Les oubliés revient sur le déminage des plages danoises à la fin de la Seconde Guerre mondiale

Lorsqu’il s’agit d’évoquer le rôle du Danemark pendant et après la Seconde Guerre mondiale, on évoque plus volontiers les actes de bravoure comme le transfert de 7 200 juifs danois vers la Suède ou les actes de résistance. Certes indéniables, ils ne représentent cependant qu’une part de la réalité…

Petit rappel historique : entre 1942 et 1945, pensant que les alliés allaient débarquer sur les côtes danoises, la Wehrmacht fait poser plus de deux millions de mines. Mai 1945, la Seconde Guerre mondiale se termine et les mines doivent désormais être désamorcées. Pour réaliser cette tâche extrêmement dangereuse, de jeunes prisonniers Allemands sont mis à contribution.

Et pour contourner la convention de Genève qui interdit tout travail forcé pour les prisonniers de guerre, l’armée britannique, avec l’accord du gouvernement danois, décrète que ces prisonniers, tout juste recrutés sur les bancs de l’école, seront bénévoles.

Après avoir récolté de nombreux prix en Europe, Les oubliés fut nominé aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger.

Au final, parmi les 2 000 et 3 000 soldats âgés entre 15 et 18 ans, un millier perdit la vie en nettoyant les côtes de près de 1 402 000 mines.

En racontant l’histoire du sergent Carl Rasmussen et des jeunes Allemands qui, sous son commandement, nettoient les plages danoises, le film de Martin Zandvliet décrit également les humiliations commises par la population et son armée sur les adolescents. Ainsi Les oubliés affiche une image peu glorieuse du Danemark qui se retrouve donc à la place du coupable alors même que le pays s’est trouvé occupé pendant cinq années.

À l’inverse, les Allemands endossent le rôle de victimes. Ces jeunes qui rêvent de rentrer à la maison pour préparer l’avenir et reconstruire le pays passent même pour des héros puisqu’ils risquent leur vie à nettoyer les plages danoises.

Déstabilisant en inversant les rôles, le film nous interroge sur les responsabilités : Si quelqu’un commet un dommage, il doit le réparer. C’est le bon sens. Par conséquent, si quelqu’un a enfoui des mines sous le sable des plages danoises, il est de sa responsabilité de les enlever. Sauf que ce sont des adolescents que l’on a envoyé réaliser cette tâche périlleuse, pas ceux qui ont donné les ordres.

En France aussi des prisonniers Allemands furent réquisitionnés pour déminer les plages malgré l’article 31 de la Convention de Genève. On estime qu’au moins 1 800 d’entre eux périrent.

En montrant les Danois laissé libre court à leur haine dès les premières images du film, Les Oubliés enjoint le spectateur à réfléchir sur la notion de vengeance et de colère. La personne qui hérite de notre haine le mérite-t-elle vraiment ?

Il est quelque peu dommage que le personnage de Rasmussen découvre son erreur à travers des relations prisonniers/surveillants dépeintes de manière convenue et prévisible. Cela dit, les bonnes intentions du départ sont réelles et justifient la vision de ce film à ne pas mettre cependant sous les yeux de tout le monde ; certaines scènes sont en effet particulièrement éprouvantes, en particulier les scènes d’humiliation.

Sources : http://www.cheminsdememoire.gouv.fr, dossier de presse

Les Oubliés
Under sandet
Danemark – 2015
Réalisation : Martin Zandvliet
Interprètes : Roland Møller, Louis Hofmann, Joel Basman…

Bande annonce en VOSTF :