Action

Force Noire, œuvre phare du genre nanar

Si vous connaissez et appréciez The Room de Tommy Wiseau, vous serez aux anges avec Ninja Force (Die Brut des Bösen, littéralement la progéniture du Mal en Allemand), une œuvre phare du genre Nanar. Tout y est merveilleusement kitsch. La cerise sur le gâteau est la chanson du générique de fin chantée par Christian Anders dont le texte est on ne peut plus à propos : « Sans issue, le chemin de la vengeance ! Sans issue, ça n’a pas de sens ! »

Frank Mertens (Christian Anders) est le gendre idéal : gentil, posé, bienveillant, sympathique, courtois. C’est aussi un beau garçon : belle chevelure blonde, belle musculature. Tout le monde, et en particulier ses élèves, respecte Frank. Quant aux femmes, elles l’admirent. Ingrid, secrétaire de l’association, en pince même sérieusement et secrètement pour le beau blond. À Madrid, Frank anime une académie dédiée au karaté fondée par le mythique Sensei Takimura, assassiné par des brutes épaisses ; Frank est encore fortement marqué par les événements.C’est alors que fait surface un nouveau personnage, peu recommandable. Nabot mais chef d’une organisation mafieuse, Van Bullock (Deep Roy) souhaite ouvrir une école de karaté comme celle de Frank. Mais il n’a pas l’intention de partager le marché. Après quelques intimidations sans réussite, Van Bullock envoie ses sbires en jogging faire la peau de notre bel étalon. Celui-ci est en train de montrer son respect à son maître sur sa tombe. L’un des malfrats prend la photo du Sensei dans la main, crache dessus et la jette sur le sol. Effaré, Frank se demande « comment peut-on être aussi injuste ». Cette fois-ci, la coupe est pleine et Frank corrige les hommes de main de Van Bullock. Ce dernier, dépité par l’incompétence de ses sbires, fait alors appel à la ruse et envoie sa prostituée fétiche séduire Frank. Aveuglé par l’amour, notre héros ne voit pas que Cora glisse un sachet d’héroïne dans sa poche afin de le faire tomber pour trafic de drogue…

À l’origine de Ninja Force on trouve un photo-roman, fruit de la collaboration de Christian Anders et du footballeur allemand Wolfgang Schütte. C’est à ce moment-là que Christian Anders trouve avec Leo Kemkes un partenaire financier pour produire son premier film et un co-réalisateur expérimenté du nom d’Antonio Tarruella pour l’épauler. Pour l’anecdote, c’est Sean Connery qui aurait permis à tout ce petit monde de rentrer en contact.

Co-production germano-hispanique, quelques visages connus figurent parmi le casting de Ninja Force, comme par exemple celui de Fernando Bilbao qui incarne la créature dans La malédiction de Frankenstein ou les Expériences érotiques de Frankenstein, signé Jess Franco en 1972. La jolie secrétaire de Frank Mertens est Maribel Martin rencontrée sur La Cloche de l’Enfer de Claudio Guerin (1973). L’élément fort du casting reste malgré tout le célèbre nain Deep Roy dans le rôle du déviant et sans pitié Van Bullock. Deep Roy livre une prestation exceptionnelle. Comme Christian Anders, il joue avec un sérieux à toute épreuve, poussant le film dans les dernières limites du risible. On ne peut être que sidéré de voir Deep Roy, homme de petite taille, batifoler au lit avec trois immenses femmes. C’est d’autant plus extravagant qu’une formidable carrière grand public l’attendait alors : Le Retour du Jedi (1983), L’Histoire sans fin (1984), La Planète des singes (2001), Charlie et la chocolaterie (2005), Transformers – La Revanche (2009), Star Trek Into Darkness (2013).

Avec le recul, Christian Anders avoue de bon cœur qu’il aurait peut-être dû demander plus souvent conseil à son co-réalisateur. Antonio Tarruella est en effet bien plus expérimenté puisqu’il a par exemple été assistant réalisateur sur Les Collines de la terreur (1972). Quoi qu’il en soit, Ninja Force reste un film tout à fait divertissant mais ce n’est certainement pas en raison de ses scènes d’action ou de bagarres effectuées par des acteurs ignorant tout de l’art de la cascade ou de la baston. Ce film de karaté allemand, largement inspiré par les succès récents des films de Bruce Lee, est avant tout une ode à son réalisateur, scénariste, chorégraphe et acteur principal : Christian Anders. L’Autrichien se met en scène et devient devant sa caméra un surhomme imbattable et grandiose. Son corps musculeux ne comporte pas un seul gramme de graisse comme le démontrent les nombreux gros plans. Et son cœur est d’or, comme sa tignasse est blonde. Christian Anders ne manque aucune occasion pour se mettre en valeur. Il faut le voir célébrer sa virilité en jouant de ses abdominaux en salle de gym ou encore s’activer dans la seule scène érotique du film où l’on ne voit… que lui. Mais Anders n’est pas qu’un mâle viril, il éprouve également des émotions et lorsque celle qu’il aimait profondément le trahit, le choc est énorme et nous découvrons alors un homme brisé…

Le reste du film est du même tonneau comme lorsque le gigantesque homme de main de Van Bullock se met à promener son minuscule patron Deep Roy sur ses épaules. Plus tard, Deep Roy enfourche cette fois-ci une prostituée sur les fesses de laquelle il verse du champagne pendant que son serviteur le regarde faire… Des idées saugrenues qui illustrent peut-être les problèmes d’ego de Christian Anders. Mais l’homme est sincère. Et s’il n’a aucun scrupule à copier son modèle Bruce Lee, il le fait le plus sérieusement du monde, au point qu’il en devient touchant. On rigole, mais jamais on ne se moque.

Il est impossible de ne pas évoquer le personnage haut en couleur de Christian Anders, dont le nom de famille signifie « différent » en allemand. Comme le héros de Ninja Force, l’Autrichien est expert dans les arts de combat asiatiques.Taekwondo et Aikidō n’ont pas de secret pour lui et il est même ceinture noire de Karaté. À Münich, il a dirigé une école de karaté à l’instar du héros de Ninja Force. En 1969, sa carrière prend une autre direction lorsque sa chanson Geh’ nicht vorbei dépasse le million de disques vendus. Dans la foulée, le chanteur de variété crée sa propre maison de diques : Chranders Records. Christian Anders est également musicien et compositeur (il a écrit plus de 1 000 chansons et poèmes). Il enchaîne les tubes et commence à travailler pour la télévision ; au sommet de son succès, Christian Anders conduisait une Rolls-Royce en or. Pendant son temps libre, il écrit également des livres, principalement des polars, mais également des essais complotistes. Dans The Man W.H.O. Created AIDS, Anders prétend que le SIDA a été créé par l’OMS pour viser la population homosexuelle et noire. Sa chanson politique Der Hai (Le requin) comporte quelques lignes on ne peut plus explicites « J’ai le pouvoir, j’ai l’argent, je suis le maître de ce monde. Tous les jours je vous fais tourner en rond, vous ne connaissez pas « les protocoles ». (…) Le monde repose sur sept piliers, sept familles possèdent l’argent. Rothschild, Cohn ou Donati, on nous appelle aussi Illuminati. Nous contaminons le monde avec le SIDA et faisons de l’argent avec la recherche pour le guérir ». Sur sa page YouTube, Christian Anders va plus loin encore en accusant Michele Obama d’être un homme ou de suspecter que le crash du vol 9525 de la Germanwings ne servirait qu’à couvrir un vol d’organes. Christian Anders ne nous a pas oubliés, nous cinéphiles, et a également touché au septième art avec l’érotique Camp d’amour (Die Todesgöttin des Liebescamps – 1981) mettant en scène Laura Gemser, En aucune manière un tel personnage pouvait engendrer un film quelconque, ce que n’est assurément pas le cas de Ninja Force.

Die Brut des Bösen Allemagne – 1979 Réalisation : Christian Anders, Antonio Tarruella Interprètes : Christian Anders, Maribel Martín, Dunja Rajter, Deep Roy, Fernando Bilbao, Ria Kemp…

Bande annonce en allemand :

Rampage : le coup de gueule d’Uwe Boll

Après plusieurs adaptations cinématographiques de jeux-vidéos (Bloodrayne, Alone in the dark, Far cry), le réalisateur, scénariste et producteur allemand, Uwe Boll s’essaye avec Rampage à un produit plus original, personnel.

Cet article est diabolique ! Ne lisez pas le dernier paragraphe si vous n’avez pas encore vu le film

Le film se déroule en deux temps.

Dans la première partie, Uwe Boll installe ses personnages, le lieu de l’action… Bill vit chez ses parents dans une petite ville américaine endormie. Nous le découvrons un matin, alors que ses parents l’incitent vivement à se trouver un travail et enfin quitter la maison familiale, maintenant qu’il a plus de 20 ans. Bill a également un ami qui tient des discours révolutionnaires mais qui ne bougent pas le petit doigt pour changer quoi que ce soit.

Rampage est le troisième film d’Uwe Boll à aborder la thématique du massacre de masse après Amoklauf (1994) et Heart of America (2002).

La seconde moitié du film décrit le bain de sang accompli par Bill et mené tambour battant par Uwe Boll qui semble se faire plaisir en montrant des dizaines d’individus plus ou moins superficiels, soumis et conquis au système, se faire massacrer.

Ce qui interpelle c’est que Rampage tente de rendre sympathique un forcené responsable d’un massacre de masse. Pour y parvenir, le film se refuse de faire de Bill un cliché du type qui passe à l’action. Ainsi, ce n’est pas un looser frustré, sans famille et sans travail, toqué de jeux-vidéos violents et de films d’horreur. C’est simplement un jeune sans espoir d’évolution sociale qui s’ennuie.

Pour plus de réalisme, pour appuyer son propos et pour apporter à son film un aspect « pris sur le vif », Uwe Boll opte pour une image constamment saccadée, en mouvement. À la mode dans les années 2000, ce procédé déjà décrié à l’époque, parait aujourd’hui daté et même kitsch. Pour cette raison, la comparaison avec ses paires, Chute Libre (Joel Schumacher – 1993) et Taxi Driver (Martin Scorcese – 1976), ne tourne donc pas en la faveur de Rampage. C’est un peu dommage car ce procédé dessert finalement des dialogues improvisés pourtant simples, naturels et réalistes.

Le personnage de Bill, prévu au départ pour Macaulay Culkin (Maman j’ai raté l’avion – 1990) est solidement campé par Brendan Fletcher (Freddy contre Jason – 2003),

Uwe Boll s’éloigne en tout cas de ses précédentes œuvres, et plus particulièrement des films à l’horreur gratuits comme Seed (2007) ou de la provocation toute aussi facile de Postal (2007). Avec Rampage, il délivre un message plus subtil, comme lorsque Bill apparaît armé jusqu’aux dents dans une salle remplie de vieillards jouant au bingo. Il décide finalement de les épargner, considérant qu’ils sont finalement déjà morts. Uwe Boll démontre ainsi qu’il n’est pas « le plus mauvais réalisateur du monde », sobriquet injuste dont l’ont affublé ses détracteurs.

On pourra cependant regretter que le réalisme recherché au début du film soit ensuite désavoué par l’ingéniosité peu crédible que Bill met en œuvre pour planifier et mener à bien son massacre de masse. Le retournement de situation final qui transforme Bill en Machiavel surprend également mais s’avère dans le même temps parfaitement cohérent avec le cynisme d’une société qui prône la réussite sociale sans se soucier des moyens mis en œuvre pour y parvenir.

Rampage a connu deux suites, à chaque fois avec Uwe Boll à la mise en scène et Brendan Fletcher dans le rôle principal : Rampage – Capital Punishment en 2014 et Rampage: President Down en 2016.

Blutgletscher
Canada, Allemagne – 2009
Réalisation : Uwe Boll
Interprètes : Brendan Fletcher, Shaun Sipos, Michael Paré…

Bande annonce VO :

L’année du Chat, un thriller spectaculaire

La première réplique du film L’Année du Chat donne le ton : Dans deux heures, en bas (dans la rue), ce sera la guerre.

Rythmé, comportant de nombreux rebondissements, soigné et élégant, L’Année du Chat est un film majeur dans l’histoire du cinéma allemand qui, jusqu’alors (et même jusqu’à ce jour), est et reste pauvre en matière de films d’action.

De sa chambre au sixième étage d’un hôtel situé à Düsseldorf au milieu d’un complexe d’affaires moderne, le gangster Probek dispose d’une vue imprenable sur la rue, et plus particulièrement sur la banque, celle dans laquelle ses comparses se sont repliés avec des otages qu’ils ne libéreront qu’en échange d’une rançon de trois millions de Deutsch Mark. Bien placé, Probek renseigne ses complices sur les opérations menées à l’extérieur par la police qui dispose donc d’une longueur de retard. Et Probek dispose encore d’un atout supplémentaire… Sa maîtresse, Jutta Ehser est également l’épouse du directeur de la banque.

L’Année du chat a obtenu le grand prix du Festival du film policier de Cognac en 1988.

Avec sa prise d’otages, le siège établi par la police et son lot de rebondissements à la limite de l’absurdité, L’Année du Chat évoque évidemment Un Après-midi de Chien de Sidney Lumet (1975). Cependant, le film s’inscrit également dans la droite lignée de film Neo-Noir comme Body Heat (1981) de Lawrence Kasdan, No Way Out (1987) de Roger Donaldson ou encore Contre toute attente (1984) de Taylor Hackford, ainsi que le cinéma d’Alain Corneau, Jean-Pierre Melville ou Bertrand Tavernier.

Cependant, L’Année du Chat ne se contente pas de se nourrir de ses influences ; il apporte également sa pierre à l’édifice. Ainsi, à l’inverse de Sonny (Al Pacino dans le film de Sidney Lumet), Probek ne subit pas les événements. Du haut de son hôtel, il tire les ficelles. L’intelligence du scénario de Christoph Fromm et Uwe Erichsen, ainsi que la maîtrise de la mise scène de Dominik Graf, est de rendre la tension véritablement palpable lorsque la stratégie de Probek s’effondre. Lentement émerge le passé trouble qui lie Probek à son complice embusqué dans la banque. Puis c’est Jutta qui dévoile son jeu et s’impose alors comme femme-fatale.

La loyauté et la confiance, concepts nécessaires à la bonne marche de l’entreprise, s’effacent alors. Les trois principaux protagonistes pourtant totalement dépendant les uns des autres commencent alors à vouloir tirer leur épingle du jeu. La trahison remplace dès lors les beaux sentiments du début.

L’Année du Chat peut s’appuyer sur une interprétation impeccable, des personnages justement dessinés et au développement cohérent.

Seules peut-être les scènes d’action paraissent peu crédibles parfois.

Le Neo-Noir est un genre apparu au début des années 80 dont les films perpétuaient la tradition du film noir classique : un personnage emprisonné dans des situations, acculé à des décisions désespérées. Les thèmes privilégiés du genre sont le crime, l’infidélité, la trahison, la jalousie et le fatalisme.

Malgré le prix de la meilleure réalisation décerné par l’académie du cinéma allemand, ainsi qu’un succès public conséquent, L’Année du Chat ne fit pas école Outre-Rhin. Dominik Graf, son réalisateur (auteur en 2014 des Sœurs Bien-aimées), n’est pas tendre d’ailleurs avec le modèle de production du cinéma et de la télévision Allemande, incapable d’enfanter autre chose que des comédies et films d’auteurs ennuyeux. Durant sa carrière, Dominik Graf a dû s’adapté au système en faisant des compromis. Parfois, il a été capable d’éclairs de génie comme ce fut le cas avec cet Année du Chat.

À l’époque, Götz George âgé de 49 ans revient au cinéma qui l’avait boudé à la fin des années 60. Auparavant, il s’était imposé à la télévision dans la série Tatort où il incarnait Schimanski, un inspecteur aux méthodes rudes. Dans L’Année du Chat, il est tout aussi dynamique et rude mais passe de l’autre côté de la loi en incarnant le gangster Probek. Retrouvez-notre article dédié à cet acteur culte ici : http://thrillerallee.com/gotz-george-mythe-schimanski/

L’Année du Chat
Allemagne – 1988
Réalisation : Dominik Graf
Interprètes : : Götz George, Gudrun Landgrebe, Joachim Kemmer, Heinz Hoenig, Ralf Richter, Ulrich Gebauer, Sabine Kaack, Heinrich Schafmeister

Bande annonce en allemand :

Notre article consacré à Götz George :

Götz George et le mythe Schimanski