les grandes villes allemandes qu’étaient projetés les films érotiques de la trempe de ceux que produisait l’Allemagne de l’époque. Une fois échauffé par les sujets graveleux abordés, le badaud n’avait alors qu’à changer de trottoir pour accoster la prostituée en train de faire le tapin en face de la gare.

Confession d’une prostituée (1971) - Quand la femme n’est rien
Confession d’une prostituée (1971) - Quand la femme n’est rien

Pour piéger le spectateur, le distributeur, retors, s’amuse même à semer la confusion en ajoutant un sous-titre évoquant la série des Schulmädchen-Report : Ein Sozialreport von Gustav Ehmck, soit, en français, Un récit social de Gustav Ehmck. L’accroche assure ainsi à Confessions d’une prostituée de se voir exploiter dans les mêmes salles que les films de Ernst Hofbauer. La teneur de Confession d’une prostituée n’a, pourtant, rien à voir avec les témoignages légers et coquins de lycéennes, le fonds de commerce des Schulmädchen-Report. Gageons que le spectacle proposé a dû sacrément refroidir les ardeurs de bon nombre de spectateurs.

D’autant plus que le titre original du film s’avère également racoleur. En français, Die Spalte se traduit par La Fente. Est-il besoin de préciser que le titre ne fait pas allusion à l’interstice que l’on trouve entre les planches de nos volets ou aux fissures qui ornent les falaises des côtes bretonnes ? Pour Gustav Ehmck, il s’agit surtout d’évoquer à quoi certains hommes rabaissent les femmes, comme Sophie, l’héroïne de Confession d’une prostituée.

Confession d’une prostituée (1971) - Quand la femme n’est rien
Confession d’une prostituée (1971) - Quand la femme n’est rien

Désormais, on parle de travailleuses du sexe ; un terme de novlangue permettant de normaliser l’exploitation des femmes par les hommes. Ces derniers, en versant un pourboire acceptable, peuvent même passer pour de bons samaritains. Sans concession, Confession d’une prostituée présente l’aspect le moins reluisant de ce « métier » et en particulier le fait que six prostituées sur 10 ont commencé avant l’âge de 15 ans. Le sommet de la cruauté, le film l’atteindra toutefois lors d’une tournante sordide et inoubliable.

Confession d’une prostituée fait partie de ces œuvres révoltées qui vont chèrement devoir payer leur radicalité. Ainsi, après sa sortie en salles, il faudra attendre 2017 pour que le film réapparaisse en Allemagne à l’occasion de sa sortie sur support physique.


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Article signé André Quintaine
D'origine allemande et passionné de cinéma de genre,
je vous propose de découvrir différentes facettes méconnues
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