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Lady Country Doctor – Des couleurs plein les mirettes


Allemagne - 1958 - Paul May
Titres alternatifs : Die Landärztin vom Tegernsee
Interprètes : Marianne Koch, Rudolf Prack, Margarete Haagen, Friedrich Domin, Beppo Brem, Olga von Togni

Massacre aux quatre coins du monde, menace de Troisième Guerre mondiale, crise financière en approche, inflation galopante, corruption au sommet de l’État et président de la République mis sous les verrous… Vous n’en pouvez plus de toute cette morosité. Nous avons le film qu’il vous faut : Lady Country Doctor. Ne vous fiez pas au titre disgracieux validé pour l’exploitation à l’internationale, Die Landärztin, en version originale, est un film somptueux, pas idiot de surcroît.

Logique, car, dans les années 50, le 7e art se portait volontaire pour réconforter un peuple allemand qui avait également le cafard à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Plébiscité, le Heimat Film, alias film de terroir, apparaissait, à ce moment-là comme le principal pourvoyeur de pensées positives telles que l’amitié, l’amour et la famille. Le genre assurait également un dépaysement bienvenu en déployant les paysages rupestres de Bavière.

Lady Country Doctor - Des couleurs plein les mirettes
Lady Country Doctor - Des couleurs plein les mirettes

Lady Country Doctor a justement été tourné à Neubeuern en Haute-Bavière, village promulgué le plus beau d’Allemagne. Vous serez également conquis, c’est sûr. D’autant plus que pour les besoins du film, Neubeuern a évidemment bénéficié d’une attention supplémentaire. Ainsi des fleurs par dizaines ornent chaque fenêtre et coin de rue. À ce titre, l’arrivée de la doctoresse dans le centre du village et ses maisons de toutes les couleurs, génère un effet conte de fées joliment rehaussé par le technicolor employé par le film.

La doctoresse, c’est Petra Jensen et pas Peter Jensen contrairement à ce qu’avait compris le maire en lisant le nom du médecin alloué au village par les autorités de la région. S’il avait su que le docteur était en réalité une doctoresse, l’élu local se serait fermement opposé à cette nomination, à coup sûr. Autant dire que l’accueil que reçoit Petra à son arrivée s’avère particulièrement glacial. D’ailleurs, personne ne vient prendre place sur les sièges de la salle d’attente. Petra et ses alliés, le curé du village, la sage-femme et le vétérinaire résigné face à la misogynie des hommes, arriveront-ils, toutefois, à faire évoluer les mœurs dans l’arrière-pays bavarois ?

Le village se révèle magnifiquement capturé par des couleurs pleines de nostalgie, mais la bonne humeur générale s’impose également à travers le miracle économique allemand qui s’expose à l’écran. Ainsi, tout le monde roule en coccinelle, sauf Petra qui enfourche carrément un NSU Prima, un scooter, la fierté de l’industrie allemande de l’époque. L’opulence constitue le quotidien des habitants du village qui s’offrent de grosses parts de gâteau plein de crème chez le pâtissier du coin. Et puis, quand une concitoyenne se sent malade, les services publics ne rechignent pas à prendre en charge la cure nécessaire pour soigner la malheureuse.

Lady Country Doctor - Des couleurs plein les mirettes
Lady Country Doctor - Des couleurs plein les mirettes

Plus encore, le village incarne une communauté enrichie par sa diversité. On accepte les oppositions politiques sans tenter d’imposer son opinion… L’industriel du village cherche à faire de l’argent, c’est bien normal, mais ne pollue pas les nappes phréatiques pour autant… Quant au curé, il veille sur sa paroisse et joue au ballon avec les petites filles, innocemment… Enfin, les garçons brisent les coeurs des filles, mais endossent leurs responsabilités d’homme lorsqu’ils apprennent que l’une de leurs conquêtes a un polichinelle dans le tiroir…

Reste la question de l’émancipation féminine abordée par Lady Country Doctor, moteur du film. Comme il n’y a pas vraiment de débat, le sujet entraîne surtout une suite de situations amusantes. En conséquence, les difficultés que doit surmonter Petra s’avèrent plutôt simples à surmonter, tant la mauvaise foi des hommes coule de source. Ceux-ci refusent par exemple de se déshabiller devant une femme médecin, mais cela ne les gênait pas que leurs épouses fissent tomber la blouse devant le précédent docteur. Malgré tout, c’est avec bienveillance que le film gère la malhonnêteté des autochtones sans, non plus, trop verser dans les stéréotypes. Ainsi, on trouve aussi des femmes fortement opposées à l’arrivée d’une semblable libérée… Non pas parce qu’elle pourrait séduire leurs hommes, mais parce que la situation remet en question leur propre soumission à la place traditionnelle qu’elles ont acceptée, elles.

Lady Country Doctor - Des couleurs plein les mirettes
Lady Country Doctor - Des couleurs plein les mirettes

Plus généralement, le film interroge également sur l’accueil des étrangers. Car, gageons que la réception affligeante réservée à Petra par les villageois ne devait pas être très différente de celle reçue par les Allemands de l’Est qui fuyaient le régime socialiste de la RDA. Lady Country Doctor s’offre ainsi le luxe de faire d’une pierre deux coups en invitant ses spectateurs à s’interroger sur le manque d’hospitalité. Surtout qu’en faisant de l’étrangère la personne qui soigne les malades du village, Lady Country Doctor exprime assez élégamment qui doit remédier à son comportement.

Si Lady Country Doctor se révèle un divertissement aussi intelligent, ce n’est pas un hasard puisque l’on a confié les rênes à des connaisseurs du genre. En effet, à la réalisation, on trouve Paul May qui signera deux classiques du Heimat Film : Und ewig singen die Wälder (Duel with Death, 1959) et Via Mala (1961).

Plus loin, pour incarner la jolie doctoresse, on trouve Marianne Koch, elle-même titulaire d’un diplôme de médecin mais qui rangera ses scalpels dans leur étui pour devenir actrice. Au moment de tourner Lady Doctor Country, elle a déjà rencontré le succès en 1955 avec Le Général du diable et Louis II de Bavière. Après Lady Country Doctor, elle signera son rôle le plus célèbre en trouvant sa place entre Clint Eastwood et Gian Maria Volontè dans Pour une poignée de dollars (1964). Son prétendant dans le film est, pour sa part, un pilier du Heimat Film, l’Autrichien Rudolf Prack, justement surnommé « l’homme le plus embrassé du cinéma allemand ». Le Don Juan tombait effectivement à la pelle les femmes durant les années 50 au sein de classiques comme La Fiancée de la Forêt-Noire (1950) ou Grün ist die Heide (1951).

Reconnaissons qu’un peu d’allégresse dans cette période morose n’a rien de déplacé…


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Article signé André Quintaine
D'origine allemande et passionné de cinéma de genre,
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