Le Vampire et le sang des vierges ou la cruelle logique du pendule

Le Vampire et le sang des vierges ou la cruelle logique du pendule

À la fin des années 60, un an avant La Nuit des Morts-Vivants de George A. Romero, le Vampire et le sang des vierges est à contre courant de son époque. En effet, miser à 100 % sur le gothique n’était probablement pas une bonne idée… L’échec commercial est si important, qu’on abandonne l’idée de faire du film d’Harald Reinl la tête de proue d’une série d’épouvante dans la droite lignée des adaptations des Edgar Poe par Roger Corman.

Mais aujourd’hui, tout le monde a oublié ce détail et on retient d’abord du film d’Harald Reinl son incroyable esthétisme.

Le Vampire et le sang des vierges ou la cruelle logique du pendule

En 1841, l’avocat Roger Mont Elise (Lex Barker) reçoit un mystérieux message dont l’expéditeur est le comte Regula. Celui-ci l’invite à le retrouver dans son château ; il lui promet des révélations sur ses parents que l’avocat n’a jamais connus. Sur la route, il croise le chemin de la baronne Lilian von Brabant (Karin Dor) et apprend qu’ils partagent la même destination. Malgré les avertissements, Brabant et Mont Elise poursuivent leur voyage fantastique qui les amène à traverser une forêt hantée avant d’atteindre le château du comte Regula (Christopher Lee), dont le propriétaire fut autrefois exécuté de manière atroce, après avoir assassiné douze femmes. …

Bande annonce en allemand

Au début des années 60, c’est un peu contre sa volonté que Lex Barker s’était engagé en Allemagne pour jouer le personnage d’Old Shatterland dans la première adaptation cinématographique du roman de Karl May. Lex Barker n’imaginait pas que le cinéma allemand pourrait faire de lui une star… Pourtant, le succès du Trésor du lac d’argent est tel que Lex Barker incarnera à sept reprises le compagnon de Winnetou. Adulé en Allemagne où il est surnommé Lexy Sexy, il recevra même la consécration de la critique en 1966 avec le Bambi du meilleur acteur étranger. Ainsi, lorsque Lex Barker signe pour Le Vampire et le sang des vierges, c’est déjà une star outre-Rhin.

Le Vampire et le sang des vierges ou la cruelle logique du pendule

À l’époque, le cinéma allemand n’a toujours pas clairement goûté aux charmes du fantastique. Certes, la série des Edgar Wallace flirte souvent avec le genre, mais le fantastique est toujours expliqué à la fin. En revanche, à l’occasion de ces Krimis, les artistes allemands ont su démontrer à quel point ils sont à l’aise avec les décors gothiques.

En s’appuyant sur ces compétences, Harald Reinl et le scénariste Manfred R. Köhler se placent dans la droite lignée des nombreuses adaptations cinématographiques d’Edgar Allan Poe. Ainsi, la nouvelle Le Puits et le Pendule ne livre pas seulement au film l’une de ses scènes les plus abouties visuellement, elle imprègne aussi de son atmosphère toute l’ambiance du métrage. Dès lors, le château du comte Regula est d’un lugubre assumé, les toiles d’araignées envahissent les moindres espaces, les têtes de mort tapissent les parois des souterrains… Quant à la chambre des tortures, elle est au diapason avec ces jeunes femmes lascivement offertes, mais mortes… Visuellement, le macabre selon Poe est donc subliment mis en scène dans le Vampire et le sang des vierges qui s’inscrit également dans la tradition, du cinéma de la Hammer et de Mario Bava.

Un court reportage en deux parties sur les lieux du tournage, 50 ans plus tard :

Aujourd’hui, le film enthousiasme toujours autant visuellement, et pas seulement grâce à ses décors et ses lumières magnifiques. Il faut également souligner l’emploi de décors naturels surprenants… À ce titre, la première partie du film fascine et envoûte avec les rues pavées du petit village de Rothenburg ob der Tauber qui se trouve en Bavière à la hauteur de Metz, ou encore avec la forêt de Teutoburg qui se situe quant à elle en Base-Saxe à côté d’Osnabrück. Les cadavres pendus aux branches et les membres humains qui semblent littéralement sortir des arbres confèrent au voyage en calèche l’effet d’un cauchemar éveillé, comme si les héros quittaient la réalité pour le monde imaginaire du château de Regula…

Les ambitions des producteurs étaient évidentes, au point que l’on put s’assurer la présence de Christopher Lee et de Karin Dor qui, un an auparavant, avait crevé l’écran en incarnant la rousse Helga Brandt dans le James Bond On ne vit que deux fois, où elle était dévorée par des piranhas.

Karin Dor dans On ne vit que deux fois :

En début de film, la musique enjouée de Peter Thomas peut sembler quelque peu inappropriée, mais c’est bien là, la seule faute de goût que l’on peut reprocher au Vampire et le sang des vierges.

La musique du film

Die Schlangengrube und das Pendel – Allemagne – 1967 – Réalisation : Harald Reinl – Interprètes : Lex Barker, Christopher Lee, Karin Dor, Carl Lange, Vladimir Medar, Christiane Rücker, Dieter Eppler…

Critique du DVD sur le site de Sin’Art

Pour aller plus loin, nous vous proposons une critique du film Der Unheimliche Mönch, de Harald Reinl avec Karin Dor, réalisé trois ans plus tôt :

Andreas

D'origine allemande et passionné de cinéma de genre, je vous propose de découvrir différentes facettes méconnues du cinéma allemand.

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