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On appréciera avec quelle diligence les Allemands ont emboîté le pas au film de William Friedkin. S’ils arrivent certes après l’italien Le Démon aux tripes (1974), en promptitude, ils égalent les Turcs et leur Seytan (1974) et devancent même les Hispaniques et leur Exorcismo (1975). Toutefois, l’efficacité seule ne singularise pas l’industrie allemande. La Qualität reste la caractéristique principale des produits fabriqués outre-Rhin. Dans ce domaine, avouons que Magdalena la sexorcisée ne fait pas franchement honneur à la réputation allemande. Toutefois, avec ses recettes s’élevant à 8 millions de Deutsch Mark, le film restera une bonne affaire pour ceux qui ont suffisamment cru au projet pour y investir leurs économies.
La mise en chantier d’un sous-produit à L’Exorciste (1973) se voit confiée à Walter Boos qui, jusqu’alors, s’était pourtant attaché, dès 1948, à œuvrer sur des films plus honorables en exerçant l’activité de monteur. Mais, au début des années 70, arrive une vague de films érotiques, et en particulier les fameux Report-Filme, dont il va se faire une spécialité. Il filme alors les confessions intimes des infirmières dans Krankenschwestern-Report (1972), dévoile le principal intérêt des trous de serrure dans Schlüsselloch-Report (1973) et, bien sûr, met à nu des dizaines de lycéennes à l’occasion de plusieurs épisodes des Schulmädchen-Report.
Si Magdalena la sexorcisée est un film d’horreur, le bonhomme reste fidèle à ses prédilections et le film contient son lot de chair dénudée. Pour l’occasion, le réalisateur trouve le soutien d’Elisabeth Volkmann dont la carrière avait débuté dans des dizaines de films sexy aux titres évocateurs et aussi prometteurs que Les Carottes mécaniques (1971), Je suis une vicieuse (1971) ou L’Entrejambe 1970). Plus tard, la dame figurera aussi dans des films de Fassbinder comme Lili Marleen (1981), Lola, une femme allemande (1981) ou encore Le Secret de Veronika Voss (1982). Dans Magdalena la sexorcisée, elle délaisse les rôles dénudés pour laisser la place à la véritable attraction du film : Dagmar Hedrich.
Dagmar Hedrich incarne la jeune Magdalena qui cumule toutes les qualités : souriante, polie, gentille et, cerise sur le gâteau : tellement blonde qu’elle illumine tout sur son passage. Toutefois, le soir même où son oncle est victime d’un meurtre rituel bestial, l’adorable jeune femme se transforme subitement et sans prévenir personne en tout le contraire de ce qu’elle était auparavant. Elle ne conserve que sa blondeur…
Après avoir fait admirablement illusion en jeune fille de bonne famille, Magdalena part donc magistralement en vrille. La voilà qui complote à voix basse, casse les tympans de tout le monde en criant de sa voix aiguë, fait tourner en bourrique ses professeurs en courant dans tous les sens et en se laissant tomber au sol, se penche dangereusement et impudiquement en avant sur une table de ping-pong, joue au piano en tenue d’Eve, déchire les bibles en deux, crache des orvets par la bouche… Tout ça en conservant presque toujours son sourire innocent, s’affichant sur un charmant minois auquel on donnerait le bon dieu sans confession. Huit ans avant Barbara Hershey dans L’Emprise, Dagmar Hedrich mimera même le viol que lui impose une entité invisible.
La performance de l’actrice est remarquable, d’autant plus lorsqu’elle joint le geste à la parole. En effet, force est de constater que quand il s’agit de dire des grossièretés, notre Magdalena surpasse largement la petite Regan de L’Exorciste. Oreilles prudes s’abstenir ! Par décence, nous tairons les paroles débitées par Magdalena quand elle est en crise. Disons simplement, pour faire court, que perdre sa virginité est l’un de ses sujets de discussion préférés.
De fait, chaque fois qu’ils se retrouvent seuls avec la folle furieuse, les hommes sont en danger. Magdalena prend un malin plaisir à les allumer pour mieux les abandonner tout déconfits, quand ce n’est pas pour les plonger dans des situations inextricables. Le Dr Stone, qui n’a que des intentions louables et qui s’est amouraché de la version Jekyll de Magdalena, va d’ailleurs y perdre son latin.
Il faut le dire, Magdalena la sexorcisée démontre remarquablement l’injustice dont font preuve ces féministes qui condamnent in extenso les hommes. En réalité, elles devraient plutôt leur être reconnaissantes. En effet, dans le film, les femmes proches de Magdalena donnent leur langue au chat, tandis que les hommes, eux, se mettent en quatre pour venir au secours de la malheureuse. Face à ses crises, le premier médecin consulté diagnostique d’abord une crise d’hystérie. Rassurant et compréhensif, il explique que c’est passager et assez fréquent chez les femmes. Par la suite, c’est main dans la main que psychiatre et curé chercheront à guérir la malséante de son trouble. Au final, pour être exorcisée, Magdalena devra montrer son allégeance en récitant un « Au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ». Encore une fois, que des hommes !
Plus sérieusement, Walter Boos aurait pu profiter de son seul et unique film d’horreur pour s’inscrire en faux avec un cinéma érotique allemand plutôt conservateur, s’inquiétant de la liberté accordée aux femmes. Il ne le fera pas. En découvrant son chef-d’oeuvre, nul doute que le MLF ne pourra s’empêcher de lui envoyer une lettre bien sentie.
Les autres se délecteront de l’incongruité de l’ensemble et constateront que le film a tout de même de la ressource. Après l’image effroyable d’un homme crucifié sur la porte d’une grange, le film prend d’autres voies, mais continue de régaler avec une Dagmar Hedrich survoltée et athlétique. Le scénario est pétri de séquences souvent ridicules mais tellement excessives qu’on ne voit franchement pas le temps passer.
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Der Nachtmahr, un film d’horreur psychologique rude et tourmenté






