Götz George et le mythe Schimanski

Götz George est né le 23 juillet 1939 à Berlin. Il monte très tôt sur les planches aux côtés de sa mère
Berta Drews. Déjà le jeu de Götz George est défini : passionné, grandiloquent, bien trempé.

Très jeune, il participe au cinéma allemand d’après-guerre et débute en 1953 aux côtés de Romy Scheider dans Lilas Blancs d’Hans Deppe. Il enchaîne d’innombrables films mais ce sont ses incursions dans le cinéma populaire que l’on retient, et plus particulièrement ses participations à trois adaptations de Karl May : Le Trésor du lac d’argent, Parmi les vautours et l’inédit Winnetou und das Halbblut Apanatschi.

À trente ans, Götz George est boudé par le jeune cinéma allemand qui, à la fin des années 60, enterre le « cinéma de papa ». L’acteur se tourne alors inévitablement vers la télévision et trouve refuge dans les séries produites par Helmut Ringelmann, auquel on doit Inspecteur Derrick et Le Renard. C’est avec son personnage de Schimanski dans la série Tatort que Götz George rencontre le succès.

Tatort est la série la plus populaire outre-Rhin. Elle est diffusée sur ARD (Die Erste aujourd’hui), la première chaîne allemande et les épisodes sont produits par les chaînes régionales. Cette particularité permet à chaque région de présenter sa propre équipe de police, son propre style. Cela donne des épisodes variés, aux tons différents, plus ou moins innovants.

Et Götz George innove aussi en Schimanski. Musclé sous un T-shirt étroit, Schimanski s’avère un homme rude qui semble tout droit sorti d’une usine sidérurgique. Ce vrai mâle avale des œufs crus au petit déjeuner et vit dans une maison où la vaisselle n’est jamais faite et où traînent des bouteilles de bière vides dans tous les coins. Schimanski fait sensation. Avec sa moustache et son parka, il bouscule les valeurs établies, dit « merde » et ne montre aucun respect vis-à-vis de son collègue de la précédente génération. C’est un macho, mais il est aussi capable de ressentir des émotions.

Le personnage de Schimanski concentre toutes les contradictions. À droite, on se réjouit de ce mâle radical. L’extrême gauche voit en Schimanski un homme du peuple qui remet de la justice là où les élites ont abusé de leur pouvoir. Les socialistes notent la sympathie du personnage pour les ouvriers en grève. Quant aux Verts, ils ne sont pas en reste grâce aux thématiques écologistes traitées dans les scénarios.

Cette richesse a fait de Schimanski un mythe.

De nos jours, Schimanski serait sans doute considéré comme un anti-héros inadapté, stressé. En effet, chaque problème qu’il résout en engendre un, voire plusieurs autres, aussi épineux.

Il n’empêche que le personnage inspire encore les jeunes acteurs comme Til Schweiger et Jörg Hartmann. Leurs propres personnages de Niklas Tschiller et Peter Faber dans la série Tatort ressemblent beaucoup à celui créé par Götz George. Si Schimanski avait ébranlé les séries vieillissantes de la fin des années 70, aujourd’hui, c’est sans doute grâce à son héritage que Tatort existe encore quarante ans plus tard.

Parmi les rôles marquants de Götz George au cinéma, notons celui du commandant du camp d’extermination d’Auschwitz dans La Mort est mon métier de Theodor Kotulla (1977). Dans Dantons Tod (1981), il incarne le rôle-titre. Il est utilisateur malheureux d’un ascenseur en panne dans le claustrophobe Out of Order (1984) et héros musclé dans le thriller L’Année du Chat (1988). Dans la comédie Schtonk! (1992), il découvre le journal intime d’Adolf Hitler. Dans l’un de ses derniers grands rôles, il incarne le psychopathe Fritz Haarmann pour Der Totmacher en 1995, rôle pour lequel il remporta le prix du meilleur acteur au festival de Venise.

Götz George est décédé le 19 juin 2016 à l’âge de 77 ans