Suspense

Les oubliés revient sur le déminage des plages danoises à la fin de la Seconde Guerre mondiale

Lorsqu’il s’agit d’évoquer le rôle du Danemark pendant et après la Seconde Guerre mondiale, on évoque plus volontiers les actes de bravoure comme le transfert de 7 200 juifs danois vers la Suède ou les actes de résistance. Certes indéniables, ils ne représentent cependant qu’une part de la réalité…

Petit rappel historique : entre 1942 et 1945, pensant que les alliés allaient débarquer sur les côtes danoises, la Wehrmacht fait poser plus de deux millions de mines. Mai 1945, la Seconde Guerre mondiale se termine et les mines doivent désormais être désamorcées. Pour réaliser cette tâche extrêmement dangereuse, de jeunes prisonniers Allemands sont mis à contribution.

Et pour contourner la convention de Genève qui interdit tout travail forcé pour les prisonniers de guerre, l’armée britannique, avec l’accord du gouvernement danois, décrète que ces prisonniers, tout juste recrutés sur les bancs de l’école, seront bénévoles.

Après avoir récolté de nombreux prix en Europe, Les oubliés fut nominé aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger.

Au final, parmi les 2 000 et 3 000 soldats âgés entre 15 et 18 ans, un millier perdit la vie en nettoyant les côtes de près de 1 402 000 mines.

En racontant l’histoire du sergent Carl Rasmussen et des jeunes Allemands qui, sous son commandement, nettoient les plages danoises, le film de Martin Zandvliet décrit également les humiliations commises par la population et son armée sur les adolescents. Ainsi Les oubliés affiche une image peu glorieuse du Danemark qui se retrouve donc à la place du coupable alors même que le pays s’est trouvé occupé pendant cinq années.

À l’inverse, les Allemands endossent le rôle de victimes. Ces jeunes qui rêvent de rentrer à la maison pour préparer l’avenir et reconstruire le pays passent même pour des héros puisqu’ils risquent leur vie à nettoyer les plages danoises.

Déstabilisant en inversant les rôles, le film nous interroge sur les responsabilités : Si quelqu’un commet un dommage, il doit le réparer. C’est le bon sens. Par conséquent, si quelqu’un a enfoui des mines sous le sable des plages danoises, il est de sa responsabilité de les enlever. Sauf que ce sont des adolescents que l’on a envoyé réaliser cette tâche périlleuse, pas ceux qui ont donné les ordres.

En France aussi des prisonniers Allemands furent réquisitionnés pour déminer les plages malgré l’article 31 de la Convention de Genève. On estime qu’au moins 1 800 d’entre eux périrent.

En montrant les Danois laissé libre court à leur haine dès les premières images du film, Les Oubliés enjoint le spectateur à réfléchir sur la notion de vengeance et de colère. La personne qui hérite de notre haine le mérite-t-elle vraiment ?

Il est quelque peu dommage que le personnage de Rasmussen découvre son erreur à travers des relations prisonniers/surveillants dépeintes de manière convenue et prévisible. Cela dit, les bonnes intentions du départ sont réelles et justifient la vision de ce film à ne pas mettre cependant sous les yeux de tout le monde ; certaines scènes sont en effet particulièrement éprouvantes, en particulier les scènes d’humiliation.

Sources : http://www.cheminsdememoire.gouv.fr, dossier de presse

Les Oubliés
Under sandet
Danemark – 2015
Réalisation : Martin Zandvliet
Interprètes : Roland Møller, Louis Hofmann, Joel Basman…

Bande annonce en VOSTF :

L’année du Chat, un thriller spectaculaire

La première réplique du film L’Année du Chat donne le ton : Dans deux heures, en bas (dans la rue), ce sera la guerre.

Rythmé, comportant de nombreux rebondissements, soigné et élégant, L’Année du Chat est un film majeur dans l’histoire du cinéma allemand qui, jusqu’alors (et même jusqu’à ce jour), est et reste pauvre en matière de films d’action.

De sa chambre au sixième étage d’un hôtel situé à Düsseldorf au milieu d’un complexe d’affaires moderne, le gangster Probek dispose d’une vue imprenable sur la rue, et plus particulièrement sur la banque, celle dans laquelle ses comparses se sont repliés avec des otages qu’ils ne libéreront qu’en échange d’une rançon de trois millions de Deutsch Mark. Bien placé, Probek renseigne ses complices sur les opérations menées à l’extérieur par la police qui dispose donc d’une longueur de retard. Et Probek dispose encore d’un atout supplémentaire… Sa maîtresse, Jutta Ehser est également l’épouse du directeur de la banque.

L’Année du chat a obtenu le grand prix du Festival du film policier de Cognac en 1988.

Avec sa prise d’otages, le siège établi par la police et son lot de rebondissements à la limite de l’absurdité, L’Année du Chat évoque évidemment Un Après-midi de Chien de Sidney Lumet (1975). Cependant, le film s’inscrit également dans la droite lignée de film Neo-Noir comme Body Heat (1981) de Lawrence Kasdan, No Way Out (1987) de Roger Donaldson ou encore Contre toute attente (1984) de Taylor Hackford, ainsi que le cinéma d’Alain Corneau, Jean-Pierre Melville ou Bertrand Tavernier.

Cependant, L’Année du Chat ne se contente pas de se nourrir de ses influences ; il apporte également sa pierre à l’édifice. Ainsi, à l’inverse de Sonny (Al Pacino dans le film de Sidney Lumet), Probek ne subit pas les événements. Du haut de son hôtel, il tire les ficelles. L’intelligence du scénario de Christoph Fromm et Uwe Erichsen, ainsi que la maîtrise de la mise scène de Dominik Graf, est de rendre la tension véritablement palpable lorsque la stratégie de Probek s’effondre. Lentement émerge le passé trouble qui lie Probek à son complice embusqué dans la banque. Puis c’est Jutta qui dévoile son jeu et s’impose alors comme femme-fatale.

La loyauté et la confiance, concepts nécessaires à la bonne marche de l’entreprise, s’effacent alors. Les trois principaux protagonistes pourtant totalement dépendant les uns des autres commencent alors à vouloir tirer leur épingle du jeu. La trahison remplace dès lors les beaux sentiments du début.

L’Année du Chat peut s’appuyer sur une interprétation impeccable, des personnages justement dessinés et au développement cohérent.

Seules peut-être les scènes d’action paraissent peu crédibles parfois.

Le Neo-Noir est un genre apparu au début des années 80 dont les films perpétuaient la tradition du film noir classique : un personnage emprisonné dans des situations, acculé à des décisions désespérées. Les thèmes privilégiés du genre sont le crime, l’infidélité, la trahison, la jalousie et le fatalisme.

Malgré le prix de la meilleure réalisation décerné par l’académie du cinéma allemand, ainsi qu’un succès public conséquent, L’Année du Chat ne fit pas école Outre-Rhin. Dominik Graf, son réalisateur (auteur en 2014 des Sœurs Bien-aimées), n’est pas tendre d’ailleurs avec le modèle de production du cinéma et de la télévision Allemande, incapable d’enfanter autre chose que des comédies et films d’auteurs ennuyeux. Durant sa carrière, Dominik Graf a dû s’adapté au système en faisant des compromis. Parfois, il a été capable d’éclairs de génie comme ce fut le cas avec cet Année du Chat.

À l’époque, Götz George âgé de 49 ans revient au cinéma qui l’avait boudé à la fin des années 60. Auparavant, il s’était imposé à la télévision dans la série Tatort où il incarnait Schimanski, un inspecteur aux méthodes rudes. Dans L’Année du Chat, il est tout aussi dynamique et rude mais passe de l’autre côté de la loi en incarnant le gangster Probek. Retrouvez-notre article dédié à cet acteur culte ici : http://thrillerallee.com/gotz-george-mythe-schimanski/

L’Année du Chat
Allemagne – 1988
Réalisation : Dominik Graf
Interprètes : : Götz George, Gudrun Landgrebe, Joachim Kemmer, Heinz Hoenig, Ralf Richter, Ulrich Gebauer, Sabine Kaack, Heinrich Schafmeister

Bande annonce en allemand :

Notre article consacré à Götz George :

Götz George et le mythe Schimanski

Berlin la nuit, en temps réel : Victoria de Sebastian Schipper

Berlin la nuit, en temps réel : Victoria de Sebastian Schipper, c’est 140 minutes dramatiques tournées en une seule prise, sans la moindre coupure.

Depuis Cours, Lola, Cours (1998), aucun autre film allemand n’avait autant suscité de réactions et d’intérêt. En effet, Victoria a été vendu dans 60 pays et a remporté de nombreux prix dont pas moins de six Lolas, l’équivalent allemand des Oscars.

Tard dans la nuit et après un dernier schnaps, Victoria, une jeune Espagnole (Laia Costa) quitte une discothèque et rencontre une bande de quatre Berlinois pur jus, à la grande gueule et un peu lourds : Sonne (Frederick Lau), Boxer (Franz Rogowski), Blinker (Burak Yigit) et Fuß (Max Mauff). Esseulée et frustrée par une certaine monotonie depuis qu’elle est arrivée à Berlin, Victoria se est séduite par la bonne humeur des quatre larrons et se laisse convaincre de partir en vadrouille avec eux. D’autant plus qu’ils sont très attachants, en particulier Sonne avec lequel il pourrait peut-être, éventuellement, se passer quelque chose. C’est alors qu’elle apprend qu’ils ont quelque chose de prévu…

Comme touché par la grâce, le film Victoria transporte ses spectateurs dans une aventure inoubliable. Sans aucun montage, durant une seule prise, sans effets tape-à-l’œil, une bande de jeunes paumés berlinois et une fille espagnole nous emmènent à travers le centre-ville de Berlin pour une nuit marathonienne se déroulant dans 22 endroits aussi inconcevables que des caves, des toits, des ascenseurs, des voitures, des appartements bien sûr, mais aussi les rues du centre-ville de Berlin.

L’argent était suffisant pour trois essais, pas plus.

En avril 2014, Sebastian Schipper et son équipe ont par trois fois tourné le film complet. Une semaine sépare le tournage de chaque version durant laquelle l’équipe a analysé ce qui fonctionnait et ce qui était à améliorer.

Né en 1968 à Hannover, Sebastian Schipper œuvre en tant que réalisateur mais aussi en tant qu’acteur. Devant la caméra, il a travaillé avec Sönke Wortmann, Tom Tykwer, Romuald Karmakar et Anthony Minghella. Derrière la caméra, il signe son premier film en 1999, Absolute Giganten.

Dans la première version, par exemple, un médecin apparaît à la fin du métrage. Comme son intervention n’avait pas d’incidence sur l’issue et n’apportait que des questions inutiles, cette version fut mise de côté. L’acteur, Ernst Stötzner a ainsi vu sa participation à ce qui va certainement devenir un classique du cinéma allemand purement et simplement supprimée.

Dans la seconde version, il y a une scène durant laquelle la caméra suit Victoria dans la rue. Soudain, une camionnette de livraison apparaît, puis un, deux, trois passants… car la municipalité avait refusé de fermer la rue à la circulation. Même si ces quelques passants n’auraient pas non plus ruiné le film, il est néanmoins certain que leur présence banalise l’action, annihile le suspens.

Dans la troisième version, Victoria est seule dans la rue, ce qui permet de maintenir la tension jusqu’aux ultimes secondes. Tout peut alors encore se passer, comme une intervention des forces de l’ordre, par exemple.
Après les deux premières versions, toute l’équipe était consciente que la troisième devait être la bonne car il n’y aurait pas eu d’argent pour une quatrième version. L’objectif de tourner le film en une seule prise n’aurait alors pas été atteint. Pour autant, tout ne s’est pas non plus déroulé comme prévu.

L’improvisation comme tremplin pour se surpasser

S’il ne faut pas surestimer l’apport de « la prise en une fois », il ne faut pas non plus la sous-estimer. Ce que cet exploit du plan séquence a apporté à Victoria, c’est la prise de risque, l’improvisation, l’obligation de trouver des solutions in extremis en dehors du cadre tranquille d’une organisation de tournage bien rodée.

Victoria propose une aventure véritablement filmée et livrée au spectateur en temps réel, contrairement à Enter the Void de Gaspar Noé et Birdman d’Alejandro González Iñarritus qui simulaient la narration de leur histoire en temps réel.

Dans la troisième version, aux deux tiers du film, lorsque Victoria et ses amis sont euphoriques sur la piste de danse, les garçons perdent par inadvertance les armes à feu dont ils auront besoin par la suite dans le scénario Une assistante se rend compte que les armes traînent sur la piste et les donne à Victoria lorsque la bande quitte la discothèque. Visible à l’écran, cette imperfection ne nuit cependant pas au film. Et de toute façon, il aurait été impossible d’arrêter purement et simplement le tournage sans compromettre les contraintes et objectifs que l’équipe s’était donnés.

Victoria, une petite pépite livrée aux spectateurs

Dans les deux premières versions, la seule raison pour laquelle les garçons voulaient braquer une banque était l’argent. Ce n’est que pour la troisième version qu’a été ajouté le fait que Boxer ait une dette envers un malfrat. Cette intrigue supplémentaire a une incidence importante sur l’âme même du film car Victoria devient par cet ajout un film sur la solidarité, le don de soi.

« Nous sommes en quête de perfection car la Nature est un impitoyable adversaire pour notre survie. Mais maintenant, nous aimons la Nature et le monde digital devient notre ennemi car il nous rend fou. Cela me plaît que ce soit avec une caméra digitale que nous ayons un peu dérangé cette perfection ». Sebastian Schipper

Ces deux notions, la solidarité et le don de soi, ont également permis au film d‘aboutir car il fallait sans doute une certaine abnégation pour réussir l’exploit de faire un film en une seule prise de 140 minutes. C’est l’un des éléments qui fait de Victoria non pas un bon film, tourné dans le cadre sécurisant d’un plan de tournage, mais un véritable diamant du cinéma.

Victoria
Allemagne – 2015
Réalisation : Sebastian Schipper
Interprètes : : Laia Costa, Frederick Lau, Franz Rogowski, Burak Yigit, Max Mauff, André Hennicke…

Bande annonce en allemand (à éviter si vous n’avez pas encore vu le film) :

Sources :
Zeit Online
Welt
Tagesspiegel

Die Wolke de Gregor Schnitzler

Die Wolke de Gregor Schnitzler, le film, est l’adaptation du roman éponyme écrit par Gudrun Pausewang. Sorti en 1988, l’ouvrage remporta le SFCD (prix de la SF Allemande). Il devint un best-seller et un livre de chevet pour de nombreux adolescents. Ce ne fut finalement qu’en août 2005 que le tournage de l’adaptation cinématographique commença, sous la direction de Gregor Schnitzler.

Né en 1964 à Berlin, Gregor Schnitzler débuta sa carrière en faisant des photos sur des tournages puis en réalisant des clips musicaux et des publicités. En 1991 et 1992, il co-réalisa deux courts-métrages avec Eleni Ampelakiotou. L’un d’eux, Das Fenster, remporta plusieurs prix dans des festivals. Durant la seconde moitié des années 90, il travailla pour la télévision en mettant en scène les épisodes de plusieurs séries ainsi que des téléfilms. Toujours avec Eleni Ampelakiotou, il réalisa Finnlandia en 2001. Le film fit le tour des festivals du monde entier et fit beaucoup parler de lui. Tout comme d’ailleurs Was tun wenn’s brennt? et Soloalbum, que Schnitzler réalisa en solo en 2002 et 2003, restés inédits en France.

Lorsque le livre sortit en 1987, c’était un an après la catastrophe de Tchernobyl. Quand le film fut mis en chantier en 2005, vingt années s’étaient écoulées et on commençait à s’habituer au nucléaire, à devenir moins vigilant. Depuis la catastrophe de Fukushima en 2011, le film démontre son évidente pertinence.

Dans la lignée des films de Sidney Lumet et Sidney Pollack, Gregor Schnitzler propose un film construit sur un suspens efficace, mais un suspens qui ne minimise pas le discours politique. Ainsi, Die Wolke s’articule autour d’une histoire d’amour, absente du livre mais qui permet au spectateur de s’identifier davantage aux personnages et donc de mieux capter le message politique.

Ainsi, si le film démontre que l’amour est plus fort que n’importe quelle catastrophe, il établit aussi que la vie peut être brutalement déviée de son cours. Le message du film, c’est que le danger nucléaire est réel, il nous menace à chaque instant et il n’appartient qu’à nous de changer la donne.

Hannah, le personnage principal du film, est une adolescente de 16 ans. Elle est heureuse et s’épanouit pleinement. Lorsque nous la découvrons, elle nage dans un lac avec sa meilleure amie, en pleine nature. Son petit frère lui joue alors un mauvais tour. Nous nous amusons insouciamment avec eux, l’ambiance est bucolique et bon enfant. Au lycée, Hannah fait tourner la tête d’Elmar. En cachette, ils échangent un premier baiser. C’est tout le portrait d’une vie idyllique qui pourrait continuer ainsi pour toujours. Mais c’est à cet instant-là que l’alarme retentit. La centrale nucléaire toute proche connaît un accident majeur.

Le matin du drame, la mère d’Hannah reprochait à sa fille de ne pas prendre ses responsabilités. À travers le personnage d’Hannah, Die Wolke expose en réalité notre responsabilité individuelle et collective face au nucléaire. Nous connaissons le danger et pourtant, nous ne faisons rien. Notre insouciance, notre nonchalance, est source de conséquences dramatiques.

Il ne faut pas se méprendre sur le final du film. Certes, notre jeune couple y retrouve l’espoir. Cependant, le ville de leur enfance est inhabitable pour des décennies et même l’amour ne peut enrayer la contamination qui s’insinue irrémédiablement dans leur corps. C’est d’autant plus triste que les moments de bonheur que connaissaient Hannah au début du film ne nécessitaient aucune énergie nucléaire.

En s’appuyant sur un genre aussi grand public que le teenie movie, Gregor Schnitzler a atteint son objectif et touché le cœur et la raison du spectateur.

Die Wolke propose de nombreuses scènes vraiment intenses. L’alarme qui retentit, l’exode qui s’ensuit et une scène de panique impressionnante se révèlent passionnantes et absolument terrifiantes. La seconde partie du film, qui se concentre sur les conséquences d’une catastrophe nucléaire et plus précisément sur les radiations, comporte également son lot de scènes touchantes. Die Wolke dispose également d’une scène très intense émotionnellement ; l’auteur n’a clairement pas choisi de faire dans la facilité pour atteindre son but.

Sans être un film exigeant, Die Wolke n’est pas non plus une œuvre de divertissement. Le film n’en met pas plein la vue. Il n’y a pas d’effets spéciaux. Seule une scène s’inscrit dans le registre du spectaculaire. Rien ne nous distrait du fait qu’un accident nucléaire détruit la vie, et ce pour toujours.

Die Wolke
Allemagne – 2006
Réalisation : Gregor Schnitzler
Interprètes : Paula Kalenberg, Franz Dinda, Hans-Laurin Beyerling, Karl Kranzkowski, Richy Müller…

Bande annonce en allemand :

Der Samuraï de Till Kleinert sur le thème du coming out

Le film Der Samuraï de Till Kleinert se déroule près de la frontière polonaise, dans un village allemand, hostile et étroit, dominé par des rituels de virilité archaïques. Jakob, personnage introverti, doute et souffre en silence de sa différence. Il mène une existence terne, s’occupe seul de sa grand-mère sénile depuis que ses parents sont décédés et subit les moqueries des jeunes de son âge.

À l’origine de Der Samuraï, on trouve le collectif Schattenkante, composé de la productrice Anna de Paoli et des réalisateurs Linus de Paoli et Till Kleinert. Tous les trois se sont rencontrés à la Deutsche Film und Fernsehakademie (DFFB).

À l’origine de Der Samuraï, on trouve le collectif Schattenkante, composé de la productrice Anna de Paoli et des réalisateurs Linus de Paoli et Till Kleinert. Tous les trois se sont rencontrés à la Deutsche Film und Fernsehakademie (DFFB).

Jakob dissimule la vérité aux autres, à lui-même. Il tente même de « rentrer dans le système » en devenant gendarme. Mais, ce que l’on refoule continue de nous ronger et de nous faire souffrir, même dans l’inconscient : Till Kleinert, le réalisateur, en donne une forme concrète dans Der Samouraï.

Un jour, Jakob suit dans la forêt la piste d’un loup qui se montre parfois aux villageois. Il essaye de le piéger avec des sacs remplis de viande. Mais, la nuit venue, au bout de la piste il découvre un jeune homme, androgyne, aux cheveux longs et sauvages, tenant à la main un sabre japonais et vêtu d’une simple et longue robe blanche. L’inconnu l’invite à semer le trouble dans le village, ce que Jakob refuse. Cependant, tout en s’interposant et essayant d’arrêter ses agissements, Jakob se sent de plus en plus de points communs avec l’étranger.

Der Samuraï est le second film de Till Kleinert après Lange Nacht (2009), déjà un film d’horreur.

Der Samuraï est le second film de Till Kleinert après Lange Nacht (2009), déjà un film d’horreur.

Tel le grand méchant loup qui accoste le petit chaperon rouge dans La Compagnie des Loups de Neil Jordan, le samouraï possède deux facettes. De prime abord terrifiant à cause de son sabre, il devient ensuite attirant par sa féminité, sa maîtrise de soi et sa liberté.

Till Kleinert laissera planer le doute sur le mystère entourant le samouraï : est-il réel ou non ? Ce qui est certain en revanche, c’est que ce n’est pas le loup qu’il convient de craindre. Il faut se méfier des jardins bien tondus avec leurs nains et animaux en plastique, et assumer sa marginalité, ne pas avoir peur du ridicule.

En 2009, Till Kleinert reçut le prix du meilleur court-métrage pour Cowboy lors du festival International du film lesbien et gay de Milan.

En 2009, Till Kleinert reçut le prix du meilleur court-métrage pour Cowboy lors du festival International du film lesbien et gay de Milan.

La seconde partie du film se transforme en trip hallucinant ! Le spectateur pourra y voir soit une autodestruction, soit une délivrance.

Der Samuraï de Till Kleinert n’a rien d’un film pompeusement « auteurisant ». Il emprunte même de nombreux éléments au cinéma de genre, tels la bande de bikers, le village isolé, le gore même avec des effets spéciaux majoritairement fabriqués à la main… À l’instar du cinéma asiatique des années 90, il bouscule également les clichés (un samouraï en robe blanche !) et c’est ce qui le rend unique et l’éloigne radicalement des copies de films américains que furent par exemple d’autres films allemands comme Hell (2011) ou Nous sommes la nuit (2010).

Pit Bukowski, le samouraï, est l’étudiant qui donne des cours au rejeton d’une famille un peu spéciale dans Der Bunker (2015) de Nikias Chryssos.

Pit Bukowski, le samouraï, est l’étudiant qui donne des cours au rejeton d’une famille un peu spéciale dans Der Bunker (2015) de Nikias Chryssos.

Allemagne – 2014
Réalisation : Till Kleinert
Interprètes : : Michel Diercks, Pit Bukowski, Uwe Preuss, Ulrike Hanke-Haensch

Bande annonce en VOSTF :

Radio Silence de Marco J. Riedl et Carsten Vauth

Avant Radio Silence, il y avait On Air, un court-métrage datant de 2010 et pour lequel Marco J. Riedl et Carsten Vauth avaient dû réduire au minimum le scénario. Avec Radio Silence, les deux réalisateurs ont la possibilité d’exploiter au maximum leur sujet. C’est d’ailleurs ce qu’ils font et force est de constater que Radio Silence n’est pas un court que l’on a truffé de scènes de remplissage pour le transformer en long.

Doc Rock anime une émission radio pirate qu’il émet depuis sa cave. Durant l’une de ses interventions, il discute avec ses auditeurs sur les motivations du tueur en série « der Nachtschlitzer“ (Le Tueur de la Nuit). Surprise : le concerné appelle Doc Rock et le met au défi de sauver sa dernière victime.

Radio Silence

L’action se déroule principalement entre la cave de Doc Rock et un bar dans lequel les clients suivent le drame sur le poste de radio. L’un d’eux deviendra un protagoniste essentiel dans ce jeu du chat et de la souris, les réalisateurs soulignant sans doute de cette manière qu’il ne tient qu’à nous de ne pas être les simples spectateurs des drames qui se déroulent autour de nous.

Astucieusement, le film parvient à prolonger son petit suspens et même l’intérêt jusqu’au final, sans doute grâce aux personnages qui ne sonnent absolument pas creux.

Les acteurs sont très bons, et très bien choisis. Charles Rettinghaus, qui incarne le psychopathe, se révèle un assassin effrayant avec son crâne chauve et son imposante carrure qui contraste avec son visage d’ange. Inconnus, les comédiens sont en réalité des doubleurs hors pair. Certains d’entre eux prêtent leur voix à des acteurs célèbres comme George Clooney, Tommy Lee Jones ou encore Robert Downey Jr.

radio silence_01

Cette particularité accentue cependant le cachet très américanisé du film… Tel était d’ailleurs le souhait des deux réalisateurs qui craignaient de rebuter le spectateur avec un film d’origine allemande. En conséquence, l’histoire se déroule dans une bourgade typiquement américaine traversée par de grosses voitures non moins caractéristiques. Quant aux protagonistes, ils arborent des trognes et un look également nord-américain. C’est un peu dommage de renier son identité européenne, d’autant plus que le film n’est pas allé jusqu’au bout de sa démarche : on échange des billets en euro et tout le monde parle allemand.

Le choix est d’autant plus douteux que le manque de moyens financiers ne permet pas vraiment aux deux réalisateurs de nous donner pleinement l’illusion que le film se déroule dans une petite ville américaine. On ne croit pas à ce bourg qui sonne artificiel tant il respire le décor en contreplaqué.

En revanche, son rythme soutenu et l’absence de temps morts en font un digne représentant du cinéma de genre américain : Radio Silence est un très bon thriller.

Radio Silence
Allemagne – 2012
Réalisation : Marco J. Riedl et Carsten Vauth
Interprètes : Markus Knüfken, Charles Rettinghaus, Ronald Nitschke, Jasmin Lord

Bande annonce en anglais :

True Love Ways de Mathieu Seiler : Snuff Porn, féminisme et nouvelle vague

True Love Ways de Mathieu Seiler s’ouvre sur une histoire d’amour sur la fin, et qui se termine mal bien sûr. L’image en noir et blanc et l’héroïne mélancolique incarnent la déception et la morosité qui ne manquent pas d’apparaître après un chagrin d’amour. Et maintenant ? Le futur est « imprévisible », tout comme le scénario. L’ex-petit ami rencontre un type dans un bar qui propose de l’aider à reconquérir le cœur de la belle. Pour cela, il suffit d’organiser une fausse agression, que naturellement il déjouera. Le marché que les deux garçons concluent va se révéler bien plus tordu et les réactions de Séverine autrement plus complexes que celles imaginées.

Peu prolixe, Mathieu Seiler réalise Orgienhaus en 2000 et Der Ausflug en 2012.

Peu prolixe, Mathieu Seiler réalise Orgienhaus en 2000 et Der Ausflug en 2012.

Surprenant et déroutant, tels sont les termes qui qualifient le mieux l’histoire que Mathieu Seiler déroule sous nos yeux. Une histoire pleine de rebondissements qui sont à la fois cocasses, grotesques, drôles et graves, comme lorsque Séverine, en fuite, se dissimule sous la table, là où les hommes sont en train d’élaborer un plan pour la capturer. Séverine se retrouve d’ailleurs régulièrement dans des situations où elle doit se cacher (sous le lit où a lieu un crime, dans la cave derrière une étagère…) Lors de ces passages, elle est placée dans la même position de voyeurisme que le spectateur. Le suspense fonctionne ainsi étrangement puisque ce n’est pas nous qui nous identifions à l’héroïne, mais plutôt Séverine qui se transforme en spectatrice.

Mathieu Seiler est né en 1974 à Zurich en Suisse.

Mathieu Seiler est né en 1974 à Zurich en Suisse.

Les scènes sont joliment orchestrées. En outre, le noir et blanc confère au film un style particulier, entre Roman Polanski et Alfred Hitchcock, bellement souligné par la musique de Beat Solèr. Certaines séquences semblent irréelles, à un point tel d’ailleurs que True Love Ways emprunte parfois le chemin des rêves et des contes, comme lorsque Séverine découvre un puits dans la forêt, un puits qui n’aura cependant rien de merveilleux. Telle une héroïne de conte des frères Grimm, Séverine traverse l’histoire avec insouciance, une insouciance incongrue au regard des abominations dont elle est le témoin. Difficile également de situer l’histoire dans le temps. En effet, Séverine reçoit une vieille cassette audio à bande, conduit une antique Coccinelle et arbore dans le même temps un téléphone portable. La maison, servant de terrain au jeu de cache-cache auquel se livrent les protagonistes, possède également un charme rétro certain.

De manière générale, l’interprétation s’avère de bonne qualité. Ceci dit, Anna Haugsburg s’élève incontestablement au rang de personnage-clé du film. Sa mélancolie, son insouciance, ses étourderies et sa formidable beauté sont parfaitement sublimés par une photographie impeccable et chaque plan où elle apparaît (c’est-à-dire tous sans exception ou presque) est un régal pour les yeux.

Née en 1990 à Berlin, Anna Hausburg était en tête d’affiche du film Leroy en 2007 et de Dornröschen en 2008.

Née en 1990 à Berlin, Anna Hausburg était en tête d’affiche du film Leroy en 2007 et de Dornröschen en 2008.

Très belle, Séverine se révèle également tellement déconcertante qu’on peut ressentir une certaine indifférence à son égard. Une indifférence inévitable peut-être en raison de ce personnage qui passionne les hommes. Tous veulent la manipuler, la posséder : Son petit ami met au point un stratagème pour la retenir, le réalisateur de snuff movies espère exploiter Séverine pour son film. Le spectateur, quant à lui, attend d’elle qu’elle se retourne contre ses tortionnaires et accomplisse sa vengeance… Finalement, Séverine s’avère bien plus complexe. Elle symbolise la Femme fantasmée par l’homme, belle et fragile, mais malheureusement insaisissable. True Love Ways n’est pas seulement une déclaration d’amour à la beauté de la femme, c’est aussi un plaidoyer pour que l’homme respecte cette créature délicate et l’accepte dans toute sa complexité.

True Love Ways
Allemagne – 2014
Réalisation : Mathieu Seiler
Interprètes : Anna Hausburg, David C. Bunners, Kai-Michael Müller, Axel Hartwig, Beat Marti

Bande annonce en anglais :

Houdini l’illusionniste vous invite à un voyage historique

Houdini l’illusionniste a été tourné par le réalisateur allemand Uli Edel. Il s’agit de l’auteur, entre autres films, de Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… (1981), La bande à Baader (2008) et Last Exit to Brooklyn (1989). Quand on sait que le scénario a également été écrit par Nicholas Meyer, réalisateur de C’était demain (1979) et que le rôle principal est tenu par Adrien Brody (Le Pianiste en 2002), on ne s’étonnera pas de la grande qualité de ce téléfilm, d’une durée côtoyant les 3 heures dans sa version longue.

Harry Houdini est un célèbre prestidigitateur américain du début du 20e siècle. Ses meilleurs tours consistaient à s’évader d’une malle remplie d’eau, fermée à clé et pourvue de chaînes ou d’un bidon en métal.

Lorsqu’apparaît le spiritisme et son effet de mode, il s’attache à démasquer les présumés médiums. Il parcourt le pays et expose publiquement les trucages que ces derniers pratiquent pour tromper le public. Cette activité lui valut l’amitié de Sir Arthur Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes, qui était convaincu qu’Houdini, de par son talent de prestidigitateur, possédait lui-même des pouvoirs surnaturels.

Houdini fit également carrière au cinéma et on peut par exemple le voir dans L’Homme de l’Au-delà (1922), Un reportage tragique (1919) ou Houdini le maître du mystère (1919).

La vie d’Harry Houdini a elle-même été adaptée plusieurs fois à l’écran. En 1953, c’est Tony Curtis qui incarnait le magicien et sa femme Bessie était jouée par Janet Leigh. En 1976, ce fut au tour de Paul Michael Glaser de camper l’illustre personnage.

Houdini l'illusionniste

L’interprétation d’Adrien Brody dans le film qui nous intéresse ici est magistrale. Quant à la réalisation, nerveuse, elle ne laisse aucun temps mort. L’histoire, qui se déroule au début du 20e siècle, nous fait découvrir les tours démentiels d’Houdini avant de nous livrer les dessous de la Première Guerre mondiale lorsque le magicien se transforme en espion. Ce passage, peu crédible, certes, permet d’exploiter les origines austro-hongroises de sa famille et d’offrir une seconde partie totalement dépaysante. En effet, cette digression permet, à l’aube de la Première Guerre mondiale, de traverser le vieux continent de long en large et même de rencontrer des personnages légendaires tels que Raspoutine. Dans sa troisième et surprenante dernière partie, pleine de rebondissements, le film abandonne l’espionnage et nous dévoile un Houdini s’attaquant au spiritisme et révélateur de tromperies et autres mascarades.

Houdini l’illusionniste n’est pas un film très sérieux mais quel divertissement ! Adrien Brody, que d’aucuns accusent de trop cabotiner, a trouvé un rôle à sa démesure et si certains en restent chagrins, d’autres apprécient.

Bande annonce VO :

Houdini l’illusionniste
USA, Canada – 2014
Réalisation : Uli Edel
Interprètes : Adrien Brody, Kristen Connolly, Evan Jones…

M le Maudit, l’un des films les plus importants du cinéma allemand

Au début du siècle, un assassin d’enfants terrorise la ville. La police, pourtant sur les dents, ne trouve aucun indice qui pourrait l’amener à découvrir le monstre. Agacée, elle se met à faire des descentes dans les milieux louches de la ville. Les truands, regroupés en « commission d’enquête », décident de prendre les choses en main et de trouver l’assassin à la place de la police.

Peter Lorre était juif et quitta l'Allemagne pour fuir les persécutions nazies peu de temps après la sortie du film. Fritz Lang, à moitié juif, s'exila deux ans plus tard. Les nazis interdirent M le Maudit en juillet 1934.

Peter Lorre était juif et quitta l’Allemagne pour fuir les persécutions nazies peu de temps après la sortie du film. Fritz Lang, à moitié juif, s’exila deux ans plus tard. Les nazis interdirent M le Maudit en juillet 1934.

L’assassin Hans Beckert est incarné par Peter Lorre dont l’interprétation marqua les esprits. Les scènes dans lesquelles il accoste les enfants sont en effet particulièrement dures. Et l’absence de musique ou d’autres effets dramatiques accentue le jeu froid de l’acteur. On ressent alors clairement de la haine pour son personnage. Mais lorsque le monstre hurle ses angoisses à la foule dans un monologue saisissant, décrivant ses tourments, les voix intérieures qui le poussent à tuer, il parvient à faire oublier l’horreur qu’il suscitait précédemment. Il touche même les brigands qui doivent le juger. Alors qu’il a été le Monstre pendant la grande partie du film, il devient subitement un être empli d’émotions au moment où l’on entend pour la première fois sa voix.
L’incursion du monde des truands dans cette histoire de psychopathe est particulièrement intéressante. Ces truands, parfois assassins, se permettent d‘établir différents niveaux d’immoralité et estiment avoir les compétences pour s’ériger en juges. Selon eux, leurs actes sont moins graves puisqu’ils sont moins cruels. Jamais ils ne prennent en considération le fait que les actes de Peter Lorre sont issus de pulsions, de surcroît totalement incontrôlables.

Fritz Lang assurait que l’association des malfaiteurs était composée de véritables repris de justice : 24 d’entre eux furent effectivement arrêtés durant le tournage du film.

Fritz Lang assurait que l’association des malfaiteurs était composée de véritables repris de justice : 24 d’entre eux furent effectivement arrêtés durant le tournage du film.

Fritz Lang utilise cet élément scénaristique pour démontrer l’importance d’un état fort, l’inverse de ce qu’était l’Allemagne lors de la République de Weimar entre 1918 et 1933. La période fut marquée par de nombreuses tensions et conflits internes. La population s’entre-déchirait, tentait de s’accaparer le pouvoir, comme le font les truands dans le film. Aucun héros, aucun personnage véritablement positif ne traverse le film et Fritz Lang dépeint une société malade, en déclin, à l’instar de l’Allemagne à l’époque.

« Cette bête n’a pas le droit d’exister. Elle doit disparaître. Elle doit être exterminée sans pitié ! »

« Cette bête n’a pas le droit d’exister. Elle doit disparaître. Elle doit être exterminée sans pitié ! »

Si ce grand classique du cinéma allemand s’avère effectivement une œuvre riche pour les historiens, il offre également un spectacle très divertissant. En effet, l’enquête policière est menée de façon scientifique et moderne : on analyse les scènes de crime, on cherche des empreintes… La présence du thème du maniaque sexuel et de la position que doit avoir la société vis-à-vis de ses actes s’avère également extrêmement intéressante. Pour finir, l’organisation de la recherche de l’assassin par les clochards dans la ville et la traque qui s’en suit maintiennent facilement le spectateur en haleine. Fritz Lang a ainsi signé une œuvre politique mais aussi un film à grand spectacle.

Bande annonce VO :

M le Maudit
M
Allemagne – 1931
Réalisation : Fritz Lang
Interprètes : Peter Lorre, Ellen Widmann, Inge Landgut, Otto Wernicke, Theodor Loos

Who Am I – Aucun système n’est sûr

Film allemand réalisé en 2014 par Baran bo Odar, Who Am I – Aucun système n’est sûr met en scène un groupe de hackers qui cherche à attirer l’attention en essayant, à chacun de leurs méfaits, de dépasser ceux commis par les groupes concurrents.

Who Am I – Kein System ist sicher, dont un remake américain est prévu, est le troisième film de Baran bo Odar. C’est aussi celui qui lui ouvre les portes d’Hollywood puisque le jeune réalisateur suisse s’est vu proposer la mise en scène de Sleepless Night avec Jamie Foxx et Michelle Monaghan.

La première cible de CLAY est le NBD dont les initiales se réfèrent à celles du parti d’extrême droite allemand NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands).

La première cible de CLAY est le NBD dont les initiales se réfèrent à celles du parti d’extrême droite allemand NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands).

Le rôle principal est tenu par Tom Schilling, une vedette en Allemagne depuis Crazy, le film allemand qui a connu le plus grand succès en 2000. Son mentor, Max, est quant à lui interprété par Elyas M’Barek, également à l’affiche d’un grand succès du cinéma allemand : Fack ju göhte (un jeu de mot pour Fuck you Goethe). Wotan Wilke Möhring est quant à lui l’acteur le plus connu en France, puisqu’on a pu l’apercevoir dans Pandorum, mais surtout dans L’expérience d’Oliver Hirschbiegel.

L’action se déroule à Berlin, de nos jours. Benjamin est un adolescent mal dans sa peau qui n’arrive pas à trouver sa place dans le monde réel. De dépit, il emprunte la voie du monde virtuel qui le mène à l’illégalité. Après avoir piraté le serveur de la faculté pour voler les questions d’un examen et les donner à son amie Marie, Benjamin est condamné à des heures de TIG. C’est ainsi qu’il rencontre le charismatique Max qui le recrute au sein de son groupe de hacker : CLAY. Ensemble, ils attaquent plusieurs organisations comme un parti d’extrême droite et une société de produits pharmaceutiques. Déçus du peu d’attention que ces attaques leur ont apporté, ils décident de faire un plus gros coup. C’est à partir de ce moment que ce petit jeu devient dangereux.

Boys Noize et Royal Blood ont prêté certaines de leurs chansons au film.

Boys Noize et Royal Blood ont prêté certaines de leurs chansons au film.

À sa façon, Benjamin symbolise ceux que la société a confinés aux marges du système. En effet, et bien que Benjamin renferme de grandes qualités, sa non-adaptation au système le relègue dans la médiocrité. Sans famille, sans amis, armé d’un mini job qui n’a rien d’enthousiasmant, Benjamin ne trouve pas d’autres solutions pour exploiter ses compétences que de se jeter corps et âme dans des activités illégales. À travers le personnage de Benjamin, Baran bo Odar démontre qu’en n’exploitant pas le potentiel de chaque individu qui compose notre société, nous créons des marginaux qui peuvent à tout moment se révéler un danger pour notre société.

Premier thriller allemand à être parvenu à se hisser en tête du box-office allemand depuis les années 80, Who Am I – Aucun système n’est sûr n’est pas seulement un succès commercial. C’est aussi un excellent divertissement, trépidant, plein de personnages sympathiques, de rebondissements surprenants, d’humour, de suspense et ne connaissant aucun temps mort.

Bande annonce sous-titrée en anglais :

Who Am I – Aucun système n’est sûr
Who Am I – Kein System ist sicher
Allemagne – 2014
Réalisation : Baran bo Odar
Interprètes : Tom Schilling, Elyas M’Barek, Wotan Wilke Möhring, Antoine Monot, Jr, Hannah Herzsprung, Trine Dyrholm