Edgar Wallace

Le défi du Maltais

Produit en 1964, Le défi du Maltais conclue en apothéose la première phase historique des Edgar Wallace Krimis (1), celle où les adaptations cinématographique du célèbre écrivain britannique expérimentaient afin de définir un cadre au genre et déterminer quelle quantité de violence, de suspense, d’humour et d’action pouvaient accepter le public.

Ainsi, alors que jusqu’à présent l’objectif des auteurs était de donner aux spectateurs ce qu’ils attendaient, Le défi du Maltais, quant à lui, cherche à dépasser ces attentes. Dès lors, toutes les règles du genre sont surclassées : les meurtres sont commis avec des armes encore plus inhabituelles que de coutume, les faux-coupables se comptent à la pelle, l’humour volontaire et involontaire est constant… Quant au final, il est encore plus riche en révélations et rebondissements multiples… Et il n’y a pas un mais carrément deux inspecteurs de Scotland Yard futés et astucieux. Pour finir, notons la présence de trois « expendables » du genre : Joachim Fuchsberger, Heinz Drache et Siegfried Lowitz.

La volonté de divertir est totale et elle atteint son paroxysme lorsque, de la même façon que l’aurait fait William Castle, le film interroge le spectateur sur qui pourrait être le coupable selon lui. Plus loin, c’est l’apparition d’un sous-marin digne d’un film de James Bond (alors le nec-plus-ultra du divertissement cinématographique) qui ajoute encore à la bonne humeur que dégage le film. La présence des charmantes Sophie Hardy et Anneli Sauli évoque également l’héritage 007 ; La première est digne des plus belles James Bond Girl, quand à la seconde, elle endosse parfaitement le rôle de Ms. Monepenny en cherchant à séduire son supérieur.

L’histoire, quant à elle, est source de nombreux quiproquos, malentendus et autres mélimélos…

Le défi du Maltais connaîtra une suite en 1965, Neues vom Hexer, également réalisée par Alfred Vohrer.

Gwenda Milton est retrouvée morte dans la Tamise. Scotland Yard est sur les dents car il s’agit de la sœur du Maltais. Ce personnage atypique, as du déguisement, avait expédié ad patres plusieurs criminels avant de se réfugier en Australie. Désormais, le Maltais veut faire couler le sang et s’apprête à débarquer à Londres afin de venger sa sœur. La police fait alors appel à l’inspecteur Warren, en retraite, mais seul et unique personne à avoir vu le véritable visage du Maltais. Pendant ce temps, l’enquête permet de démonter un réseau de traite des blanches sévissant autour du lieu de travail de la défunte Gwenda Milton… Après de nombreuses surprises, chassés croisés et poursuites, le mystère est finalement résolu et l’identité du Matais dévoilée, ou peut-être pas…

Techniquement, Der Hexer est solide avec une équipe technique rompue au genre mais qui ne se prend pas trop au sérieux. À titre d’exemple, Alfred Vohrer se permet quelques prises de vues surprenantes et amusantes comme lorsqu’il place sa caméra dans un téléphone et filme la scène à travers le cadran d’appel.

Dans cette profusion, le film peut donner l’impression d’une certaine superficialité : Le scénario nous emmène d’un point à un autre, souvent sur des fausses pistes, pendant que certaines thématiques plus sérieuses sont simplement survolées comme celle du réseau de trafiquants de femmes.

Il n’en reste pas moins que Der Hexer est le point d’orgue d’une certaine époque, le fleuron d’un genre dont le succès connu dès lors le déclin.

Sources : evil-ed.de, remember it for later

(1) Les allemands ont toujours été friands des livres d’Edgar Wallace. Mais le succès naquit réellement au tout début des années 50 lorsque l’éditeur Goldmann publia les romans d’Edgar Wallace dans l’une de ses collections. L’exploitation perdurera quatre décennies au point que dès les années 50 et 60, les termes « roman policier » et Edgar Wallace était indissociables. C’est durant cette période que fleurirent les adaptations cinématographiques qui, aujourd’hui encore, rencontrent un véritable succès à la télévisons. Ce sont donc plusieurs générations de lecteurs, cinéphiles et spectateurs qui ont été bercé par Edgar Wallace.

Der Hexer
Allemagne – 1964
Réalisation : Alfred Vohrer
Interprètes : oachim Fuchsberger, Heinz Drache, Sophie Hardy, Siegfried Lowitz, Margot Trooger

Bande annonce en allemand :

Le bourreau de Londres

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Le Bourreau de Londres, c’est ainsi que l’on surnomme cet assassin qui livre sa propre justice au nez et à la barbe de Scotland Yard ! Il est si bien renseigné qu’on est persuadé qu’il est membre du système judiciaire. Il fait enlever par ses sbires des hommes corrompus ou sadiques afin de les soumettre à un procès expéditif qui se termine immanquablement par leur pendaison.
Le détective John Hillier est bien chargé d’enquêter mais il traîne les pieds. En effet, on vient de lui retirer une enquête qui lui tenait très à cœur, une sinistre affaire de jeunes femmes retrouvées mortes, décapitées. Sa sœur cadette fait en effet partie des victimes. Pourquoi rechercher le Bourreau de Londres alors qu’il n’exécute que des criminels et que dans le même temps, on relègue au second plan une affaire de crimes sexuels ?

De manière générale, ce genre éponyme inspiré de l’œuvre d’Edgar Wallace, met d’abord an avant sa frivolité. L’humour est omniprésent et les situations suffisamment extraordinaires pour ne pas se prendre au sérieux. DER HENKER VON LONDON est assurément l’exception qui confirme cette règle. Certes, on y retrouve l’humour constant de la série, mais celui-ci est noir, et surtout contrebalancé par une véritable réflexion sur l’auto-justice.

Le fameux Bourreau du titre impose sa propre justice et tous ceux qui passent devant son tribunal finissent sur l’échafaud. Tout le monde acclame son initiative car, s’il est vrai que sa justice est expéditive, elle n’en est pas moins juste. Même le beau-père du héros, un ancien et célèbre juge, ne cesse de vanter les mérites de ce justicier ; c’est un peu la Justice qui parle en son nom ! Quant au héros, il enquêtait précédemment sur le brutal assassinat de sa sœur par un sadique. Il doit laisser tomber l’affaire pour s’occuper de celle du Bourreau, ce qui ne manque pas de susciter l’émoi du garçon. Il n’y a bien que Scotland Yard pour vouloir contrecarrer les plans du Bourreau, sans doute parce qu’il met en exergue les dossiers que la célèbre institution londonienne n’a pas su élucider. Le final du film confirmera l’absence d’ambiguïté du discours énoncé durant le métrage.

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Si le thème du justicier était fréquent chez Edgar Wallace, il l’est plus encore dans les films adaptant les œuvres de Bryan, le fils, comme l’illustre d’ailleurs DER HENKER VON LONDON. Cependant, la prise de position politique sans équivoque est rare dans un Edgar Wallace, même s’il est vrai que le genre est plutôt réactionnaire, ne serait-ce que parce que les scénarios se déroulent majoritairement dans l’aristocratie.

Cette particularité n’est pas la seule de DER HENKER VON LONDON. Le scénario est également surprenant en parvenant à imbriquer deux histoires dans un seul script.
La première partie nous présente les personnages et le fondement de l’intrigue. Le jeune et beau détective, John Hillier, est interprété par Hansjörg Felmy, qu’on a pu voir dans TORN CURTAIN d’Alfred Hitchcock (LE RIDEAU DÉCHIRÉ – 1966). Il doit rendre des comptes à l’inspecteur Morel Smith qui n’est incarné par nul autre que Wolfgang Preiss, que les amateurs du cinéma de genre connaissent bien, au-delà de son visage masqué, pour avoir été le fameux Dr Mabuse dans les années 50 et 60. Par ailleurs, personne n’a oublié sa prestation dans IL MULINO DELLE DONNE DI PIETRA (LE MOULIN DES SUPPLICES – 1960) mis en scène par Giorgio Ferroni trois années plus tôt. La fiancée de John est, quant à elle, interprétée par la jolie Autrichienne Maria Perschy qui fut très active dans le Bis. On put l’admirer dans EL JOROBADO DE LA MORGUE (LE BOSSU DE LA MORGUE – 1973), LOS OJOS AZULES DE LA MUÑECA ROTA (BLUE EYES OF THE BROKEN DOLL – 1974)…

Ainsi, durant cette première partie, nous suivons John Hillier secondé par ses amis et sa famille, incapable d’arrêter les crimes du Bourreau et se demandant d’ailleurs s’il ne vaudrait pas mieux le laisser faire.

C’est alors qu’apparaît un nouveau protagoniste en la personne du fameux « Sadique », incarné par Dieter Borsche, qui a donc assassiné la sœur du héros. Le film prend à cet instant une tournure étrange en mettant en avant l’un des thèmes phares de la science-fiction : le savant fou. Celui-ci entraîne des jeunes filles dans sa cave. Là, après les avoir décapitées, il tente de leur redonner vie en greffant les têtes sur un buste mécanique singeant le corps humain. Son objectif est de séparer l’être spirituel de sa condition humaine en permettant à l’esprit de vivre sans les contraintes du corps.
Cette intrigue n’est absolument pas sous-exploitée par le réalisateur. Dieter Borsche est un acteur connu en Allemagne et il livre un savant fou psychopathe tout à fait convaincant. Sa cave transformée en laboratoire et en particulier le buste mécanisé qu’il présente à l’une de ses victimes nous plongent dans une science-fiction naïve et attachante, digne des productions américaines des années 50.

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Il ne résulte pourtant pas un film décousu de ce mélange des genres. Au contraire, il bonifie DER HENKER VON LONDON. Pour s’en convaincre, il suffit de voir le procès réservé au Sadique par le Bourreau. Contrairement aux autres « suspects », le démentiel professeur ne cherchera pas à se disculper. Fier, il n’hésite pas à décrire ses crimes qu’il définit comme étant une œuvre dont le but ultime est de faire progresser l’humanité.

Dès lors, les procès du Bourreau démontrent leur limite. S’il est « facile » de juger des criminels crapuleux, comment considérer quelqu’un qui n’est pas responsable de ses actes ? Ce sera d’ailleurs le dernier procès « personnel » du Bourreau car il sera démasqué quelques minutes plus tard.

À tout cela, il faut ajouter que les décors de DER HENKER VON LONDON sont superbes, magnifiés par un noir et blanc impeccable que l’on doit à Richard Angst. Les scènes qui se déroulent dans le château flattent l’œil, mais elles ne sont pas les seules. Il y a aussi les procès folkloriques menés par le Bourreau de Londres. Celui-ci est vêtu tout de noir. Une cagoule noire et pointue trône sur sa tête et il porte une grande robe assortie sur le corps. Les tables, quant à elles, sont remplacées avec emphase par des cercueils. Le rare Edwin Zbonek livre ici un film qui est peut-être l’un des meilleurs du genre.

Le bourreau de Londres
Der henker von London – Allemagne – 1963 – Réalisation : Edwin Zbonek  – Distribution : Hansjörg Felmy, Maria Perschy, Dieter Borsche, Rudolf Forster, Harry Riebauer…