Action

Rampage : le coup de gueule d’Uwe Boll

Après plusieurs adaptations cinématographiques de jeux-vidéos (Bloodrayne, Alone in the dark, Far cry), le réalisateur, scénariste et producteur allemand, Uwe Boll s’essaye avec Rampage à un produit plus original, personnel.

Cet article est diabolique ! Ne lisez pas le dernier paragraphe si vous n’avez pas encore vu le film

Le film se déroule en deux temps.

Dans la première partie, Uwe Boll installe ses personnages, le lieu de l’action… Bill vit chez ses parents dans une petite ville américaine endormie. Nous le découvrons un matin, alors que ses parents l’incitent vivement à se trouver un travail et enfin quitter la maison familiale, maintenant qu’il a plus de 20 ans. Bill a également un ami qui tient des discours révolutionnaires mais qui ne bougent pas le petit doigt pour changer quoi que ce soit.

Rampage est le troisième film d’Uwe Boll à aborder la thématique du massacre de masse après Amoklauf (1994) et Heart of America (2002).

La seconde moitié du film décrit le bain de sang accompli par Bill et mené tambour battant par Uwe Boll qui semble se faire plaisir en montrant des dizaines d’individus plus ou moins superficiels, soumis et conquis au système, se faire massacrer.

Ce qui interpelle c’est que Rampage tente de rendre sympathique un forcené responsable d’un massacre de masse. Pour y parvenir, le film se refuse de faire de Bill un cliché du type qui passe à l’action. Ainsi, ce n’est pas un looser frustré, sans famille et sans travail, toqué de jeux-vidéos violents et de films d’horreur. C’est simplement un jeune sans espoir d’évolution sociale qui s’ennuie.

Pour plus de réalisme, pour appuyer son propos et pour apporter à son film un aspect « pris sur le vif », Uwe Boll opte pour une image constamment saccadée, en mouvement. À la mode dans les années 2000, ce procédé déjà décrié à l’époque, parait aujourd’hui daté et même kitsch. Pour cette raison, la comparaison avec ses paires, Chute Libre (Joel Schumacher – 1993) et Taxi Driver (Martin Scorcese – 1976), ne tourne donc pas en la faveur de Rampage. C’est un peu dommage car ce procédé dessert finalement des dialogues improvisés pourtant simples, naturels et réalistes.

Le personnage de Bill, prévu au départ pour Macaulay Culkin (Maman j’ai raté l’avion – 1990) est solidement campé par Brendan Fletcher (Freddy contre Jason – 2003),

Uwe Boll s’éloigne en tout cas de ses précédentes œuvres, et plus particulièrement des films à l’horreur gratuits comme Seed (2007) ou de la provocation toute aussi facile de Postal (2007). Avec Rampage, il délivre un message plus subtil, comme lorsque Bill apparaît armé jusqu’aux dents dans une salle remplie de vieillards jouant au bingo. Il décide finalement de les épargner, considérant qu’ils sont finalement déjà morts. Uwe Boll démontre ainsi qu’il n’est pas « le plus mauvais réalisateur du monde », sobriquet injuste dont l’ont affublé ses détracteurs.

On pourra cependant regretter que le réalisme recherché au début du film soit ensuite désavoué par l’ingéniosité peu crédible que Bill met en œuvre pour planifier et mener à bien son massacre de masse. Le retournement de situation final qui transforme Bill en Machiavel surprend également mais s’avère dans le même temps parfaitement cohérent avec le cynisme d’une société qui prône la réussite sociale sans se soucier des moyens mis en œuvre pour y parvenir.

Rampage a connu deux suites, à chaque fois avec Uwe Boll à la mise en scène et Brendan Fletcher dans le rôle principal : Rampage – Capital Punishment en 2014 et Rampage: President Down en 2016.

Blutgletscher
Canada, Allemagne – 2009
Réalisation : Uwe Boll
Interprètes : Brendan Fletcher, Shaun Sipos, Michael Paré…

Bande annonce VO :

L’année du Chat, un thriller spectaculaire

La première réplique du film L’Année du Chat donne le ton : Dans deux heures, en bas (dans la rue), ce sera la guerre.

Rythmé, comportant de nombreux rebondissements, soigné et élégant, L’Année du Chat est un film majeur dans l’histoire du cinéma allemand qui, jusqu’alors (et même jusqu’à ce jour), est et reste pauvre en matière de films d’action.

De sa chambre au sixième étage d’un hôtel situé à Düsseldorf au milieu d’un complexe d’affaires moderne, le gangster Probek dispose d’une vue imprenable sur la rue, et plus particulièrement sur la banque, celle dans laquelle ses comparses se sont repliés avec des otages qu’ils ne libéreront qu’en échange d’une rançon de trois millions de Deutsch Mark. Bien placé, Probek renseigne ses complices sur les opérations menées à l’extérieur par la police qui dispose donc d’une longueur de retard. Et Probek dispose encore d’un atout supplémentaire… Sa maîtresse, Jutta Ehser est également l’épouse du directeur de la banque.

L’Année du chat a obtenu le grand prix du Festival du film policier de Cognac en 1988.

Avec sa prise d’otages, le siège établi par la police et son lot de rebondissements à la limite de l’absurdité, L’Année du Chat évoque évidemment Un Après-midi de Chien de Sidney Lumet (1975). Cependant, le film s’inscrit également dans la droite lignée de film Neo-Noir comme Body Heat (1981) de Lawrence Kasdan, No Way Out (1987) de Roger Donaldson ou encore Contre toute attente (1984) de Taylor Hackford, ainsi que le cinéma d’Alain Corneau, Jean-Pierre Melville ou Bertrand Tavernier.

Cependant, L’Année du Chat ne se contente pas de se nourrir de ses influences ; il apporte également sa pierre à l’édifice. Ainsi, à l’inverse de Sonny (Al Pacino dans le film de Sidney Lumet), Probek ne subit pas les événements. Du haut de son hôtel, il tire les ficelles. L’intelligence du scénario de Christoph Fromm et Uwe Erichsen, ainsi que la maîtrise de la mise scène de Dominik Graf, est de rendre la tension véritablement palpable lorsque la stratégie de Probek s’effondre. Lentement émerge le passé trouble qui lie Probek à son complice embusqué dans la banque. Puis c’est Jutta qui dévoile son jeu et s’impose alors comme femme-fatale.

La loyauté et la confiance, concepts nécessaires à la bonne marche de l’entreprise, s’effacent alors. Les trois principaux protagonistes pourtant totalement dépendant les uns des autres commencent alors à vouloir tirer leur épingle du jeu. La trahison remplace dès lors les beaux sentiments du début.

L’Année du Chat peut s’appuyer sur une interprétation impeccable, des personnages justement dessinés et au développement cohérent.

Seules peut-être les scènes d’action paraissent peu crédibles parfois.

Le Neo-Noir est un genre apparu au début des années 80 dont les films perpétuaient la tradition du film noir classique : un personnage emprisonné dans des situations, acculé à des décisions désespérées. Les thèmes privilégiés du genre sont le crime, l’infidélité, la trahison, la jalousie et le fatalisme.

Malgré le prix de la meilleure réalisation décerné par l’académie du cinéma allemand, ainsi qu’un succès public conséquent, L’Année du Chat ne fit pas école Outre-Rhin. Dominik Graf, son réalisateur (auteur en 2014 des Sœurs Bien-aimées), n’est pas tendre d’ailleurs avec le modèle de production du cinéma et de la télévision Allemande, incapable d’enfanter autre chose que des comédies et films d’auteurs ennuyeux. Durant sa carrière, Dominik Graf a dû s’adapté au système en faisant des compromis. Parfois, il a été capable d’éclairs de génie comme ce fut le cas avec cet Année du Chat.

À l’époque, Götz George âgé de 49 ans revient au cinéma qui l’avait boudé à la fin des années 60. Auparavant, il s’était imposé à la télévision dans la série Tatort où il incarnait Schimanski, un inspecteur aux méthodes rudes. Dans L’Année du Chat, il est tout aussi dynamique et rude mais passe de l’autre côté de la loi en incarnant le gangster Probek. Retrouvez-notre article dédié à cet acteur culte ici : http://thrillerallee.com/gotz-george-mythe-schimanski/

L’Année du Chat
Allemagne – 1988
Réalisation : Dominik Graf
Interprètes : : Götz George, Gudrun Landgrebe, Joachim Kemmer, Heinz Hoenig, Ralf Richter, Ulrich Gebauer, Sabine Kaack, Heinrich Schafmeister

Bande annonce en allemand :

Notre article consacré à Götz George :

Götz George et le mythe Schimanski