Le Cabinet du docteur Caligari : Les déambulations contrôlées du somnambule Cessare comme symboles de l’Allemagne d’après-guerre.

Simple marionnette entre les mains du docteur Caligari, Cessare symbolise l’abus de pouvoir de l’état et la jeunesse errant dans une Allemagne sortant de la Première Guerre mondiale.

Le Cabinet du docteur Caligari est le film le plus connu de l’époque weimarienne qui s’étend de 1918 à 1933. C’est une période trouble pour l’Allemagne qui porte encore le nom de Reich allemand. L’histoire de cette république est marquée par de nombreuses tensions politiques (putsch et révolte communiste en mars 1920, assassinat politique en 1922…) et de grandes difficultés économiques (hyperinflation due au maintien des salaires assuré par l’état à des grévistes pour empêcher la prise de contrôle d’usines bavaroises par la France et la Belgique).

Cette période représente également un véritable âge d’or culturel avec, dès 1918, l’expressionnisme, relayé en 1923 par le courant de la Nouvelle Objectivité (avec des artistes comme Max Beckmann ou Otto Dix) annonçant la volonté de revenir au réel et au quotidien après certains débordements expressionnistes.

Pour le cinéma, cet âge d’or débute dès 1913 avec L’étudiant de Prague de Stellan Rye et se termine en 1927 avec Metropolis. Durant cette décennie, le cinéma muet fait merveille avec les films de Henrik Galeen, Joe May, Pabst ou Metzner dans des genres hétérogènes, de l’Expressionnisme au Kammerspielfilm en passant par les films à costumes d’Ernst Lubitsch.

Quant à lui, Le Cabinet du docteur Caligari marque le début de ce que Lotte H. Eisner appelle l’écran démoniaque dans son livre éponyme. Définissant le cinéma expressionniste, le terme « écran démoniaque » se réfère au sens étymologique grec, c’est-à-dire « qui a trait à la nature des pouvoirs surnaturels ». Le Cabinet du docteur Caligari marque ainsi le point de départ de tout le cinéma fantastique.

Le film souligne son appartenance à l’expressionnisme avec des décors peints et leur perspective décalée, les portes déboîtées, les meubles enfilés et leurs angles aigus ou déformés.

Cet univers est circoncis dans un studio en verre dans lequel ont été créés des décors conçus par les artistes Hermann Warm, Walter Reimann et Walter Röhring. Ceux-ci ont créé un monde fermé qui ne connaît pas la lumière du soleil. Ainsi, le film s’appuie sur l’imagination pour engendrer la peur.

L’histoire commence dans la cour d’un hôpital psychiatrique. Là, Francis raconte son histoire à un vieux monsieur : Dans une ville du nord-ouest de l’Allemagne, pendant une fête foraine, Francis et son ami Alan assistent à la représentation donnée par le docteur Caligari. Celui-ci exhibe devant l’assistance le somnambule Cessare qui dort dans une caisse en bois. Dans cet état de somnolence, Cessare est capable de répondre aux questions que lui pose le public. Lorsqu’Alan lui demande combien de temps il lui reste à vivre, Cessare lui répond qu’il sera mort avant l’aube.
La prédiction de Cessare se réalise et cet assassinat est le premier d’une série de crimes. Lorsque Jane, l’amie de Francis est kidnappée, celui-çi prend les choses en main et découvre que le docteur Caligari joue un double jeu : il est en réalité spécialiste du somnambulisme et dirige également un hôpital psychiatrique.

Le Cabinet du docteur Caligari est le premier grand succès de Robert Wiene qui avait commencé à travailler en 1912 et qui s’intéressait déjà principalement au fantastique et au paranormal. Il restera fidèle au fantastique en écrivant le scénario de Satanas pour F.W. Murnau et en réalisant Genuine et les Mains d’Orlac. Après avoir fui l’Allemagne, il s’installe en France où il tente de réaliser un remake du Cabinet du docteur Caligari avec Jean Cocteau, en vain. Il revient à la réalisation en 1938 pour Ultimatum avec Erich von Stroheim. Emporté par un cancer le 17 juillet 1938, il ne peut terminer le film et laisse la place à Robert Siodmak.

Le Cabinet du Docteur Caligari
Das Cabinet des Dr. Caligari – Allemagne – 1919
Réalisation : Robert Wiene
Interprètes : : Werner Krauss, Conradt Veidt, Friedrich Fehér, Lil Dagover…

Bande annonce en allemand :