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Plutonium (1978) – Nucléaire partout justice nulle part


Allemagne - 1978 - Rainer Erler
Interprètes : Charlotte Kerr, Wolf Roth, Werner Rundshagen, Bob Cunningham, Anton Diffring, Klaus Dierig...

Réalisateur de Plutonium, Rainer Erler est l’un des plus importants réalisateurs allemands en matière de science-fiction. À titre d’illustration, son feuilleton Das Blaue Palais, diffusé à la télévision allemande de 1974 à 1976, est considéré comme l’un des sommets de la SF allemande, préfigurant même la série X-Files avec ses scientifiques confrontés à des énigmes à résoudre. Parmi les thèmes de prédilection de Erler, on trouve des sujets toujours d’actualité comme l’énergie nucléaire, l’éthique dans la recherche scientifique, la manipulation génétique, ainsi que le trafic d’organes… Des sujets que l’auteur aborde très sérieusement, au point qu’il est également le fondateur d’un sous-genre : le science-thriller, catégorie à laquelle appartient Plutonium.

Plutonium (1978) - Nucléaire partout justice nulle part

Plutonium se présente comme un docu-fiction relatant l’enquête d’une journaliste afin de découvrir comment une quantité non négligeable de plutonium a pu disparaître des stocks d’une centrale nucléaire d’Amérique latine. Progressivement, et au péril de sa vie, la reporter finit par mettre en lumière un vaste réseau impliquant des instances gouvernementales et terroristes…

Le docu-fiction ne cherche pas à condamner le nucléaire, mais plutôt à mettre en évidence les dangers que représente son exploitation dans un système qui n’a rien de démocratique. Dès lors, si l’histoire de Plutonium se déroule dans un pays imaginaire d’Amérique du Sud, on reconnaît franchement sur les images le Brésil, l’Argentine et le Chili, tous les trois alors dirigés par des dictatures.

À l’époque, la question est bouillante car, le 18 mai 1974, l’Inde vient de mener avec succès une explosion souterraine. C’est à ce moment-là que l’Occident réalise que le tiers monde est en train de se doter de l’énergie nucléaire. Certes, la propagande de ces nations non démocratiques affirme que la technologie n’est développée que pour des visées pacifistes, mais on n’est pas des lapins de six semaines.

Si la situation semble évidente, Rainer Erler brosse toutefois la complexité d’un système prêt à toutes les fourberies pour que la corruption puisse continuer de fonctionner à plein régime. À titre d’exemple, Plutonium démontre avec beaucoup de pédagogie comment l’appareil bien huilé fait ainsi intervenir moult protagonistes, notamment les médias et plus précisément les émissions de divertissements. C’est d’ailleurs dans un talk-show que notre reporter de choc, victime de tentatives visant à discréditer sa personne, devra répondre de son amourette avec un individu que l’on s’est empressé de qualifier de dangereux terroriste.

Plutonium (1978) - Nucléaire partout justice nulle part

Quoi qu’il en soit, la soif de vérité de la journaliste ne l’empêchera pas de révéler que la question dépasse la gestion du nucléaire par des puissances non démocratiques. En effet, la corruption n’a pas de frontière. Manipulations et mensonges débouchent ainsi et inévitablement sur la piste de complots industriels. Sur ce chemin, Plutonium ne va pas faire preuve de beaucoup d’originalité, mais sa forme particulière de docu-fiction lui permet de gagner en réalisme.

Toutefois, Plutonium ne dépasse pas sa fonction dénonciatrice. En effet, une fois dévoilées, on ne sait pas trop quoi faire de ces conspirations. L’accusation ne mène donc pas à des remises en question plus profondes de notre civilisation, et surtout pas à contester le nucléaire.

Le film reste cependant passionnant de bout en bout, principalement grâce à la prestation de Charlotte Kerr incarnant avec passion cette femme journaliste au caractère trempé qui a de la répartie, des valeurs et des convictions. Droite dans ses bottes, elle ira jusqu’à questionner la définition même du terrorisme.

Devenue populaire en Allemagne après avoir participé à l’alter ego germanique de Star Trek, Commando spatial – La fantastique aventure du vaisseau Orion (1966), Charlotte Kerr retrouvera le réalisateur Rainer Erler dans un autre téléfilm, Fleisch (1979), mais Plutonium restera son œuvre la plus marquante.


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Bande-annonce :

Article signé André Quintaine
D'origine allemande et passionné de cinéma de genre,
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