La Chute et la démystification de l’incarnation du nazisme

La crème de la crème du cinéma allemand s’est réunie pour mettre en images l’agonie du nazisme, non pas depuis le point de vue des victimes, mais depuis ses propres rangs

En 1942, la munichoise Traudl Junge (Alexandra Maria Lara) devient la nouvelle secrétaire d’Adolf Hitler (Bruno Ganz). Ce sera également la dernière. En effet, deux années plus tard, elle est témoin des derniers jours du régime et du Führer, retranché avec une poignée de fidèles dans son bunker. Lentement, impitoyablement, le Führer sombre dans la folie et ordonne des actions désespérées, jusqu’à exiger que l’Allemagne soit transformée en désert pour ne rien laisser aux ennemis.

La chute ne se permet aucune spéculation historique. Les événements qui restent aujourd’hui encore des mystères ne sont pas montrés, comme par exemple la mort d’Hitler et de sa femme. Ainsi, le film s’avère très impersonnel et ne cherche pas à expliquer ou démontrer la folie qui s’est emparée des principaux protagonistes. Par exemple, Magda Goebbels, qui prend la décision de tuer ses cinq enfants, n’est pas décrite comme un monstre mais comme une femme qui va au bout de ses convictions, quitte à réaliser un acte monstrueux. Le parti-pris documentaire de La chute peut ainsi déranger.

Parfois, le film tente quelques analyses comme lorsque Eva Braun répond à Traudl qui s’étonne que Hitler puisse alterner un visage sympathique et un autre, inhumain. Eva Braun explique qu’il est inhumain lorsqu’il est le Führer… Il est intéressant d’avoir ainsi scindé la personnalité d’Hitler, un peu à l’image d’une personne qui souffre de trouble dissociatif d’identité.

Plus loin, dans un échange avec le beau-frère d’Eva Braun, Himmler se demande ce que l’on peut « attendre de quelqu’un qui ne fume pas, ne boit pas et est végétarien ». Ces informations a priori banales n’ont qu’un seul objectif, celui d’humaniser le dictateur pour au final le faire redescendre de son piédestal. L’Adolf Hitler qui a mené l’Europe à la destruction est dès lors un homme quelconque, voire un pleurnicheur hystérique soumis aux soubresauts de sa maladie de Parkinson et qui a depuis longtemps perdu tout contact avec la réalité.

Pour mieux appuyer son propos, le film associe l’horreur à des moments plus anecdotiques comme lorsque l’on discute paisiblement de la manière la plus efficace de se suicider ou quand la secrétaire Trudel avoue être débordée de travail depuis qu’Hitler et Goebbels lui ont demandé de rédiger leurs testaments.

Comme le cinéma ne sait pas trop comment mettre en image le mal absolu, il a souvent montré Hilter de dos ou de côté dans la plupart des films. Oliver Hirschbiegel (L’Expérience – 2001) choisit, quant à lui, de mettre le dictateur au centre de son cadre, visage tourné vers la caméra. Ce que l’on découvre alors, c’est un homme ordinaire que les enfants Goebbels surnomment « Oncle Adolf », capable même de se montrer un patron compréhensif vis-à-vis de sa secrétaire. Cet aspect de sa personnalité ne diminue en rien les crimes dont il est responsable, mais démystifier l’homme qui les a commis nous encourage à toujours nous méfier de ceux qui se proclament leader.

source : ankegroener.de

Décédé en 2019, Bruno Ganz est l’un des plus célèbres acteurs suisse oeuvrant en langue allemande. Après une carrière au Théâtre où il est considéré comme l’un des portagonistes les plus importants à partir des années 70, sa rencontre à Brême en 1996 avec le réalisateur Peter Stein lui permet de travailler pour le septième art où il est célébré pour son inteprétration de l’ange Damiel dans Les Ailes du désir (1987) de Wim Wenders et celle d’Adolf Hiter dans La chute (2004) d’Oliver Hirschbiegel qui lui procure une renommée internationale.
La Chute Allemagne, Autriche, Italie – 2004 Réalisation : Oliver Hirschbiegel Interprètes : Bruno Ganz, Alexandra Maria Lara, Corinna Harfouch, Ulrich Matthes…
Bande annonce en allemand :