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The Captain – l’Usurpateur – pas tout public

Pour commémorer la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, chaque année, nous vous proposons un film allemand abordant cette triste période.

Après Red (2010) et Divergente 2 : L’Insurrection (2015), Robert Schwentke est avec The Captain – l’Usurpateur à des années lumières de son cinéma habituel, grand public. Il s’est également entouré d’une équipe talentueuse. Ainsi, la photographie en noir et blanc brillamment assurée par Florian Ballhaus est soutenue par la belle partition musicale de Martin Todsharow pendant que le casting s’avère excellent avec, en tête d’affiche, Max Hubacher qui incarne un Willi Herold glacial et sans scrupules. À ses côtés, Milan Peschel tente d’apporter un brin d’humanité dans le rôle du soldat Freytag tandis que Frederick Lau (Victoria) fait quant à lui monter la pression avec le personnage du soldat Kipinski…

Allemagne, 1945, la Seconde Guerre mondiale touche à sa fin. Comme tant d’autres, le caporal Willi Herold a fui pour échapper à une mort inutile. Mais il se fait attraper et comme la vie d’un déserteur ne vaut pas tripette, c’est au cours d’une chasse à l’homme dont il est le gibier que nous faisons sa rencontre. Par chance, Herold parvient à s’échapper une nouvelle fois. Dans sa cavale, il trouve un uniforme de capitaine de la Luftwaffe. Il l’enfile et devient un autre homme. Croyant avoir affaire à un véritable capitaine, des soldats se joignent à son périple, dont Freytag et Kipinski. Désormais, Herold bénéficie d’un certain confort, mais aussi du droit de vie et de mort…

Au début, Herold est appelé « Petit Cochon » par ceux qui le tourmentent. C’est une victime. Lorsqu’il enfile le costume de capitaine, ses premières décisions sont plutôt amusantes. Les choses deviennent plus sérieuses lorsqu’il doit punir par la mort un pilleur. À ce moment-là, le spectateur qui s’est attaché et identifié à Herold et son visage poupin peut encore excuser son geste en se disant qu’il ne pouvait pas faire autrement sans risquer de dévoiler sa couverture. Mais les événements deviennent bien plus dramatiques et inexcusables lorsqu’ils prennent place dans le camp de travail. Le spectateur qui s’est identifié à Herold grâce à son visage d’ange et le traitement injuste dont il a été la victime au début du film se retrouve pris au piège : durant plus de la moitié du film il s’est identifié à un monstre.

La réussite de Robert Schwentke est d’être parvenu à cumuler les rebondissements de façon convaincante. En conséquence, la transition de victime en bourreau de Herold est réaliste. Tout comme ses mensonges qui s’amplifient au même rythme que la violence. Lorsqu’elle prend une tournure effroyable, Schwentke prend le parti d’annoncer au public que l’histoire qui se déroule sous ses yeux est finalement tirée de faits réels. Les événements deviennent alors de plus en plus obscènes, absurdes et grotesques. Ainsi, après avoir pris son public par la main, le réalisateur lui fait mal, le déshonore, le blesse. Cette succession d’émotions contradictoires n’est peut-être pas surprenante puisque la guerre est une expérience où la raison disparaît.

Robert Schwentke ne s’intéresse pas seulement aux hommes qui appliquent la violence mais aussi à ceux qui doivent la subir. Lorsque Herold explique à deux prisonniers qu’il a invité à sa table qu’ils sont responsables de la violence qu’ils subissent où lorsque la troupe de Herold s’adonne à un contrôle d’identité dans une ville allemande du XXIème siècle durant l’étrange générique de fin, faire profil bas semble être la meilleure attitude à adopter.

L’histoire du soldat Herold, c’est celle de quelqu’un qui, en 1945 est devenu par hasard un criminel de guerre. Et tout le monde peut finir criminel de guerre, s’il n’y prend garde. En effet, une fois affranchies de toutes sanctions, certaines personnes sont capables du pire ; porter un uniforme change les gens, tout comme l’attitude des autres qui savent qu’il est préférable d’obéir à ceux qui en sont dotés.

Der Hauptmann

Allemagne, France, Portugal, Pologne – 2017

Réalisation : Robert Schwentke

Interprètes : Max Hubacher, Milan Peschel, Frederick Lau, Bernd Hölscher, Waldemar Kobus, Alexander Fehling, Samuel Finzi…

Bande annonce (VOSTF) :

Der Unheimliche Mönch, un film entre deux époques

Der Unheimliche Mönch est le 24ème film de la série des Edgar Wallace et fait date pour plusieurs raisons. C’est, par exemple, le dernier film tourné en noir et blanc et l’apport final de Harald Reinl au genre, lui qui en a signé les meilleurs œuvres. L’influence du film sur les prochains Edgar Wallace qui s’inspireront de son scénario est également manifeste. Parmi les autres surprises, il convient d’évoquer le personnage joué par Eddi Arent, figure bien connue des fans du genre qui ne joue pas cette fois-ci les bout en train ; le sort qui est réservé à son personnage s’avère même particulièrement inattendu…

Le château de Blackwood abrite un pensionnat de jeunes filles. Depuis quelques temps, un moine sinistre assassine à coups de fouets aussi bien les jeunes femmes que les hommes d’âge moyen. Pendant ce temps, l’héritage de la millionnaire Gwendolin (Karin Dor) est convoitée par des membres éloignés de sa famille…

Parmi les pensionnaires de l’internat, l’actrice Uschi Glas hérite ici de son premier rôle. Elle devient ensuite l’une des actrices allemandes les plus connues outre-rhin en continuant de participer à des Krimis (Der Mönch mit der Peitsche) et en jouant aux côté de Pierre Brice dans un Winnetou (Le Jour le plus long de Kansas City).

Mais surtout, nous avons droit à la présence de la douce Karin Dor, magnifique scream girl avant l’heure, héroïne emblématique des Edgar Wallace. On ne peut que regretter que son rôle soit si peu épais puisque comme, à l’habitude, elle ne fait pas grand-chose à part attendre d’être secourue pour le héros.

Der Unheimliche Mönch flatte les yeux avec son bois embrumé, son sinistre château, son meurtrier à capuche et ses jeunes filles en sous-vêtements. Il lui manque cependant une certaine personnalité et l’on ne peut s’empêcher d’avoir une impression de déjà-vu au fur et à mesure que se déroule le film. Ainsi, le moine du titre semble tout droit sorti du crapaud masqué de Franz Josef Gottlieb, la traite des femmes était déjà au cœur du scénario du Défi du Maltais, et les querelles entre héritiers sont courants depuis L’Enigme du serpent noir (tous ces films datent de 1963).

Harald Reinl livre ainsi un film de transition entre deux époques, lui qui a aidé à créer le genre. Avec son épouse Karin Dor (qui a également œuvré 5 fois dans les Krimis), il nous gratifie d’une œuvre menée tambour battant comme c’est l’habitude dans le genre. Les moments calmes qui permettraient de créer une tension autour du mystérieux moine n’existent pas, certes. Mais, à la place, la mise en scène déroule le tapis rouge au rythme, à l’humour et à l’action, tout comme aux gadgets surprise, à l’instar de ce pistolet à eau capable de trisser de l’acide sulfurique.

Der Unheimliche Mönch Allemagne – 1965 Réalisation : Harald Reinl Interprètes : Karin Dor, Harald Leipnitz, Siegfried Lowitz, Siegfried Schürenberg, Ilse Steppat

Bande annonce en allemand :

Out of order, huis-clos oppressant et jeu du chat et de la souris haletant

Qui n’a jamais craint de se retrouver enfermé dans un ascenseur ? C’est une expérience que l’on n’a pas envie de connaître, pour rien au monde. L’espace confiné, l’issue incertaine, la proximité avec des gens qu’on ne connaît pas… Tout concorde à faire de cette expérience un moment particulièrement désagréable. Out of order s’appuie sur cette lapalissade pour s’assurer l’adhésion du public qui, immédiatement, se sent concerné par le cadre du film…

Vendredi soir. Les bureaux sont vides, les couloirs déserts. Alors que la plupart des employés sont partis, c’est le début du cauchemar pour quatre retardataires qui se retrouvent dans un ascenseur bloqué à 100 mètres au-dessus du sol…

Out of order excelle à retranscrire la sensation de claustrophobie engendrée par le confinement dans une cabine d’ascenseur. Et comme la quasi intégralité du film se déroule entre les quatre murs de l’habitacle, l’intensité des événements ainsi que la pression subie par les protagonistes sont particulièrement prégnantes.

La tension est palpable dès les premières minutes entre les personnages de Jörg et Pit. Le premier est incarné par Götz George. C’est un homme dans la force de l’âge. Sa réussite sociale n’est pas contestable. C’est un self-made man. Il ressemble au personnage de Schimanski qui a fait le succès de Götz George dans la série Tatort ; il peut s’avérer fragile, mais il est aussi et surtout autoritaire et dominateur. Pit (Hannes Jaennicke) va cependant exploiter la fragilité de son voisin d’en face… Pit est un jeune blanc-bec qui, dans l’ombre, met en question l’autorité et la réussite de Jörg pour le déstabiliser et provoquer sa chute. Ses sarcasmes provoquent de nombreux accrochages allant crescendo jusqu’au climax. Le combat de coqs que se livrent alors Jörg et Pit est aussi passionnant que réaliste. On peut aussi voir dans cet exposé une thématique toujours actuelle.

Les deux autres personnages, quant à eux, ne sont pas que des observateurs. Ainsi, Renee Soutendijk qui interprète Marion, ne se contente pas d’être un accessoire aguicheur pour les deux mâles en manque de domination. Même Gössmann (Wolfgang Kieling), comptable effacé, joue un rôle essentiel en aggravation magistralement la situation à un moment donné.

Au final, le scénario s’avère particulièrement malin. Il exploite rapidement et sans s’appesantir les stéréotypes du huis-clos pour très vite mettre à profit le background des personnages et leurs problèmes personnels afin de mettre en place des enchainements logiques faisant avancer l’histoire de manière parfaitement cohérentes.

À la fois huis-clos oppressant et jeu du chat et de la souris haletant, Out of order puise dans son histoire minimaliste, ainsi que dans son excellente interprétation, pour se placer dans le peloton de tête des films de genre allemands. Il est efficace, percutant, passionnant et interroge sur les conséquences que certaines caractéristiques comme la méfiance et la jalousie peuvent avoir sur un groupe social.

Abwärts - Allemagne - 1984
Réalisation : Carl Schenkel
Interprètes : Götz George, Wolfgang Kieling,
Renée Soutendijk, Hannes Jaenicke,
Klaus Wennemann…

Bande annonce en allemand :

Jonathan sur les traces de Nosferatu

Jonathan de Hans W. Geissendörfer est bien accueilli par les critiques à l’époque de sa sortie, ce qui s’explique aisément par son appartenance au cinéma d’auteur. En effet, Jonathan n’est pas un film de genre ; il s’agit plutôt d’une parabole politique dans laquelle les suceurs de sang exploiteurs symbolisent les oppresseurs décadents.

Un jeune homme se rend au château de Dracula pour préparer l’assaut final qui doit mettre fin au règne du monstre sanguinaire. Sa destination l’amène à traverser une région misérable où la population rurale est exploitée et réduite à l’état de « réserve de nourriture » par une poignée de vampires. Jonathan, jeune étudiant, incarne pour sa part, une jeunesse rebelle qui ne veut plus se soumettre et qui demande justice.

L’œuvre a été tournée en 1969, à l’époque où toute une génération contestait le système des années 60 et réclamait des comptes à leurs parents : « Que faisiez-vous de 33 à 45 ? » Cette situation se traduisit par une scission de la population car les anciens voyaient d’un mauvais œil ces énergumènes, « clochards » et autres « hippies », leur donner des leçons.
En se contentant d’adapter du roman de Bram Stoker le voyage qui mène Jonathan Harker au château du conte, le film met en image le contexte politique de l’Allemagne à l’époque. Ainsi, faire appel à l’aristocratique Dracula suçant sans vergogne le fluide vital des paysans besognant autour de son château est parfaitement pertinent.

Des séquences peuvent paraître obscures si l’on ne connaît pas le contexte politique. Ainsi, la scène durant laquelle un couple de jeunes font l’amour devant des personnes âgées peut laisser sceptique si l’on ne pressent pas que l’auteur montre du doigt que les opprimés exploitent eux-mêmes une autre catégorie d’individus. Ainsi, le film est toujours tristement actuel et peut parfaitement être introduit à notre époque où l’on continue inlassablement d’exploiter les hommes, les animaux et la nature. On regrette seulement que la moralité du réalisateur s’arrête aux êtres humains puisqu’un animal est brutalement, gratuitement et sadiquement mis à mort par l’un des protagonistes ; défendre les opprimés en violant la défense d’autres opprimés est franchement stupide.

Jonathan propose également de magnifiques images. Ainsi, après un magnifique plan séquence qui plonge immédiatement le spectateur dans le contexte en début de métrage, le directeur de la photographie Robert Müller suit les longues chevauchées de Jonathan à travers une campagne désolée et peint des tableaux esthétiques et funestes où s’entassent les cadavres dans des villages sordides et une campagne non moins désespérée. Quelques séquences gore grand-guignolesques accentuent ce climat obscure.

En Allemagne, le film Jonathan est surtout connu parce qu’il s’agit du premier film de Hans W. Geissendörfer qui, en 1985, produit la série grand public Lindenstraße, aujourd’hui encore diffusée Outre-Rhin. Mais à l’époque, Jonathan s’inscrit parfaitement dans l’écrin du cinéma d’auteur de la fin des années 60 et du début des années 70. Comme les tableaux dépeints fascinent visuellement, intriguent et interpellent sociologiquement, il en résulte un film qui n’a pas vieilli, d’autant plus que son message est tout aussi pertinent hier qu’aujourd’hui. Dès lors, on peut estimer qu’il fait parfaitement honneur au classique Nosferatu de Murnau.

Jonathan Allemagne – 1970 Réalisation : Hans W. Geissendörfer Interprètes : Jürgen Jung, Hans-Dieter Jendreyko, Paul Albert Krumm, Hertha von Walther, Oskar von Schab, Ilona Grübel, Sofie Strehlow, Gaby Herbst…

L’Étoile du silence, divertir sans abrutir

Le premier film de science-fiction allemand est doté d’un budget conséquent pour l’époque et bénéficie de beaucoup d’attention et de soin lors de sa conception avec, en particulier, des effets spéciaux impressionnants.

Mais si L’Étoile du silence rencontre lors de sa sortie un succès important, ce n’est pas seulement grâce aux trucages créant l’atmosphère sinistre et surréaliste de Vénus…

Stanislas Lem est un écrivain polonais de science-fiction et d’essais sur la philosophie. Ses récits de science-fiction s’inspirent de sa passion pour la philosophie. Ainsi, il spécule sur la technologie, la nature de l’intelligence, l’éventuelle impossibilité de communiquer avec une intelligence extraterrestre et de la comprendre, le désespoir des limites humaines et la place de l’humanité dans l’univers. Le succès de ses livres est tel qu’il est peut-être l’écrivain de SF le plus lu au monde. Plusieurs films sont d’ailleurs tirés de son oeuvre. Outre l’Étoile du silence, le premier d’entre eux en 1960, Ikarie XB 1 du tchèque Jindrich Polák et Solaris d’Andreï Tarkovski sont probablement les plus remarquables.

Un étrange artefact composé de matériaux inconnus sur Terre est découvert dans le désert de Gobi. Des tests révèlent qu’il s’agit d’un appareil de communication qui ne peut venir que de Vénus. Une équipe composée de personnes de nationalités différentes (russe, américaine, nippone, allemande…) s’envole pour Vénus à bord du Cosmokrator 1. Après avoir traversé une pluie de météorites et perdu contact avec la Terre, l’équipage décode le message vénusien et découvre qu’il contient une déclaration de guerre : Vénus annonçait l’invasion de la Terre. Abasourdi, l’équipage décide malgré tout de poursuivre le périple…

Le film est une adaptation du roman Feu Vénus, écrit pour la jeunesse par le polonais Stanislas Lem et publié en 1951. Naïf et très optimiste, le livre imaginait des années 2000 idéalisées. Le film est tout aussi crédule en représentant diverses et multiples nationalités œuvrant ensemble dans le vaisseau spatial ; personne n’est oublié. Les américains, plus cyniques, ont remonté le film lors de son exploitation sur leur territoire sous le titre First Spaceship on Venus et seules les nationalités françaises et américaines furent conservées. Le film critique également ouvertement l’énergie nucléaire ; la bombe atomique étant considérée comme le niveau zéro de l’inventivité humaine. Ces réflexions ont naturellement été supprimées de la version américaine.

L’un des premiers effets spéciaux proposé par le film montre de petites araignées métalliques sauter grâce à des câbles très visibles. Cette séquence qui laisse présager un film particulièrement kitsch s’avère finalement trompeuse. Au contraire, L’Étoile Silencieuse s’avère brillante visuellement et tient la dragée haute à ses homologues américains tels que Planète Interdite ou Le jour où la Terre s’est arrêta. Rien à voir ici avec les paysages en carton-pâte de Star Trek. Ainsi, les décors psychédéliques et l’aspect de la surface de Vénus sont très originaux. La séquence où trois membres de l’équipage grimpent dans une tour pour échapper à une gelée noire évoquant le Blob est également impressionnante.

Plus qu’un film de propagande socialiste, L’Étoile du Silence tente de délivrer un message de paix, imaginant une coopération mondiale qui permettrait d’explorer l’univers.

Der Schweigende Stern RDA – 1960 Réalisation : Kurt Maetzig Interprètes : Yoko Tani, Oldrich Lukeš, Ignacy Machowski, Julius Ongewe, Michail N. Postnikow, Kurt Rackelmann, Günther Simon, Tang Hua-Ta, Lucyna Winnicka, Omani Mensah, Barbara Leonhard, Ruth-Maria Kubitschek…

Bande annonce en anglais :

Manuel de prévention pour ceux qui, comme Klaus, veulent s’aventurer aux commandes d’un chariot élévateur

Tout juste détenteur de son permis de conduire pour chariots élévateurs, Klaus se présente à sa première journée de travail…

Ainsi nous est présenté Klaus qui vient tout juste de décrocher son permis de conduire pour chariots élévateurs et qui se présente à sa première journée de travail.

Son inexpérience et son inattention et son incapacité à respecter les consignes de sécurité provoque de nombreux accidents…

Les aventures de Klaus aux commandes du chariot élévateur se déroule sous la forme d’une vidéo de prévention dont l’objet est d’alerter les salariés sur les causes capables de provoquer des accidents de travail lors de l’utilisation du chariot élévateur dans un entrepôt. Rassurez-vous, la vidéo n’est pas rébarbative puisqu’il s’agit d’une comédie, mais l’humour est noir, très noir. Rarement s’est-on autant amusé en assistant à des accidents du travail. Les mains sont tranchées, les corps coupés en deux…

Les blessures exagérées provoquées par les accidents de Klaus agrémentées de la capacité offerte au spectateur de voir venir à des kilomètres les catastrophes (les consignes de sécurité sont en effet plutôt simples à suivre) ainsi que le rire de répétition (l’ambulance qui vient toutes les deux minutes chercher les accidentés) provoque un rire franc, même s’il est jaune.

Autre élément comique, le décalage entre la voix-off et les horreurs qui se passent à l’écran. Neutre, sans émotion, elle se contente de commenter les conséquences des risques pris par les salariés. Le narrateur est Egon Hoegen ; sa voie est connue Outre-Rhin car il prête déjà sa voix à une série éducative donnant des conseils dans le domaine de la circulation routière. Cet élément apporte une profondeur au film qui, avec son message paternaliste, presque moralisateur, fait porter la responsabilité aux ouvriers : s’ils se font mal, c’est parce qu’ils ne suivent pas les consignes. Cette vision malveillante des problèmes liés au travail est malheureusement en conformité avec la réalité actuelle du monde du travail.

Si Les aventures de Klaus aux commandes du chariot élévateur est une réussite c’est d’abord parce qu’il est drôle et efficace grâce à sa durée. Mais c’est aussi une réussite sur le plan de la prévention. Ce n’est probablement pas le but des auteurs, mais nul doute que certaines situations restent en mémoire et, même si l’on ne conduit pas de chariot élévateur, on n’a pas envie de terminer comme les collègues de Klaus. Dès lors, on comprend l’importance de suivre les consignes de sécurité.

Le film sous-titré en anglais :

Staplerfahrer Klaus – Der erste Arbeitstag – Allemagne – 2001Réalisation : Jörg Wagner et Stefan PrehnInterprètes : Konstantin Graudus, Douglas Welbat, Jürgen Kossel, Dieter Dost…

Cold Hell, une intrusion du cinéma allemand dans le Thriller.

Réputé pour ses comédies et drames sociaux, le cinéma allemand est bien moins estimé en ce qui concerne ses thrillers. Alors, pour que Cold Hell ne soit pas un nouvel échec de plus, le cinéma allemand s’est tout simplement adressé à l’un de ses auteurs les plus talentueux dans ce domaine : Stefan Ruzowitzky. Celui-ci s’est précédemment illustré dans le genre en 2000 avec Anatomie.

Özge vit à Vienne où elle travaille comme chauffeur de taxi la nuit. Le jour, elle prend des cours de boxe thaï. Cynique, ce n’est pas une tendre mais son âpreté est mise à l’épreuve le jour où elle est témoin d’un crime perpétré par un tueur en série dont elle devient désormais la cible. Heureusement, elle reçoit l’aide du commissaire grincheux Christian Steiner…

La réussite de Cold Hell repose principalement sur ses deux personnages principaux à double tranchant : Özge et Christian. La jeune femme, introvertie, a été rendue dure par la vie mais au fond, elle attend quelqu’un pour se confier. Quant à Christian, c’est un célibataire endurci, mais c’est aussi quelqu’un d’intègre qui s’occupe de son père atteint de la maladie d’Alzheimer.

Après des études en théâtre et histoire, Stefan Ruzowitzky fait ses débuts en tant que réalisateur et scénariste avec le long métrage Tempo (1996). Deux années plus tard, il s’intéresse au milieu rural durant l’entre-deux-guerres avec Les héritiers (1998). Le drame est salué par la critique internationale. Dans un tout autre genre, vient ensuite le thriller Anatomie (2000) qui attire plus de deux millions de spectateurs dans les salles allemandes.

L’interaction entre les deux personnages fonctionne si bien que le développement de leur relation prend même à un moment le dessus sur l’histoire. Dès lors, le tueur en série passe au second plan, et comme cela dure un peu de temps, le spectateur s’en rend compte et peut s’en étonner.

Cela dit, la dernière partie permet au film de gagner en intensité lorsque nos deux héros craignent pour leur vie, d’autant plus que nous avons eu le temps de nous attacher aux personnages.

Après les anecdotiques All the Queen’s Men (2001) et Anatomie 2 (2003), Stefan Ruzowitzky connaît à nouveau un succès critique et public avec Les faussaires (2007) qui se déroule durant la seconde guerre mondiale. Depuis, Stefan Ruzowitzky semble avoir revu ses ambitions à la baisse avec un film pour enfant (Lili la petite sorcière, le dragon et le livre magique – 2009 et un petit film d’horreur (Patient Zero – 2018)

Si le développement a pris autant d’importance, c’est probablement pour laisser la place à son message de tolérance. Comme Cold Hell ne se contente pas de donner des leçons, et démontre ce qu’il a à dire, le message passe très bien à travers la rencontre de deux êtres dont les oppositions deviennent complémentaires (Özge est d’origine turque et Christian viennois raciste). Évidemment, c’est avec l’autre que l’on se construit et c’est ce que confirme Cold Hell.

Certes, les personnages sont caricaturaux et le message bienveillant primaire. Le psychopathe est raciste, le père intégriste maltraite les enfants… Cold Hell ne fait pas dans la dentelle quand il s’agit de simplifier les problèmes sociaux, au point que l’on peut aussi voir en Cold Hell un vulgaire téléfilm à peine meilleur que ceux qui pullulent sur les chaînes publiques allemandes.

Cette impression est malgré tout contrebalancée par la présence du psychopathe. Celui-ci attribue au film une ambiance résolument sombre. Les moments plus légers, de détente, sont rares et se déroulent de jour chez Christian qui, à un moment, héberge Özge. Pour le reste, c’est une atmosphère maussade et inquiétante qui traverse tout le film.

Die Hölle Autriche, Allemagne – 2016 Réalisation : Stefan Ruzowitzky Interprètes : Violetta Schurawlow, Tobias Moretti, Robert Palfrader, Sammi Sheik, Verena Altenberger, Nursel Köse, Murathan…

Le Troisième Sexe : Luxure, débauche, homosexualité et proxénétisme dans l’Allemagne de la fin des années 50

Pendant la dictature nationale-socialiste, le réalisateur Veit Harlan, protégé de Goebbels, a été responsable d’un grand nombre de films de propagande. On lui doit par exemple Le Juif Süss (1940), film antisémite, grand succès international qui, en France, est acclamé par la presse collaborationniste, provoque des violences antisémites et fait l’objet d’attentats à la bombe. Pour ce film, Veit Harlan reçoit le Lion d’Or à la Mostra de Venise ainsi que les salutations des critiques et d’un jeune Michelangelo Antonioni qui voit dans le film la rencontre réussie entre l’art et la propagande.

Plus tard accusé de complicité dans le génocide, Harlan se défend en expliquant avoir réalisé ses films sous la contrainte. Finalement acquitté en 1950, il continue de mettre en scène. Ses films d’après-guerre suscitent peu d’intérêt, en dehors du provocant Troisième Sexe réalisé en 1957. Le film montre comment une mère sauve son fils de l’homosexualité en encourageant la fille au pair qu’elle loge de coucher avec lui. Ses bonnes intentions sont cependant mal interprétées par la justice qui considère son stratagème comme une forme de proxénétisme…

Il existe deux versions du Troisième Sexe. La première mouture sort sous le titre Das dritte Geschlecht (Le troisième sexe). Elle est censurée par le système de contrôle allemand qui fait supprimer des scènes et en tourner de nouvelles. La nouvelle variante est titrée Anders als Du und Ich (Différent de toi et moi). Elle diffère de la première version au point que le film devient carrément anti-homosexuel, ce qui a provoqué la protestation des associations de défense des homosexuels.

Pour autant, il serait erroné de croire que la première version est plus bienveillante envers la condition homosexuelle. Pour preuve, il convient d’évoquer le personnage de l’expert en art Boris Wikler qui mène le jeune héros du film à la débauche. À la fin de la première version, il doit quitter l’Allemagne. Dans la seconde version acceptée par le système de contrôle allemand, il est embarqué par la police. Dans tous les cas, son sort est peu enviable. Veit Harlan ne défend donc pas la cause homosexuelle.

En réalité, la cause homosexuelle sert avant tout à montrer la tyrannie exercée par une morale archaïque dans l’Allemagne de la fin des années 50. La luxure et l’adultère sont inscrite dans la loi et passible de prison ferme. En fin de compte, l’objet du film, contesté par le système de contrôle allemand, est de démontrer que les règles peuvent aboutir à la condamnation d’une mère, même si celle-ci est animée des meilleures intentions du monde puisqu’il s’agit de sauver son fils de l’homosexualité (comme s’il s’agissait d’une aberration qu’il fallait corriger).

Sans le vouloir, Le Troisième Sexe s’avère très actuel lorsqu’il décrit les mécanismes de mise en place de contrôles répressifs par nos sociétés… En effet, comme les parents de Klaus sont consternés d’être accusés de proxénétisme, ils s’insurgent contre les lois abusives qui ont condamnés leurs actes. Cette prise de conscience n’engendre pas des législations moins restrictives, bien au contraire. Pour s’en convaincre, il suffit d’évoquer le débat sur l’IVG : il y a trop d’IVG parce que la loi permet trop facilement d’y faire appel, donc, interdisons l’IVG. Ainsi, Le Troisième Sexe ne milite pas pour moins de morale, mais pour une moralisation des orientations sexuelles amenant, au final, à condamner l’homosexualité.

Le stratagème abracadabrantesque imaginé par la mère (changer l’orientation sexuelle de son fils en débauchant la fille au pair qu’elle loge sous son toit), Klaus remis dans le droit du chemin après une seule nuit d’amour et évoquant dès le lendemain matin le mariage, la caricature du riche homosexuel cultivé débauchant les jeunes hommes ingénus avec des combats de lutte, tout comme la peinture abstraite et la musique d’avant-garde comme art dégénéré sont autant d’invraisemblances qui font du Troisième Sexe un met de choix pour les fans de nanars. Déjà, à l’époque, le film ne fit pas illusion… Peu crédible, sa trame scénaristique lui a assuré un échec cinglant en salle.

Le choix du titre est un pied de nez à la commission de censure. En effet, le titre est emprunté à un film muet de 1919 qui réclamait ouvertement la suppression de l’article 175 du code pénal allemand qui punissait l’amour entre personne du même sexe.

Source : Grün ist die Heide

Anders als du und ich (§ 175) Allemagne – 1957 Réalisation : Veit Harlan Interprètes : Christian Wolff, Paula Wessely, Paul Dahlke, Marcel André, Paul Esser, Otto Graf

Les courts-métrages de René Schweitzer

Après avoir fait du journalisme pour divers magazines de musique, publié son premier roman en 2010 (Das Ende des Sommers – La fin de l’été) et le second en 2013 (Kaputt – roman sur les gangs traduit en anglais), René Schweitzer se met à la réalisation de courts métrages dans le cadre d’études de cinéma. Ses films font le tour des festivals à travers le monde…

Dans Die Schwarze Kapelle (2014), une équipe de tournage s’intéresse aux histoires effrayantes qui circulent à propos de la tristement célèbre chapelle Pollingsrieder, cachée au fond des bois et entourée de cinq puits fermés par des grilles. Reliés entre eux, les puits forment un pentagramme… des cadavres auraient été enterrés dans les environs durant la Grande Peste et une petite fille aurait été tuée dans l’un de puits. Cette chapelle qui se trouve au sud de Münich, également surnommée la Chapelle de la Peste (Pestkappelle), est mise en image dans un joli noir et blanc. Le film joue sur le mystère, sans donner de réponse…

René Schweitzer a également écrit le scénario de Mack Blaster – Die Welt im Fadenkreuz avec pour objectif de s’essayer aux ruptures de styles. Après être resté une année dans les tiroirs, le film entre enfin en production en 2014. Très vite, le projet s’avère plus lourd que prévu, en particulier pour le tournage. En effet, comme l’histoire se déroule en partie dans un désert, il a été nécessaire d’emmener l’équipe dans des lieux éloignés de la civilisation…

Le chasseur de primes sans pitié Mack Blaster traverse le désert aride dans un monde post-apocalyptique. Sur un mur de pierre délabré, il découvre l’avis de recherche, mort ou vif, du boucher Ringo Mack Man, célèbre pour ses crimes perpétués contre les femmes. Mettre un terme aux agissements de Ringo devient alors une question d’honneur pour Blaster. Sa quête le mène alors en ville où il doit affronter des gangs de motards, des mutants, et s’introduire dans un bordel dont la meneuse est la belle Bianca.

Pour Mack Blaster, René Schweitzer partage la direction avec Sebastian Utech, réalisateur de films publicitaires. Mack Blaster – Die Welt im Fadenkreuz (2014) a été sélectionné dans une pléthore de festivals à travers le monde, dont Tromadance, Dragon Con, Shriekfest, Pifan, Horror-on-Sea… Feu d’artifice de couleurs, effusions de sang à gogo, costumes et maquillages surréalistes, Mack Blaster – Die Welt im Fadenkreuz est un hommage référencé au cinéma de genre mais plus spécifiquement aux films débridés de Quentin Tarantino et en particulier sa période grindhouse. Les personnages principaux que l’on rencontre tout au long de son quart d’heure de métrage sont haut en couleurs. À l’instar d’un Django, Mack dispose même d’une superbe chanson chantée en son honneur, en début de métrage. Ce qui fait de lui un digne succédané du héros du film de Sergio Corbucci.

Dans un ascenseur, Tanja rencontre un étranger sournois qui se met en tête de la draguer avec des sous-entendus lourdingues. Fatiguée, elle décide de lui donner une leçon. Mais la morale se retourne finalement contre elle. Moqueur et de mauvais goût, Fahrstuhl réalisé en 2015 (ascenseur en allemand) nous apprend, dans un film très court d’à peine 5 minutes, que mettre à profit ses avantages n’est pas toujours judicieux.

Resolut (2016) est un projet mené par Alex Negret et René Schweitzer mais réalisé par huit réalisateurs au total. Chaque jour de tournage a vu se succéder un réalisateur et un cameraman différents. Resolut qui se voulait être le premier film allemand sur le viol et la vengeance se déroule dans une cellule où sont emprisonnées deux femmes. Lorsque l’une d’elles découvre que son compagnon de cellule est maltraité, elle s’empresse de demander de l’aide, mais pas à la bonne personne. L’ambiance sombre de ces dix minutes rappelle celle qui règne dans la partie confinée du Split de M. Night Shyamalan réalisé la même année. Mais le film de René Schweitzer est encore plus violent. Même si Resolut est surtout un exercice de style, son visionnage est plaisant.

Sub Umbra (2018) se déroule la nuit dans un complexe isolé. Un agent assure la sécurité de cet énorme bâtiment abandonné, qui abrite de surcroît un sombre secret. Avec Sub Umbra, René Schweitzer livre un court-métrage soigné esthétiquement et aussi mystérieux que Die Schwarze Kapelle, par exemple.

À travers ces courts-métrages se dessine une œuvre cohérente. Les films s’inscrivent dans des courants différents (found footage pour Die Schwarze Kapelle, fantastique pour Sub Umbra, western spaghetti avec Mack Blaster – Die Welt im Fadenkreuz…) tout en restant fidèle au cinéma de genre. On constate aussi une aisance avec le format court puisque les concepts scénaristiques s’appliquent à merveille au standard. Un amour du cinéma populaire et une véritable culture traverses les films de René Schweitzer.

Voici quelques liens pour découvrir les films :

Résolut

Fahrstuhl

Mack Blaster – Die Welt im Fadenkreuz

Die Schwarze Kapelle

Avec Berlin Syndrome, Melanie Joosten créé un nouveau phénomène psychologique

Wolf Creek mettait en garde les touristes désirant explorer les immensités australiennes. Berlin Syndrome, quant à lui, démontre que la capitale allemande et sa jungle urbaine sont tout aussi dangereux…

Berlin Syndrome est l’adaptation du roman éponyme de Melanie Joosten. L’auteur d’origine australienne a mis à profit les années durant lesquelles elle a vécu à Berlin pour imaginer l’histoire d’une compatriote routarde, Clare, séquestré par Andi, un professeur d’anglais, dans un appartement d’un quartier désaffecté de Berlin.

Le titre du roman faire évidemment référence au syndrome de Stockholm. Il s’agit d’un phénomène psychologique observé chez des otages ayant vécu durant une période prolongée avec leurs geôliers. Au bout d’un certain temps, selon des mécanismes complexes d’identification et de survie, ceux-ci développent une sorte d’empathie pour ceux qui les séquestre.

La réalisatrice Cate Shortland est l’auteur du Saut périlleux (2004) dans lequel une jeune fille découvre la vie et l’amour à la suite d’une fugue dans les alpes australiennes. En 2012, elle signe Lore (2012) qui se déroule durant la Seconde Guerre mondiale en Allemagne et qui a été sélectionné pour représenter l’Australie à la 85ème cérémonie des Oscars.

Dans le roman, la captivité de Clare est une métaphore de la RDA exprimée à travers les points de vue de Clare et d’Andi lors de longs monologues intérieurs. Ainsi, on découvre qu’Andi éprouve des remords mais cède aussi à la pulsion de vouloir toujours tout contrôler. Clare, de son côté, est écartelée entre sa soif d’évasion et son besoin d’amour et de sécurité assuré par Andi. Grâce aux personnages nuancés, le roman permet une analyse juste des fantasmes de chacun. Malheureusement, le film de Cate Shortland, quant à lui, échoue à vouloir retranscrire cette allégorie à l’écran.

Max Riemelt dispose d’une filmographie chargée, mais peu de films sont arrivés jusqu’en France, y compris Napola – Elite für den Führer dont il tient le premier rôle et qui a été primé au Karlovy Vary International Film Festival. Parmi les films sortis en France, citons La Vague, l’un des films les plus vus en 2008, où il tient à nouveau un des premiers rôles. En 2010, il est ensuite entouré de charmantes vampires dans Nous sommes la nuit. En 2015, il tourne sous la direction de Barbet Schroeder dans Amnesia avant de prendre part aux deux saisons de la série Sense8.

Le thématique qui s’intéresse à analyser les relations entre les dictatures et leurs citoyens passe ici au second plan. Elle laisse la place aux sentiments plus individualistes des deux personnages principaux. Ainsi, Andi n’est qu’un malade mental cherchant simplement à s’assurer la présence d’une femme à domicile. Le parallèle avec la RDA qui devait tout mettre en œuvre pour éviter que ses habitants ne quittent le pays est inexistant. Le film se transforme alors en un simple thriller psychologique grand public, à l’image de ceux que produit le cinéma américain. Le sentiment est renforcé lorsqu’Andi décide de se trouver une nouvelle captive. Celle-ci est une très jeune fille, faisant passer Andi pour un psychopathe plus ou moins pédophile, de surcroît. On est loin de l’ambiguïté de son personnage et de l’allégorie proposée par le livre.

Il en est de même pour le personnage de Clare. À l’évidence, la sécurité et l’insouciance qu’offrent Andi ne semble jamais convaincre Clare… Il en résulte un film sans ambivalence.

Ces dernières années, Teresa Palmer a bénéficié d’une certaine popularité grâce à son rôle dans Tu ne tueras point de Mel Gibson. Elle joue la petite-amie du héros objecteur de conscience. L’actrice australienne a également tenu l’affiche du film Dans le noir où elle est en prise à un esprit maléfique.

L’enquête policière et son cortège de rebondissements ne laissent pas non plus planer de doute sur les intentions du réalisateur.

Dans ce domaine, Berlin Syndrome n’est cependant pas dénué de qualités… Le début du film où nous rencontrons les deux protagonistes principaux dans des décors surprenants (jardinets remplis de nains de jardins) est joliment mise en scène et capte immédiatement l’attention. Lorsque le film se transforme en huis-clos dans l’immeuble délabré où vit Andi, l’intérêt est constamment maintenu grâce à une montée du suspens en crescendo. Les interprétations réussies de Teresa Palmer (Clare) et de Max Riemelt (Andi) complètent le cahier des charges de ce thriller haletant et divertissant.

Berlin Syndrome Australie – 2017 Réalisation : Cate Shortland Interprètes : Teresa Palmer, Max Riemelt, Matthias Habich, Emma Bading, Elmira Bahrami, Christoph Franken, Lucie Aron… Muslu
Bande annonce en allemand :