German Angst ou la définition de la peur, selon un trio de réalisateurs allemands

Avant German Angst, au début des années 90, Jörg Buttgereit avait mis tout le monde mal à l’aise avec ses films Nekromantik 1 et 2, Schramm et Todesking. Entre films d’horreur et films d’auteur, ces chefs-d’œuvre avaient eu un succès d’estime important mais Jörg Buttgereit avait également connu beaucoup de problèmes, en particulier avec la censure. Ces difficultés l’avaient dissuadé de persévérer dans la réalisation et il s’était consacré à d’autres projets : documentaires, pièces de théâtre, etc.

Avec Michal Kosakowski (Zero Killed) et Andreas Marschall (Masks), Jörg Buttgereit nous livre une anthologie sur la Peur. Cette anthologie comporte trois films, de durée inégale, mais demeure parfaitement cohérente malgré le fait que les réalisateurs restent fidèles à leurs différents univers. Ils ont en outre une définition tout personnelle de ce qu’est la peur :

Pour Michal Kosakowski, il s’agit d’une peur politique.

Pour Andreas Marschall, il s’agit d’une peur sexuelle.

Pour Jörg Buttgereit, la peur est plutôt sociologique.

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Son film, Final Girl, commence au moment où se termine habituellement un film d’horreur. Le titre fait d’ailleurs référence au terme que l’on donne à la survivante d’un Slasher. Pour les besoins du film de Jörg Buttgereit, l’héroïne est pré-adolescente, possède un cochon d’Inde et nous explique que nous interprétons mal les réactions du petit rongeur. Contrairement à ce que l’on pense, les cochons d’Inde n’apprécient pas les caresses et s’ils font le dos rond, c’est pour se protéger en attendant que la torture que nous leur affligeons se termine ! Il y a ici un évident parallèle à faire avec la fameuse Final Girl du film.
Contrairement aux deux autres films, celui de Jörg Buttgereit est court, lent, intimiste. Sur le fond, nous retrouvons nettement le Jörg Buttgereit des années 90. Sur la forme, c’est différent car le film respire clairement la vidéo, mais c’est bien sûr pour mieux accentuer le quotidien banal dans lequel s’enracine l’histoire.
Le film de Jörg Buttgereit est également le seul de l’anthologie qui soit en allemand, les autres sont principalement tournés en langue anglaise.

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Dans Make a Wish, Michal Kosakowski traite du racisme dont sont victimes en Allemagne les émigrés d’origine polonaise. Un couple est attaqué par une bande de skinheads. La jeune fille possède un médaillon qui lui permet d’intervertir l’esprit de deux personnes. Elle l’utilise pour sauver son ami qui se retrouve dans le corps du néo-nazi. Dès lors, son compagnon polonais va se révéler tout aussi raciste et violent que le triste personnage dont il a pris l’identité.
Make a Wish est un très bon film, haletant et émotionnellement exigeant. Superbement interprété par Andreas Pape, un acteur culte dont la carrière est entièrement consacrée aux films d’horreur indépendants et undergound, on pourra cependant regretter le fait que le réalisateur brouille (délibérément ou pas) le message.
Par exemple, il y a une tirade intéressante vers la fin du film où le chef de la bande de skinheads explique qu’il est né coupable et que, étant donné que toute la société le lui rappelle constamment, il ne peut échapper à sa condition et qu’il est donc également une victime.
Le discours est intéressant mais comme ce n’est pas développé, on ne sait pas si c’est sérieux ou pas, s’il parle des Allemands ou des nazis…
D’autant plus que plus tard, le même personnage explique qu’il n’y a pas eu d’échange d’esprit, finissant d’alimenter la confusion.

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Alraune, d’Andreas Marschall, nous plonge dans le Berlin multiculturel où tout est possible et surprenant ; c’est d’ailleurs ce qui rend le film inquiétant. Notre héros a tout pour être heureux. Il est photographe, il est célèbre et sa femme est superbe. Tous ses vœux semblent avoir été exaucés. Et pourtant, lorsqu’il rencontre cette femme tout droit sortie d’un rêve typiquement masculin, il n’hésite pas une seconde et compromet tout ce qu’il a pour réaliser ses fantasmes.

Tiré d’un livre du début du 20e siècle et du mythe de la mandragore et de ses facultés sexuelles, Alraune est un vrai film fantastique, effrayant et surprenant. Il met en scène une société secrète, une femme fatale et un héros paumé qui paiera cher son éternelle insatisfaction. Esthétiquement très réussie, l’œuvre se révèle véritablement envoûtante.

Il est bien normal que les compatriotes de Friedrich Wilhelm Murnau, d’ailleurs lui-même à l’origine du film d’horreur grâce à des films comme Nosferatu ou Le Cabinet du Dr Caligari, cherchent à reprendre le flambeau. Tous autant qu’ils sont, les trois enfants maudits nous livrent des histoires surprenantes et absolument effrayantes. German Angst est une belle expérience de descente aux enfers.

Bande annonce en anglais :

German Angst
Allemagne – 2015
Réalisation : Jörg Buttgereit, Michal Kosakowski, Andreas Marschall
Interprètes : Lola Gave, Andreas Pape, Matthan Harris, Annika Strauss, Kristina Kostiv, Rüdiger Kuhlbrodt…