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Der Samuraï de Till Kleinert sur le thème du coming out

Der Samuraï Till Kleinert

Le film Der Samuraï de Till Kleinert se déroule près de la frontière polonaise, dans un village allemand, hostile et étroit, dominé par des rituels de virilité archaïques. Jakob, personnage introverti, doute et souffre en silence de sa différence. Il mène une existence terne, s’occupe seul de sa grand-mère sénile depuis que ses parents sont décédés et subit les moqueries des jeunes de son âge.

À l’origine de Der Samuraï, on trouve le collectif Schattenkante, composé de la productrice Anna de Paoli et des réalisateurs Linus de Paoli et Till Kleinert. Tous les trois se sont rencontrés à la Deutsche Film und Fernsehakademie (DFFB).

À l’origine de Der Samuraï, on trouve le collectif Schattenkante, composé de la productrice Anna de Paoli et des réalisateurs Linus de Paoli et Till Kleinert. Tous les trois se sont rencontrés à la Deutsche Film und Fernsehakademie (DFFB).

Jakob dissimule la vérité aux autres, à lui-même. Il tente même de « rentrer dans le système » en devenant gendarme. Mais, ce que l’on refoule continue de nous ronger et de nous faire souffrir, même dans l’inconscient : Till Kleinert, le réalisateur, en donne une forme concrète dans Der Samouraï.

Un jour, Jakob suit dans la forêt la piste d’un loup qui se montre parfois aux villageois. Il essaye de le piéger avec des sacs remplis de viande. Mais, la nuit venue, au bout de la piste il découvre un jeune homme, androgyne, aux cheveux longs et sauvages, tenant à la main un sabre japonais et vêtu d’une simple et longue robe blanche. L’inconnu l’invite à semer le trouble dans le village, ce que Jakob refuse. Cependant, tout en s’interposant et essayant d’arrêter ses agissements, Jakob se sent de plus en plus de points communs avec l’étranger.

Der Samuraï est le second film de Till Kleinert après Lange Nacht (2009), déjà un film d’horreur.

Der Samuraï est le second film de Till Kleinert après Lange Nacht (2009), déjà un film d’horreur.

Tel le grand méchant loup qui accoste le petit chaperon rouge dans La Compagnie des Loups de Neil Jordan, le samouraï possède deux facettes. De prime abord terrifiant à cause de son sabre, il devient ensuite attirant par sa féminité, sa maîtrise de soi et sa liberté.

Till Kleinert laissera planer le doute sur le mystère entourant le samouraï : est-il réel ou non ? Ce qui est certain en revanche, c’est que ce n’est pas le loup qu’il convient de craindre. Il faut se méfier des jardins bien tondus avec leurs nains et animaux en plastique, et assumer sa marginalité, ne pas avoir peur du ridicule.

En 2009, Till Kleinert reçut le prix du meilleur court-métrage pour Cowboy lors du festival International du film lesbien et gay de Milan.

En 2009, Till Kleinert reçut le prix du meilleur court-métrage pour Cowboy lors du festival International du film lesbien et gay de Milan.

La seconde partie du film se transforme en trip hallucinant ! Le spectateur pourra y voir soit une autodestruction, soit une délivrance.

Der Samuraï de Till Kleinert n’a rien d’un film pompeusement « auteurisant ». Il emprunte même de nombreux éléments au cinéma de genre, tels la bande de bikers, le village isolé, le gore même avec des effets spéciaux majoritairement fabriqués à la main… À l’instar du cinéma asiatique des années 90, il bouscule également les clichés (un samouraï en robe blanche !) et c’est ce qui le rend unique et l’éloigne radicalement des copies de films américains que furent par exemple d’autres films allemands comme Hell (2011) ou Nous sommes la nuit (2010).

Pit Bukowski, le samouraï, est l’étudiant qui donne des cours au rejeton d’une famille un peu spéciale dans Der Bunker (2015) de Nikias Chryssos.

Pit Bukowski, le samouraï, est l’étudiant qui donne des cours au rejeton d’une famille un peu spéciale dans Der Bunker (2015) de Nikias Chryssos.

Allemagne – 2014
Réalisation : Till Kleinert
Interprètes : : Michel Diercks, Pit Bukowski, Uwe Preuss, Ulrike Hanke-Haensch

Bande annonce en VOSTF :

Blutgletscher de Marvin Kren

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Blutgletscher de Marvin Kren nous accueille avec un constat alarmiste : Chaque jour qui passe, nous nous rapprochons d’une catastrophe climatique. Les glaces fondent aux pôles, tout comme les glaciers dans les montagnes. Les conséquences sont difficiles à prévoir mais une chose est certaine, la vie sur la Terre va changer, et nous allons devoir évoluer…

Le film autrichien poursuit en nous faisant découvrir une petite équipe de chercheurs qui vit isolée dans la montagne, à plus de 3 500 mètres d’altitude. Lorsque la station de mesure n° 3 ne donne plus signe d’activité, deux hommes, le minéralogiste et l’ingénieur, accompagnés d’un chien, partent se rendre compte de l’étendue des dégâts. Sur les lieux, ils découvrent que le glacier est contaminé par une étrange substance rouge. Alors qu’ils sont en train de faire des prélèvements, le chien est attaqué par ce qui ressemble vaguement à un renard enragé…

Grâce à son précédent film, Berlin Undead (2010), Marvin Kren a pu convaincre les gens d’Allegro Films de lui confier deux millions d’euros pour mettre en scène Blutgletscher. Par la même occasion, il enrichit la petite liste des films d’horreur autrichiens, un cinéma qui ne se limite pas à l’oeuvre de Michael Haneke ou à des drames psychologiques tels que Revanche de Götz Spielmann. En ce qui le concerne, il semblerait que Marvin Kren ait été très influencé par le cinéma fantastique, et plus précisément par la série B horrifique des années 80.

Depuis la réalisation de Blutgletcher, Marvin Kren a mis en scène le segment "R is for Roulette" de The ABCs of Death 2 (2014).

Depuis la réalisation de Blutgletcher, Marvin Kren a mis en scène le segment « R is for Roulette » de The ABCs of Death 2 (2014).

Le chien contaminé, les paysages enneigés et glacés, l’isolement, la barbe du héros… On pense bien sûr à The Thing de John Carpenter mais s’en contenter serait aller un peu vite en besogne. Plus qu’un hommage au chef-d’œuvre de John Carpenter, Blutgletscher s’inspire plus généralement des films d’horreur animaliers comme Ticks de Tony Randel par exemple. De plus, Blutgletscher partage avec ces films un budget étriqué devant limiter l’impact des effets-spéciaux.

On voit en effet très peu les monstres. La caméra bouge sans cesse lors des scènes d’action, qui se déroulent d’ailleurs parfois dans l’ombre. Ce défaut est cependant largement compensé par une réalisation dynamique lors des scènes de panique, une réalisation rehaussée par les cris effrayants des créatures. Ces dernières, principalement conçues à la main, sont de surcroît issues de mutations génétiques provoquées par le parasite trouvé dans le glacier. Elles sont par conséquent toutes inhabituelles et hétéroclites. Citons par exemple l’incroyable bélier pourvu d’une paire d’ailes sur le dos !

Allegro Films, producteur de Blutgletcher, est également à l’origine de Trois jours pour Vivre 1 et 2 (In Drei Tagen Bist Du Tod).

Allegro Films, producteur de Blutgletcher, est également à l’origine de Trois jours pour Vivre 1 et 2 (In Drei Tagen Bist Du Tod).

Précisons que les parasites ne sont pas le seul danger qui guette les héros. Le réalisateur exploite en effet parfaitement les paysages offerts par le sud du Tirol. Les montagnes majestueuses et le froid glacial qui y règne donnent naissance à un personnage à part entière, qui accroît encore le danger qui menace les protagonistes.

On aborde ici l’un des points faibles du film. Les personnages, peut-être trop nombreux, sont peu approfondis et souffrent de clichés. L’homme des montagnes, taciturne, vit en reclus depuis que son cœur a été brisé, les scientifiques risquent la vie de tout le monde pour pouvoir terminer leurs recherches et s’assurer de ne pas se voir voler leur découverte, la femme politique est naturellement très forte en gueule…

Quoi qu’il en soit, Blutgletscher est une excellente série B. Ambitieux et généreux, servi par des décors naturels majestueux, le film de Marvin Kren divertit le spectateur grâce à une atmosphère oppressante et des effets « choc » judicieusement disséminés tout le long du métrage.

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Blutgletscher
Autriche – 2013
Réalisation : Marvin Kren
Interprètes : : Gerhard Liebmann, Hille Beseler, Peter Knaack, Felix Römer, Brigitte Kren, Edita Malovcic, Wolfgang Pampel, Murathan Muslu

Bande annonce en allemand :

Radio Silence de Marco J. Riedl et Carsten Vauth

Radio Silence

Avant Radio Silence, il y avait On Air, un court-métrage datant de 2010 et pour lequel Marco J. Riedl et Carsten Vauth avaient dû réduire au minimum le scénario. Avec Radio Silence, les deux réalisateurs ont la possibilité d’exploiter au maximum leur sujet. C’est d’ailleurs ce qu’ils font et force est de constater que Radio Silence n’est pas un court que l’on a truffé de scènes de remplissage pour le transformer en long.

Doc Rock anime une émission radio pirate qu’il émet depuis sa cave. Durant l’une de ses interventions, il discute avec ses auditeurs sur les motivations du tueur en série « der Nachtschlitzer“ (Le Tueur de la Nuit). Surprise : le concerné appelle Doc Rock et le met au défi de sauver sa dernière victime.

Radio Silence

L’action se déroule principalement entre la cave de Doc Rock et un bar dans lequel les clients suivent le drame sur le poste de radio. L’un d’eux deviendra un protagoniste essentiel dans ce jeu du chat et de la souris, les réalisateurs soulignant sans doute de cette manière qu’il ne tient qu’à nous de ne pas être les simples spectateurs des drames qui se déroulent autour de nous.

Astucieusement, le film parvient à prolonger son petit suspens et même l’intérêt jusqu’au final, sans doute grâce aux personnages qui ne sonnent absolument pas creux.

Les acteurs sont très bons, et très bien choisis. Charles Rettinghaus, qui incarne le psychopathe, se révèle un assassin effrayant avec son crâne chauve et son imposante carrure qui contraste avec son visage d’ange. Inconnus, les comédiens sont en réalité des doubleurs hors pair. Certains d’entre eux prêtent leur voix à des acteurs célèbres comme George Clooney, Tommy Lee Jones ou encore Robert Downey Jr.

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Cette particularité accentue cependant le cachet très américanisé du film… Tel était d’ailleurs le souhait des deux réalisateurs qui craignaient de rebuter le spectateur avec un film d’origine allemande. En conséquence, l’histoire se déroule dans une bourgade typiquement américaine traversée par de grosses voitures non moins caractéristiques. Quant aux protagonistes, ils arborent des trognes et un look également nord-américain. C’est un peu dommage de renier son identité européenne, d’autant plus que le film n’est pas allé jusqu’au bout de sa démarche : on échange des billets en euro et tout le monde parle allemand.

Le choix est d’autant plus douteux que le manque de moyens financiers ne permet pas vraiment aux deux réalisateurs de nous donner pleinement l’illusion que le film se déroule dans une petite ville américaine. On ne croit pas à ce bourg qui sonne artificiel tant il respire le décor en contreplaqué.

En revanche, son rythme soutenu et l’absence de temps morts en font un digne représentant du cinéma de genre américain : Radio Silence est un très bon thriller.

Radio Silence
Allemagne – 2012
Réalisation : Marco J. Riedl et Carsten Vauth
Interprètes : Markus Knüfken, Charles Rettinghaus, Ronald Nitschke, Jasmin Lord

Bande annonce en anglais :

True Love Ways de Mathieu Seiler : Snuff Porn, féminisme et nouvelle vague

true love ways affiche

True Love Ways de Mathieu Seiler s’ouvre sur une histoire d’amour sur la fin, et qui se termine mal bien sûr. L’image en noir et blanc et l’héroïne mélancolique incarnent la déception et la morosité qui ne manquent pas d’apparaître après un chagrin d’amour. Et maintenant ? Le futur est « imprévisible », tout comme le scénario. L’ex-petit ami rencontre un type dans un bar qui propose de l’aider à reconquérir le cœur de la belle. Pour cela, il suffit d’organiser une fausse agression, que naturellement il déjouera. Le marché que les deux garçons concluent va se révéler bien plus tordu et les réactions de Séverine autrement plus complexes que celles imaginées.

Peu prolixe, Mathieu Seiler réalise Orgienhaus en 2000 et Der Ausflug en 2012.

Peu prolixe, Mathieu Seiler réalise Orgienhaus en 2000 et Der Ausflug en 2012.

Surprenant et déroutant, tels sont les termes qui qualifient le mieux l’histoire que Mathieu Seiler déroule sous nos yeux. Une histoire pleine de rebondissements qui sont à la fois cocasses, grotesques, drôles et graves, comme lorsque Séverine, en fuite, se dissimule sous la table, là où les hommes sont en train d’élaborer un plan pour la capturer. Séverine se retrouve d’ailleurs régulièrement dans des situations où elle doit se cacher (sous le lit où a lieu un crime, dans la cave derrière une étagère…) Lors de ces passages, elle est placée dans la même position de voyeurisme que le spectateur. Le suspense fonctionne ainsi étrangement puisque ce n’est pas nous qui nous identifions à l’héroïne, mais plutôt Séverine qui se transforme en spectatrice.

Mathieu Seiler est né en 1974 à Zurich en Suisse.

Mathieu Seiler est né en 1974 à Zurich en Suisse.

Les scènes sont joliment orchestrées. En outre, le noir et blanc confère au film un style particulier, entre Roman Polanski et Alfred Hitchcock, bellement souligné par la musique de Beat Solèr. Certaines séquences semblent irréelles, à un point tel d’ailleurs que True Love Ways emprunte parfois le chemin des rêves et des contes, comme lorsque Séverine découvre un puits dans la forêt, un puits qui n’aura cependant rien de merveilleux. Telle une héroïne de conte des frères Grimm, Séverine traverse l’histoire avec insouciance, une insouciance incongrue au regard des abominations dont elle est le témoin. Difficile également de situer l’histoire dans le temps. En effet, Séverine reçoit une vieille cassette audio à bande, conduit une antique Coccinelle et arbore dans le même temps un téléphone portable. La maison, servant de terrain au jeu de cache-cache auquel se livrent les protagonistes, possède également un charme rétro certain.

De manière générale, l’interprétation s’avère de bonne qualité. Ceci dit, Anna Haugsburg s’élève incontestablement au rang de personnage-clé du film. Sa mélancolie, son insouciance, ses étourderies et sa formidable beauté sont parfaitement sublimés par une photographie impeccable et chaque plan où elle apparaît (c’est-à-dire tous sans exception ou presque) est un régal pour les yeux.

Née en 1990 à Berlin, Anna Hausburg était en tête d’affiche du film Leroy en 2007 et de Dornröschen en 2008.

Née en 1990 à Berlin, Anna Hausburg était en tête d’affiche du film Leroy en 2007 et de Dornröschen en 2008.

Très belle, Séverine se révèle également tellement déconcertante qu’on peut ressentir une certaine indifférence à son égard. Une indifférence inévitable peut-être en raison de ce personnage qui passionne les hommes. Tous veulent la manipuler, la posséder : Son petit ami met au point un stratagème pour la retenir, le réalisateur de snuff movies espère exploiter Séverine pour son film. Le spectateur, quant à lui, attend d’elle qu’elle se retourne contre ses tortionnaires et accomplisse sa vengeance… Finalement, Séverine s’avère bien plus complexe. Elle symbolise la Femme fantasmée par l’homme, belle et fragile, mais malheureusement insaisissable. True Love Ways n’est pas seulement une déclaration d’amour à la beauté de la femme, c’est aussi un plaidoyer pour que l’homme respecte cette créature délicate et l’accepte dans toute sa complexité.

True Love Ways
Allemagne – 2014
Réalisation : Mathieu Seiler
Interprètes : Anna Hausburg, David C. Bunners, Kai-Michael Müller, Axel Hartwig, Beat Marti

Bande annonce en anglais :

German Angst ou la définition de la peur, selon un trio de réalisateurs allemands

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Avant German Angst, au début des années 90, Jörg Buttgereit avait mis tout le monde mal à l’aise avec ses films Nekromantik 1 et 2, Schramm et Todesking. Entre films d’horreur et films d’auteur, ces chefs-d’œuvre avaient eu un succès d’estime important mais Jörg Buttgereit avait également connu beaucoup de problèmes, en particulier avec la censure. Ces difficultés l’avaient dissuadé de persévérer dans la réalisation et il s’était consacré à d’autres projets : documentaires, pièces de théâtre, etc.

Avec Michal Kosakowski (Zero Killed) et Andreas Marschall (Masks), Jörg Buttgereit nous livre une anthologie sur la Peur. Cette anthologie comporte trois films, de durée inégale, mais demeure parfaitement cohérente malgré le fait que les réalisateurs restent fidèles à leurs différents univers. Ils ont en outre une définition tout personnelle de ce qu’est la peur :

Pour Michal Kosakowski, il s’agit d’une peur politique.

Pour Andreas Marschall, il s’agit d’une peur sexuelle.

Pour Jörg Buttgereit, la peur est plutôt sociologique.

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Son film, Final Girl, commence au moment où se termine habituellement un film d’horreur. Le titre fait d’ailleurs référence au terme que l’on donne à la survivante d’un Slasher. Pour les besoins du film de Jörg Buttgereit, l’héroïne est pré-adolescente, possède un cochon d’Inde et nous explique que nous interprétons mal les réactions du petit rongeur. Contrairement à ce que l’on pense, les cochons d’Inde n’apprécient pas les caresses et s’ils font le dos rond, c’est pour se protéger en attendant que la torture que nous leur affligeons se termine ! Il y a ici un évident parallèle à faire avec la fameuse Final Girl du film.
Contrairement aux deux autres films, celui de Jörg Buttgereit est court, lent, intimiste. Sur le fond, nous retrouvons nettement le Jörg Buttgereit des années 90. Sur la forme, c’est différent car le film respire clairement la vidéo, mais c’est bien sûr pour mieux accentuer le quotidien banal dans lequel s’enracine l’histoire.
Le film de Jörg Buttgereit est également le seul de l’anthologie qui soit en allemand, les autres sont principalement tournés en langue anglaise.

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Dans Make a Wish, Michal Kosakowski traite du racisme dont sont victimes en Allemagne les émigrés d’origine polonaise. Un couple est attaqué par une bande de skinheads. La jeune fille possède un médaillon qui lui permet d’intervertir l’esprit de deux personnes. Elle l’utilise pour sauver son ami qui se retrouve dans le corps du néo-nazi. Dès lors, son compagnon polonais va se révéler tout aussi raciste et violent que le triste personnage dont il a pris l’identité.
Make a Wish est un très bon film, haletant et émotionnellement exigeant. Superbement interprété par Andreas Pape, un acteur culte dont la carrière est entièrement consacrée aux films d’horreur indépendants et undergound, on pourra cependant regretter le fait que le réalisateur brouille (délibérément ou pas) le message.
Par exemple, il y a une tirade intéressante vers la fin du film où le chef de la bande de skinheads explique qu’il est né coupable et que, étant donné que toute la société le lui rappelle constamment, il ne peut échapper à sa condition et qu’il est donc également une victime.
Le discours est intéressant mais comme ce n’est pas développé, on ne sait pas si c’est sérieux ou pas, s’il parle des Allemands ou des nazis…
D’autant plus que plus tard, le même personnage explique qu’il n’y a pas eu d’échange d’esprit, finissant d’alimenter la confusion.

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Alraune, d’Andreas Marschall, nous plonge dans le Berlin multiculturel où tout est possible et surprenant ; c’est d’ailleurs ce qui rend le film inquiétant. Notre héros a tout pour être heureux. Il est photographe, il est célèbre et sa femme est superbe. Tous ses vœux semblent avoir été exaucés. Et pourtant, lorsqu’il rencontre cette femme tout droit sortie d’un rêve typiquement masculin, il n’hésite pas une seconde et compromet tout ce qu’il a pour réaliser ses fantasmes.

Tiré d’un livre du début du 20e siècle et du mythe de la mandragore et de ses facultés sexuelles, Alraune est un vrai film fantastique, effrayant et surprenant. Il met en scène une société secrète, une femme fatale et un héros paumé qui paiera cher son éternelle insatisfaction. Esthétiquement très réussie, l’œuvre se révèle véritablement envoûtante.

Il est bien normal que les compatriotes de Friedrich Wilhelm Murnau, d’ailleurs lui-même à l’origine du film d’horreur grâce à des films comme Nosferatu ou Le Cabinet du Dr Caligari, cherchent à reprendre le flambeau. Tous autant qu’ils sont, les trois enfants maudits nous livrent des histoires surprenantes et absolument effrayantes. German Angst est une belle expérience de descente aux enfers.

Bande annonce en anglais :

German Angst
Allemagne – 2015
Réalisation : Jörg Buttgereit, Michal Kosakowski, Andreas Marschall
Interprètes : Lola Gave, Andreas Pape, Matthan Harris, Annika Strauss, Kristina Kostiv, Rüdiger Kuhlbrodt…

Houdini l’illusionniste vous invite à un voyage historique

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Houdini l’illusionniste a été tourné par le réalisateur allemand Uli Edel. Il s’agit de l’auteur, entre autres films, de Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… (1981), La bande à Baader (2008) et Last Exit to Brooklyn (1989). Quand on sait que le scénario a également été écrit par Nicholas Meyer, réalisateur de C’était demain (1979) et que le rôle principal est tenu par Adrien Brody (Le Pianiste en 2002), on ne s’étonnera pas de la grande qualité de ce téléfilm, d’une durée côtoyant les 3 heures dans sa version longue.

Harry Houdini est un célèbre prestidigitateur américain du début du 20e siècle. Ses meilleurs tours consistaient à s’évader d’une malle remplie d’eau, fermée à clé et pourvue de chaînes ou d’un bidon en métal.

Lorsqu’apparaît le spiritisme et son effet de mode, il s’attache à démasquer les présumés médiums. Il parcourt le pays et expose publiquement les trucages que ces derniers pratiquent pour tromper le public. Cette activité lui valut l’amitié de Sir Arthur Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes, qui était convaincu qu’Houdini, de par son talent de prestidigitateur, possédait lui-même des pouvoirs surnaturels.

Houdini fit également carrière au cinéma et on peut par exemple le voir dans L’Homme de l’Au-delà (1922), Un reportage tragique (1919) ou Houdini le maître du mystère (1919).

La vie d’Harry Houdini a elle-même été adaptée plusieurs fois à l’écran. En 1953, c’est Tony Curtis qui incarnait le magicien et sa femme Bessie était jouée par Janet Leigh. En 1976, ce fut au tour de Paul Michael Glaser de camper l’illustre personnage.

Houdini l'illusionniste

L’interprétation d’Adrien Brody dans le film qui nous intéresse ici est magistrale. Quant à la réalisation, nerveuse, elle ne laisse aucun temps mort. L’histoire, qui se déroule au début du 20e siècle, nous fait découvrir les tours démentiels d’Houdini avant de nous livrer les dessous de la Première Guerre mondiale lorsque le magicien se transforme en espion. Ce passage, peu crédible, certes, permet d’exploiter les origines austro-hongroises de sa famille et d’offrir une seconde partie totalement dépaysante. En effet, cette digression permet, à l’aube de la Première Guerre mondiale, de traverser le vieux continent de long en large et même de rencontrer des personnages légendaires tels que Raspoutine. Dans sa troisième et surprenante dernière partie, pleine de rebondissements, le film abandonne l’espionnage et nous dévoile un Houdini s’attaquant au spiritisme et révélateur de tromperies et autres mascarades.

Houdini l’illusionniste n’est pas un film très sérieux mais quel divertissement ! Adrien Brody, que d’aucuns accusent de trop cabotiner, a trouvé un rôle à sa démesure et si certains en restent chagrins, d’autres apprécient.

Bande annonce VO :

Houdini l’illusionniste
USA, Canada – 2014
Réalisation : Uli Edel
Interprètes : Adrien Brody, Kristen Connolly, Evan Jones…

M le Maudit, l’un des films les plus importants du cinéma allemand

M le maudit

Au début du siècle, un assassin d’enfants terrorise la ville. La police, pourtant sur les dents, ne trouve aucun indice qui pourrait l’amener à découvrir le monstre. Agacée, elle se met à faire des descentes dans les milieux louches de la ville. Les truands, regroupés en « commission d’enquête », décident de prendre les choses en main et de trouver l’assassin à la place de la police.

Peter Lorre était juif et quitta l'Allemagne pour fuir les persécutions nazies peu de temps après la sortie du film. Fritz Lang, à moitié juif, s'exila deux ans plus tard. Les nazis interdirent M le Maudit en juillet 1934.

Peter Lorre était juif et quitta l’Allemagne pour fuir les persécutions nazies peu de temps après la sortie du film. Fritz Lang, à moitié juif, s’exila deux ans plus tard. Les nazis interdirent M le Maudit en juillet 1934.

L’assassin Hans Beckert est incarné par Peter Lorre dont l’interprétation marqua les esprits. Les scènes dans lesquelles il accoste les enfants sont en effet particulièrement dures. Et l’absence de musique ou d’autres effets dramatiques accentue le jeu froid de l’acteur. On ressent alors clairement de la haine pour son personnage. Mais lorsque le monstre hurle ses angoisses à la foule dans un monologue saisissant, décrivant ses tourments, les voix intérieures qui le poussent à tuer, il parvient à faire oublier l’horreur qu’il suscitait précédemment. Il touche même les brigands qui doivent le juger. Alors qu’il a été le Monstre pendant la grande partie du film, il devient subitement un être empli d’émotions au moment où l’on entend pour la première fois sa voix.
L’incursion du monde des truands dans cette histoire de psychopathe est particulièrement intéressante. Ces truands, parfois assassins, se permettent d‘établir différents niveaux d’immoralité et estiment avoir les compétences pour s’ériger en juges. Selon eux, leurs actes sont moins graves puisqu’ils sont moins cruels. Jamais ils ne prennent en considération le fait que les actes de Peter Lorre sont issus de pulsions, de surcroît totalement incontrôlables.

Fritz Lang assurait que l’association des malfaiteurs était composée de véritables repris de justice : 24 d’entre eux furent effectivement arrêtés durant le tournage du film.

Fritz Lang assurait que l’association des malfaiteurs était composée de véritables repris de justice : 24 d’entre eux furent effectivement arrêtés durant le tournage du film.

Fritz Lang utilise cet élément scénaristique pour démontrer l’importance d’un état fort, l’inverse de ce qu’était l’Allemagne lors de la République de Weimar entre 1918 et 1933. La période fut marquée par de nombreuses tensions et conflits internes. La population s’entre-déchirait, tentait de s’accaparer le pouvoir, comme le font les truands dans le film. Aucun héros, aucun personnage véritablement positif ne traverse le film et Fritz Lang dépeint une société malade, en déclin, à l’instar de l’Allemagne à l’époque.

« Cette bête n’a pas le droit d’exister. Elle doit disparaître. Elle doit être exterminée sans pitié ! »

« Cette bête n’a pas le droit d’exister. Elle doit disparaître. Elle doit être exterminée sans pitié ! »

Si ce grand classique du cinéma allemand s’avère effectivement une œuvre riche pour les historiens, il offre également un spectacle très divertissant. En effet, l’enquête policière est menée de façon scientifique et moderne : on analyse les scènes de crime, on cherche des empreintes… La présence du thème du maniaque sexuel et de la position que doit avoir la société vis-à-vis de ses actes s’avère également extrêmement intéressante. Pour finir, l’organisation de la recherche de l’assassin par les clochards dans la ville et la traque qui s’en suit maintiennent facilement le spectateur en haleine. Fritz Lang a ainsi signé une œuvre politique mais aussi un film à grand spectacle.

Bande annonce VO :

M le Maudit
M
Allemagne – 1931
Réalisation : Fritz Lang
Interprètes : Peter Lorre, Ellen Widmann, Inge Landgut, Otto Wernicke, Theodor Loos

Who Am I – Aucun système n’est sûr

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Film allemand réalisé en 2014 par Baran bo Odar, Who Am I – Aucun système n’est sûr met en scène un groupe de hackers qui cherche à attirer l’attention en essayant, à chacun de leurs méfaits, de dépasser ceux commis par les groupes concurrents.

Who Am I – Kein System ist sicher, dont un remake américain est prévu, est le troisième film de Baran bo Odar. C’est aussi celui qui lui ouvre les portes d’Hollywood puisque le jeune réalisateur suisse s’est vu proposer la mise en scène de Sleepless Night avec Jamie Foxx et Michelle Monaghan.

La première cible de CLAY est le NBD dont les initiales se réfèrent à celles du parti d’extrême droite allemand NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands).

La première cible de CLAY est le NBD dont les initiales se réfèrent à celles du parti d’extrême droite allemand NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands).

Le rôle principal est tenu par Tom Schilling, une vedette en Allemagne depuis Crazy, le film allemand qui a connu le plus grand succès en 2000. Son mentor, Max, est quant à lui interprété par Elyas M’Barek, également à l’affiche d’un grand succès du cinéma allemand : Fack ju göhte (un jeu de mot pour Fuck you Goethe). Wotan Wilke Möhring est quant à lui l’acteur le plus connu en France, puisqu’on a pu l’apercevoir dans Pandorum, mais surtout dans L’expérience d’Oliver Hirschbiegel.

L’action se déroule à Berlin, de nos jours. Benjamin est un adolescent mal dans sa peau qui n’arrive pas à trouver sa place dans le monde réel. De dépit, il emprunte la voie du monde virtuel qui le mène à l’illégalité. Après avoir piraté le serveur de la faculté pour voler les questions d’un examen et les donner à son amie Marie, Benjamin est condamné à des heures de TIG. C’est ainsi qu’il rencontre le charismatique Max qui le recrute au sein de son groupe de hacker : CLAY. Ensemble, ils attaquent plusieurs organisations comme un parti d’extrême droite et une société de produits pharmaceutiques. Déçus du peu d’attention que ces attaques leur ont apporté, ils décident de faire un plus gros coup. C’est à partir de ce moment que ce petit jeu devient dangereux.

Boys Noize et Royal Blood ont prêté certaines de leurs chansons au film.

Boys Noize et Royal Blood ont prêté certaines de leurs chansons au film.

À sa façon, Benjamin symbolise ceux que la société a confinés aux marges du système. En effet, et bien que Benjamin renferme de grandes qualités, sa non-adaptation au système le relègue dans la médiocrité. Sans famille, sans amis, armé d’un mini job qui n’a rien d’enthousiasmant, Benjamin ne trouve pas d’autres solutions pour exploiter ses compétences que de se jeter corps et âme dans des activités illégales. À travers le personnage de Benjamin, Baran bo Odar démontre qu’en n’exploitant pas le potentiel de chaque individu qui compose notre société, nous créons des marginaux qui peuvent à tout moment se révéler un danger pour notre société.

Premier thriller allemand à être parvenu à se hisser en tête du box-office allemand depuis les années 80, Who Am I – Aucun système n’est sûr n’est pas seulement un succès commercial. C’est aussi un excellent divertissement, trépidant, plein de personnages sympathiques, de rebondissements surprenants, d’humour, de suspense et ne connaissant aucun temps mort.

Bande annonce sous-titrée en anglais :

Who Am I – Aucun système n’est sûr
Who Am I – Kein System ist sicher
Allemagne – 2014
Réalisation : Baran bo Odar
Interprètes : Tom Schilling, Elyas M’Barek, Wotan Wilke Möhring, Antoine Monot, Jr, Hannah Herzsprung, Trine Dyrholm

Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau

Le film a eu droit à un remake en 1979, réalisé par Werner Herzog avec, dans les rôles principaux, Klaus Kinski (Dracula/Orlok) et Isabelle Adjani (Lucy/Ellen).

Bien que le scénariste Henrik Galeen a changé les lieux, les noms (Dracula devient Orlok, Lucie se transforme en Ellen, Jonathan s’appelle Hutter, etc), supprimé quelques passages et réécrit la fin, on reconnaît immédiatement le Dracula de Bram Stoker dans le film de Murnau. À un point tel d’ailleurs que Nosferatu fait sans nul doute partie des adaptations les plus fidèles du roman de l’écrivain britannique.

Récemment marié avec Ellen, Hutter est secrétaire dans une agence immobilière. Son patron, Knock, l’envoie en mission en Transylvanie afin de rencontrer le comte Orlok qui souhaite s’installer à Wisborg. Lorsqu’il fait la connaissance du comte, Hutter décèle que son hôte est un vampire. Mais Orlok quitte soudainement le château après avoir découvert le portrait d’Ellen dans les affaires d’Hutter. Dès son arrivée à Wisborg, le comte tente de faire sienne Ellen. Lorsque Hutter arrive enfin, la peste s’est déjà abattue sur la ville.

Selon une légende urbaine, l’acteur Max Schreck interprétant Orlok était réellement un vampire. La rumeur a servi de base pour le film l’Ombre du Vampire dans lequel le personnage est incarné par Willem Dafoe.

Selon une légende urbaine, l’acteur Max Schreck interprétant Orlok était réellement un vampire. La rumeur a servi de base pour le film l’Ombre du Vampire dans lequel le personnage est incarné par Willem Dafoe.

L’une des plus importantes différences entre l’œuvre de Murnau et celle de Stoker réside dans la représentation du vampire. Alors que Dracula est majestueux et séduisant, Orlok s’avère effrayant et cauchemardesque. Grotesque également tant son aspect physique frise, parfois, avec le ridicule (oreilles démesurées, yeux exagérément enfoncés dans leur orbite, ongles interminablement longs, posture effroyablement raide et tendue). Quoi qu’il en soit, le personnage imaginé par l’acteur Max Shreck est si extraordinaire et étrange qu’il est devenu l’une des plus marquantes singularités du film. En dehors de Klaus Kinski pour le remake signé Werner Herog en 1979 et de Reggie Nalder à l’occasion de l’adaptation du roman de Stephen King Les Vampires de Salem, peu nombreux seront les acteurs qui auront incarné des vampires aussi atypiques et effrayants. On notera aussi que le vampire de Murnau n’est pas accompagné des amusoires folkloriques dont sont habituellement affublés les suceurs de sang. Ail et crucifix ne sont d’aucun recours contre cette créature cauchemardesque.

Parce que jugé trop effrayant, le film est resté interdit en Suède jusqu’en 1972.

Parce que jugé trop effrayant, le film est resté interdit en Suède jusqu’en 1972.

Le film tire une bonne partie de sa force de son propre esthétisme, sublimé par des jeux d’ombre et de lumière expressionnistes. Mais l’utilisation de décors naturels et d’extérieurs (à Lübeck et Wismar) offrent également à Nosferatu un aspect singulier. Murnau insiste également sur le contraste qui existe entre l’idyllique village de Wisborg où la vie semble si insouciante et le sombre et effrayant château du comte Orlok en Transylvanie. Murnau se sert de ce contraste pour mettre en image l’aspiration d’Ellen à une vie moins monotone et insouciante, plus aventureuse et mystérieuse comme le suggère la scène où on la voit attendre le retour d’Hutter. Elle l’attend sur une plage, mais Hutter est parti à cheval et Orlok, lui, arrive par la mer.

De nombreux négatifs ont été détruits à la demande de la veuve de Bram Stoker qui avait intenté un procès contre le film pour plagiat.

De nombreux négatifs ont été détruits à la demande de la veuve de Bram Stoker qui avait intenté un procès contre le film pour plagiat.

Nosferatu est tout à la fois un film d’amour à travers les relations tragiques qui lient Ellen, Orlok et Hutter. Un film d’aventure en raison des nombreux voyages semés d’embuches qui se passent à cheval ou sur un bateau entre la Transylvanie et Wisborg. Et un film d’épouvante comme l’attestent les décors lugubres, la peste qui s’abat sur le village et l’effrayant vampire. Le film marque de bien belle manière, non seulement les débuts du vampire au cinéma, mais aussi ceux de Murnau. Suivront Le Dernier des Hommes en 1924, Faust l’année suivante et L’Aurore qu’il tournera aux États-Unis en 1927.

Le film a eu droit à un remake en 1979, réalisé par Werner Herzog avec, dans les rôles principaux, Klaus Kinski (Dracula/Orlok) et Isabelle Adjani (Lucy/Ellen).

 

Nosferatu le Vampire, une Symphonie de l’Horreur
Nosferatu – Eine Symphonie des Grauens
Allemagne – 1922
Réalisation : Friedrich Wilhelm Murnau
Interprètes : Max Schreck, Gustav von Wangenheim, Greta Schröder, Alexander Granach, Georg Heinrich Schnell…

Sources : Films des années 20 (Taschen)

Le bourreau de Londres

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Le Bourreau de Londres, c’est ainsi que l’on surnomme cet assassin qui livre sa propre justice au nez et à la barbe de Scotland Yard ! Il est si bien renseigné qu’on est persuadé qu’il est membre du système judiciaire. Il fait enlever par ses sbires des hommes corrompus ou sadiques afin de les soumettre à un procès expéditif qui se termine immanquablement par leur pendaison.
Le détective John Hillier est bien chargé d’enquêter mais il traîne les pieds. En effet, on vient de lui retirer une enquête qui lui tenait très à cœur, une sinistre affaire de jeunes femmes retrouvées mortes, décapitées. Sa sœur cadette fait en effet partie des victimes. Pourquoi rechercher le Bourreau de Londres alors qu’il n’exécute que des criminels et que dans le même temps, on relègue au second plan une affaire de crimes sexuels ?

De manière générale, ce genre éponyme inspiré de l’œuvre d’Edgar Wallace, met d’abord an avant sa frivolité. L’humour est omniprésent et les situations suffisamment extraordinaires pour ne pas se prendre au sérieux. DER HENKER VON LONDON est assurément l’exception qui confirme cette règle. Certes, on y retrouve l’humour constant de la série, mais celui-ci est noir, et surtout contrebalancé par une véritable réflexion sur l’auto-justice.

Le fameux Bourreau du titre impose sa propre justice et tous ceux qui passent devant son tribunal finissent sur l’échafaud. Tout le monde acclame son initiative car, s’il est vrai que sa justice est expéditive, elle n’en est pas moins juste. Même le beau-père du héros, un ancien et célèbre juge, ne cesse de vanter les mérites de ce justicier ; c’est un peu la Justice qui parle en son nom ! Quant au héros, il enquêtait précédemment sur le brutal assassinat de sa sœur par un sadique. Il doit laisser tomber l’affaire pour s’occuper de celle du Bourreau, ce qui ne manque pas de susciter l’émoi du garçon. Il n’y a bien que Scotland Yard pour vouloir contrecarrer les plans du Bourreau, sans doute parce qu’il met en exergue les dossiers que la célèbre institution londonienne n’a pas su élucider. Le final du film confirmera l’absence d’ambiguïté du discours énoncé durant le métrage.

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Si le thème du justicier était fréquent chez Edgar Wallace, il l’est plus encore dans les films adaptant les œuvres de Bryan, le fils, comme l’illustre d’ailleurs DER HENKER VON LONDON. Cependant, la prise de position politique sans équivoque est rare dans un Edgar Wallace, même s’il est vrai que le genre est plutôt réactionnaire, ne serait-ce que parce que les scénarios se déroulent majoritairement dans l’aristocratie.

Cette particularité n’est pas la seule de DER HENKER VON LONDON. Le scénario est également surprenant en parvenant à imbriquer deux histoires dans un seul script.
La première partie nous présente les personnages et le fondement de l’intrigue. Le jeune et beau détective, John Hillier, est interprété par Hansjörg Felmy, qu’on a pu voir dans TORN CURTAIN d’Alfred Hitchcock (LE RIDEAU DÉCHIRÉ – 1966). Il doit rendre des comptes à l’inspecteur Morel Smith qui n’est incarné par nul autre que Wolfgang Preiss, que les amateurs du cinéma de genre connaissent bien, au-delà de son visage masqué, pour avoir été le fameux Dr Mabuse dans les années 50 et 60. Par ailleurs, personne n’a oublié sa prestation dans IL MULINO DELLE DONNE DI PIETRA (LE MOULIN DES SUPPLICES – 1960) mis en scène par Giorgio Ferroni trois années plus tôt. La fiancée de John est, quant à elle, interprétée par la jolie Autrichienne Maria Perschy qui fut très active dans le Bis. On put l’admirer dans EL JOROBADO DE LA MORGUE (LE BOSSU DE LA MORGUE – 1973), LOS OJOS AZULES DE LA MUÑECA ROTA (BLUE EYES OF THE BROKEN DOLL – 1974)…

Ainsi, durant cette première partie, nous suivons John Hillier secondé par ses amis et sa famille, incapable d’arrêter les crimes du Bourreau et se demandant d’ailleurs s’il ne vaudrait pas mieux le laisser faire.

C’est alors qu’apparaît un nouveau protagoniste en la personne du fameux « Sadique », incarné par Dieter Borsche, qui a donc assassiné la sœur du héros. Le film prend à cet instant une tournure étrange en mettant en avant l’un des thèmes phares de la science-fiction : le savant fou. Celui-ci entraîne des jeunes filles dans sa cave. Là, après les avoir décapitées, il tente de leur redonner vie en greffant les têtes sur un buste mécanique singeant le corps humain. Son objectif est de séparer l’être spirituel de sa condition humaine en permettant à l’esprit de vivre sans les contraintes du corps.
Cette intrigue n’est absolument pas sous-exploitée par le réalisateur. Dieter Borsche est un acteur connu en Allemagne et il livre un savant fou psychopathe tout à fait convaincant. Sa cave transformée en laboratoire et en particulier le buste mécanisé qu’il présente à l’une de ses victimes nous plongent dans une science-fiction naïve et attachante, digne des productions américaines des années 50.

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Il ne résulte pourtant pas un film décousu de ce mélange des genres. Au contraire, il bonifie DER HENKER VON LONDON. Pour s’en convaincre, il suffit de voir le procès réservé au Sadique par le Bourreau. Contrairement aux autres « suspects », le démentiel professeur ne cherchera pas à se disculper. Fier, il n’hésite pas à décrire ses crimes qu’il définit comme étant une œuvre dont le but ultime est de faire progresser l’humanité.

Dès lors, les procès du Bourreau démontrent leur limite. S’il est « facile » de juger des criminels crapuleux, comment considérer quelqu’un qui n’est pas responsable de ses actes ? Ce sera d’ailleurs le dernier procès « personnel » du Bourreau car il sera démasqué quelques minutes plus tard.

À tout cela, il faut ajouter que les décors de DER HENKER VON LONDON sont superbes, magnifiés par un noir et blanc impeccable que l’on doit à Richard Angst. Les scènes qui se déroulent dans le château flattent l’œil, mais elles ne sont pas les seules. Il y a aussi les procès folkloriques menés par le Bourreau de Londres. Celui-ci est vêtu tout de noir. Une cagoule noire et pointue trône sur sa tête et il porte une grande robe assortie sur le corps. Les tables, quant à elles, sont remplacées avec emphase par des cercueils. Le rare Edwin Zbonek livre ici un film qui est peut-être l’un des meilleurs du genre.

Le bourreau de Londres
Der henker von London – Allemagne – 1963 – Réalisation : Edwin Zbonek  – Distribution : Hansjörg Felmy, Maria Perschy, Dieter Borsche, Rudolf Forster, Harry Riebauer…