|
Histoire du cinéma allemand - e-book gratuit
|
|
|
John Weeran, Jochen Wiedermann, Hans-Joachim Wiedermann, Johnny Wyder, ne constituent qu’un faible échantillon des pseudonymes utilisés par Wolfgang Bellenbaum afin de signer les différents postes qu’il occupait sur chacun de ses films. En 1960, pour Wir Kellerkinder, son premier long métrage au poste de réalisateur, il bénéficie de la participation de la délicieuse Karin Baal dont la jolie carrière lui permettra de passer de Edgar Wallace à Rainer Werner Fassbinder. Le parcours de Bellenbaum ne connaîtra pas semblable progression. Ne parvenant pas à confirmer après ses débuts, il se tourne d’abord vers la petite lucarne pour laquelle il réalise des séries et des téléfilms. Lorsqu’arrive la libéralisation sexuelle, il se laisse happer par la hype et décide de ne plus tourner que des érotiques et des pornos. Dans le domaine, son travail se limitera alors à des produits de consommation destinés à alimenter les Banhofkinos. Parmi eux, Harry der Ochse est l’un de ses derniers films tournés en Allemagne et s’avère largement au-dessus de la mêlée.
Littéralement, Harry der Ochse signifie Harry le bœuf. Si le titre fait référence au bovidé castré, c’est probablement en raison de sa docilité et de sa force de travail qui le destinent aux activités les plus coriaces. Parce que pour le reste, Harry ne manque de rien dans ce fleuron de la pornographie allemande… En effet, tel un taureau bien monté, c’est sans peine qu’il parvient à remplir son sacerdoce en satisfaisant son cheptel de femelles humaines. Rainer Peets, qui incarne la bête de somme, ne jouira que d’une courte carrière qui lui permettra, tout de même, de figurer habillé dans des films comme Mon nom est Personne (1973) et même La Quatrième Dimension (1983). À ses heures perdues, le bonhomme pousse la chansonnette comme l’attestent quelques disques publiés au milieu des années 70.
Rainer Peets n’est pas le seul à crever l’écran dans Harry der Ochse. Son compagnon ultra baraqué au visage d’ange ne laisse pas indifférent non plus. Par le passé, Günther Notthoff a également touché au bis en participant à des Edgar Wallace tardifs. Il jouait alors les types menaçants. Il participe même à un western choucroute, Parmi les vautours (1964), dans lequel il côtoie Pierre Brice, Götz George et Elke Sommer. Excusez du peu. À chaque fois, il s’agissait de petits rôles, parfois le bon Gunther n’était même pas crédité. N’empêche, quelle carrière, naviguant plaisamment dans tous les genres du bis, y compris le X, donc.
Pour son casting féminin, Harry der Ochse mise sur des créatures de rêve, toutes plus jolies les unes que les autres. Malhreusement, les Christine Szenetra, Heidi Kappler ou la volumineuse Margarethe Kuske ne bénéficieront pas d’une carrière aussi notable que leurs collègues masculins.
À vrai dire, les scènes X sont peu nombreuses dans Harry der Ochse, même si le bel étalon ne cesse de faire des rencontres. Les séquences dénudées sont courtes. Quelques galipettes peuvent se révéler spectaculaires, mais la plupart du temps l’ensemble reste très classique.
Le plus intéressant s’avère la philosophie qui imprègne l’ensemble, ridiculisant ces chefs d’entreprise et autres représentants du capitalisme triomphant des années 70. Eux qui aiment tant exercer leur autorité sur les uns et user de leurs poches pleines de billets pour s’acheter les faveurs de la gent féminine n’ont décidément pas les faveurs du scénariste qui préfère clairement le personnage de Harry.
Le bon gars symbolise l’insouciance. Il n’a pas de chez lui et cherche donc, chaque jour que Dieu crée, un endroit pour passer la nuit. Heureusement, il dispose de suffisamment de ressources. À sa sortie de prison, il peut donc compter sur ses nombreuses connaissances féminines pour ne pas dormir à la belle étoile. Toutefois, s’il est bien monté, Harry n’en est pas moins un petit escroc et il retournera logiquement derrière les barreaux à la fin de son vagabondage libertin. L’hédonisme de Harry s’avère effectivement teinté d’une certaine dose d’individualisme. Certes, il ne fait souffrir personne, puisque ses conquêtes dont il brise le coeur lui trouveront vite un remplaçant. Toutefois, il n’hésite pas à se montrer filou dès qu’il peut tirer profit d’une situation.
Le message du film reste toutefois positif car, au-delà de son insouciance, Harry symbolise surtout le refus de posséder quoi que ce soit, qui que ce soit. Pas de maison, pas de voiture, pas de travail, pas de femme. Impossible de faire pression sur quelqu’un dénué de toute contrainte. Même retourner en prison lui en touche une sans faire bouger l’autre. À l’inverse, autour de lui, ses partenaires restent, quant à eux, emprisonnés dans des émotions et des notions aussi futiles que la jalousie, la cupidité, l’orgueil ou l’exclusivisme.
Pour le réalisateur Wolfgang Bellenbaum, la suite sera plus sombre. Après la sortie de son Harry der Ochse, il traversera l’océan. Aux USA, il coproduira encore Cuba Crossing (1980) avec Stuart Whitman et Robert Vaughn. Il épousera Gabriella Brum, Miss Allemagne et Miss Monde 1980 qui devra rendre sa couronne peu après la découverte de photos compromettantes qu’elle avait accordées à Paris Match. En 1984, Bellenbaum se suicida alors qu’il s’était séparé de son épouse et n’œuvrait déjà plus pour le cinéma depuis plusieurs années.
|
Cher lecteur, nous avons besoin de votre retour. Au choix : |
|
Vous appréciez notre travail, c’est important pour nous motiver à continuer. Merci ! |
Les chansons de Rainer Peets
D'origine allemande et passionné de cinéma de genre,
je vous propose de découvrir différentes facettes méconnues
du cinéma allemand sur ThrillerAllee. D'autres blogs où je suis actif :
L'Écran Méchant Loup pour les loups-garous au cinéma
Sueurs Froides pour les films de genre et d'auteur subversifs.






