Après la guerre, le cinéma allemand doit soutenir le moral d’un peuple dont le pays est en ruine

Après la guerre, le cinéma allemand décide de ne traiter la période passée que de manière succincte. Ainsi, et plutôt que de proposer une introspection sur ce qui s’était passé, le 7ème art prend à cœur de soutenir le moral durement atteint par la reconstruction du pays en ruine. Parmi les œuvres à malgré tout aborder la période nazie, citons le premier film allemand de l’après-guerre : Les assassins sont parmi nous (1946). Dans le film de Wolfgang Staudt, un chirurgien rongé par ses démons retrouve son ancien capitaine désormais rangé qui avait pourtant ordonné de tuer plus de cent innocents, dont des femmes et des enfants. Un an plus tard, In jenen Tagen de Helmut Käutner propose plusieurs histoires dépeignant la vie de personnes ordinaires durant le Troisième Reich. Le réalisateur, dont les films pessimistes irritaient Joseph Goebbels, revient à nouveau sur la période nazie en 1955 avec Le Général du Diable qui fait partie de toute une série de films antimilitaristes, comme 08/15 de Paul May ou Le Pont de Bernhard Wicki. Mais le public demande du divertissement…

Les assassins sont parmi nous

En 1950, La Fiancée de la Forêt-Noire de Hans Deppe marque la naissance du cinéma de genre en Allemagne et en particulier du film de terroir (Heimatfilm) qui met en scène des gens simples dans des paysages campagnards. Le genre connaît son apogée lors de la première moitié des années 50 avant d’être relayé par le film d’amour historique dont le plus célèbre représentant est Sissi (1955). Le cinéma allemand exploite dès lors d’autres genres comme le film d’aventure et le Western avec la série des Winnetou dont le héros éponyme est incarné par le français Pierre Brice. Le film policier et le thriller sont également remis au goût du jour avec les adaptations cinématographiques des romans d’Edgar Wallace. On notera qu’aucun de ces films ne se déroule en Allemagne et qu’aucun ne présente des héros d’origine allemande… À partir de 1967, le cinéma de genre se lance à l’assaut de l’érotisme avec Helga, de la vie intime d’une jeune femme, premier film d’éducation sexuelle qui sera suivi par toute une série de films sexy, dont les fameux Schulmädchen-Report à partir de 1970.

En réaction à cette profusion de films mésestimé par certains, des cinéastes fondent alors le Nouveau cinéma allemand, s’inscrivant clairement dans le cinéma d’auteur.

L’Honneur perdu de Katharina Blum

Ce courant est très peu politisé, mais on trouve malgré tout quelques exceptions à la règle. L’Allemagne en automne (1978), par exemple, reconstitue l’ambiance qui régnait dans le pays lors des années durant lesquelles la bande à Baader commettait des actes terroristes. Sur le même thème et à la même époque, citons L’Honneur perdu de Katharina Blum (1975) dépeignant comment le plus grand journal allemand encourageait ses lecteurs à dénoncer toute personne soupçonnée d’être terroriste. Le film de Volker Schlöndorff, qui pointe le doigt sur la mauvaise utilisation de la liberté de la presse, est un succès international. Mais son film le plus connu est Le tambour (1979), critiquant la société qui a permis, et profité, de la période nazie. C’est le premier film allemand à recevoir l’Oscar du meilleur film étranger.

Parmi les acteurs importants du Nouveau cinéma allemand, Wim Wenders s’impose également avec des documentaires et des longs-métrages expérimentaux. Parmi eux, Au fil du temps (1976) est un road movie d’une durée de trois heures tourné en noir et blanc et presque sans dialogue. Les films les plus importants de l’auteur sont L’ami américain (1977), Paris, Texas (1984) ainsi que Les ailes du désir (1987). Dans ses films, Wim Wenders traite de la solitude, de la communication et de l’absence de communication. Son thème de prédilection est cependant la colonisation de la culture allemande par celle des États-Unis.

Werner Herzog, quant à lui, est surtout connu pour sa collaboration avec l’enfant terrible du cinéma allemand : Klaus Kinski. Malgré la relation amour-haine qu’entretenaient les deux hommes, les films Aguirre, la colère de Dieu (1972), Fitzcarraldo (1982) et le remake de Nosferatu le vampire (1922) leur permirent de profiter d’une renommée internationale.

Tous les autres s’appellent Ali

Rainer Werner Fassbinder reste cependant le réalisateur le plus célèbre de ce courant cinématographique, autant pour l’esthétisme qu’il insufflait à ses films que pour ses abus d’alcool et de drogue ; excès qui lui coûtèrent d’ailleurs prématurément la vie en 1983. Malgré une courte carrière, Fassbinder met en scène 42 films et deux séries, dont Berlin Alexanderplatz en 1980. Dans Tous les autres s’appellent Ali (1973), l’histoire d’amour impossible entre une femme de ménage sexagénaire et un jeune étranger permet à Fassbinder d’évoquer les tabous, les problèmes d’intégration et l’intolérance de la société allemande.

Malgré l’intérêt évident du Nouveau cinéma allemand, son influence s’avère limitée. Aucun véritable chef-d’œuvre ne bénéfice d’une reconnaissance internationale, par exemple. En dehors de Lili Marleen (1981) réalisé par Rainer Werner Fassinbinder, les films ne connaissent pas vraiment de succès auprès du grand public. Au mieux, le nouveau cinéma allemand bénéficie d’une renommée auprès des cinéphiles. Le courant finit d’ailleurs par disparaître au milieu des années 80, étouffé par le cinéma de divertissement. Apparaissent alors des comédies peu ambitieuses, hypothéquant une éventuelle carrière internationale en faisant appel à des stars de la télévision locale. Les seuls réalisateurs du genre à tirer leur épingle du jeu sont Detlev Buck avec Petits lapins (1991) et Tous les moyens sont bons (1993), ainsi que Sönke Wortmann avec Kleine Haie (1992)

Kleine Haie

Source : filmszene.de

Retrouvez les deux premières parties de ce dossier retraçant l’histoire du cinema allemande :

Une histoire du cinéma allemand, les débuts : le cinéma expressionniste

Une histoire du cinéma allemand, les débuts du parlant : de la crise de 1929 à la période nazie