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Dans Sueurs Froides 37, biographie de Ulli Lommel, figure du cinéma allemand des années 60-70
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Montrer la violence exercée par les hommes envers les femmes, en particulier lorsqu’elles sont jeunes, tel le sujet de la trilogie érigée par Roger Fritz à la fin des années 60. La démonstration débute en 1967 avec l’étude sociale Girls, Girls (Mädchen, Mädchen). Trois années plus tard, Cry Rape (Mädchen mit Gewalt – 1970) clôt de manière bien plus violente la leçon. Entre les deux, on trouve Rabbit in the Pit qui met résolument mal à l’aise avec cet homme d’une cinquantaine d’années qui, à ses fins, manipule sa belle-fille tout juste entrée dans l’adolescence.
Son arrivée en Toscane, à Spoleto, ne passe pas inaperçue. Maurice (Anthony Steel), célèbre chef d’orchestre, doit donner une série de concerts lors du prestigieux festival de musique classique qui s’apprête à ouvrir ses portes. Il est accompagné de sa femme Francine (Françoise Prévost) et de la fille de cette dernière, née d’un précédent mariage. Jeune adolescente de 14 ans, Leslie (Helga Anders) commence à questionner l’autorité de son beau-père. Malgré sa rassurante bienveillance, les relations sexuelles qu’il lui impose l’interrogent. Au point qu’elle devient revêche. Ses évitements refroidissent même les relations qu’entretiennent Maurice et Francine puisque le bonhomme reproche maintenant à son épouse la désobéissance de sa fille. La rencontre entre Leslie et le jeune artiste de rue Bryan (Ray Lovelock) ne va pas non plus améliorer l’équilibre de la famille. Peu à peu, la jeune fille tombe même amoureuse du garçon, ce qui met évidemment dangereusement en péril le monopole de Maurice. Un combat de coqs s’engage alors, dans lequel Bryan part désavantagé puisqu’il ne sait rien, encore, de la nature réelle des relations qu’entretiennent Maurice et Leslie.
À l’origine, Le petit lapin dans la fosse, traduction littérale du titre original Häschen in der Grube, est une comptine que l’on apprend à l’école primaire aux jolies têtes blondes allemandes. Le but de ce genre de chanson est de transmettre aux enfants quelques bases qui seront utiles à leur sociabilisation une fois adultes.
Même ornée des nobles apparats bourgeois, c’est aussi une fosse dans laquelle se trouve Leslie. Dans le monde dépravé des élites culturelles, le droit de cuissage dont bénéficie le chef d’orchestre sur une gamine de 14 ans n’étonne personne. Quant au consentement de la mère, il met en évidence à quel point la pratique est bien établie. Ainsi, Maurice passe ses nuits dans le lit de Leslie tandis que Francine dort seule dans la chambre des parents. Pour autant, Maurice n’est pas dépeint comme un misérable pédophile, mais comme un type exerçant de plein droit son autorité héritée de son statut. Pour faire illusion, le bonhomme invoque tout de même le paternalisme afin de décider de ce qui est le mieux pour sa belle-fille. L’irruption de Brian et de sa bande de hippies adeptes d’art éphémère révèle que l’apparente bienveillance de Maurice ne sert, en réalité, que ses propres intérêts. Le visionnage d’un film comme Rabbit in the Pit ne sera donc pas inutile pour rappeler ce que cache ces valeurs conservatrices que certains érigent en modèle afin de faire rempart à la déliquescence du monde moderne.
Pour illustrer son propos, Rabbit in the Pit s’appuie sur un quatuor d’acteurs qui semblent être nés pour endosser leurs rôles. D’emblée, Helga Anders et son aura composée d’insolence et d’innocence crèvent l’écran. L’actrice terminera malheureusement bien trop tôt une existence tumultueuse fondée sur les crises de nerfs, l’alcool et la drogue. En 1969, au moment de tourner le film, elle a déjà 21 ans mais cela ne l’empêche pas d’incarner à la perfection le prototype de la femme-enfant.
Son courtisan à la beauté indécente, véritable menace pour l’hétérosexualité des hommes, Ray Lovelock, est l’un des acteurs les plus emblématiques du bis italien. Le bourreau des cœurs s’est illustré dans les Poliziotteschi, mais on se souvient de lui aussi dans Le Massacre des morts-vivants où il est méconnaissable avec sa barbe qui lui apportait une certaine gravité. Pour Rabbit in the pit, le beau Ray séduit aussi par la promesse de liberté qu’il incarne à la perfection.
Dans le rôle ingrat de l’épouse qui doit s’effacer pour livrer en pâture sa propre fille à son nouveau mari, la Française Françoise Prévost parvient à exister. Mieux, elle réussit à défendre son personnage en lui conférant un statut de victime, voire de protectrice envers sa fille. L’actrice avait alors connu son heure de gloire durant la nouvelle vague où elle jouait pour Pierre Kast, entre autres aux côtés de Daniel Gélin dans La Morte-Saison des amours (1961).
Pour finir, le Britannique Anthony Steel personnifie impeccablement ce vieux chef d’orchestre symbole de la bonne société décadente, tentant de faire perdurer le monde d’avant. Son exploit est de réussir à faire en sorte que ce ne soit pas son personnage que l’on déteste, mais la caste bourgeoise qu’il incarne. En Italie, l’acteur ramait pour maintenir sa carrière à flot mais, en Allemagne, sa participation au deuxième Winnetou, Le Trésor des montagnes bleues (1964), lui assura une grande popularité.
On appréciera donc autant la pertinence du propos que l’exécution. Le mérite, on le doit aussi et surtout à un réalisateur qui a réussi à boucler sur la table de montage un film dont le financement n’avait pas permis de tourner les ultimes scènes. Boulanger, serveur, Roger Fritz s’était tourné durant les années 50 vers la photographie. Une activité qui lui avait permis de travailler pour de nombreux magazines, dont Vogue. Vers la fin de la décennie, il avait rencontré Else Bongers qui recrutait de jeunes talents pour la UFA. De fil en aiguille, Fritz avait commencé au cinéma en assistant Luchino Visconti et avait même fait l’acteur aux côtés de Romy Schneider, Sophia Loren et Anita Ekberg dans Boccace 70 (1962). En tant que metteur en scène, son œuvre s’avère pertinente mais l’échec en salle de Rabbit in the Pit cellera sa destinée derrière la caméra.
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Mädchen mit Gewalt de Roger Fritz






