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Pour les spectateurs qui ne connaissent probablement pas Amrum, le titre français tente, en un minimum de mots, de donner une idée de ce que contient le film signé Fatih Akin, tout en complétant avec une indication temporelle. Précisons que Amrum est la dixième des plus grandes îles allemandes et qu’elle est célèbre pour attirer les vacanciers lorsqu’ils ne se rendent pas à Majorque.
Si les touristes se montrent si enthousiastes, c’est parce que l’île constitue un site exceptionnel avec une nature foisonnante due à sa situation géographique entre Haute mer et continent. Par ailleurs, lorsque la mer s’est retirée de ses plages immenses, on peut accéder aux îles voisines à pied. Pour les aventuriers, Amrum aiguise l’imagination avec la mer qui monte vite. Dès lors, il vaut mieux ne pas trop traîner sur le Watt. Et si l’on se risque tout de même sur cette gadoue noire, collante et gluante, gare aux sables mouvants…
En ce qui concerne l’aspect historique, on trouve des édifices remontant à l’âge de pierre. Les églises protestantes, les ports et l’architecture typique constituent également le charme intemporel de l’île. Quant au dialecte local, il s’avère impossible à comprendre, même pour les habitants alentours. Six cents personnes tentent de préserver le Öömrang.
Si cette description d’Amrum n’est pas inutile, c’est parce que le réalisateur Fatih Akin va très largement exploiter le cachet unique de l’île.
Le film raconte l’histoire de Nanning qui, à la fin de la Seconde Guerre mondiale et le bombardement de Hambourg par les alliés, s’installe chez sa tante, avec sa mère et son frère, sur l’île d’Amrum. Son père, officier nazi, a été fait prisonnier. Ironie du sort, sur Amrum les autres gamins traitent Nanning comme un étranger. Quant à sa mère, sa loyauté au régime détonne au sein d’une population insulaire qui montre peu d’intérêt pour les affaires du continent. Pire, ils la craignent, car elle peut, à tout moment, dénoncer quiconque au parti…
Après avoir appris le décès du Führer, la mère de Nanning va perdre goût à la vie. Le gamin part alors en quête des ingrédients qui lui permettront de confectionner une tartine de pain blanc avec du beurre et du miel pour remonter le moral de sa mère, littéralement anéantie par la chute du régime.
À travers le périple de Nanning, le film met en évidence les bienfaits de la nature. À chaque fois, les personnages s’intègrent avec humilité dans leur élément naturel exposé, pour sa part, avec majesté. Les héros de l’histoire apparaissent minuscules dans une image qui montre l’immensité de la prairie, l’infini du ciel bleu et gris, la profondeur des plages de sable gris. À l’instar de ces digues balayées par le vent et au cœur desquelles les deux amis se promènent en quête de nourriture. Le réalisateur, humble, s’adapte au rythme mesuré imposé par la grandeur du paysage et prend son temps pour montrer les oiseaux, les insectes et les animaux vaquer à leurs occupations. Avec une subtilité remarquable, le film démontre alors l’harmonie qui règne au sein de la nature, à la fois majestueuse, nourrissante et éternelle. Mais également la futilité de nos turpitudes humaines, en particulier lorsque les gamins se battent pour savoir qui est le plus qualifié pour se prétendre insulaire.
Avec David Wnendt, Fatih Akin est le réalisateur allemand le plus intéressant du moment. Le bonhomme est capable de livrer un ovni glauque comme Golden Glove et, quelques années plus tard, de lancer Rheingold pour attirer les foules dans les salles. Avec Amrum, le réalisateur d‘origine turque livre un film plus intimiste, même si l’on trouve, en haut de l’affiche, l’une des actrices allemandes contemporaines les plus en vue. Diane Kruger, avec laquelle le réalisateur avant déjà livré In the Fade accepte de faire acte de présence dans un petit rôle qui permet au film de ne pas passer sous les radars. Sans ça, gageons que Amrum ne serait peut-être jamais sorti en France. Un drame humain, se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale en Allemagne du Nord, n’intéresse probablement pas le spectateur lambda…
De manière assez inexplicable, Amrum ne remportera aucun Lola mais les catégories dans lesquelles le film de Fatih Akin était nominé aux derniers Césars allemands donnent, pour les curieux qui voudront se laisser séduire, une indication sur les évidents atouts du film : photographie, musique, costumes…
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