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La Chair et le fouet (1967) – Le Faster Pussycat allemand


Allemagne, Italie - 1967 - Rolf Olsen
Titres alternatifs : Das Rasthaus der grausamen Puppen, Inn of the Gruesome Dolls, The Devil’s Girls
Interprètes : Essy Persson, Erik Schumann, Helga Anders, Margot Trooger, Jane Tilden, Ellen Schwiers, Karin Field...

Entre Edgar Wallace et Rainer Werner Fassbinder, le cinéma allemand se cherche dans les années 60. Avec La Chair et le fouet, Rolf Olsen tente, de son côté, de bousculer les habitudes plan-plan qui sévissent outre-Rhin pour proposer une œuvre franchement pas comme les autres.

Après des débuts sur les planches, l’Autrichien Rolf Olsen s’investit pleinement dans le cinéma à la fin des années 40. Il multiplie les postes et devient finalement réalisateur au début des années 60. Le Ranch de la vengeance (1964) lui permet de s’essayer au western. Moins glorieux, à la fin de sa carrière il fricote avec le mondo à l’occasion de Shocking Asia II: The Last Taboos (1985). Plus intéressants sont ses Ekstase – Der Prozeß gegen die Satansmädchen (1979), Vendredi sanguinaire (1972), Hôtel du vice (1970) ou encore Les Violences de la nuit (1967). Des titres qui fleurent bon le cinéma d’exploitation, tout comme ce La Chair et le fouet. Le titre original, Das Rasthaus der grausamen Puppen, s’avère même plus appétissant encore en promettant une auberge truffée de cruelles poupées…

La Chair et le fouet (1967) - Le Faster Pussycat allemand
La Chair et le fouet (1967) - Le Faster Pussycat allemand

En réalité, les prétendues pépées sont cinq délinquantes, toutes incarnées par autant de futures stars du bis. La carrière de Dominique Boschero est effectivement entièrement dévouée au cinéma de genre européen, qu’il s’agisse de films d’espionnage (Les espions meurent à Beyrouth – 1965), de westerns (Un train pour Durango – 1968) ou encore de gialli (Qui l’a vue mourir ? – 1972). Gabriella Giorgelli, quant à elle, avait « les plus beaux yeux du cinéma italien » comme on pouvait le constater dans Les Longs Jours de la vengeance (1967). Margot Trooger, pour sa part, venait de se faire connaître en participant à des Edgar Wallace de la trempe de Das Verrätertor (1964) ou Le Défi du Maltais (1964). La délicieuse Karin Field débutait avec La Nuit des vampires (1964) une jolie carrière dans le bis qui allait l’amener à donner corps à la terrifiante Lady De Winter dans l’un des chefs-d’œuvre de Jess Franco, Les Démons (1973). La petite dernière de la bande, Helga Anders, s’apprêtait, pour sa part, à participer à une étonnante trilogie signée Roger Fritz, composée par Mädchen, Mädchen (1966), Rabbit in the Pit (1968) et Mädchen mit Gewalt (1970).

Enfin, on retrouvera Essy Persson aux côtés de Vincent Price dans Les Crocs de Satan (1970) ainsi que dans le film de Primo Zeglio 4, 3, 2, 1, Objectif Lune (1967). C’est elle l’héroïne de l’histoire qui débute par son arrestation après le cambriolage raté d’une boutique de bijoux. En prison, elle se retrouve entre les mains d’une directrice cumulant tous les vices puisqu’elle est à la fois lesbienne et adepte de sadomasochisme. Si elle ne veut pas passer à la casserole, Betty n’a pas d’autre choix que de fuir avec l’aide de quatre autres détenues. Son objectif est de retrouver son complice Bob qui est parvenu, lui, à s’échapper après le mauvais coup. Ses camarades de fuite, quant à elles, ne pensent qu’à se payer du bon temps.

La Chair et le fouet (1967) - Le Faster Pussycat allemand
La Chair et le fouet (1967) - Le Faster Pussycat allemand

La Chair et le fouet n’a rien d’un film d’épouvante, encore moins baigné d’une ambiance gothique, comme pourrait le laisser suggérer son titre original. Il s’agit plutôt d’un road movie à la Thelma et Louise qui s’arrêterait à la demi-heure pour se transformer en huis clos dans la fameuse auberge servant de planque à nos jolies demoiselles.

De bien belles plantes, certes, mais pas commodes. Rebelles, véhémentes et violentes, nos poupées cruelles ressemblent à s’y méprendre aux équivalentes teutonnes des Pussycat que Russ Meyer avant lancées sur les écrans US deux années auparavant. Toutefois, difficile d’apprécier sincèrement ces femmes fatales qui expédient les hommes ad patres sans raisons forcément valables : « Il ne faut pas laisser de témoin en vie ». Cela ne fait pas des quelques hommes qu’elles rencontrent des enfants de coeur non plus. En particulier le fameux Bob : un repris de justice n’ayant pas une seule seconde hésité à écrabouiller un valeureux bobby qui se mettait sur son chemin avant de lâchement prendre la fuite, abandonnant par la même occasion la pauvre Betty à son triste sort.

Au final, seul le personnage incarné par Helga Anders, capable de compassion envers les victimes de ses mauvaises fréquentations, s’avère attachant. Mieux, eu égard à sa réaction face aux actes morbides commis par ses amies, on réalise qu’elle ne ment pas quand elle prétend avoir été condamnée à la suite d’une erreur judiciaire. Son histoire d’amour avec un policier n’apparaît cependant que secondaire, ne permettant pas de s’attacher à la romance. D’autant plus que le réalisateur avait jugé bon de se payer la tête des représentants des forces de l’ordre dans une précédente scène.

La Chair et le fouet (1967) - Le Faster Pussycat allemand
La Chair et le fouet (1967) - Le Faster Pussycat allemand

Comme l’innocente Helga, les autres filles agissent toutes de manière logique, peut-on dire, puisque délinquantes égoïstes. Difficile dans ce cas pour le réalisateur d’humaniser leurs personnages. Le souhaite-t-il seulement ? On peut se poser la question puisque le film s’ouvre avec une chanson avertissant le spectateur que « le crime ne paie pas ».

En grande partie à cause de ses protagonistes détestables érigés au statut de héroïnes, La Chair et le fouet manque de cohérence. À cela s’ajoute un aspect bordélique amplifié par le fait que le film est allemand, que l’histoire se déroule en Écosse et que les actrices incarnant les filles sont toutes issues de pays différents. Dans le même temps, il faut accorder au réalisateur Rolf Olsen une évidente aisance pour le divertissement. L’action débridée et les meurtres sans foi ni loi totalement immoraux savent amuser. Quant aux filles aux mœurs légères se baladant en porte-jarretelles et dansant de manière lascive alors qu’il n’y a un qu’un seul homme sous le toit, elles titillent agréablement le voyeurisme du spectateur. Déjà, dans la première partie, les tortures administrées sous la douche par la coquine directrice de la prison pour femmes donnaient le ton. Dans tous les cas, la volonté de sortir le cinéma allemand de la tranquillité rassurante des Heimat Film ou Edgar Wallace reste remarquable.


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Article signé André Quintaine
D'origine allemande et passionné de cinéma de genre,
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