Der Fan d’ Eckhart Schmidt, un film exigeant, entre cinéma d’auteur et d’horreur

À la vue de Der Fan, et en particulier de son final à déconseiller aux âmes sensibles, il n’est pas surprenant que l’Allemagne ait donné naissance à un film comme Nekromantik de Jörg Buttgereit (1987).

Film exigeant, l’oeuvre de Désirée Nosbusch et de Eckhart Schmidt s’inscrit effectivement et pleinement dans une tradition cinématographique européenne empruntant au cinéma d’horreur et au film d’auteur, à l’image d’un Prison de cristal d’Agustí Villaronga (1986).

1982, Ulm entre Stuttgart et Munich. Simone (Désirée Nosbusch) est une adolescente comme toutes les autres. Et, comme toutes les autres, Simone en pince pour une pop star. L’élu de son cœur se fait appeler R (Bodo Steiger), c’est le chanteur le plus en vue du moment.

Après avoir réalisé quelques films érotiques dans les années 60 (Mädchen, Mädchen en 1967, Erotik auf der Schulbank en 1968), Eckhart Schmidt créé un magazine punk, Die Sau (La Truie), dans lequelle écrivent des musiciens marginaux tels que David Byrne, Devo, ou Patti Smith.

Simone ne se passionne pas seulement pour la musique de R, elle est véritablement amoureuse de lui. Elle imagine même être la femme la plus apte à le rendre heureux. Elle lui écrit des lettres mais R ne répond pas.

Un jour, Simone apprend que R est à Munich pour une émission télévisée. Elle laisse tout tomber pour le rencontrer. Et c’est ce qui se produit car R remarque Simone. Il semble même s’intéresser à elle et l’invite dans les coulisses du studio.

À la fin de la soirée, R emmène Simone dans l’appartement d’un ami. Ils ne tardent pas à faire l’amour. Mais peu de temps après, R s’apprête déjà à partir. À ses yeux, Simone n’est qu’une groupie parmi tant d’autres.

1982, c’est l’année où Helmut Kohl arrive au pouvoir. À l’époque, le monde est divisé en deux avec d’un côté les bons à l’ouest et les méchants à l’est. La peur d’une guerre nucléaire est encore palpable et les questions environnementales commencent à émerger.

Dans ce contexte, un nouveau mouvement musical fait son apparition en Allemagne : La Neue Deutsche Welle (Nouvelle Vague Allemande), issue du post-punk et de la new wave, et de laquelle émerge des groupes commerciaux comme celui de Nena qui chante 99 Luftballons.

Mineure lors du tournage, Désirée Nosbusch intentera un procès à la production afin que sa nudité ne soit pas exposée sur les photos d’exploitation du film.

Désirée Nosbusch fait partie de ce changement à la télévision où elle anime une émission. Son insolence ravit la jeunesse de l’époque et agace les adultes. Der Fan est l’occasion pour elle d’asseoir son statut d’enfant terrible. Et en effet, le film défraie la chronique parce que Désirée Nosbusch, mineure à l’époque, dévoile sa nudité une bonne partie du film. Elle participe même à des scènes érotiques.

La carrière de Désirée Nosbusch ne souffrira pas de sa participation à Der Fan. À peine deux années plus tard, elle présentera le Concours Eurovision de la chanson.

En revanche, Der Fan fut torpillé économiquement. Interdit aux moins de 18 ans par la FSK, entité allemande chargée de classifier les films, Der Fan ne pouvait plus toucher le public adolescent qu’il visait. Le marché vidéo ne permit pas non plus au métrage de limiter la casse, puisqu’il fut rapidement interdit d’exploitation. Comme aucune chaîne de télévision ne prit le risque de le diffuser, le film d’Eckhart Schmidt resta longtemps invisible.

Cette mise au pilori s’avère bien regrettable pour un film particulièrement juste dans sa description de l’adolescence à une époque où les fans et leur exubérance représentaient un phénomène de société nouveau,

Dès le début du film, Eckhart Schmidt nous met dans la tête de Simone. Sur une voix-off monotone, elle déclame sa tristesse et décrit sa vie dénuée de sens. Simone traverse l’intégralité du film sans montrer aucune émotion. Elle n‘en suscite d’ailleurs aucune non plus. Simone ressemble à une coquille vide. Cette apathie que Désirée Nosbusch exprime magistralement est absolument terrifiante et évoque l’incompréhension que l’on peut ressentir face à l’impassibilité d‘un adolescent.

Même une fois son rêve réalisé, Simone n’éprouve aucune satisfaction. Elle demeure vide. Finalement, sa fascination pour cette popstar ne cache-t-elle pas une autre frustration ?

Der Fan
Allemagne – 1982
Réalisation : Eckhart Schmidt
Interprètes : Désirée Nosbusch, Bodo Steiger, Simone Brahmann |

Bande annonce (à ne pas regarder avant d’avoir vu le film) :