Out of order, huis-clos oppressant et jeu du chat et de la souris haletant

Qui n’a jamais craint de se retrouver enfermé dans un ascenseur ? C’est une expérience que l’on n’a pas envie de connaître, pour rien au monde. L’espace confiné, l’issue incertaine, la proximité avec des gens qu’on ne connaît pas… Tout concorde à faire de cette expérience un moment particulièrement désagréable. Out of order s’appuie sur cette lapalissade pour s’assurer l’adhésion du public qui, immédiatement, se sent concerné par le cadre du film…

Vendredi soir. Les bureaux sont vides, les couloirs déserts. Alors que la plupart des employés sont partis, c’est le début du cauchemar pour quatre retardataires qui se retrouvent dans un ascenseur bloqué à 100 mètres au-dessus du sol…

Out of order excelle à retranscrire la sensation de claustrophobie engendrée par le confinement dans une cabine d’ascenseur. Et comme la quasi intégralité du film se déroule entre les quatre murs de l’habitacle, l’intensité des événements ainsi que la pression subie par les protagonistes sont particulièrement prégnantes.

La tension est palpable dès les premières minutes entre les personnages de Jörg et Pit. Le premier est incarné par Götz George. C’est un homme dans la force de l’âge. Sa réussite sociale n’est pas contestable. C’est un self-made man. Il ressemble au personnage de Schimanski qui a fait le succès de Götz George dans la série Tatort ; il peut s’avérer fragile, mais il est aussi et surtout autoritaire et dominateur. Pit (Hannes Jaennicke) va cependant exploiter la fragilité de son voisin d’en face… Pit est un jeune blanc-bec qui, dans l’ombre, met en question l’autorité et la réussite de Jörg pour le déstabiliser et provoquer sa chute. Ses sarcasmes provoquent de nombreux accrochages allant crescendo jusqu’au climax. Le combat de coqs que se livrent alors Jörg et Pit est aussi passionnant que réaliste. On peut aussi voir dans cet exposé une thématique toujours actuelle.

Les deux autres personnages, quant à eux, ne sont pas que des observateurs. Ainsi, Renee Soutendijk qui interprète Marion, ne se contente pas d’être un accessoire aguicheur pour les deux mâles en manque de domination. Même Gössmann (Wolfgang Kieling), comptable effacé, joue un rôle essentiel en aggravation magistralement la situation à un moment donné.

Au final, le scénario s’avère particulièrement malin. Il exploite rapidement et sans s’appesantir les stéréotypes du huis-clos pour très vite mettre à profit le background des personnages et leurs problèmes personnels afin de mettre en place des enchainements logiques faisant avancer l’histoire de manière parfaitement cohérentes.

À la fois huis-clos oppressant et jeu du chat et de la souris haletant, Out of order puise dans son histoire minimaliste, ainsi que dans son excellente interprétation, pour se placer dans le peloton de tête des films de genre allemands. Il est efficace, percutant, passionnant et interroge sur les conséquences que certaines caractéristiques comme la méfiance et la jalousie peuvent avoir sur un groupe social.

Abwärts - Allemagne - 1984
Réalisation : Carl Schenkel
Interprètes : Götz George, Wolfgang Kieling,
Renée Soutendijk, Hannes Jaenicke,
Klaus Wennemann…

Bande annonce en allemand :